Le Fils Prodigue

Homélie de Saint Grégoire Palamas sur la parabole du Fils Prodigue



Saint Grégoire Palamas
Sur le Fils Prodigue
Il y aura une famine, dit le prophète, pleurant sur Jérusalem – non une faim
de pain et d’eau, mais la faim de la paroie du Seigneur (Am. VIII, 11). Cette
faim est à la fois un état de privation et un besoin de nourriture. Mais il existe
une faim plus tragique encore, lorsque privé de ce qui est nécessaire pour
atteindre le salut, on ne ressent pas l’horreur de son malheur, on n’éprouve
pas le désir d’être sauvé. L’affamé cherche partout du pain, et lorsqu’il trouve
de la pâte moisie, qu’on lui donne une galette de mil, des restes de farine ou
n’importe quelle vile nourriture, il éprouve un bonheur d’autant plus grand
qu’il était malheureux dans son dénuement. De même, celui qui éprouve la
faim spirituelle, c’est-à-dire à la fois la privation et le désir d’une nourriture
spirituelle, va partout à la recherche d’un maître venu de Dieu ; et s’il le
trouve, il mange avec joie 1e pain de la vie spirituelle, qui est une parole de
salut. Cette parole, il est impossible que celui qui la cherche sans relâche ne la trouve pas. « Tout homme qui demande recevra, qui cherche trouvera, à celui
qui frappe on ouvrira , (Mat. VIl, B), a dit le Christ.
Certains, pour avoir longtemps connu la famine spirituelle, perdent jusqu’au
désir d’être rassasiés. Ils deviennent insensibles à ce qui est nuisible et même
s’ils rencontrent un maître, ils n’ont pas envie d’écouter son enseignement. Et
si ce maître était absent, ils ne le chercheraient pas et mèneraient une vie encore
plus pécheresse que l’enfant prodigue. Car celui-ci, malgré son dénuement,
éloigné du nourricier commun, du Père et Seigneur, lorsqu’il tomba dans une
accablante famine se repentit, revint et reçut à nouveau une nourriture divine
et pure. Grâce à son repentir, il acquit les dons de l’Esprit au point d’être envié
pour sa richesse. Exposons à présent cette parabole évangélique, puisqu’il est
coutume de la lire aujourd’hui dans les églises.
Un homme, dit le Seigneur, avait deux fils. , Le Seigneur parle de Lui
même ici et cela n’a rien d’étonnant. Car s’Il s’est fait homme pour notre salut,
faut-il s’étonner qu’Il se soit représenté Lui-même [dans la parabole] comme
un homme, pour nous être utile, Lui qui se préoccupe toujours de I’âme et
du corps, en tant que Seigneur et Créateur de l’un et de l’autre ; qui seul
manifesta cette (œuvre d’amour et de largesse débordante envers nous avant
même que nous ayons accédé à l’être ? Car, avant que nous ne soyons venus
au monde, Il préparait 1’héritage éternel du Royaume.
Donc, un certain homme », nous dit-il, avait deux fils ; ainsi des
dispositions contradictoires divisent la nature unique, de même que la vertu
et le péché divisent la multitude en deux groupes. Nous disons aussi qu’une
personne est double quand elie a des mœurs mêlées et inversement que
plusieurs font un seul quand ils sont solidaires entre eux. Or le plus jeune
vint trouver son père , – effectivement « le plus jeune ,, car il formule une
exigence juvénile et complètement insensée ; de même le péché, engendrant
l’éloignement [de Dieu] est plus jeune par son origine, étant une invention
postérieure de notre volonté mauvaise. Quant à la vertu, elle est première-née,
étant de toute éternité en Dieu et déposée dans nos âmes au commencement.
Et le jeune fils, venu trouver son père, lui dit : Donne-moi la part du bien
qui doit me revenir. , Quelle folie! Il ne s’est pas prosterné, il n’a pas demandé,
mais « dit , simplement, exigé comme un dû de la part de Celui qui donne à
tous gratuitement. Donne-moi la part du bien qui me revient selon les lois
et notre droit qui m’appartient en équité. , Mais quelle est cette loi qui ferait
des pères les débiteurs de leurs enfants ? ! En fait, ce sont les enfants qui sont
débiteurs de ieurs pères, ayant reçu d’eux l’existence. Mais sa conduite en ce
point montre l’immaturité de ses pensées.
Et qu’a donc fait Celui qui envoie Sa pluie sur les justes et les injustes et qui
commande au soleil de briiler sur les méchants et sur les bons ? Il a partagé
entre eux les moyens de subsistance. Vois-tu que cet Homme, ce Père se suffit
à Lui-même ?-Un autre n’aurait pas partagé en deux, mais se serait réservé une troisième part pour sa subsistance. Mais Lui, comme le dlt le prophète David,
na pas besoin de nos biens (Ps. XV,2), Il a partagé Son avoir entre ces deux
fils, c’est-à-dire le monde entier : car de même que la nature

