Sur la prière (2)

L’archiprêtre Sergy Baranov, réalisateur et scénariste bien connu, discute avec des jeunes adultes du monastère Novospassky de Moscou de la sainteté comme but de la vie et de la trouver dans la prière. Le P. Sergy est largement connu pour ses films lyriques et profonds. Son premier discours a été sur le court métrage, « Le prix de ma vie ». Et si la vie est si précieuse, alors son but n’est rien de moins que la sainteté.

Savez-vous quand les gens commencent à réaliser cela (à propos de la prière)? Lorsqu’ils se retrouvent dans une clinique d’oncologie et qu’on leur dit: «Il y a de mauvaises nouvelles pour vous. Vous avez une tumeur. »Que se passe-t-il avec ces personnes? Hier, ces personnes  n’avaient pas le temps, mais maintenant elles trouvent du temps pour les médecins, pour les exercices inspirés de la médecine chinoise, elles cherchent de l’argent pour des médicaments coûteux… D’où? Pourquoi?

Nous n’avons  pas la pensée que notre vie elle-même est une mort lente. Y a-t-il quelqu’un parmi nous qui ne meurt pas lentement maintenant? Ce processus dans notre corps peut être plus rapide ou plus lent, mais il ne peut pas être arrêté ou surmonté…

Mais la chose la plus terrible est la mort spirituelle. La mort de quelque chose qui ne peut pas mourir – l’âme immortelle. C’est terrible de réaliser que vous restez seul face à ce problème… Sans l’aide de Dieu…

Je pense que si nous pesons tout, nous pouvons trouver du temps pour la prière. Nous devons mettre une réponse nette à cette question: soit je le fais et je vis, soit je ne le fais pas et je meurs pour l’éternité.

La chose la plus importante dans la prière est le Christ

– Avec quelle rapidité notre prière peut-elle être entendue par les saints, la Theotokos (la Mère de Dieu) et le Seigneur?

—À mon avis, le Seigneur entend le mieux nos prières. Celui qui a planté l’oreille, n’entendrait-il pas? Celui qui a formé l’œil, ne verrait-il pas? (Ps.93: 9). C’est pourquoi Dieu est aussi appelé «Celui qui connaît les cœurs» – Il pénètre à une telle profondeur en nous que nous ne nous connaissons même pas. On peut dire que nous n’avons pas besoin d’expliquer quoi que ce soit à Dieu ou de le persuader de faire quoi que ce soit. Il n’est même pas nécessaire de lui demander quoi que ce soit. C’est le Christ et non notre demande qui est de la plus haute importance dans la prière. Une fois que vous avez rencontré le Christ dans la prière, vous pouvez en abandonner l’aspect verbal – les mots ne sont pas l’essence de la prière.

Comment pouvons-nous nous assurer que Jésus-Christ est devenu le centre de notre vie?

– Nous devons lui donner cette place centrale. Parce que notre centre est généralement occupé par notre ego, qui s’imagine être le centre de l’univers … Et il n’y a pas de place pour Christ là-bas – il n’y a pas de coin pour Lui dans l’ensemble de notre univers.

Toutes les règles de la vie spirituelle dans la littérature ascétique orthodoxe disent que nous devons laisser le Christ avoir cette place dans nos vies. Ce sera alors un univers viable, créé par le Créateur Lui-même, qui est l’Alpha et l’Oméga, le début et la fin, le premier et le dernier (Apoc. 22:13). Il est au centre de l’univers, toutes choses viennent de Lui et pour Lui. Et vous serez heureux car la place centrale appartiendra à Celui qui est en est le plus digne.

Il ne peut pas y avoir qu’une seule recette ici. C’est toute la complexité de la vie spirituelle. Ne vous limitez pas à étudier les aspects moraux et rituels de l’orthodoxie – essayez de saisir les lois de la vie spirituelle. Apprenez ce que les saints pères ont écrit sur la prière. (Lisez les vies des saints, en particuliers les saints contemporains).Comment priaient-ils? Nous devons construire notre vie entière autour de cette expérience de prière parce que le Christ est au centre de cette expérience.

