Dans ce temps de Pâques, nous avons lu deux récits évangéliques insistant sur le témoignage porté par les apôtres à la résurrection du Christ. Aujourd’hui nous commençons une autre série de lectures des Évangiles qui a un caractère un peu différent en ce qu’elle insiste particulièrement sur le mystère de l’eau, sur le sens symbolique de l’eau, en nous rappelant que ce temps pascal est le temps qui fait suite au baptême administré à Pâques. Donc pour nous ce temps pascal est comme un mémorial de notre propre baptême par lequel nous avons été initiés à la vie dans le Christ, par lequel nous avons été plongés dans la mort du Christ et sommes ressuscités avec lui. Aujourd’hui c’est le récit de la guérison du paralytique qui gisait auprès de la piscine des brebis que nous avons entendu. Cet Évangile, ainsi que ceux des dimanches qui vont venir, peut nous faire mieux comprendre la transformation que le baptême a opérée en nous, et les divers aspects de notre résurrection spirituelle dans le Christ. Mais il fait en même temps beaucoup plus : il réactualise en notre faveur la grâce de notre propre baptême, il guérit ce qui nous reste de notre antique infirmité. Ce texte raconte d’abord une guérison accomplie par le Christ durant sa vie terrestre. C’est une guérison physique, réelle, mais qui en même temps est un signe. Saint Jean, quand il parle des miracles du Christ emploie avec prédilection le mot de signe. Cela signifie que parce que le Christ était le Logos, le fils de Dieu, tous les actes terrestres qu’il accomplissait transcendaient le temps, de telle sorte que, lorsque nous en lisons le récit avec foi pendant la liturgie ou même en privé, ces actes du Christ redeviennent actuels pour nous, nous concernent personnellement. L’Évangile ne raconte pas simplement un épisode du passé, mais nous révèle ce qui devrait s’accomplir à travers le temps, tous les jours, dans l’Église pour chacun d’entre nous. Aujourd’hui donc, avec le récit de la guérison du paralytique nous comprenons que cet homme était comme un mort-vivant qui gisait au bord de la piscine, et que le Christ, le guérissant, en un sens le ressuscite. Il le ressuscite en lui rendant le mouvement. Cela signifie que par le baptême, le Christ éveille en nous une nouvelle manière de bouger. C’est ça la vie nouvelle. Nous étions spirituellement des paralysés, et voilà que nous recevons une vie nouvelle qui nous rend le mouvement, qui suscite un élan nouveau dans nos membres eux-mêmes, dans notre corps lui-même. Par le baptême, le Christ rend ainsi le mouvement à nos membres, et même à nos membres physiques. Et c’est déjà comme un avant-goût, comme une annonce de notre résurrection future. Par le baptême c’est un mouvement nouveau qui nous est donné et notre corps lui-même, par nos gestes, par nos expressions, doit exprimer qu’il a reçu cette vie nouvelle. Ce mouvement nouveau qui est ressuscité dans nos membres par le don de l’Esprit Saint, se traduit d’abord par une participation de tout notre corps, de tout notre être, à la louange divine, à la prière, dans la liturgie et dans la prière privée. Exprimer notre louange, notre prière, uniquement par la parole, ce n’est pas suffisant. Il faut que notre corps y soit associé, pour que ce soit notre être entier qui participe, que ce soit quelque chose qui met en œuvre notre cœur, notre sensibilité spirituelle profonde, non pas seulement notre cerveau, notre intelligence. Le signe de la croix, les métanies grandes ou petites, permettent à notre prière de ne pas être quelque chose de cérébral seulement, mais de procéder vraiment de notre cœur, de tout notre être rassemblé. Car le Saint-Esprit réunit notre être, assouplit notre paralysie spirituelle ; il nous fait descendre au niveau du cœur. Nos gestes, nos métanies, nos signes de croix deviennent alors spontanés, libres, nous permettant d’exprimer avec tout notre être ce qui procède de notre cœur. Car c’est le langage du cœur, et ces gestes expriment en réalité la transfiguration de nos corps par la grâce de l’Esprit saint. Si nous nous prosternons, si nous faisons des métanies, si nous nous signons fréquemment, si nous nous inclinons profondément, tout cela est une manière d’exprimer notre adoration, notre humilité, et de les vivre sous la motion la plus intime du SaintEsprit. Et si nous nous tenons debout, comme il convient de le faire le dimanche pendant le temps pascal, c’est parce que nous sommes ressuscités avec le Christ. Cette position debout exprime admirablement notre condition de ressuscités, notre attitude filiale envers le Père céleste. Et lorsque nous nous asseyons, cela ne doit pas être simplement parce que nous sommes fatigués ; nous devons savoir aussi, autant que possible que c’est d’abord la position de l’écoute, celle de Marie, la sœur de Lazare, aux pieds de Jésus. Alors, laissons retentir en nous le message que nous adresse ce récit de l’Évangile, cessons d’être des paralytiques spirituels, et comprenons combien, non seulement dans la liturgie, mais dans toute notre vie courante, par nos corps et par tous nos mouvements, toutes nos allées et venues, tous nos gestes, nous devons traduire cette vie nouvelle que l’Esprit saint a répandue non seulement dans nos cœurs, mais aussi dans nos membres et dans tout notre être.
D’après L’Archimandrite Pl. Deseille, la couronne bénie de l’année chrétienne, vol. 2, pages 181187
Sur l’absence de foi
Noël et Pâques sont souvent des jours déplaisants pour ceux qui ne croient pas en Dieu. Les chrétiens se mettent alors à parler plus ouvertement de leur foi qu’à d’autres moments de l’année, ce qui peut gêner . Noël annonce la naissance de Dieu en tant qu’être humain. Pâques annonce la résurrection d’entre les morts. Pour ceux qui ne croient pas, de tels miracles, dont on fait état avec tant d’éclat et avec une telle assurance de la part des chrétiens, ne font qu’augmenter leur exaspération. On fait alors des réflexions du genre «comment les gens peuvent-ils être aussi crédules?» et alors il vient à l’esprit des exemples de certains chrétiens qui ne sont pas de bons exemples (littéralement : en situation d’échec). Et en proportion des célébrations les pensées d’incrédulité augmentent.
