Les Saints Pères: sur la maladie (3)

  1. Le but de la maladie.

 L’Esprit Saint lui-même témoigne à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu.  Et puisque nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers : héritiers de Dieu, et donc cohéritiers de Christ, puisque nous souffrons avec lui pour avoir part à sa gloire. (Romains 8 :16-17)

Notre Sauveur et les Pères porteurs de Dieu (les Pères théophores) enseignent que notre seule préoccupation dans cette vie devrait être le salut de nos âmes. L’évêque Ignace (Brianchaninov) dit : «La vie terrestre – cette brève période – est donnée à l’homme par la miséricorde du Créateur afin que l’homme puisse l’utiliser pour son salut, c’est-à-dire pour sa restauration de lui-même de la mort à la vie» (L’arène). Par conséquent, nous devons «regarder tout dans ce monde comme une ombre évanescente et n’attacher notre cœur à rien (qui appartienne à ce monde) … « parce que nous regardons, non point aux choses visibles, mais à celles qui sont invisibles ; car les choses visibles sont passagères, et les invisibles sont éternelles.»(Saint Jean de Kronstadt, conseils spirituels citant 2 Corinthiens 4 :18). Pour les chrétiens orthodoxes, le centre de notre vie n’est pas ici, mais là, dans le monde éternel.

Combien de temps nous allons vivre, quelle maladie ou infirmité va accompagner notre mort – ces choses ne sont pas la préoccupation propre des chrétiens orthodoxes. Bien que nous chantions «plusieurs années» l’un pour l’autre aux jours des fêtes et autres célébrations, ce n’est que parce que l’Église dans sa sagesse sait que nous avons vraiment besoin de «plusieurs années» pour nous repentir de nos péchés et être convertis, et non pas parce qu’une longue vie  a une valeur en soi. Dieu ne va s’intéresser pas à notre âge nous quand nous allons nous présenter devant son jugement, mais si nous nous sommes repentis ; Il ne s’intéresse pas tant de savoir si nous sommes morts d’une crise cardiaque ou d’un cancer mais si notre âme est en bon état de santé.

Par conséquent, « nous ne devons pas redouter les maladies à l’exception du péché, ni la pauvreté, ni les infirmités, ni l’insulte, ni le traitement malveillant, ni l’humiliation, ni la mort » (saint Jean Chrysostome, Sur les Statues) car ces « maux » ne sont que des mots ; Ils n’ont aucune réalité pour ceux qui vivent pour le Royaume des Cieux. La seule vraie « calamité » dans cette vie est de déplaire à Dieu. Si nous avons cette compréhension fondamentale du but de la vie, la signification spirituelle de l’infirmité corporelle peut être ouverte pour nous.

Dans le chapitre précédent, nous avons appris comment le Dieu tout-sage a permis à la souffrance d’entrer dans le monde afin de nous montrer que nous ne sommes que des créatures. C’est une leçon encore pas apprise par la race d’Adam qui, dans sa fierté, a toujours cherché à être comme «des dieux» : car chaque péché est un renouvellement du péché des premiers ancêtres, un détournement volontaire de Dieu vers soi. De cette façon, nous prenons la place de Dieu, en nous adorant nous-mêmes au lieu du Créateur. Ainsi, la souffrance de la maladie a le même but aujourd’hui qu’elle l’avait au début : pour cette raison, c’est un signe de la miséricorde et de l’amour de Dieu. Comme le disent les saints Pères à ceux qui sont malades : «Dieu ne vous a pas oublié, il prend soin de vous» (Sts. Barsanuphe et Jean de Gaza, VIème siècle, Philocalie).

Cependant il est difficile de voir comment la maladie peut être un signe du soin que Dieu nous fait si nous ne comprenons pas la relation qui existe entre le corps et l’âme. L’Ancien Ambroise du monastère d’Optina (XIXème siècle) en a parlé dans une lettre à la mère d’un enfant très malade :

« Nous ne devons pas oublier que, à notre époque de« sophistication », même les petits enfants sont spirituellement blessés par ce qu’ils voient et entendent. En conséquence, une purification est nécessaire, et cela ne se fait que par des souffrances corporelles … Vous devez comprendre que le bonheur du Paradis n’est accordé à personne sans souffrance. « 