(Il faut acquérir quelque chose qui ne meurt jamais)

Que puis-je faire pour ne pas perdre la motivation de la prière? Parfois je parviens à exécuter la règle avec des prosternations et parfois non.

– Les orthodoxes ont toujours utilisé des moyens de mobilisation; dès que vous vous oubliez, vous commencez à vous forcer. Vous organisez un événement spirituel pour vous-même pour reprendre ensuite. Dès que vous « avez froid », vous allez dans un lieu saint. Une fois que vous avez repris des forces et que vous vous êtes inspirés, vous continuez: mais maintenant, ne négligez pas votre règle – continuez de prier!

Mais nous devons comprendre que ce ne sera jamais facile. Ce «dur labeur» est l’essence même de l’auto-amélioration. Qu’est-ce que Christ a dit quand Il est venu? Soyez détendu? Non. Il a dit: Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renie, prenne sa croix et me suive (Mt. 16:24). Est-il facile d’être sur le Golgotha?

Il n’a pas promis que « tout ira bien. » C’est ce que les protestants enseignent: votre entreprise va se développer, vos conditions de vie vont s’améliorer … « Dieu m’aime! Hourra! Bien! »

Mais ce n’est pas ainsi que fonctionne la vie spirituelle! Par des peines, le Seigneur nous ouvre les yeux. Il montre ainsi quelque chose d’important pour nous.

Le souvenir de la mort est un cadeau très important. Certains peuvent le trouver dur. Nous pouvons nous adoucir – gagner du temps. C’est quand quelqu’un sent que non seulement il meurt tout le temps, mais que tout ce qui l’entoure est de courte durée, fragile et sujet à la décomposition.

Pendant que nous parlons maintenant, les minutes passent … Il y aura la fin dans une heure et demie. C’est ce que j’appelle «mourir à tout moment et en tout lieu». C’est certainement plus pertinent que tout ce qui passe.

C’est quelque chose que le P. Sophrony (Sakharov) a vécu en tant que jeune homme – le Seigneur lui a accordé le sens du temps … Afin d’acquérir quelque chose qui ne meurt jamais – la sainteté. Dieu lui-même.

Source:https://orthochristian.com/126356.html

La victoire sur la mort

Le mystère de la mort
La mort peut être un mystère précisément parce que le triomphe sur la mort n'est pas un mystère.

En tant que prêtre et moine de l'Église orthodoxe russe, je suis à l'aise avec le mystère de la mort, comme tous les chrétiens devraient l'être. La mort peut être un mystère précisément parce que le triomphe sur la mort n'est pas un mystère. Comme l'écrivait le théologien orthodoxe russe Alexander Schmemann, «en substance, le christianisme ne se préoccupe pas de faire face à la mort, mais plutôt de la victoire sur elle». À la lumière de la vie éternelle, au nom de Jésus-Christ, la terrible menace et le sombre mystère qu'est la mort se transforme en un événement heureux et victorieux pour le croyant, et "la mort est engloutie dans la victoire." (1 Cor. 15:54)

Le deuil de la mort d'un être cher est un ancien rituel auquel Jésus-Christ a participé. Pour nous tous, tout le monde, la mort est un élément commun de l'humanité, le trait commun que nous partageons et l'ennemi commun de nos proches. Et comme le chagrin, la victoire sur la mort lie les gens dans une communauté plus grande et plus puissante, la communauté qui se trouve dans la foi chrétienne. Il y a des gens qui accusent les chrétiens d'être membres d'un «culte de la mort», obsédés par un sauveur mourant et ne se concentrant que  sur l'au-delà à l'exclusion du temps présent; mais ils se trompent. Le christianisme ne nie pas la vie, le christianisme affirme la vie. Le christianisme affirme la vie même dans la mort, car pour les chrétiens, la mort ne supprime pas la relation qui existe.