Je ne pense pas que l’absence de foi découle d’un raisonement rationnel ou d’un principe philosophique. J’ai passé trop d’années à observer mon propre cœur et à écouter les pensées des autres pour accepter une notion aussi simpliste de notre comportement en tant qu’êtres humains. Une personne va professer la foi sur la base d’arguments «rationnels», tandis qu’une autre, pour des motifs similaires et donc autant raisonnables, professe l’incrédulité. Le défaut n’est pas dans le raisonnement. Le raisonnement est en fait quelque chose que nous faisons en grande partie «après coup». En effet, cette réalité psychologique a elle-même fait l’objet d’études et s’est révélée largement vraie. Le raisonnement rationnel est l’une des formes d’expression que nous faisons après que notre cœur ait fait son choix. C’est le symptôme de quelque chose d’autre et nous nous faisons mutuellement une grande injustice lorsque nous réduisons la foi et l’incrédulité à ce qu’elles ne sont pas.
Je crois que la mort et la résurrection du Christ sont tout à fait universelles dans leur réalité. Ce ne sont pas des événements isolés, significatifs uniquement dans le système de la croyance chrétienne. Je crois que ce sont des moments singuliers dans l’espace et le temps (et hors de l’espace et du temps) qui révèlent la vérité de toutes choses, de toutes les personnes, et du cœur et de la nature du Dieu qui a créé toutes choses et qui les soutient. Je crois que cela est vrai que ce soit moi ou quelqu’un d’autre qui le croit. La mort et la résurrection du Christ sont les faits les plus fondamentaux et les plus essentiels de la réalité.
Je crois que nous, les chrétiens, nous faisons une grande erreur lorsque nous commençons à parler d’abord de Dieu plutôt que d’abord du Christ et de Sa mort sur la croix et de Sa résurrection d’entre les morts. C’est une erreur parce qu’elle suppose que nous savons quelque chose sur Dieu qui est en quelque sorte «avant» ces événements. Nous ne savons pas, ou bien, si nous pensons savoir, nous nous trompons. La mort et la résurrection du Christ sont l’alpha et l’oméga de ce que Dieu a révélé de Lui même au monde. Rien dans toute la création n’est étranger ou sans rapport avec ces événements.
Cela veut dire que l’incrédulité et la foi font également partie de la mort et de la résurrection de Christ. La mort et la résurrection du Christ contiennent le vide absolu et complet de l’enfer, la menace du non-être et de l’absence du sens, l’absurdité de la souffrance et de l’innocence blessée. La mort et la résurrection du Christ contiennent également la plénitude du paradis, la joie complète de l’existence et l’extase de l’amour transcendant. Tout y est.
Lorsque nous nous tenons devant la Croix du Christ, ou nous agenouillons devant elle et l’honorons, nous honorons également tout ce qui y est contenu. Nous honorons l’incrédulité des athées, la colère et l’amertume de ceux qui sont blessés, la honte de ceux qui n’osent pas se regarder en face. Car Christ ne s’est pas éloigné de telles situations. La Croix est le seul point de rassemblement en Dieu, où «toutes choses sont réunies en Christ » (Éphésiens 1:10). L’incrédulité est une blessure du cœur humain, une maladie de la perception, une cécité noétique ( du terme grec ‘nous’ (νουσ) qui signifie l’oeil du coeur ou de l’âme). La Croix n’est pas étrangère à la cruauté ou à toutes les formes de moqueries et de délices pervers. Toutes ces choses étaient et sont présentes à ce moment-là.
Alors que nous traversons cette vie, nous sommes constamment tentés par les divisions qui nous menacent. Nous voyons le monde comme «eux et nous». Ceux-ci croient; ceux-là ne croient pas. Ceux-ci font attention ; ceux-là s’en fichent. Ceux-ci se comportent bien; pour ceux-là ce n’est pas le cas, etc. etc. Les divisions sont souvent assez insignifiantes. Ces divisions sont principalement les symptômes de notre incapacité à aimer. Les gens qui entouraient le Christ étaient constamment scandalisés par le fait qu’il ne vivait pas comme un ascète et qu’il entrait facilement en contact avec ceux identifiés comme des «pécheurs». Sans aucun doute, beaucoup de ces pécheurs étaient des «incroyants». D’une manière ou d’une autre, Christ a réuni tout le monde et l’a annoncé comme étant au cœur de Sa vie et de Son but.
L’apparition de la croix est également la première apparition parmi nous du jugement du Christ. En tant que tels, ceux qui l’entourent commencent en effet à se séparer. Des deux voleurs, l’un s’accroche au Christ et l’autre l’injure. Mais le Christ sur la croix ne condamne pas. Le Centurion, responsable de sa crucifixion et de la lance enfoncée dans son flanc, deviendra plus tard un saint (Longinus). Notre tâche, cependant, n’est pas de prendre la place du Christ. Le jugement qui a lieu lorsque ceux qui l’entourent réagissent est également la révélation de leurs propres blessures et de la brisure de leur âme.
Le Christ a dit:
Et le Jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Celui qui fait le mal déteste la lumière:il ne vient pas à la lumière de peur que ses œuvres soient dénoncées ;mais celui qui fait la vérité vient à la lumière pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. (Jean 3:19-21).
C’est à nous de nous tenir dans la lumière, où nos propres actions, quelque soit leur nature, peuvent être révélées. Je pense que si nous faisons réellement «ce qui est vrai», notre cœur ne va pas condamner mais il va pleurer et désirer ardemment la guérison de tous.