une se répartit
en différents caractères, de même le monde un se divise par la diversité des
usages. Ainsi l’un dit à Dieu : Tout le jour j’ai tendu les mains vers Toi ,
(Ps. LXXXVII, 10) ; et « sept fois le jour je T’ai loué , (Ps. CXVIII, 164) ; et
au milieu de la nuit, je me levais pour Tê confesser ,, (Ps. CXVIII, 62) ; et
dans ma tribulation, j’ai crié , (Ps. CXIX, 1) ; et j’ai espéré en Tès paroles ,
(Ps. CXVIII, 42) ; et au matin je les lais taire, tous les impies , (Ps. C,
8), c’est-à-dire j’ai retranché tous les désirs de la chair, qui m’attirent vers la
volupté. L’autre passe le jour en beuveries et la nuit en actions indécentes et
iilicites, il tend des pièges ou fomente de mauvais coups, pour détourner de
l’argent ou réaliser des plans vicieux. Pourtant ces deux-là [ces deux types
d’hommes évoqués plus haut] ne partagent-ils pas une seule et même nuit, un
seul et même soleil, une seule et même nature humaine] , tout en en faisant
un usage différent ? Car Dieu a distribué également à tous toute la création, la
proposant à l’usage de chacun selon sa volonté.
Et, quelques jours plus tard, le plus jeune fils, après avoir tout rassemblé,
partit pour un pays lointain », dit le Christ. Pourquoi n’est-il pas parti sur-le
champ ? – Parce que le séducteur rusé, le Diable, ne propose pas immédiatement
à l’homme de ie suivre dans le péché, mais le persuade peu à peu, iui soufflant
au creux de l’oreille : Et toi, en vivant selon ton jugement. sans fréquenter
l’église de Dieu ni prêter attention à l’enseignement ecclésial, tu peux voir
par toi-même ce qu’il convient de faire, sans t’écarter du bien. , – Quand
il détourne quelqu’un des hymnes sacrés et de l’écoute des saints maîtres, il
l’éloigne par là même de la protection divine, Ie livrant à ses mauvaises actions.
Car Dieu est présent partout, mais seul le mal est éloigné du bien, et lorsque
nous sommes dans le mal à cause du péché, nous nous éloignons de Dieu.
Les impies ne resteront pas devant Tes yeux , (Ps. V 6), dit David à Dieu.
Ainsi, le plus jeune fils s’éloigna (de son père) et partit pour un pays
lointain où il dissipa tout son bien, vivant dans la débauche. Comment a-t
il dissipé son bien ? Notre principale richesse, c’est avant tout l’intellect qui
nous est inné. Tant que nous demeurons sur le chemin du salut, il reste en
nous et nous restons tendus vers i’lntellect premier et suprême : Dieu ; mais
quand nous ouvrons la porte aux passions, notre intellect se dissipe aussitôt,
vagabondant sans cesse autour des choses charnelles et terrestres, des plaisirs et
des passions. La richesse de ce jeune homme, c’est le bon sens qui demeure en
lui et qui engendre le discernement entre le bien et le mal tant que lui-même
demeure obéissant aux commandements et conseils du Père Très-Haut. Mais
s’il rejette cela, alors il dissipe son bon sens dans la fornication et la démence.
Remarquez que cela s’applique à chacune de nos vertus et de nos forces, qui
sont notre richesse et qui, sous l influence du mal multiforme, se donnent à lui et se dissipent. Car l’esprit, par sa nature, tourne son désir vers Ie Dieu unique
et véritable, le seul bon, ie seul désirable, le seul à donner une jouissance qui
n’est mêlée d’aucune tristesse. Tandis que lorsque l’intellect faibllt, la force àe
l’âme envers l’amour véritable s’écarte de cet objet digne de nos désirs et se
dissipe vers les attraits du plaisir : tantôt il désire des nourritures superflues,
tantôt. des corps impudiques, tantôt des choses inutiles et parfois la vaine et
vide gloire. Et le malheureux homme éparpille ses forces et, enchaîné par ses
pensées, il passe- à côté des richesses commune. à tous, sans respirer l’air, sans
regarder le soleil.
Notre intellect, tant qu’il ne s’est pas séparé de Dieu, s’insurge contre le
Diable et les insidieuses passions, contre les princes des ténèbres et les esprits
malins. s’il n’observe pas les commandements divins du Maître qui l’arme
pour le combat, alors il se met à batailler contre ses proches, il se mèt en rage
contre sa parenté, il entre en fureur contre ceux qui n’approuvent pas ses
appétences contraires à la raison. Il devient homicide, hélas,-l’homme qui est
devenu semblable aux bêtes sans raison et aux animaux rampants et venimeux,
il devient scorpion, serpent, vipère, celui qui devait être parmi les fils de Dieu.
vois-tu comment il a dissipé et anéanti son bien ? Ayant tout dépensé, [le
plus jeune fils] commença à ressentir la privation. , Il commença à ressentir
la faim, mais il ne tourna pas encore son regard vers la conversion, parce qu’il
était.dévoyé. c’est pourquoi u Il s’en alla trouver un des habitants du pays
et celui-ci l’envoya dans ses champs garder les porcs ,.
Qui sont-ils, les citoyens et_les princes de ce pays, qui se trouvent éloignés de
Dieu ? ce sont évidemment les démons sous l’empire desquels le fils du père
céleste, devenu tenancier de mauvais lieu, s’est retrouvé à la tête des Pubiicains
et des brigands, chef d’une sédition, car on dit de toute passion qu’elle est
semblable à un porc en raison de son extrême impureté. Ceux qui se roulent
dans la fange des passions sont des porcs, et ie plus jeune fiis devenu leur chef,
les dépasse tous dans l’amour du plaisir : il ne peut se rassasier des caroubes
que mangent les porcs, c’est-à-dire de sa propre passion. Comment se fait-il
que la nature corporelle ne suffise pas à satisfaire les désirs du débauché ? L’or
ou l’argent possédés en abondance apportent aussi l’accroissement du manque
et excitent une soif plus grande encore. Même le monde entier ne suffirait pas
à un homme qui recherche la cupidité et la domination. Et vu que ces êtres
sont nombreux et qu’il n’y a qu’un monde, comment leur seraii-ii possible
d’assouvir leur désir ? c’est aussi pour cela que ce fiis, s’étant séparé de Dieu,
ne pouvait se rassasier : car « personne ne lui donnait , de quoi se rassasier. Et
puis, qui aurait pu lui donner ? Dieu était loin, Lui dont la vue procure une
heureuse satiété à celui qui Le contemple : ]e serai rassasié quand paraitra
devant moi Ta gloire , (Ps. XVI, 15). Quant au Diable, il ne laissè pas l’homme
se satisfaire de passions honteuses, car dans les âmes enclines au changement,
ia satiété cause habituellement une rupture à leur égard. Et ainsi, en toute