En tant que prêtre depuis de nombreuses années, j'ai vu un grand nombre de personnes essayer de mettre leurs amis et leurs proches à l'abri de la douleur de la perte  (de quelqu’un de cher) , mais ce faisant ils aggravent cette douleur . Nous devons tous être là pour les personnes qui subissent la perte d'un être cher, sachant que ce faisant, nous les aidons en effet. Et, en tant que chrétiens, nous devons nourrir l'espérance pour nous et les autres, que la mort, en fin de compte, ne nous séparera pas de ceux que nous aimons, car en Christ nous avons l'espérance de la vie éternelle. À cause de la résurrection du Christ, ayant conquis le pouvoir de la mort, nous serons un jour réunis avec ceux qui ont quitté cette vie avant nous.

Avec amour en Christ,
Abbé Tryphon
https://www.facebook.com/Abbot-Tryphon  Publication le 16 decembre 2019

Les mensonges mythologiques du monde moderne


La «force» de Darth Vader lui permet d’etrangler un homme, de faire exploser une planète,d’attaquer son propre fils et de commetre toutes sortes de maux dans la série originale Star Wars. D’une certaine manière, c’est un reprensentant typique de «méchant» dans les films d’aujourd’hui qui montrent presque toujours de bonnes personnes qui luttent vaillamment contre les mauvais et immoraux «méchants». Cependant, ce type de recit est étonnamment nouveau dans l’histoire des recits , comme Catherine Nichols en discute dans cet article (reference de cet article:https://getpocket.com/explore/item/the-good-guy-bad-guy-myth).

Les gens modernes sont obsédés par la moralité – malgré l’immoralité généralisée. Cela peut sembler étrange, mais c’est un schéma souvent répété. Tout au long de l’histoire de l’Église, une fixation  sur une chose – qu’elle soit doctrinale ou morale – a souvent conduit à une sorte d’hérésie. Certains des groupes hérétiques les plus étranges étaient aussi les plus moraux

Dans les films, les émissions de télévision et même dans la mythologie de l’ère moderne, il existe des limites nettes entre les bons et les méchants. Les gentils partagent certaines valeurs morales supérieures à celles des méchants, qui recherchent souvent la cupidité, le pouvoir ou tout autre vice.

Nous devrions apprécier le bien là où nous le voyons, mais dans la mythologie du divertissement moderne se cache un danger caché. Le problème évident est que la moralité ne nous sauvera pas - nous ne pouvons pas « moraliser » notre voie dans un monde utopique et pacifique. Cependant, un problème plus profond existe également. Cette fausse dichotomie «bons contre méchants» tend à déshumaniser ceux qui ne font pas partie de notre groupe moralement supérieur. Nichols, dont l'article est en reference  ci-dessus, a écrit ce qui suit.:

Quand j’ai parlé avec Andrea Pitzer, l’auteur de « One Long Night »: Une histoire globale des camps de concentration (2017), à propos de l’idée selon laquelle les peuples des deux camps qui se font face ont des qualités morales différentes, elle m’a dit: «Trois inventions simultanees ont rendu les camps de concentration possibles: l’invention des fils de fer barbelés, les armes automatiques et la conviction que des catégories entières de personnes devraient être enfermées.

Quand nous lisons, regardons et racontons des histoires des bons combattants en guerre contre des méchants, nous nous persuadons essentiellement que nos adversaires ne nous combattraient pas, ils ne feraient même pas partie de l’autre camp s’ils avaient des valeurs ou le respect de la vie humaine.

Une demi-vérité

La mythologie moderne des bons et des méchants tient, culturellement, parce qu’elle résonne avec une certaine vérité, mais elle ne raconte pas toute l’histoire. Dans les Écritures du Nouveau Testament, nous voyons notre Seigneur diviser les moutons et les chèvres, il y a des images d’un lac ardent dans lequel les méchants sont jetés et la nouvelle Jérusalem descendant des cieux dans laquelle tous les justes habitent en paix. Ceux d’entre nous qui sont spirituellement aveugles peuvent être tentés de penser: Si seulement tous les méchants se joignaient à moi ou étaient éliminés, alors ce monde serait un meilleur endroit.