L’incrédulité est une blessure de l’âme qui se situe probablement beaucoup plus profondément que l’impression que nous avons le choix. Elle est souvent enfouie au plus profond de l’enfer qui s’est formé au creux de la pudeur d’une âme. Cette blessure nécessite la descente du Christ en enfer, et peut-être des luttes féroces qui nous sont cachées... Lorsque l’Église proclame: «Le Christ est ressuscité des morts, par la mort il a vaincu la mort et à ceux qui sont dans les tombeaux il a donné la vie», il est profondément important de se rappeler que nous avons à l’esprit l’âme de ceux qui sont tellement blessés.
Il nous appartient de célébrer, de chanter et de danser, même si certains, pour l’instant, refusent de se joindre à nous. Le vrai Christ révélé par la Croix, est un Dieu sauveur, un Dieu qui cherche, un Dieu qui frappe à la porte, un Dieu qui piétine la mort, un Dieu qui guérit, un Dieu ressuscité qui ne désire pas que nous ne Le connaissions pas.
C’est le Dieu Bon qui aime l’humanité.
Source : https://blogs.ancientfaith.com/glory2godforallthings/2020/04/16/good-friday-and-unbelief/
Ce que la pandémie nous apprend : issu des conversations du Métropolite Athanase de Limassol (Chypre) avec les paroissiens
Source:https://orthodoxologie.blogspot.com/2020/04/ce-que-la-pandemie-nous-apprend.html
Issu des conversations du Métropolite Athanase de Limassol avec les paroissiens
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L’Église a sa propre façon de relever les défis
Nous ferons ce qui dépend de nous sur le plan humain et nous remercions les responsables, les scientifiques, les politiciens et le gouvernement, ceux qui nous expliquent comment nous comporter dans cette situation difficile. Sans ignorer la réalité objectivement difficile et en tant que peuple d’Église, nous avons certainement notre propre façon de nous aider à juger, évaluer et utiliser pour le bien les épreuves que nous rencontrons sur le chemin de la vie. C’est pourquoi nous devons faire preuve de prudence dans nos rapports avec cette épreuve, en observant toutes les mesures – sociales, scientifiques et autres – mais avant tout avec confiance en Dieu, en la Mère de Dieu et dans les saints de notre Église. L’Église nous enseigne toujours et nous appelle à prier dans les moments difficiles.
Seule la prière peut changer le cours des événements !
Cette situation critique peut être surmontée. Elle peut être surmontée par la prière. Nous devons beaucoup prier. Nous avons besoin de personnes qui, par la force de leur prière, peuvent renverser la situation mondiale, car en fin de compte, seule la prière peut changer le cours des événements. Toutes les autres mesures sont l’œuvre de mains humaines. Elles sont bonnes et utiles, mais la prière peut vraiment, en un instant, tout changer et dissiper cette épreuve, qui a d’ailleurs un côté positif, car elle nous apprend beaucoup de choses.
Que nous apprend la pandémie ?
Elle nous apprend notre faiblesse. Elle nous apprend la vanité des choses humaines. Elle nous apprend que tout ce que nous voyons autour de nous est transitoire. Nous devrions comprendre que notre principale aspiration devrait être le Royaume de Dieu. Comme le dit le Seigneur dans le Saint Évangile : Cherchez d’abord le Royaume de Dieu. Tout le reste vous sera donné par le Seigneur de gloire, le Christ. Le Royaume de Dieu – c’est ce dont nous avons vraiment besoin. C’est pourquoi l’Église nous appelle à l’ascèse de la prière [podvig de prière] issue de la repentance et de l’humilité.
Repentons-nous donc de nos péchés, des péchés du monde entier ! Offrons à Dieu la puissance de la prière, en vivant avec un cœur humble et repentant. Alors le Seigneur aura pitié et changera le cours de l’histoire.
Si nous prions, alors tout change. Si nous ne prions pas, alors nous marchons sur un chemin humain, dont on ne sait pas comment il sera et où il nous mènera.
Les églises sont ouvertes. Que ceux qui le veulent viennent !
Les églises [à Chypre] restent ouvertes. Les services divins n’y seront pas interrompus. Nos prêtres et nous sommes tous dans la position dans laquelle le Seigneur nous a placés. En tant que pasteurs de l’Église, nous offrons des prières, des offices et la Divine Eucharistie pour le monde entier. Que ceux qui le veulent viennent ! Ceux qui ressentent une difficulté, un manque de force ou autre chose, qu’ils agissent selon leur compréhension de la situation. Nous n’avons pas le droit de juger qui que ce soit. Nous prions pour le monde entier, pour tout « Adam », pour toute l’humanité.
Quelqu’un peut se demander : mais nous, ceux qui viennent à l’église, ne risquons-nous pas de tomber malades ? Nous tomberons malades et nous mourrons. Qui vous a dit que nous serons immortels dans ce monde ? Aviez-vous vraiment besoin du coronavirus pour savoir que nous allons mourir ? Avez-vous vraiment eu besoin du coronavirus pour savoir que nous allons tomber malade ?
Vous souvenez-vous de ce qu’ont dit les quarante martyrs de Sébaste ? Faisons le bien avec zèle ! Puisque nous allons mourir de toute façon, il vaut mieux mourir honnêtement avec nous-mêmes et en étant agréables à Dieu.
Ayons le souvenir de la mort, dont notre compatriote saint Néophyte le Reclus disait que la crainte de Dieu au souvenir de la mort est un bien plus élevé que tous les autres biens, car il nous rappelle que nous allons quitter ce monde vain et nous tenir devant le Seigneur.