justice, personne ne iui donnait de quoi se rassasier.
Ce n’est qu’une fois rentré en lui-même et ayant compris en quelle
misérable situation il était tombé que ce fils, qui s’était coupé de son Père,
pleura sur lui-même en disant : Combien de mercenaires de mon père ont
du pain en abondance et moi je meurs de faim. » Qui sont ces mercenaires ?
Ceux qui pour la sueur de leur repentir et pour leur humilité reçoivent en
salaire – le salut. Tandis que les fils sont ceux qui, par amour pour Lui, se
soumettent à Ses commandements ; le Seigneur dit aussi : Celui qui m’aime
gardera ma parole , (Jn. XIÿ 23). Ainsi ce jeune fils, privé de sa dignité
filiale, volontairement exciu de la patrie sacrée et tombé dans la famine, se
condamne lui-même et s’humilie, et dans le repentir dit ‘ . Je me lèverai, j’irai
et je tomberai aux pieds du Père et je dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et
contre toi. Nous disions au début avec raison que ce père c’est Dieu ; en
effet comment ce fils qui s’était séparé de son père aurait-il péché contre le ciel
s’il ne s’agissait pas du Père céleste ? Ainsi il dit : * J’ai péché contre le ciel ,,
c’est-à-dire contre les saints du ciel, « et devant Toi », qui vis au ciel avec tes
saints. ]e ne suis pas digne d’être appelé ton fils : traite-moi comme l’un
de tes journaliers. , Il ajoute magnifiquement dans son humilité : Prends
moi , car personne de ses propres forces ne peut monter sur les degrés qui
conduisent aux vertus, encore que cela ne puisse pas arriver sans le libre choix
(de sa volonté). S’étant levé, est-il dit, il alla trouver son père. Alors qu’il
était encore loin… , Comment comprendre qu’il allait et qu’en même temps
u il se trouvait loin » pourquoi aussi son père, le prenant en pitié, partit-il
à sa rencontre ? – Parce que l’homme qui se repent de toute son âme, par le
fait même qu’il a une bonne intention et qu’il s’est détaché du péché, celui-là
vient à Dieu. Mais se trouvant sous l’empire de Ia mauvaise habitude et d’idées
perverses, il est encore loin de Dieu ; et pour qu’ii soit sauvé, il faut que vienne
d’en-haut une grande tendresse, un grand secours.
C’est pour cette raison que le Père des largesses, par condescendance, s’en
va au-devant de lui et l’entoure de ses bras, lui donne le baiser, et ordonne
aux serviteurs, c’est-à-dire aux prêtres, de l’habiller du vêtement de fète
originel, c’est-à-dire de la dignité filiale dont il avait été revêtu jadis par le
saint Baptême ; et de lui mettre un anneau à Ia main, pour l’activité de l’âme,
d’y mettre le sceau de la vertu contemplative, gage de l’héritage futur ; et
il ordonne également de lui mettre des sandales aux pieds – protection et
fermeté divines, qui lui donnent le pouvoir de marcher sur les serpents et les
scorpions et sur toute force hostile. Puis il ordonne d’apporter le veau gras,
de l’immoler et de le lui offrir en nourriture. Ce Veau, c’est le Seigneur Lui
même, qui vient du secret de la Divinité et du trône qui existait avant toutes
choses et qui, apparu sur ia terre comme un homme, est immolé comme un
veau pour nous pécheurs ct, comme un pain suressentiel, nous est proposé en nourriture. En plus Dieu organise une réjouissance générale et un festin avec
tous Ses saints, partageant dans Son extrême amour de l’homme ce qui nous
est en propre et disant : Venez, mangeons et réjouissons-nous. Mais le fils
aîné se met en colère.
Ici, me semble-t-il, le Christ a représenté les Juifs qui s’irritaient de l’appel
des païens, ainsi que les scribes et les Pharisiens, scandalisés de voir que le
Seigneur accueille les pécheurs et mange avec ceux. Qu’y a-t-il donc de si
surprenant, si le juste ne reconnaît pas la richesse de la miséricorde divine qui
dépasse toute intelligence ? C’est pourquoi le Père commun l’apaise et l’amène
à comprendre la justice par ces paroles : Tu es toujours avec moi , lui faisant
partager la joie sans changement ; il fallait se réjouir et faire la fête, car ton
frère que voici était mort et il a recouvré la vie, il avait péri et il est retrouvé;
il était mort à cause du péché ; il a retrouvé la vie grâce à sa conversion ; il
s’était perdu, car il ne s’était pas trouvé en Dieu ; à présent, il remplit les cieux
d’allégresse, selon ce qui est écrit : u Ii y aura de la joie dans le ciel pour un
seul pécheur qui se repent , (Lc. XV, 7). Qu’y a-t-il donc qui fâche si fort le
fils aîné ? u C’est qu’ à moi, dit-il, tu n’as jamais donné un chevreau pour faire
la fête avec mes amis. Et lorsque ton fils que voilà revient après avoir mangé
ton bien avec des filles, tu as tué pour lui le veau engraissé » : car ia grâce
de Dieu envers nous est si abondante (cf. Rom. V 20) que, comme le dit
Pierre, le coryphée des apôtres, ies anges eux-mêmes voudraient pénétrer dans
cette grâce qui nous a été destinée et nous est donnée dans son incarnarion
(cf. I Pier. I, 12).
Frères, nous aussi, par les œuvres de repentir. prenons-nous en main,
séparons-nous du malin et de son troupeau ; éloignons-nous des porcs et
des caroubes dont ils se nourrissent, c’est-à-dire des passions infâmes et de
ceux qui s’y adonnent ; écartons-nous des pâturages malsains, c’est-à-dire des
mauvaises habitudes ; fuyons le pays des passions, qui es le manque de foi,
le désir insatiable et l’intempérance ; courons au Père de l’incorru-ptibilité,
au Donateur de vie, parcourons le chemin de vie par les vertus ; car c’est là
que nous Le trouverons, sortant à notre rencontre par amour de l’homme et
nous accordant la rémission de nos péchés, le gage de l’immortalité, les arrhes
de l’héritage à venir. De même le Fils Prodigue, tant qu’il était au pays des
passions, même s’il songeait aux paroles du repentir et les disait, n’en retirait
aucune utilité. Et c’est seulement lorsqu’il laissa toutes les oeuvres du péché,
qu’il revint alors en courant vers son père. Ayant reçu ce qui dépassait son
espérance, il demeura dans l’humilité tout le restant de ses jours, vivant dans
la piété et la justice et conservant inviolée la grâce de Dieu renouvelée en lui.
Que nous aussi, nous la conservions intacte, afin de nous réjouir dans le siècle
à venir avec l’enfant prodigue sauvé dans Ia Jérusalem d’en-haut. Mère de tous
les vivants, I’Eglise des premiers-nés, avec le Christ Notre Seigneur Lui-même,
à qui revient la gloire dans les siècles. Amen.