Et les gens le croient littéralement. Le communisme a entraîné plus de 80 millions de morts en Russie seulement, six millions de Juifs sont morts dans l’Holocauste et d’innombrables autres sont morts à cause des rêves d’idéalistes. Les religions sont aussi affectées. Les Témoins de Jéhovah enseignent qu’en fin de compte, Christ dirigera une armée – comme un général – et massacrera tous les peuples qui ne se soumettront pas à son règne lors de la bataille d’Armageddon. Le monde sera alors en paix parce que tous les méchants seront partis.

De plus, les Américains sont amenés à croire les mensonges à chaque cycle électoral. On nous raconte des histoires sur les horreurs de l’autre candidat, et bien que notre propre candidat n’ait peut-être pas un casier judiciaire vierge, au moins il n’est pas comme le «méchant» de l’autre côté (et tous les «idiots» qui votent pour ce méchant).

Je pense que toute personne familière avec la spiritualité orthodoxe connaît la vérité que Alexandre Soljenitsyne a résumé avec une grande élégance:

La ligne qui sépare le bien du mal ne passe ni par les États, ni entre les classes, ni entre les partis politiques – mais dans chaque cœur humain – et dans tous les cœurs humains.

Mais parce que nous ne le réalisons pas, nous luttons les uns contre les autres plutôt que contre les passions pécheresses de notre cœur. Si chacun de nous se concentrait sur l’éradication du mal en son sein, il n’y aurait pratiquement aucun mal dans le monde. Mais comme nous nous fixons sur les fautes des uns et des autres, nous nous battons et nous nous blâmons mutuellement. Nous créons des mondes imaginaires dans lesquels nous, et ceux qui partagent nos bonnes valeurs, sommes les bons gars. À travers la politique ou les efforts de notre propre volonté, nous essayons de faire exister ce monde imaginaire.

EFFECTUER UN INVENTAIRE DE L’AME

Mais il y a un meilleur moyen:

Frère Joseph me demandait: «Mon enfant, sais-tu ce que je fais?

« Que faites-vous, mon père? »

« Je m’assieds et fais l’inventaire chaque jour. »

« Quel type d’inventaire? »

«Je m’assieds et m’examine. Je regarde mes lacunes. Dans quoi est-ce que j’ai failli? Quelle passion m’a domine? Ma conscience me le dit. La boussole indique: « Tu es faible a cet endroit. » Alors, je prends la résolution de lutter contre cette passion le lendemain. Un autre jour, elle indiquera autre chose. Je vais combattre cette passion aussi. De cette manière, alors que je combat les différentes passions, je constate une amélioration progressive. Nos ancêtres disaient: «Travaille pendant ta jeunesse pour avoir quelque chose dans ta vieillesse».

« Qu’est-ce que cela signifie, Geronda? »

«Voilà ce que cela signifie, mon enfant: maintenant, pendant que tu es jeune, lutte contre les passions; lutte contre tes mauvaises pensées; lutte contre l’imagination (malsaine); lutte pour accomplir ton obéissance; exerce-toi avec des choses que tu trouves difficiles; transpire et prie pendant la nuit. Tous ces travaux et ces luttes sont du «travail»; ils constituent des années de travail. Plus tard, lorsque le corps s’affaiblira et n’aura plus la force de prendre les armes, lorsque tu seras vieux et que tu auras travaillé pendant les années que Dieu t’ aura attribuées, il t’ accordera une pension. En fonction de tes compétences et de ta situation, tu recevras une pension analogue. Quelle est cette pension? C’est la grâce de Dieu.

«Si tu me demandes maintenant, par exemple, je répondrais:« En mon fort interieur, mon enfant, je me sens au paradis. La prière fonctionne comme sur des roulettes; la grâce abonde. Je ne sens pas une seule passion active en moi. Il n’y a aucune trace de passion. Je ne fais pas de guerre; Je n’ai pas de mauvaises pensées; Je ne ressens aucune révolte passionnée. Toutes ces réalisations ne sont pas récentes; elles sont le fruit de mes travaux de jeunesse. C’est à ce moment que tout a eu lieu. Maintenant, la juste récompense est venue.