Nous nous dirigeons tous vers Pâques
Que nous donne l’Église ? L’intrépidité : la victoire sur la peur de la mort. La mort biologique nous attend tous, sans exception, mais pas la mort spirituelle : Elle ne menace pas un homme qui croit en Dieu. « Celui qui croit en moi ne verra jamais la mort », dit le Seigneur (cf. Jn 8, 51). C’est-à-dire que celui qui croit en Dieu ne verra jamais la mort ; biologique – oui, spirituelle – non. Mais c’est ce qui nous fait peur : la mort spirituelle, notre séparation éternelle du Christ. Cela nous terrifie. Nous espérons que cela ne nous arrivera pas, car la mort biologique est temporaire, mais [la mort spirituelle] est une séparation éternelle !
Que nous soyons saints ou pécheurs, nous entrerons tous par les portes de la mort biologique. Quoi que nous soyons, nous nous dirigeons tous vers Pâques, vers la Résurrection du Christ, qui a piétiné la mort, dont nous entendons parler la nuit de Pâques. Que personne ne craigne la mort. Le Seigneur nous a délivrés de la peur de la mort par Sa mort. Il n’y a plus de mort, il y a la vie éternelle, le Christ, et le Royaume de Dieu dans les siècles des siècles.
C’est avec une telle foi que nous traverserons l’épreuve qui nous a été envoyée – sans panique, sans peur, sans pensées humaines. Nous irons en appelant à l’aide l’amour de notre Seigneur Jésus-Christ.
L’amour de Dieu triomphe de la peur
Nous savons que notre vie dans ce monde a une « date d’expiration ». Mais nous savons aussi que la mort est une transition entre des choses vaines et des choses éternelles, vers le Royaume éternel de Dieu. La crise actuelle est un jugement sur notre foi, notre vie, nos pensées et la qualité de notre lien avec Dieu le Père.
L’Église reste un serviteur priant du Dieu vivant, indépendamment de tout calcul et de toute convoitise humaine. Elle donne l’espoir que Dieu est au-dessus de tout – non pas pour que nous négligions les efforts humains, mais pour que nous surmontions la peur de la mort. Elle est vaincue par l’Amour. L’amour parfait chasse la peur. Celui qui aime Dieu ne craint rien. Il n’est assombri par aucune épreuve dans ce monde, parce que l’Amour de Dieu vainc la peur et donne un sentiment de vie éternelle.
Sans la lumière du Christ, l’obscurité est insupportable
Dans notre métropole, dans la cathédrale et dans d’autres églises, l’onction sera servie tous les jeudis, soit avant soit après les Grandes Complies pour la guérison de l’âme et du corps. L’Église nous donne la médecine pour la vie éternelle. Avec les médicaments biologiques et chimiques fabriqués par l’homme, l’Église nous donne le saint sacrement de l’Onction, pour donner à nos âmes et à nos corps la force de passer à travers tout ce qui nous arrive – tant la vie que la mort – en maintenant notre paix intérieure.
La mort a été mise à mort par la mort du Christ, comme le disent les saints Pères de l’Église. Espérons en Christ. Faisons appel à la Très Sainte Génitrice de Dieu et aux saints Pères, et allons de l’avant avec foi et en toute sérénité. Ainsi, nous réconforterons nos frères.
Pensez à quel désespoir, quelle peur, quelle insécurité, quelle crainte vit dans le cœur des personnes qui ne sont pas éclairées par la Lumière du Christ ! C’est une véritable tragédie – la vie sans Dieu ! C’est une vie tragique sans la Sainte Église ! L’homme ne peut pas vivre sans le Christ. Sans la lumière du Christ, l’obscurité est insupportable !
Par conséquent, tous ceux d’entre nous qui croient au Christ et invoquent Son Saint Nom apporteront l’espoir, la joie, la paix, le calme, la tranquillité et le courage au cœur de nos frères, en faisant appel à la Présence et à l’Amour de notre Seigneur Jésus-Christ pour les aider.
Version française Claude Lopez-Ginisty
d’après
Saints vendredi et samedi
Extraits de Le Mystère pascal : commentaires liturgiques par Alexandre Schmemann et Olivier Clément, Collection Spiritualité orientale N°16, La semaine sainte (p. 35-45) Par Alexandre Schmemann
Le Saint Sabbat le ‘grand et saint Sabbat » est le jour qui lie le Vendredi saint, la commémoration de la croix, au jour de la Résurrection. Pour beaucoup, la vraie nature et le sens de ce lien, la réelle nécessité de ce jour intermédiaire, reste obscure. Pour la grande majorité de ceux qui vont à l’église, les jours « importants » de la grande semaine sainte sont le vendredi et le dimanche, la Croix et la Résurrection. Ces deux jours, cependant, restent en quelque sorte distincts. Il y a un jour de tristesse, puis un jour de joie. Dans cette succession, la tristesse est simplement remplacée par la joie. Mais selon l’enseignement de l’Église, exprimé dans sa tradition liturgique, la nature de cette succession n’est pas une simple substitution. L’Église proclame que le Christ a « écrasé la mort par la mort »; cela veut dire que, même avant la résurrection, se place un événement dans lequel la tristesse n’est pas simplement remplacée par la joie, mais elle-même transformée en joie. Le grand Samedi est précisément ce jour de transformation, le jour où la victoire germe de l’intérieur même de la défaite, lorsqu’avant la résurrection il nous est donné de contempler la mort de la mort elle-même… Et tout cela est exprimé – plus encore : tout cela est réellement actualisé – chaque année, dans ce merveilleux office du matin, dans la commémoration liturgique qui devient pour nous un « présent » sauveur et transformant.
Lorsque nous venons à l’église, le matin du Samedi saint, le Vendredi vient juste de se terminer, du point de vue liturgique. C’est pourquoi la tristesse du Vendredi est le thème initial, le point de départ des Matines du Samedi. Cet office commence comme un office des funérailles, une lamentation sur un mort. Après le chant des tropaires funéraires et un lent encensement de l’église, les célébrants s’approchent de l’Épitaphion. Nous sommes devant le tombeau de notre Seigneur, nous contemplons sa mort, sa défaite. Le psaume 118 est chanté, et à chaque verset on ajoute un chant spécial qui exprime l’horreur des hommes et la stupeur de la création tout entière devant la mort de Jésus. « Collines et vallons, et vous, foule des hommes, pleurez !
