Sur ce que nous avons bâti

Toutes les actions que tu accomplis dans ta vie, qu’elles soient grandes ou peu nombreuses, elles ne sont pas ce qui est le plus important. Ce qui est important est de se coller à l’essentiel. Le feu et le vent vont abattre ce que tu as bâti et vont le consumer dans le feu car rien ne résiste au feu qui brûle tout, toute chose est éprouvée par le feu. Mais toi tu seras sauvé car la volonté de Dieu est que tu sois sauvé. Mais tu n’es pas sauvé par tes œuvres même si ce que tu as bâti est très grand, que ce soit de paille ou de bois, d’argile ou d’or, tout va passer et va être éprouvé par le feu et ce qui va demeurer est la miséricorde de Dieu. La miséricorde de Dieu va nous relever, nous sanctifier et nous rendre dignes d’habiter le Royaume des Cieux.

Archimandrite Pantéleimon Farah (+novembre 2021).

Quand la prière personnelle devient universelle. Saint Sophrony l’Athonite.

Quand la prière personnelle devient universelle.
Saint Sophrony l’Athonite.

 

Dans les évangiles on trouve une prédiction du Christ – il me semble que c’est aux chapitres 24 de Matthieu et 22 de Luc; il y est beaucoup question de la fin des temps et des terribles afflictions qui frapperaient le monde entier pour de longues années. Le Seigneur dit d’une manière paradoxale: « Lorsque vous entendrez parler de tout cela, relevez vos têtes, ne vous alarmez pas, car cela doit arriver » (cf. Matthieu 24, 6; Luc 21, 9). C’est en effet, dans la création d’hommes sauvés en Dieu par le Saint-Esprit – déifiés – que se trouve tout le sens de l’histoire.

Bien que la guerre se fût terminée, disons, victorieusement pour la France (j’avais été attiré par ma profession en France qui était à ce moment historique le pays occupant la première place dans la sphère de mon art) je ressentis – comment dire? – la nullité des résultats de cette guerre sur le plan éthique; bien au contraire, elle anéantit de nombreuses valeurs et brisa d’innombrables vies humaines. Je dois cependant vous dire que, malgré tout, les malheurs d’alors n’avaient pas une forme aussi profonde que maintenant, que les souffrances et le désespoir étaient à cette époque considérablement moindres et plus facilement supportables que les souffrances actuelles.

Nous sommes nés dans un monde différent

Pourquoi est-ce que je vous parle maintenant de cela? C’est parce qu’à nous, moines de notre époque, se pose la question: comment devons-nous organiser notre vie monastique de telle sorte que nous trouvions le salut en Dieu? Dans le monde tel que je l’observe, le progrès réalisé sur le plan scientifique, depuis l’époque où je suis entré au monastère, est colossal. Par contre, les hommes qui vivaient à l’époque de la première édition de la Philocalie, (1784, N.d.T.), possédaient une patience incomparablement plus grande, un espoir dans le salut incomparablement plus grand que maintenant.

Les conditions de la vie du monde ont changé, si bien que les gens qui se marient et donnent le jour à des enfants, les mettent au monde dans un contexte très différent de celui de jadis: à bien des égards il y a une amélioration, mais, dans une proportion encore plus grande, la procréation d’enfants dans ce monde est devenue un problème bien plus difficile qu’autrefois.

Une ascèse adaptée à nos forces

L’apôtre Paul dit quelque part que les Pères d’autrefois, de l’Ancien Testament, – des géants de l’esprit, des héros de la foi, – n’atteignirent pas les révélations que reçurent les apôtres; et il utilise l’expression: « afin qu’ils ne trouvent pas le salut sans nous » (cf Hébreux Il, 40). Maintenant, ayant eu la possibilité, par la bienveillance de Dieu, de passer par toutes les formes de la vie monastique, je vous dirai que nous ne pouvons pas maintenir les formes de vie de nos pères. Il nous faut nécessairement organiser la vie de telle manière que tout corresponde à nos forces.