La discussion ci-dessus entre frère Joseph l’Hesychaste (1898-1959) et frère Ephraim (ne en 1927 ancien higoumene du monastere de Philotheou de l’Athos…il reside actuelle;ement au monastere de Saint Antoine le Grand qu il a fonde dans l’Arizona) provient du livre The Art of Salvation de frère Ephraim, publié par le monastère Saint-Nektaire.

Source:https://www.orthodoxroad.tcom/the-mythological-lies-of-the-modern-era/

Vivre en Dieu au (Starets Serge Chévitch)

starets serge chévitch

Correspondant de saint Silouane et du célèbre Higoumène Chariton de Valaam, ami de Jacques Maritain, Louis Massignon, Olivier Lacombe, Charles du Bos, Emmanuel Mounier et Gabriel Marcel, père spirituel de Nicolas Berdiaev, de Vladimir Lossky et du grand iconographe Grégoire Kroug, le Starets Serge Chévitch (1903-1987) fut l’une des figures les plus charismatiques et les plus lumineuses de l’émigration russe et de l’Église orthodoxe en Occident.

 

Les possibilités humaines dépassent de très loin les limites de la vie terrestre. Les hommes ont de grands dons, mais ceux-ci sont bien peu développés dans la vie terrestre. La plupart des hommes restent en deçà de ce qu’ils pourraient et devraient être par rapport à leur vocation et à leur destin spirituels. Comme disait Pascal: « L’homme passe infiniment l’homme » Les talents dont parle l’Évangile sont les possibilités que nous avons et que nous devons développer et faire fructifier. Nous devons avoir conscience de la responsabilité que nous donnent ces possibilités, et agir pour les mettre en valeur.

Notre but doit être de vivre en union avec Dieu. Nous devons tendre sans cesse vers le Royaume des cieux auquel nous sommes destinés. Notre but doit constamment être la vie éternelle qui est notre vraie vie. Mais cette vie nous sommes appelés à la vivre déjà ici-bas. 

Ici-bas nous ne menons une vie normale, nous ne sommes des hommes normaux que si nous vivons en union avec Dieu. Sans cela, nous sommes des « hommes psychiques ». L’homme psychique, dont parle saint Paul (1 Co 2, 14), c’est l’homme fermé à la transcendance, l’homme terrestre, l’homme qui a des préoccupations de ce monde. L’homme psychique ne vit pas sa dimension humaine intégrale, mais vit fermé sur lui-même. L’homme psychique, c’est l’homme confiné à la vie terrestre, qui n’a pas d’autre perspective, qui ne vit pas selon l’intégralité de son être, à la différence de l’homme spirituel. L’homme psychique, qui est le modèle de normalité pour la psychiatrie classique, est en fait dans un état de maladie. Car l’esprit en lui est endormi (cf. Rm Il, 8). C’est seulement chez l’homme spirituel qu’il est en éveil, libéré, développé, épanoui, et qu’il mène une activité normale et conforme à sa nature. La normalité pour l’esprit, c’est de vivre en unité avec Dieu.

Vivre en unité avec Dieu, c’est vivre sans cesse avec le Christ et finalement avoir le Christ en soi. C’est également avoir le Saint-Esprit habitant en soi: comme l’a dit saint Séraphim de Sarov, le but de la vie chrétienne est l’acquisition du Saint-Esprit. Il est important, dès le départ, d’avoir la bonne conception de la vie, qui oriente dans le bon sens, c’est-à-dire vers Dieu, toutes nos activités et toute notre existence. En dehors de Dieu, la vie est absurde, n’a pas de sens, n’est rien du tout. Mais en Dieu, tout en elle trouve son sens.