Et vous, tout l’univers, lamentez-vous avec moi, la Mère de votre Dieu. »
Et cependant, dès le début, accompagnant le thème initial de tristesse et de lamentation, apparaît un nouveau thème qui deviendra de plus en plus apparent. Nous le trouvons avant tout dans le même psaume 118: « Heureux ceux qui sont irréprochables dans leurs voies, ceux qui marchent dans la loi du Seigneur. » Dans notre pratique liturgique actuelle, ce psaume est utilisé seulement aux offices des défunts, ‘d’où sa référence « funéraire » pour le commun des fidèles. Pourtant, dans la tradition liturgique primitive, ce psaume était une des parties essentielles de la vigile du dimanche, la commémoration hebdomadaire de la résurrection du Christ. Son contenu n’est pas du tout funéraire : ce psaume est l’expression la plus pleine et la plus pure de l’amour pour la Loi de Dieu, c’est-à- dire pour le dessein divin sur l’homme et sur sa vie. La vraie vie, celle que l’homme a perdue par le péché, consiste à garder, en accomplissant la loi divine, cette vie avec Dieu, en Dieu et pour Dieu, pour laquelle il a été créé. « Je me suis réjoui dans la voie de tes témoignages comme si je possédais tous les trésors. » (v. 14) « Je méditerai les merveilles de ta loi. » (v. 16) Et puisque le Christ est l’image de l’accomplissement parfait de cette loi, puisque sa vie tout entière n’a consisté qu’à accomplir la volonté du Père, l’Église interprète ces paroles du psaume comme adressées au Père par le Christ au tombeau: « Vois, j’ai aimé tes commandements, Seigneur; dans ta miséricorde, vivifie-moi. » (v. 159) La mort du Christ est la preuve suprême de son amour pour la volonté de Dieu, de son obéissance au Père. Elle est un acte de pure obéissance, de confiance totale en cette volonté; et, pour l’Église, c’est précisément cette obéissance jusqu’à la fin, cette parfaite humilité du Fils qui est le fondement et le commencement de sa victoire. Le Père désire cette mort, le Fils l’accepte, révélant ainsi une foi inconditionnée dans la perfection de la volonté du Père et dans la nécessité de ce sacrifice du Fils par le Père. Le psaume 118 est le psaume de cette obéissance, et, de ce fait, il annonce que, dans l’obéissance, le triomphe a commencé. Mais pourquoi le Père désire-t-il cette mort? Pourquoi est-elle nécessaire? La réponse à ces questions constitue le troisième thème de notre office, et il se trouve exprimé dans les stances intercalées entre les versets du psaume 118. Elles décrivent la mort du Christ comme sa descente dans l’Hadès. Dans le langage concret de la Bible, « l’Hadès » est le royaume de la mort, cet état de ténèbres, de désespoir et de destruction qu’est la mort. Et puisqu’il est le royaume de la mort, que Dieu n’a pas créée et qu’il n’a pas voulue, cela signifie aussi que le Prince de ce monde est tout puissant dans le monde. Satan, péché, mort: telles sont les dimensions de l’Hadès, son contenu. Car le péché vient de Satan, et son fruit, c’est la mort : « Le péché est entré dans le monde et par le péché, la mort » (Rom. 5,12).
« La mort a régné d’Adam à Moïse » (ibid. 5,14). L’univers tout entier est devenu un cimetière cosmique, et il était condamné à la destruction et au désespoir. Voilà pourquoi « le dernier ennemi, c’est la mort » (I Cor. 15,26), et sa destruction constitue le but ultime de l’Incarnation. La rencontre avec la mort est « l’heure » du Christ, celle dont il disait: « C’est pour cette heure que je suis venu » (Jn 12,27). Et maintenant, elle est venue, et le Fils de Dieu entre dans la mort. Les Pères ont généralement décrit ce moment comme un duel entre le Christ et la mort, entre le Christ et Satan, car cette mort devait être ou bien le dernier triomphe de Satan, ou bien sa défaite décisive. Le duel se déroule en plusieurs étapes. D’abord les forces du mal semblent triompher; le Juste est crucifié, abandonné de tous; il endure une mort ignominieuse; il devient, de plus, participant de l’Hadès, ce lieu de ténèbres et de désespoir… Mais au même moment apparaît le vrai sens de sa mort. Celui qui meurt sur la croix possède la vie en lui-même, c’est-à-dire qu’il a la vie, non comme un don reçu de l’extérieur, quelque chose qu’on pourrait lui enlever, mais qu’elle est sa propre essence. Il est la vie et la source de toute vie. « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes. » Comme homme, il peut réellement mourir; mais en lui c’est Dieu qui entre dans le royaume de la mort, qui goûte à la mort. Telle est la portée unique et incomparable de la mort du Christ : l’homme qui meurt est Dieu ou, plus exactement, l’Homme-Dieu. Dieu est le Saint immortel; et c’est seulement dans l’unité, sans confusion, sans changement, sans division ni séparation de Dieu et de l’homme dans le Christ que la mort humaine peut être assumée par Dieu, et être vaincue et détruite du dedans, « écrasée par la mort ». Maintenant nous comprenons pourquoi Dieu désire cette mort, pourquoi le Père y livre son Fils unique. Il désire le salut de l’homme, c’est-à-dire que la destruction de la mort ne soit pas un acte de sa puissance (« Ne sais-tu pas que je peux prier le Père de m’envoyer sur l’heure plus de douze légions d’anges ? »), ni une violence, fût-elle salvatrice, mais un acte de