Les temps de la Philocalie à l’Athos

De quoi s’agit-il? Depuis l’époque où, comme je vous l’ai déjà dit, après la Première guerre mondiale, je me mis naturellement à penser à la vie du monde dans son ensemble, l’esprit de l’homme appréhende toute l’humanité d’une manière plus réelle qu’auparavant. J’ai encore trouvé à l’Athos les temps de la Philocalie, et, même jusqu’à présent, ils n’ont pas cessé. Plusieurs cas étonnants m’ont procuré une grande joie et une vive reconnaissance envers Dieu, de ce que les hommes aient commencé à penser l’humanité dans sa totalité.

Un moine qui priait pour le monde entier

Je me souviens d’une rencontre remarquable qui s’est gravée pour toujours dans ma vie. C’était tout au début de ma vie monastique, – dans les années vingt-cinq ou vingt-six, me semble­t-il. J’étais allé au bord de la mer et j’y aperçus un vieux moine ayant à la main un long chapelet de trois cents noeuds. Je m’approchai de lui avec la crainte propre aux débutants et m’arrêtai en silence, observant comment il priait: assis sur une grande pierre, il égrenait son chapelet. Je trouvai enfin, mais avec difficulté, le courage de lui dire: « Père, priez pour moi. » Je le lui demandais parce que lorsque j’avais quitté la France en mille neuf cent vingt­cinq, l’esprit du désespoir me dominait déjà, dans une forme moins aiguë que plus tard, mais malgré tout il me dominait. Et ainsi, écrasé par ce désespoir, je lui demandai: « Père, priez pour moi. » Il me regarda et me dit: « Tu vois ce chapelet? Je le dis pour le monde entier. Je prie pour le monde entier. Et tu es là, dans ma prière. » Il est difficile d’expliquer pourquoi nous avons telle ou telle réaction. Toujours est-il que je ne m’éloignai pas à sa première parole. Après un certain temps, poussé par le désespoir de ces jours, je lui dis: « Père, priez pour moi ». Il répondit: « Je t’ai déjà dit que je prie pour le monde entier, et tu es ici, dans cette prière ». Je restai silencieux pour quelques instants; de nouveau, pour la troisième fois – car mon affliction était profonde – je lui dis timidement: « Père, priez pour moi. » Il me regarda avec bonté et me dit:  » Mais je t’ai dit que tu es ici – il me montra son chapelet. Que te faut-il de plus? Tu es ici, dans cette prière que je dis pour le monde entier. « Je m’éloignai, impressionné par l’état d’esprit de ce starets:

« Je prie pour le monde entier, tu es aussi là, et ainsi je n’ai pas à me disperser pour des choses particulières. » Comme je venais d’arriver à l’Athos, je fus évidemment fort impressionné en rencontrant cette forme de prière. Je me demandais tout le temps comment ce starets appréhendait le monde entier pour lequel il priait: dans le temps? dans l’espace? était-ce toute l’humanité depuis Adam jusqu’à nos jours? Ou bien sa pensée était-elle encore plus profonde et plus englobant? Mais, les premiers jours de ma vie dans l’habit monastique, je n’ai trouvé à l’Athos que cette forme de prière pour le monde entier.


Nous sommes tous liés les lins aux autres

Durant mes soixante-dix années – ou presque – de vie monastique, il m’est arrivé de vivre bien des moments pénibles, parce que, lorsque nous prions pour quelqu’un, comme nous l’avons déjà souvent dit, la prière nous introduise dans la sphère spirituelle de la personne pour laquelle nous prions.

Mes chers frères et sœurs, je m’efforce tout le temps de fixer votre pensée sur le fait que nous ne sommes pas isolés, coupés des autres. Non, – nous vivons dans un monde où tout est uni, où une chose est liée à l’autre.

Je vous ai maintenant exposé partiellement les conditions de vie qui correspondent à la structure intellectuelle et physique des hommes de notre époque qui viennent à la vie monastique.