« EΠE, », t 72,2004, Thessalonique, p. 77.


Le publicain et le pharisien

Le temple de Dieu – la maison de notre Père céleste – est une maison de prière. Il y appelle ses enfants afin que, dans la communion de la prière, ils ressentent plus intensément sa proximité et son amour ; afin que la chaleur et la puissance de son enseignement paternel les libèrent des difficultés de la vie. Il voit chacun ; la lumière de la vérité de son Évangile illumine ceux qui s’y rassemblent jusqu’au plus profond de leur être. Il en était ainsi du temps où le Sauveur était sur terre, lorsque le pharisien et le publicain priaient dans l’immense temple de Jérusalem ; de même, le Seigneur nous regarde maintenant, debout devant lui en prière, et il en sera ainsi jusqu’à la fin du monde.

Or, la parabole de l’Évangile d’aujourd’hui parle de la prière de seulement deux hommes : le pharisien et le publicain. Pourquoi ont-ils attiré l’attention de celui qui voit tout ? Qu’est-ce qui les distinguait ? Il semblerait qu’ils n’aient rien en commun. L’un se tenait au premier rang de ceux qui priaient – ​​il était, de l’avis de tous, le premier, et un homme juste, de surcroît. Le second se tenait aux portes du temple, dernier homme devant Dieu, et aux yeux de ceux qui l’entouraient, il était un pécheur notoire. Le pharisien leva les yeux et pria : « Ô Dieu ! Je te loue, car je ne suis pas comme les autres hommes. » Mais le publicain baissa les yeux, se frappa la poitrine et murmura : « Dieu, aie pitié de moi, pécheur. »

Deux prières adressées à Dieu, deux états d’âme, deux manières de vivre. Tous deux sont dans le temple, tous deux prient, mais tous deux sont couverts par la miséricorde et la bienveillance de Dieu. Entendons-nous la voix de Dieu dire : « Je vous le dis, celui-ci [le publicain] est rentré chez lui justifié, plutôt que l’autre ; car quiconque s’élève sera abaissé, et quiconque s’abaisse sera élevé » (Lc 18, 14) ?

Le pharisien profère des paroles insensées dans sa prière, debout devant Dieu au temple : « Je ne suis pas comme les autres hommes » (Lc 18,11). En ces quelques mots, son âme se déverse, se met à nu dans toute sa laideur ; on y trouve autosatisfaction et amour-propre, dégradation et critique d’autrui, et une prétention à la supériorité. Durant ces instants, devant le lieu saint, il a oublié Dieu qui aime les justes et fait miséricorde aux pécheurs, qui connaît nos secrets et qui, de ce fait, est le seul à posséder l’autorité de juger. Il a oublié que le jugement des hommes est une chose, et celui de Dieu une autre. Ne serait-il pas plus digne de sonder son cœur et de murmurer à haute voix au Seigneur : « Purifie-moi de mes péchés cachés, et sauve ton serviteur de ceux des autres » ? Le pharisien narcissique et satisfait de lui-même ne prononce pas ces paroles salvatrices. Après tout, il n’est pas comme les autres hommes, pas comme ce publicain ; Il n’est ni extorqueur ni adultère. Et quelle est donc sa justice ? Je jeûne deux fois par semaine, je donne la dîme de tout ce que je possède. Et pour cela, Dieu lui doit quelque chose. Dieu lui serait redevable.