cet amour, de cette liberté et de cette libre consécration à Dieu, pour lesquels il créa l’homme. Tout autre mode de salut aurait été contraire à la nature de l’homme et n’aurait donc pas été un réel salut. D’où la nécessité de l’Incarnation et la nécessité de cette mort divine… Dans le Christ, l’homme restaure l’obéissance et l’amour; par le Christ, l’homme peut vaincre le péché et le mal. Il était essentiel que la mort fût non seulement détruite par Dieu, mais vaincue et terrassée dans la nature humaine elle-même, par l’homme et dans l’homme. « C’est par un homme que la mort est venue; c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts » (I Cor. 15,21). Le Christ accepte librement la mort, et de sa vie il dit que « personne ne peut me la prendre, mais je la donne de moi-même » (Jn 10,18). Ce ne fut pas sans lutte : « Et il commença à être triste et abattu » (Matth. 26,27). Ainsi s’accomplit la pleine mesure de son obéissance, ainsi se trouve détruite la racine morale de la mort, de la mort comme rançon du péché. Toute la vie de Jésus est en Dieu, comme toute vie humaine devrait l’être; et c’est cette plénitude de vie, cette vie riche de sens et de contenu, toute pleine de Dieu, qui triomphe de la mort et détruit son pouvoir. Car la mort est avant tout absence de vie, destruction de la vie qui s’est coupée de sa seule source. Et parce que la mort du Christ est un mouvement d’amour vers Dieu, un acte d’obéissance et de confiance, de foi et de perfection, elle est un acte de vie – « Père, entre tes mains je remets mon esprit » (Luc 23,46) – qui détruit la mort. C’est la mort de la mort elle-même. Tel est le sens de la descente de Jésus dans l’Hadès, de sa mort devenant sa victoire. Et la lumière de cette victoire illumine maintenant notre veille près du tombeau : « Ô Vie, comment peux-tu mourir? Comment séjournes-tu au tombeau? – Mais c’est pour détruire la puissance de la mort et ressusciter les morts de l’enfer. « Tu fus déposé au tombeau, ô Christ, toi la Vie! Par ta mort, tu as détruit la puissance de la mort, et pour le monde, tu as fait jaillir la vie. « Ô joie que celle-là! O grande volupté que celle dont tu as rempli les morts détenus dans l’enfer, en faisant luire la lumière dans leurs sombres profondeurs ! » La Vie entre dans le royaume de la mort; la lumière divine en inonde les affreuses ténèbres, et elle brille pour tous ceux qui y séjournent, car le Christ est la vie de tous, l’unique source de toute vie. Il meurt donc pour tous, car tout ce qui atteint sa vie atteint la Vie elle-même… La descente dans l’Hadès est la rencontre de la vie de tous avec la mort de tous: « Tu es descendu sur terre pour sauver Adam et ne l’y trouvant pas, ô Maître, tu es allé le chercher jusque dans l’enfer. » La tristesse et la joie se livrent combat, et, maintenant, la joie est sur le point de l’emporter. Les stances sont achevées; le dialogue, le duel entre la vie et la mort est à son terme. Et pour la première fois résonne le chant de triomphe et de joie: c’est le tropaire sur le psaume 118 (Eulogitaria) chanté à chaque vigile du dimanche, à l’approche du jour de la résurrection « La multitude des anges fut stupéfaite en te voyant compté parmi les morts, ô Sauveur, tandis que tu anéantissais la force de la mort et qu’avec toi tu réveillais Adam, et libérais tous les hommes. « Pourquoi mêlez-vous vos larmes à la myrrhe, disciples ? disait aux myrophores l’ange resplendissant qui se trouvait dans le tombeau. Examinez vous-mêmes le sépulcre et voyez : Le Sauveur est ressuscité et sorti du tombeau. » Puis vient le beau canon du grand Samedi, dans lequel tous les thèmes de cet office, depuis la lamentation funéraire jusqu’à la victoire sur la mort, sont résumés et approfondis; il se termine par cette invitation : « Que la création soit dans l’allégresse! Que tous les habitants de la terre se réjouissent, car l’enfer ennemi est dépouillé. « Que les femmes viennent avec leurs aromates Je délivre Adam, Ève et toute leur race. Et le troisième jour, je ressusciterai. » Dès lors la joie pascale illumine l’office. Nous sommes encore devant le Christ au tombeau, mais celui-ci nous a été révélé comme le tombeau qui donne la vie. En lui gît la vie. En lui, une nouvelle création naît, et une fois encore, le septième jour, le jour du repos, le Créateur se repose de toutes ses œuvres. « La vie s’est endormie, et l’Hadès tremble », et nous contemplons ce Sabbat béni, le repos solennel de celui qui nous redonne la vie : « Venez, contemplons notre vie enfermée dans le tombeau… » Tout le sens et la profondeur mystique de ce septième jour, jour de parfait accomplissement, nous sont maintenant révélés, car « Le grand Moïse préfigura mystiquement ce jour lorsqu’il dit : Dieu bénit le septième jour. Voici le Sabbat béni, voici le jour du repos en lequel le Fils unique de Dieu se reposa de toutes ses œuvres. »