Si nous prions pour l’Adam total …

Récemment, en évoquant des événements qui pèsent lourdement sur nos épaules, j’ai suggéré à la personne avec qui je parlais, de prier ainsi: « Seigneur, protège-nous. Tu vois notre incapacité de résister à ces vagues de souffrances cosmiques. « Il est en effet pleinement légitime de penser que l’enfer est produit par l’absence d’amour chez les hommes. Les hommes ne vivent pas par l’amour, mais par la haine. Je lui ai ensuite précisé ma pensée:

« Lorsque vous priez pour vous-même, pour le monastère, pour les frères, priez jusqu’à cette limite: « Seigneur, protège-nous; donne ­nous un petit coin sur terre où nous puissions célébrer la Liturgie pour Toi, T’offrir une prière dans la forme de Gethsémani ». Priez seulement jusqu’à ce point: « Protège-nous », parce que nous ne pouvons pas souhaiter quelque chose de mauvais à qui que ce soit ». Et quelle fut sa réponse? « Mais évidemment! Si nous nous efforçons de prier ici pour l’Adam total, pour toute l’humanité, comment pourrions-nous simultanément souhaiter du mal à qui que ce soit, même à ceux qui nous causent une affliction mortelle? »

Voyez comme cela se répand: d’abord ce starets qui m’avait Sainte Montagne, à l’Athos … Aux jours où je suis arrivé à l’Athos, il s’y trouvait très peu d’hommes instruits. C’est avec difficulté que certains pouvaient lire et écrire quand ils arrivaient à l’Athos, mais ensuite ils se développaient en lisant les saints Pères. Etant peu au courant des affaires du monde, ils priaient cependant pour le monde entier. Ce starets qui ne voulait pas interrompre sa prière pour satisfaire à la demande d’un novice… dans quelle sphère spirituelle demeurait-il? Et dans quelle sphère demeure l’homme intellectuellement développé d’aujourd’hui? Si nous comparons leurs niveaux spirituels, lequel des deux sera reconnu comme supérieur? .

Ces moines vivaient moins par les événements de ce monde, ils vivaient sans être au courant des progrès de la science, de la technique et ainsi de suite, mais leur esprit demeurait dans l’éternité. Leur prière avait pour objet le salut éternel. Mais lorsque notre esprit, l’esprit des intellectuels actuels, ne peut pas demeurer dans l’éternel, même pour quelques brefs instants, il serait intéressant de savoir qui vit dans un monde plus élevé …

Quand la prière personnelle devient universelle

Est-ce que je m’exprime correctement en disant qu’il y a un état de l’esprit humain dans lequel on vit l’Adam total d’une manière naturelle en invoquant constamment le Nom de Dieu:

« Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur »? A une telle prière personnelle que s’unit alors une prière de portée universelle, comme nous le voyons dans le cas de Séraphin de Sarov. Nous vivons maintenant dans un monde incomparablement plus riche sur le plan de la technique et sur celui de l’instruction. Mais cette forme de vie est-elle vraiment supérieure? Si nous voulions faire des comparaisons, nous devrions reconnaître que, tout compte fait, les Pères anciens étaient supérieurs à nous, non seulement dans le domaine de la prière mentale, mais encore par l’état d’esprit dans lequel ils se trouvaient. Mais si, en faisant l’expérience du Nom du Christ, nous sommes introduits dans ce monde qui souffre, c’est aussi une grande œuvre.!..

 

 

 

Référence :

Paroles à la communauté. Archimandrite Sophrony Sacharov. Novembre 1993. N*15.

Posted by Holy Trinity Family – Douma

https://holytrinityfamily.blogspot.com/2021/11/quand-la-priere-personnelle-devient.html

Une loi spirituelle

« Nous devons toujours être prêts à ce que notre bien soit répondu par le mal. Selon la loi spirituelle, comme le jour suit la nuit, le bien est toujours suivi du mal. Les Saints Pères disent figurativement que nous recevons très souvent « la bile pour la manne ». Cela vient du Seigneur. C’est un test de notre foi, de notre volonté de vivre selon les commandements de Dieu et de faire courageusement (malgré tout !) le bien. »
St Ignace Brianchaninov

 

Sur le but de la vie (Saint Nectaire d’Egine)