Pendant ce temps, aux portes du temple, d’un homme qui n’ose lever les yeux du sol, Dieu entend en silence : « Dieu, aie pitié de moi, pécheur. » C’est si bref, mais avec une telle contrition. Et : « Dieu ne méprise pas un cœur brisé et humilié. » La prière est exaucée, le pécheur est justifié.

Nous aussi, mes chers amis, sommes dans le temple de Dieu. Gloire à Dieu ! Mais sondons les profondeurs de nos âmes à la lumière de l’Évangile d’aujourd’hui. Répondons à cette question : Qui sommes-nous ? Que dit le Seigneur de chacun de nous ?

Le message d’aujourd’hui est bref mais concis, et ce n’est pas un hasard si la parole de Dieu nous parvient aujourd’hui. Le danger de sombrer dans la suffisance pharisaïque, l’orgueil et le jugement critique d’autrui guette chacun. Seuls les véritables justes sont à l’abri de telles tentations, mais même eux veillent scrupuleusement sur leur âme afin que l’ennemi de l’humanité ne puisse s’y infiltrer. En nous qui vivons au milieu du tumulte des soucis de la vie, ces sentiments et ces opinions peuvent surgir insidieusement et nous éloigner du chemin du salut.

Il ne fait aucun doute que nous possédons de belles et authentiques qualités chrétiennes. Nous aimons l’Église de Dieu, nous efforçons d’honorer chaque fête par la prière lors des offices ; mais lorsque nous voyons ceux qui ont oublié l’Église, une pensée complaisante ne commence-t-elle pas parfois à germer en nous : « Dieu merci, je ne suis pas comme les autres » ? Nous nous consolons par la prière, mais nous pouvons être rancuniers, irrités, d’une curiosité oisive, égocentriques, et parfois excessifs dans notre nourriture ou insouciants dans nos paroles. Nous sommes industrieux mais avares et insensibles aux besoins d’autrui, et si nous sommes charitables, nous ne préservons pas la pureté de notre cœur en donnant. Nous devons prendre conscience de notre état moral et en être effrayés ; alors seulement nos cœurs seront déchirés par le cri du publicain : « Dieu, aie pitié de moi, pécheur !»

Nous nous contentons trop souvent d’une piété extérieure. Et ce « Dieu merci, je ne suis pas comme les autres hommes » pharisaïque, s’il n’est pas notre prière, vit néanmoins tapi au plus profond de notre âme, adoucissant notre existence d’une autosatisfaction béate.

Mais craignons même l’ombre de ce « Dieu merci, je ne suis pas comme les autres hommes ». L’autosatisfaction est terrible pour l’âme ; il est destructeur de juger autrui en le comparant à soi. Tout ce qu’il y a de bon en nous perd aussitôt toute valeur aux yeux de Dieu et devient la proie de l’orgueil satanique. Comment se fait-il que ces deux prières cohabitent en nous ? Le publicain et le pharisien se livrent une lutte intérieure, avec une victoire tantôt de l’un et tantôt de l’autre. Et combien nous devons être vigilants pour que la prière qui ne trouve aucune justification auprès du Seigneur ne prenne pas le dessus. Et les paroles du Seigneur : « Quiconque s’élève sera abaissé » ; « Celui qui s’abaisse sera élevé » (Luc 18,14) ne doit pas nous faire oublier que la véritable activité chrétienne est toujours empreinte d’humilité et d’amour. Afin de nous prémunir contre la suffisance pharisaïque, nous devons sonder notre âme avec lucidité. L’amour-propre inhérent à l’homme nous permet de bien voir nos qualités, mais nous sommes aveugles et condescendants envers nos faiblesses. Ne nous connaissant pas vraiment, nous nous croyons supérieurs aux autres. Mais dès que nous commençons à examiner notre conscience, notre cœur à la lumière de la vérité de l’Évangile, nous faisons une découverte importante : non seulement nous ne sommes pas meilleurs, mais à bien des égards, nous sommes pires que beaucoup.

Lorsque les justes de Dieu accomplissaient tout ce qui leur avait été commandé, ils se qualifiaient de serviteurs inutiles et craignaient même de penser à leurs qualités. L’apôtre Paul disait de lui-même : « Je suis le pire des pécheurs. » L’apôtre Pierre pleura jusqu’à la fin de ses jours à cause de sa chute. Les saints veillaient sur chaque mouvement de leur cœur, chaque pensée, et se jugeaient même eux-mêmes pour leurs pensées, les considérant comme des péchés, des actes commis. Sommes-nous exigeants envers nous-mêmes lorsque nos pensées sont uniquement tournées vers le monde terrestre et que nos cœurs sont accablés par ses convoitises ?

