Sur l’absence de foi

Noël et Pâques sont souvent des jours déplaisants pour ceux qui ne croient pas en Dieu. Les chrétiens se mettent alors à parler plus ouvertement de leur foi qu’à d’autres moments de l’année, ce qui peut gêner . Noël annonce la naissance de Dieu en tant qu’être humain. Pâques annonce la résurrection d’entre les morts. Pour ceux qui ne croient pas, de tels miracles, dont on fait état avec tant d’éclat et avec une telle assurance de la part des chrétiens, ne font qu’augmenter leur exaspération. On fait alors des réflexions du genre «comment les gens peuvent-ils être aussi crédules?» et alors il vient à l’esprit des exemples de certains chrétiens qui ne sont pas de bons exemples (littéralement : en situation d’échec). Et en proportion des célébrations les pensées d’incrédulité augmentent.

Je ne pense pas que l’absence de foi découle d’un raisonement rationnel ou d’un principe philosophique. J’ai passé trop d’années à observer mon propre cœur et à écouter les pensées des autres pour accepter une notion aussi simpliste de notre comportement en tant qu’êtres humains. Une personne va professer la foi sur la base d’arguments «rationnels», tandis qu’une autre, pour des motifs similaires et donc autant raisonnables, professe l’incrédulité. Le défaut n’est pas dans le raisonnement. Le raisonnement est en fait quelque chose que nous faisons en grande partie «après coup». En effet, cette réalité psychologique a elle-même fait l’objet d’études et s’est révélée largement vraie. Le raisonnement rationnel est l’une des formes d’expression que nous faisons après que notre cœur ait fait son choix. C’est le symptôme de quelque chose d’autre et nous nous faisons mutuellement une grande injustice lorsque nous réduisons la foi et l’incrédulité à ce qu’elles ne sont pas.

Je crois que la mort et la résurrection du Christ sont tout à fait universelles dans leur réalité. Ce ne sont pas des événements isolés, significatifs uniquement dans le système de la croyance chrétienne. Je crois que ce sont des moments singuliers dans l’espace et le temps (et hors de l’espace et du temps) qui révèlent la vérité de toutes choses, de toutes les personnes, et du cœur et de la nature du Dieu qui a créé toutes choses et qui les soutient. Je crois que cela est vrai que ce soit moi ou quelqu’un d’autre qui le croit. La mort et la résurrection du Christ sont les faits les plus fondamentaux et les plus essentiels de la réalité.

Je crois que nous, les chrétiens, nous faisons une grande erreur lorsque nous commençons à parler d’abord de Dieu plutôt que d’abord du Christ et de Sa mort sur la croix et de Sa résurrection d’entre les morts. C’est une erreur parce qu’elle suppose que nous savons quelque chose sur Dieu qui est en quelque sorte «avant» ces événements. Nous ne savons pas, ou bien, si nous pensons savoir, nous nous trompons. La mort et la résurrection du Christ sont l’alpha et l’oméga de ce que Dieu a révélé de Lui même au monde. Rien dans toute la création n’est étranger ou sans rapport avec ces événements.

Cela veut dire que l’incrédulité et la foi font également partie de la mort et de la résurrection de Christ. La mort et la résurrection du Christ contiennent le vide absolu et complet de l’enfer, la menace du non-être et de l’absence du sens, l’absurdité de la souffrance et de l’innocence blessée. La mort et la résurrection du Christ contiennent également la plénitude du paradis, la joie complète de l’existence et l’extase de l’amour transcendant. Tout y est.

Lorsque nous nous tenons devant la Croix du Christ, ou nous agenouillons devant elle et l’honorons, nous honorons également tout ce qui y est contenu. Nous honorons l’incrédulité des athées, la colère et l’amertume de ceux qui sont blessés, la honte de ceux qui n’osent pas se regarder en face. Car Christ ne s’est pas éloigné de telles situations. La Croix est le seul point de rassemblement en Dieu, où «toutes choses sont réunies en Christ » (Éphésiens 1:10). L’incrédulité est une blessure du cœur humain, une maladie de la perception, une cécité noétique ( du terme grec ‘nous’ (νουσ) qui signifie l’oeil du coeur ou de l’âme). La Croix n’est pas étrangère à la cruauté ou à toutes les formes de moqueries et de délices pervers. Toutes ces choses étaient et sont présentes à ce moment-là.

Alors que nous traversons cette vie, nous sommes constamment tentés par les divisions qui nous menacent. Nous voyons le monde comme «eux et nous». Ceux-ci croient; ceux-là ne croient pas. Ceux-ci font attention ; ceux-là s’en fichent. Ceux-ci se comportent bien; pour ceux-ce n’est pas le cas, etc. etc. Les divisions sont souvent assez insignifiantes. Ces divisions sont principalement les symptômes de notre incapacité à aimer. Les gens qui entouraient le Christ étaient constamment scandalisés par le fait qu’il ne vivait pas comme un ascète et qu’il entrait facilement en contact avec ceux identifiés comme des «pécheurs». Sans aucun doute, beaucoup de ces pécheurs étaient des «incroyants». D’une manière ou d’une autre, Christ a réuni tout le monde et l’a annoncé comme étant au cœur de Sa vie et de Son but.

L’apparition de la croix est également la première apparition parmi nous du jugement du Christ. En tant que tels, ceux qui l’entourent commencent en effet à se séparer. Des deux voleurs, l’un s’accroche au Christ et l’autre l’injure. Mais le Christ sur la croix ne condamne pas. Le Centurion, responsable de sa crucifixion et de la lance enfoncée dans son flanc, deviendra plus tard un saint (Longinus). Notre tâche, cependant, n’est pas de prendre la place du Christ. Le jugement qui a lieu lorsque ceux qui l’entourent réagissent est également la révélation de leurs propres blessures et de la brisure de leur âme.

Le Christ a dit:

Et le Jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Celui qui fait le mal déteste la lumière:il ne vient pas à la lumière de peur que ses œuvres soient dénoncées ;mais celui qui fait la vérité vient à la lumière pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. (Jean 3:19-21).

C’est à nous de nous tenir dans la lumière, où nos propres actions, quelque soit leur nature, peuvent être révélées. Je pense que si nous faisons réellement «ce qui est vrai», notre cœur ne va pas condamner mais il va pleurer et désirer ardemment la guérison de tous.

L’incrédulité est une blessure de l’âme qui se situe probablement beaucoup plus profondément que l’impression que nous avons le choix. Elle est souvent enfouie au plus profond de l’enfer qui s’est formé au creux de la pudeur d’une âme. Cette blessure nécessite la descente du Christ en enfer, et peut-être des luttes féroces qui nous sont cachées... Lorsque l’Église proclame: «Le Christ est ressuscité des morts, par la mort il a vaincu la mort et à ceux qui sont dans les tombeaux il a donné la vie», il est profondément important de se rappeler que nous avons à l’esprit l’âme de ceux qui sont tellement blessés.

Il nous appartient de célébrer, de chanter et de danser, même si certains, pour l’instant, refusent de se joindre à nous. Le vrai Christ révélé par la Croix, est un Dieu sauveur, un Dieu qui cherche, un Dieu qui frappe à la porte, un Dieu qui piétine la mort, un Dieu qui guérit, un Dieu ressuscité qui ne désire pas que nous ne Le connaissions pas.

C’est le Dieu Bon qui aime l’humanité.

Source : https://blogs.ancientfaith.com/glory2godforallthings/2020/04/16/good-friday-and-unbelief/

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