On fait alors le tour de l’église, processionnellement, avec l’Epitaphion, mais ce n’est pas une procession funéraire. C’est le Fils de Dieu, le Saint immortel, qui traverse les ténèbres de l’Hadès, annonçant à « l’Adam de toute génération » la joie de la résurrection prochaine; « telle la lumière du matin qui jaillit de la nuit », il proclame que « tous les morts ressusciteront, tous ceux qui gisent dans les tombeaux vivront et toute la création se réjouira… » Nous retournons à l’église. Nous connaissons déjà le mystère de la mort vivifiante du Christ. L’Hadès est vaincu, l’Hadès tremble. Apparaît alors le dernier thème, celui de la Résurrection. Le Sabbat, le septième jour, achève et complète l’histoire du salut, son dernier épisode étant la victoire sur la mort. Mais après le sabbat vient le premier jour d’une création nouvelle, la vie nouvelle née du tombeau. Le thème de la résurrection commence à retentir dans le prokiménon « Lève-toi, Seigneur, viens à notre aide! Délivre-nous à cause de ton amour. O Dieu, nous avons entendu de nos oreilles… » Il se prolonge dans la première lecture, celle de la prophétie d’Ézéchiel sur les os desséchés (ch. 37) : « Les ossements étaient très nombreux sur le sol de la vallée, et ils étaient complètement desséchés. » C’est la mort triomphant dans le monde, ce sont les ténèbres, l’implacable et universelle sentence de mort. Mais Dieu parle au prophète, lui annonçant que tel n’est pas le destin dernier de l’homme. Les ossements desséchés entendront la Parole du Seigneur et les morts revivront: « Voici que j’ouvrirai vos tombeaux, et je vais vous faire remonter de vos tombeaux, et je vous ramènerai sur le sol d’Israël. » A la suite de cette prophétie, le deuxième prokiménon redit la même prière, lance le même appel : « Lève-toi, Seigneur, et délivre-nous à cause de ton Nom ! » Cela adviendra-t-il ? Comment cette résurrection universelle est-elle possible? C’est la deuxième lecture qui nous le dit (I Cor. 5,6 et Gal. 3,13-14) : « Un peu de levain fait lever toute la pâte… » Le Christ, notre Pâque, est ce levain de la résurrection de tous. Comme sa mort détruit le principe même de la mort, sa résurrection est le gage de la résurrection de tous, car sa vie est la source de toute vie. Les versets de l’Alléluia, qui sont aussi ceux qui ouvriront l’office de Pâques, concordent avec la réponse finale, la certitude que le temps de la nouvelle création, celui du jour sans soir, a déjà commencé: « Alléluia ! Que Dieu se lève et que ses ennemis se dispersent et qu’ils fuient devant sa Face, ceux qui le haïssent! « Alléluia! Comme se dissipe la fumée, ils se dissipent; comme fond la cire devant le feu. » La lecture des prophéties est terminée. Cependant nous n’avons entendu que des prophéties. Nous sommes encore au grand Samedi, devant le tombeau du Christ.
Il nous faut vivre ce long jour avant d’entendre à minuit : « Christ est ressuscité ! » et avant d’entrer dans et avant d’entrer dans la célébration de sa Résurrection. C’est pourquoi la troisième lecture (Matth. 27,62-66) nous parle encore du tombeau : « Ils y mirent un sceau et postèrent des gardes. » C’est probablement à ce tout dernier moment des Matines que le sens ultime de ce jour intermédiaire devient manifeste. Le Christ s’est levé d’entre les morts ; sa Résurrection, nous la célébrerons le jour de Pâques. Cependant, cette célébration commémore un événement unique du passé et elle anticipe un mystère de l’avenir. C’est déjà la résurrection, mais pas encore la nôtre. Nous devrons mourir, accepter la mort, la séparation, la destruction. La réalité de notre situation en ce monde, dans cet « éon », est la réalité du grand Samedi; ce jour est la réelle image de notre condition humaine. Nous croyons en la résurrection parce que le Christ est ressuscité des morts. Nous attendons la résurrection. Nous savons que la mort du Christ a vaincu le pouvoir de la mort, et que celle-ci n’est plus l’issue sans espoir, la fin de tout… Baptisés en sa mort, nous communions â sa vie qui a surgi du tombeau. Nous recevons son corps et son sang qui sont nourriture d’immortalité. Nous avons en nous le gage, l’anticipation de la vie éternelle… Toute notre existence chrétienne trouve sa dimension dans ces actes de communion à la vie nouvelle dans l’éon nouveau du Royaume. Et cependant, nous sommes encore là, et la mort est notre lot inévitable. Mais cette vie entre la résurrection du Christ et le jour de la résurrection générale n’est-elle pas précisément la vie du grand Samedi? L’attente n’est-elle pas la catégorie fondamentale et essentielle de l’expérience chrétienne? Nous attendons dans l’amour, l’espérance et la foi. Et cette attente « de la résurrection et de la vie du monde â venir », cette vie « cachée en Dieu avec le Christ » (Col. 3,3-4), cette croissance dans l’espérance, accompagnée d’amour et de certitude, tout cela constitue notre propre « grand Samedi’. Peu à peu, toutes choses dans ce monde deviennent transparentes à la lumière qui en émane; « la figure de ce monde passe », et cette vie impérissable avec le Christ devient notre valeur suprême et ultime. Chaque année, le grand Samedi, après l’office du matin, nous attendons la nuit de Pâques et la plénitude de la joie pascale. Nous savons qu’elles sont proches, et pourtant combien lente est cette venue, combien long ce jour! Le silence et la paix merveilleuse du grand Samedi ne sont-ils pas les symboles de notre vie même en ce monde? Ne sommes-nous pas toujours dans ce jour intermédiaire, dans l’attente de la Pâque du Christ, nous préparant au jour sans soir de son Royaume?