Pour nous libérer du péché d’orgueil et de suffisance, nous devons comparer notre vie non pas à celle de nos semblables, mais à celle de ceux qui ont atteint la perfection. Nombreux sont ceux qui, comme nous, ont vaincu le péché en eux, extirpé toutes leurs passions coupables et préparé en eux une demeure pour le Saint-Esprit. Mais même eux ont porté sur leurs lèvres, tout au long de leur vie, cette prière : « Dieu, aie pitié de moi, pécheur. » Et nous, pécheurs, nous prosternons légitimement devant eux. Efforçons nous donc de comparer leur vie pure et vertueuse à la nôtre. Par exemple, quelqu’un trouve sa paix intérieure et sa douceur; Mais que vaut notre nature soumise comparée à l’humilité de saint Serge ? Abbé d’un monastère, il n’hésitait pas à gagner son pain quotidien en construisant une cellule en rondins pour un moine. Et il rendait grâce à Dieu lorsque ce dernier paya son père spirituel de ses efforts avec une poignée de pain rassis et moisi.

Nous attachons une grande importance à nos règles de prière, et si parfois nous prions plus que prescrit, nous considérons cela comme un effort ascétique. Mais combien cela nous paraîtra petit et insignifiant, même à nos propres yeux, si nous nous souvenons des saints moines qui passaient des nuits entières en prière avec Dieu, sans jamais voir le temps passer.

Souvenons-nous de saint Séraphim de Sarov et de ses mille jours sur un rocher, dans son ascèse et sa prière.

Nous avons vaincu une passion qui nous assaillait, abandonné une habitude pécheresse ou une autre, et nous sommes prêts à nous complaire dans une satisfaction intérieure. Mais souvenons-nous des saints, de ceux qui ont lutté, qui ont triomphé de toutes les passions. Ayant éprouvé toutes les tentations et demeurant fermes dans les vertus, ils ont conservé l’essentiel : l’humilité et la pureté de l’amour. Mais si nous nous examinons attentivement, nous constatons que la vertu persiste jusqu’à la première tentation. Comment ne pas implorer le Seigneur d’une voix semblable à celle du publicain : « Ô Dieu, aie pitié de moi, pécheur ! »

 Et si nous contemplons la multitude des saints, si la Croix, portant le Divin Souffrant et sa Mère souffrant à ses côtés, se révèle à notre regard, alors notre cœur et notre esprit connaîtront le chemin qui mène au Christ et à sa Mère Très Pure ; et dans nos cœurs demeurera sans cesse cette prière : « Dieu, aie pitié de moi, pécheur. »

Le publicain, pécheur, et le pharisien, faux juste, nous enseignent tous deux : « N’espérez pas en votre propre justice, mais placez tout votre espoir de salut dans la miséricorde infinie de Dieu, en criant : “Dieu, aie pitié de moi, pécheur !” » Et lorsqu’un homme quitte le voile de cette terre pour atteindre le seuil de l’éternité, une seule prière compte et est nécessaire : « Dieu, aie pitié de moi, pécheur ! » Amen.

Archimandrite Jean (Krestiankin)

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Saint Antoine le Grand (célébré le 17 janvier)

Saint Antoine le Grand, est né en Égypte hellénisée vers 251 après J.-C. et s’est éteint en 356 après J.-C. On le connaît également sous le nom de saint Antoine d’Égypte et saint Antoine du Désert. Ayant hérité de la fortune considérable de ses parents, à l’âge de 20 ans, après avoir assuré le bien-être de sa jeune sœur, il prit à cœur l’exhortation du Christ et vendit tous ses biens restants, les donnant aux pauvres. Il se retira ensuite dans le désert pour suivre le Christ, vivant finalement en ermite dans une grotte pendant de nombreuses années. Il est considéré comme le père du monachisme chrétien, le premier des Pères du Désert de la chrétienté antique. L’ascétisme (une discipline spirituelle rigoureuse) que saint Antoine enseigna aux autres Pères du Désert est pratiqué encore aujourd’hui dans l’ermitage qu’il fonda il y a environ 1700 ans, situé entre le Nil et la mer Rouge, à Deir el-Marí Antonios. Tous les chrétiens orthodoxes, même si nous ne sommes ni moines ni moniales dans des monastères du désert, s’efforcent de pratiquer au mieux l’ascétisme de saint Antoine dans leur vie quotidienne. Saint Antoine fut un ardent défenseur de notre foi trinitaire et protégea la Sainte Église de l’ancienne hérésie de l’arianisme, qui enseignait faussement que le Christ ne participait pas à la nature de Dieu le Père. C’est grâce à saint Antoine et aux autres Pères de l’Église comme lui que nous avons reçu la Tradition de la seule vraie foi apostolique. Les chrétiens orthodoxes croient ce que les Écritures nous enseignent clairement (Psaume 141, 2 ; Apoc. 5, 8 ; Apoc. 8, 3-4) : les saints au Ciel sont pleinement vivants en Christ ; ils sont actifs et prient sans cesse pour les chrétiens et l’Église du Christ ; leurs prières s’élèvent comme l’encens devant l’autel céleste de Dieu. Nous pouvons entretenir une relation particulière avec saint Antoine le Grand. En tant qu’Église, nous implorons sa protection, ses prières et son intercession, tout comme nous nous demandons mutuellement, au sein de notre famille et de nos amis, de prier pour nous.