L’union à Dieu se réalise au quotidien, à chaque instant. Chacun de nos actes et chacune de nos pensées nous donnent l’occasion de cette union.

Dieu est le créateur de toutes choses. Tout a donc un sens religieux et peut être vécu spirituellement dans une relation à Dieu. C’est pourquoi nous aurons à rendre compte devant Dieu des plus petits détails de notre existence, de la moindre de nos attitudes, du plus élémentaire de nos actes, de la plus infime de nos pensées. Il faut donc veiller à chaque instant et en toute chose à vivre en Dieu.

Il faut invoquer Dieu avant d’entreprendre même l’acte le plus banal, faire toute chose en présence de Dieu.

Nous devons parvenir à tout faire en Dieu et à ne plus rien faire sans Dieu.

Il faut dans chaque action et dans chaque pensée mettre le levain de la prière. Toute activité doit être commencée en demandant la bénédiction de Dieu, et achevée en rendant grâce à Dieu pour ce que nous y avons réussi et en Lui demandant pardon pour ce que nous y avons manqué. L’activité même doit être accomplie, sinon dans la prière, du moins dans un esprit de prière, la prière étant le moyen privilégié de notre union à Dieu.

Nous devons, chaque jour, nous efforcer de penser moins à nous-mêmes et plus à Dieu, de vivre moins de nous-mêmes et plus de Dieu; ainsi pourrons-nous progresser sur la voie de l’union à Dieu.

Faire chaque soir le bilan de nos insuffisances et en faire pénitence, vivre chaque matin comme un nouveau commencement, voilà ce qui nous permet de faire de chaque jour une étape qui nous rapproche de Dieu.

Notre vie ne doit pas être statique, mais dynamique. Par chaque action que nous entreprenons, par chaque pensée que nous avons, nous devons « amasser avec le Christ» (Mt 12, 30; Le 11, 23) afin que nous soyons finalement tout en Lui et qu’Il soit tout en nous.

Les saints ne se manifestent pas d’une manière extraordinaire et leur sainteté reste souvent invisible aux yeux des hommes. C’est que, d’une manière générale, les réalités spirituelles ne sont pas perceptibles par les sens corporels, mais par « l’œil du cœur », qui est ouvert par la pureté, l’humilité et l’amour.

Du point de vue extérieur, les saints ne se manifestent pas d’une manière extraordinaire et ne se distinguent pas dans leur apparence des autres hommes. Ceux qui les rencontrent dans la vie courante sans savoir qui ils sont entrent en relation avec eux comme avec des hommes ordinaires. Il y a des saints très nerveux, qui ont des tics, ou qui sont très brusques. Il y en a d’autres qui sont excessivement lents. Certains saints ont des défauts physiques. C’est que, chez les saints, le vieil homme intérieur est vaincu, mais pas encore le vieil homme extérieur. Les saints ne sont pas encore entièrement transfigurés, et le vieil homme continue encore à se manifester à l’extérieur. Cette apparence peut nous tromper et nous cacher l’intériorité.

En ce qui concerne la perfection spirituelle qui caractérise la sainteté, il faut savoir que ce n’est pas la perfection de soi-même mais la perfection de Dieu en soi. La sainteté nous renvoie toujours à Dieu. Comme le dit la prière liturgique de la Grande doxologie: « Toi seul es saint! » et celle qui suit la proclamation « Les choses saintes aux saints! » : « Un seul est saint ! ».

Ce que nous recevons de Dieu doit retourner à Dieu. Lorsque nous nous enrichissons par la grâce que Dieu nous donne, nous ne devons pas nous enrichir en nous-mêmes mais en Dieu.

Lorsque la grâce vient en nous, elle ne se manifeste pas d’une manière spectaculaire. Le prophète Elie n’a connu Dieu ni dans le feu ni dans le vent, mais dans un souffle très doux!.

Référence:

Le Starets Serge. Jean-Claude Larchet. Cerf(2004)

https://holytrinityfamily.blogspot.com/2019/11/vivre-en-dieu-au-quotidien-starets.html