Samedi saint
Pendant les premiers siècles de l’histoire de l’Église, et en particulier aux IVe et Ve siècles, à l’âge d’or des Pères de l’Église, la liturgie du samedi saint constituait à elle seule toute la célébration de la fête de Pâques. Le soir du Grand Samedi, on célèbre les vêpres, puis après l’hymne vespéral Joyeuse Lumière, venaient les 12 ou 15 lectures bibliques : cet ensemble de lectures de l’Ancien Testament rassemble tous les textes essentiels qui annonçaient et préfiguraient toute l’économie nouvelle qui serait
accomplie par le Christ, toute la Nouvelle Alliance qui ne serait plus inscrite sur des tables de pierre, mais dans les cœurs des hommes par l’Esprit Saint. Ces lectures font déjà entrevoir la Pentecôte, le don de l’Esprit Saint par le Christ crucifié et ressuscité, et son Retour glorieux à la fin des temps. Le Christ a assumé notre nature humaine dans son état de souffrance et de mort, pour lui communiquer par son contact cette vie divine, cette énergie divine qui rayonnait de sa personne divine, et ainsi la ressusciter. C’est là l’effet inséparable des deux prodigieux mystères de l’Incarnation et de la Résurrection. Les théologiens ont distingué avec raison le mystère de l’Incarnation et le mystère de la Rédemption. Mais ces deux mystères étaient les deux phases d’une démarche unique du Christ qui, par son incarnation dans le sein de la Vierge Marie à l’annonciation, par sa naissance à Bethléem, entraient ainsi en contact, en union profonde, avec non seulement ce corps particulier qu’il assumait, mais aussi, par ce corps, avec toute l’humanité, avec les corps et les âmes de tous les hommes qu’il comptait en lui, qu’il assumait. C’est pour cela qu’il pouvait dire à ses apôtres : « ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites » (Matthieu 25,40). Du fait de l’incarnation du Christ, il y a déjà une union de tout homme avec le Christ. Certes, pour obtenir son salut personnel, il faut que chacun ratifie cette inclusion virtuelle dans le Christ, mais elle est déjà quelque chose de réel. Et par la foi, par les sacrements, par toute notre vie chrétienne, nous pouvons assumer véritablement, pour notre compte personnel, c’est inclusion dans le Christ par ce contact avec ce corps et cette âme qu’il avait assumés, qui étaient le corps et l’âme non pas d’une personne humaine, mais du Verbe de Dieu, qui avait pour cela une dimension qui lui permettait d’atteindre toute l’humanité. Lorsque nous voyons l’image du Christ en croix, il faut bien nous rappeler que c’est précisément le Verbe, c’est le Fils de Dieu, la seconde personne de la Sainte Trinité, toujours vivant en sa nature divine, mais qui a assumé ainsi la souffrance et la mort, pour les changer, pour les détruire finalement, en les transformant en geste d’amour et d’obéissance à l’égard de son Père, et d’amour à l’égard de tous ses frères, les hommes. Il a aimé les siens jusqu’à la fin et par là même, il a changé le sens de la souffrance de la mort et nous pouvons maintenant vivre notre souffrance, vivre notre mort, l’expression est paradoxale, oui, nous avons à vivre notre mort déjà durant notre vie terrestre, qui porte l’image de notre mort à venir. Tout cela, nous pouvons le porter dans le Christ, avec Lui vivant en nous, accepter de revivre ce qu’Il a vécu, sa souffrance, sa mort sur la croix. Il y a là une grâce vraiment extraordinaire. C’est la grande merveille de Dieu dont toutes les merveilles de l’Ancien Testament étaient l’annonce et la figure. Tout l’enseignement des Pères de l’Église n’est pas autre chose qu’une exégèse à la lumière de l’Esprit Saint de tous les textes bibliques qui sont lus justement le jour du samedi saint. C’est à partir d’eux qu’il pouvait dire aux fidèles ce qu’était le mystère chrétien, dans sa plénitude, dans sa splendeur. Revivons nous-mêmes tout cela et rendons grâce au Seigneur pour ce don ineffable qu’Il nous a fait en se réduisant, en s’abrégeant à nous dimension pour pouvoir nous ressusciter
et désormais, si nous le voulons bien, vivre en nous, que nous ne soyons plus seuls, que notre énergie, notre action, ne soit plus seulement de nature humaine, et que par la pratique de la charité sous toutes ses formes, que ce soit vraiment le Christ qui vive en nous, que ce soit vraiment cette énergie du Christ, qui est entré en contact avec nous, par son incarnation. C’est cela qui permet au Christ de vivre en nous et à nous de vivre de sa vie. Oui, « si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Galates 2,20) disait Saint Paul. Cette parole résume toute notre vie chrétienne.
D’après l’archimandrite Placide Deseille, la couronne bénie de l’année chrétienne, volume 2, pages 144-150
Saint et Grand Lundi de la Grande Semaine
Grand lundi de la semaine de la passion
Le lundi saint, l’Église orthodoxe se souvient du figuier qui fut maudit par le Seigneur. Cet événement est une démonstration de la puissance divine du Christ et du jugement de Dieu sur ceux qui ne Le suivent pas. En ce jour également, l’Église se souvient du patriarche Joseph. L’histoire de Joseph dans l’Ancien Testament est le reflet du Christ parce que Joseph s’est trouvé dans une situation difficile mais par la suite il a eu le pouvoir, tout comme Christ va bientôt le faire.
Les hymnes et les lectures du lundi saint, du mardi saint et du mercredi saint sont des rappels à l’Église des derniers enseignements du Christ à ses disciples.
A propos de notre lutte ascétique
Si nous embrassons le christianisme avec dévouement de cœur et d’esprit, nous recevrons le pouvoir de vivre dans ce monde, rempli comme il est, de tentations et de déceptions, tout en restant fidèles à notre vocation de peuple saint. S’engager à être des chrétiens à plein temps, nous donne le pouvoir de vivre notre vie de telle manière que nous rendons gloire et témoignons du Christ même que nous adorons.
Si, cependant, nous évitons la lutte ascétique et choisissons de garder notre foi chrétienne de côté, et que nous rejetons l’engagement réel, nous serons finalement devenus chrétiens de nom seulement. Pour ceux qui, par paresse ou égoïsme personnel, choisissent de reléguer le jeûne, la prière privée et même la fréquentation de l’église, comme quelque chose qui se fait uniquement lorsque nous nous sentons « d’humeur » pour le faire, ils se tiendront finalement devant le Trône de Dieu, avec un cœur obscurci qui ne peut pas résister à la puissance de Dieu, et l’éternité sera un lac de feu.
Avec amour en Christ,
Abbé Tryphon