Tropaire : « Tu es devenu comme le zélé Élie, Et tu as suivi Jean-Baptiste dans sa droiture. Comme tu habitais dans le désert, Tu as affermi le monde par la prière. Ô Père Antoine, intercède auprès du Christ notre Dieu, Pour le salut de nos âmes. »

Extraits de https://stanthonythegreat.org/saint-anthony

Le 4 janvier: fête de saint Nicéphore le lépreux (1890-1964)

Le père Nicéphore (Nikēphóros – Nicolas Tzanakakis dans le monde) naquit en 1890 dans un village montagneux de la préfecture de La Canée, à Sikari, dans le district de Kastanohori, à l’ouest de la région. Ce village bénéficie d’un climat sain, de magnifiques forêts, de sources abondantes, de gorges et de grottes. Il possède une particularité peu commune : il est divisé en onze quartiers, chacun portant le nom d’une des familles qui s’y sont installées. C’est ainsi que saint Nicéphore vit le jour dans le quartier de Kostoyianides. Ses parents, de simples et pieux villageois, décédèrent alors qu’il était encore enfant, le laissant orphelin. À treize ans, il quitta donc sa maison et son grand-père, qui s’était engagé à l’élever, pour se rendre à La Canée afin d’y travailler. Il trouva un emploi dans un salon de coiffure et commença à apprendre un métier. C’est à cette époque qu’il présenta les premiers symptômes de la maladie de Hansen, c’est-à-dire la lèpre. Les lépreux étaient isolés sur l’île de Spinalonga car la lèpre était une maladie contagieuse et suscitait crainte et consternation. Nicolas avait seize ans lorsque les premiers signes de la maladie devinrent plus évidents. Afin d’éviter l’isolement à Spinalonga, il embarqua pour l’Égypte. Il resta à Alexandrie, où il travailla de nouveau dans un salon de coiffure, mais les symptômes s’aggravèrent, notamment sur ses mains et son visage. C’est pourquoi, grâce à l’intervention d’un ecclésiastique, il se rendit à Chios, où se trouvait alors une église pour les lépreux. Le prêtre était le père Anthimos Vagianos, devenu plus tard saint Anthimos (15 février). Nicolas arriva à Chios en 1914, à l’âge de vingt-quatre ans. Dans la léproserie de Chios, un complexe comprenant de nombreuses maisons, se trouvait une chapelle dédiée à saint Lazare, où était conservée l’icône miraculeuse de Panagia Ypakoe(1) (2 février). C’est dans ce lieu que s’ouvrit à Nicolas le chemin des vertus. Deux ans plus tard, saint Anthime le jugea prêt pour le Schéma angélique et le tonsura du nom de Nicéphore. La maladie progressa et évolua en l’absence de remèdes appropriés, provoquant de nombreuses lésions importantes (un médicament fut découvert en 1947). Le père Nicéphore vécut dans une obéissance sincère et inconditionnelle à son père spirituel, et dans une austère pratique du jeûne, travaillant dans les jardins. Il consigna également les miracles de saint Anthime dont il avait été témoin (dont beaucoup concernaient la délivrance de personnes possédées par des démons). Une relation spirituelle particulière unissait saint Anthime et le moine Nicéphore, qui demeura toujours proche de lui, comme l’écrit le père Théoclitos Dionysiatis dans son livre « Saint Anthime de Chios ». Le père Nicéphore priait des heures durant chaque nuit, récitant d’innombrables métanies. Il ne se querellait avec personne et ne blessait personne. Maître de chantre du temple, il perdit peu à peu la vue à cause de sa maladie et récitait donc les tropaires et les Épîtres de mémoire. La léproserie de Chios ferma ses portes en 1957 et les derniers malades, dont le père Nicéphore, furent envoyés à la léproserie Sainte-Barbe d’Athènes, dans le quartier d’Aigaleo. Le père Nicéphore avait alors environ 67 ans. Ses membres et ses yeux étaient profondément déformés par la maladie. Le père Euménios vivait également dans cette léproserie. Atteint lui aussi de la maladie de Hansen, il guérit grâce aux médicaments qu’il reçut. Il décida néanmoins de rester auprès des autres malades jusqu’à la fin de ses jours, prenant soin d’eux avec beaucoup d’amour. Il se soumit donc au père Nicéphore, à qui le Seigneur avait prodigué de nombreux dons en récompense de sa patience. Une foule se rassembla dans l’humble cellule du lépreux Nicéphore, à Sainte-Barbe-à-Aigaleo, pour obtenir ses prières. Voici quelques témoignages de ceux qui l’ont rencontré : « Bien qu’il fût prostré sous le poids de ses plaies et de ses douleurs, il ne se plaignait pas, mais faisait preuve d’une grande patience.» « Il avait le charisme de consoler les affligés. Ses yeux étaient constamment irrités et sa vue était faible. Il souffrait également de raideur aux mains et de paralysie des membres inférieurs. Malgré tout, il endurait tout cela avec une douceur, une humilité et un sourire infinis, et il était si agréable et attachant.» « Son visage, rongé par la maladie et ses plaies, rayonnait. C’était une joie pour ceux qui voyaient cet homme démuni et d’apparence si faible dire : Que son saint nom soit glorifié. » Le père Nicéphore s’est éteint le 4 janvier 1964, à l’âge de 74 ans. Trois ans plus tard, ses reliques furent exhumées et exhalèrent un parfum délicat. Le père Euménios et d’autres fidèles rapportèrent de nombreux cas de miracles survenus après avoir invoqué saint Nicéphore pour qu’il intercède auprès de Dieu. La vie de saint Nicéphore fut un exemple et un modèle inspirants pour tous. Il était agréable à Dieu par sa force d’âme et sa persévérance. C’est pourquoi nous possédons de nombreux témoignages attestant que notre saint avait reçu du Saint-Esprit le don de discernement, ainsi que de nombreux autres charismes. Il est à noter que la plupart des miracles sont consignés. Assurément, bien d’autres miracles ne se sont pas encore manifestés.