Le but de notre vie, c’est l’acquisition de la perfection et de la sainteté. C’est devenir les dignes enfants de Dieu et les héritiers de son Royaume. Prenons garde de nous priver de cette vie future en donnant la priorité aux choses de la vie présente. Ne nous écartons pas du but et du sens de la vraie vie en privilégiant les soucis et les tribulations qui sont inhérents au monde d’ici-bas. Le jeûne, les veilles et la prière ne peuvent à eux seuls produire les fruits escomptés. Ils ne constituent pas en soi le véritable but ; ils ne sont que des moyens pour atteindre ce but. Aussi, ornez vos cierges d’authentiques vertus. Luttez sans cesse pour déraciner les passions qui sont en vous. Purifiez vos cœurs de toutes ses souillures pour qu’il devienne la demeure de Dieu et que l’Esprit Saint y trouve de quoi le remplir de ses dons divins. Mes bien-aimés, que toutes vos préoccupations et tous vos soucis tendent uniquement vers cela, vers ce seul but déjà cité qu’il ne faut en aucun cas délaisser. C’est en vue de cela que votre prière est essentiellement adressée à Dieu. A chaque instant de votre existence cherchez d’abord Dieu. Mais cherchez-Le là où Il se trouve : à l’intérieur de votre cœur et uniquement là. Et lorsque vous L’aurez enfin trouvé, tenez-vous devant Lui avec effroi et crainte à l’instar des Chérubins et des Séraphins parce qu’alors votre cœur sera devenu le trône de Dieu. Toutefois, pour trouver le Seigneur, humiliez-vous plus bas que terre parce que Dieu vomit les orgueilleux tandis qu’Il aime au contraire et visite les humbles de cœur. C’est pour cette raison qu’Il a dit par la bouche d’Isaïe (ch. 66/2) : « Celui qui attire mes regards, c’est l’affligé, le cœur contrit qui craint ma parole ». Mène le bon combat donc et Dieu en retour te fortifiera. Par ce combat nous localisons nos propres faiblesses, nos manques et nos défauts personnels. Car ce combat incessant n’est que le miroir de notre situation spirituelle : celui qui n’a jamais mené ce type de combat, celui-là n’a jamais non plus été capable de connaître son état intérieur réel. Attention à ce que vous considérez comme étant  » vos petits péchés « . Si par inadvertance il vous arrive de succomber à un péché, surtout ne désespérez pas : relevez-vous vite, tombez à genoux devant Dieu, Le seul capable de vous redresser. Ne vous enfermez pas dans votre grande tristesse, qui ne sert qu’à couvrir votre fierté. Les états de tristesse exagérée et les moments de désespoir qui nous saisissent nous font beaucoup de tort et ils finissent par devenir pour nous un vrai danger. Très souvent ils ne sont que l’œuvre du diable afin que nous mettions un terme à notre bon combat. On trouve aussi en nous des faiblesses et des défauts et des passions dont les racines sont profondes ; plusieurs d’entre eux nous sont par ailleurs héréditaires. On ne se défait pas de tout cela en usant d’expédients spasmodiques ni en succombant à l’anxiété et au désespoir mais on en guérit en usant de patience, de persévérance, de fermeté envers soi-même, de sollicitude et d’attention. C’est vrai : la route qui mène à la perfection est longue et ardue. Priez Dieu de vous en donner la force. Affrontez vos chutes avec patience et une fois debout, ne vous attardez pas, comme le font d’habitude les gosses, sur le lieu de votre chute en poussant des hurlements et en versant des pleurs la plupart des fois inconsolables. Restez sans cesse vigilants et sans cesse priez pour ne point succomber à la tentation. Et s’il vous arrive de tomber dans des fautes déjà anciennes, surtout ne vous laissez pas aller au désespoir car nombre d’entre elles sont naturellement puissantes et c’est par habitude qu’on les commet. Cependant, avec le temps et la persévérance, on trouve aussi le moyen de les vaincre. Pour cela loin de vous tout désespoir !

http://www.orthodoxa.org/FR/orthodoxie/spiritualite/StNectaire1.htm