1 Le nom de l’icône honore l’obéissance de la Mère de Dieu à la volonté divine de donner naissance à son Fils, afin que, par son obéissance, les hommes obéissent également à sa volonté. Le mot grec Υπακοή signifie « obéissance ».

https://www.oca.org/saints/lives/2014/01/04/205506-saint-nikephoros-the-leper

Une lettre d’Aiud (29 janvier 1946), envoyée par Valeriu Gafencu à sa famille (le saint des prisons en Roumanie)

La vie est tout autre chose que ce que les gens imaginent. L’homme lui-même est tout autre chose que ce qu’il s’imagine être. La Vérité est tout autre chose que ce que l’esprit humain conçoit. Je veux être sincère et ouvert, jusqu’aux fibres les plus profondes de mon âme. Dès l’instant où j’ai mis le pied en prison, je me suis demandé pourquoi j’étais enfermé. Dans le domaine de la vie sociale, au regard de mes relations avec le monde dans lequel je vivais, j’avais toujours été considéré comme quelqu’un de très bien, un exemple de conduite morale. Si j’entrais en conflit avec quelqu’un, ce n’était que par amour pour la Vérité. Après beaucoup de luttes et d’agitations, après beaucoup de douleur, quand la coupe de la souffrance fut pleine, vint un jour saint, en juin 1943, où je tombai par terre, à genoux, le front contre le sol, le cœur brisé, dans une explosion de larmes. J’ai demandé à Dieu de m’accorder la lumière. Ce jour-là, j’avais perdu toute confiance en l’Homme. Je comprenais parfaitement que j’étais dans le vrai, alors pourquoi souffrais-je ? Dans toute mon âme, pourtant pleine d’une assurance fougueuse, il ne restait plus que l’amour. Personne ne me comprenait.

Dans mes pleurs prolongés, je commençai à faire des prosternations. Et soudain — ô Seigneur ! Que Tu es grand, ô Seigneur ! — je vis mon âme entière remplie de péchés. J’ai trouvé en moi la racine de tous les péchés humains. Oh, tant de péchés, et les yeux de mon âme, endurcis par l’orgueil, ne les avaient pas vus ! Que Dieu est grand ! Voyant tous mes péchés, je ressentis le besoin de les crier à haute voix, de les rejeter loin de moi. Et une paix profonde, une vague profonde de lumière et d’amour se déversèrent dans mon cœur. Dès que la porte s’ouvrit, je quittai ma cellule et j’allai vers ceux que je savais m’aimer le plus, ainsi que vers ceux qui me haïssaient et qui avaient le plus péché contre moi, et je leur confessai ouvertement et simplement : « Je suis l’homme le plus pécheur. Je ne mérite pas la confiance du plus humble des hommes. Je suis béni ! » Tout le monde fut stupéfait. Certains me regardaient avec mépris, d’autres avec indifférence, et certains me regardaient avec un amour qu’ils n’auraient pas pu expliquer eux-mêmes. Une seule personne me dit : « Tu mérites d’être embrassé ! » Mais je m’enfuis rapidement vers ma cellule, j’enfouis ma tête dans mon oreiller et je continuai à pleurer tout en remerciant et en glorifiant Dieu.

Ce jour-là, j’ai commencé une lutte consciencieuse contre le péché. Si seulement vous pouviez savoir combien la guerre contre le péché est difficile ! Je veux que vous sachiez que j’ai beaucoup lutté contre le péché, non seulement ici, mais aussi quand j’étais libre. [Ici, il témoigne que, bien qu’ayant été tenté physiquement, il n’est pas tombé, mais est resté pur.] En prison, j’ai examiné mon âme et j’ai réalisé que, même si je n’avais pas péché en actes, j’avais péché en paroles et surtout en pensées. Après un examen de conscience approfondi, je suis allé voir un prêtre et je me suis confessé. Ma confession m’a libéré. Et je mène une lutte continue. La lutte ne cesse pas avec la mort. Sans repentir, personne ne peut faire un seul pas en avant. Quiconque fuit la réalité de sa propre âme est un menteur.

Qu’est-ce que la vie ? C’est un don de Dieu qui nous est accordé afin de purifier nos âmes du péché et de nous préparer, par le Christ, à recevoir la vie éternelle. Qu’est-ce que l’Homme ? Un être créé par l’amour illimité de Dieu et à qui Dieu a donné le choix entre la sainteté et la mort. Soyez très prudents ! Dans la vie sociale, les gens se regardent et se jugent non pas selon ce qu’ils sont par essence, mais selon ce qu’ils semblent être par la forme. N’ayez aucune illusion sur l’Homme — quiconque en a souffrira amèrement — mais aimez-le. Un seul est parfait, un seul est bon, un seul est pur : le Christ-Dieu ! Et maintenant : Qu’est-ce que la Vérité ? La Vérité est le Christ, la Parole de Dieu. Cherchez à vous rapprocher du Christ sincèrement et laissez le monde et ses péchés en paix !

Source:https://orthochristian.com/90761.html