Saint Nicodème de la Montagne Sainte (XVIIIème siècle) a expliqué que, puisque l’homme est double, composé de corps et d’âme, «il y a une interaction entre l’âme et le corps» (Conseils), chacun influençant l’autre et communiquant réellement avec l’autre. « Lorsque l’âme est malade, nous ne ressentons généralement aucune douleur », dit saint Jean Chrysostome. « Mais si le corps ne souffre qu’un peu, nous faisons tous les efforts pour être libres de la maladie et de la douleur. Par conséquent, Dieu corrige le corps pour les péchés de l’âme, de sorte que, en châtiant le corps, l’âme puisse aussi recevoir une certaine guérison »  … Le Christ a fait cela avec le Paralytique quand il lui dit : « Voici, tu as été guéri ; ne pèche plus de peur qu’il ne t’arrive quelque-chose de pire ». Qu’est-ce que cela nous apprend ? Que la maladie du paralytique avait été produite par ses péchés (Homélie 38, Sur l’Evangile de Saint-Jean).

Une fois, une femme fut amenée à saint Séraphim de Sarov. Elle était gravement paralysée et ne pouvait pas marcher parce que ses genoux étaient pliés vers sa poitrine. Elle a dit à l’Ancien qu’elle était née dans l’Église orthodoxe mais, après avoir épousé une personne hostile à l’Eglise, elle avait abandonné l’Orthodoxie et, à cause de son infidélité, Dieu l’avait puni … Elle ne pouvait pas que difficilement bouger la main ou son pied. St. Seraphim demanda à la malade si elle avait foi maintenant en sa Mère, notre Sainte Église orthodoxe. En recevant une réponse affirmative, il lui a dit de faire le signe de la Croix de la manière appropriée. Elle a dit qu’elle ne pouvait même pas lever la main Mais quand le Saint a prié et a oint ses mains et sa poitrine avec de l’huile de la lampe qui éclaire l’icône, sa maladie l’a laissée instantanément. Il lui a dit : voilà ; maintenant tu es rétablie dans ton intégrité. Ne pèche plus, afin que   pire chose ne vienne à toi !

Ce lien entre le corps et l’âme, le péché et la maladie, est clair : la douleur nous dit que quelque chose a mal tourné pour l’âme, que non seulement le corps est malade, mais aussi l’âme. Et c’est précisément comment l’âme communique ses maux au corps, éveillant un homme à la connaissance de soi et au désir de se tourner vers Dieu. Nous voyons cela encore dans la vie des saints, car la maladie enseigne également que « notre vrai soi, ce qui constitue essentiellement l’homme, n’est pas le corps visible, mais l’âme invisible, l’homme intérieur» (saint Nicodème de la montagne sainte, la morale chrétienne).

Mais cela signifie-t-il que l’homme qui jouit d’une bonne santé en continu est en «bonne forme» spirituellement ? Pas du tout, car la souffrance prend de nombreuses formes, qu’il s’agisse du corps ou de l’esprit et de l’âme. Combien de gens en bonne santé se plaignent que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue ? Saint Jean Chrysostome décrit ce genre de souffrance :

« Certains pensent que profiter d’une bonne santé est une source de plaisir. Mais ce n’est pas toujours le cas. Car beaucoup de personnes qui sont en bonne santé, ont mille fois souhaité de mourir, ne pouvant supporter les insultes qui leur étaient infligées … Car même si nous devenons des rois, nous devrons rencontrer beaucoup d’ennui et de tristesse … Par nécessité, les rois ont autant de tristesse qu’il n’y a de vagues sur l’océan. Donc, si devenir roi ne peut rendre la vie libre de tout chagrin, alors quoi d’autres pour atteindre cet objectif ? Il n’y a rien d’autre en effet, dans cette vie « (Homélie I8, Sur les Statues).

Plusieurs églises protestantes réclament souvent «la santé» au «Nom du Christ». Elles considèrent la santé comme quelque chose dont le chrétien a naturellement le droit. De leur point de vue, la maladie trahit un manque de foi. C’est exactement le contraire de l’enseignement orthodoxe comme l’illustre la vie du Job le juste dans l’Ancien Testament. Saint Jean Chrysostome dit que les saints servent Dieu non pas parce qu’ils s’attendent à une sorte de récompense spirituelle ou matérielle, mais simplement parce qu’ils l’aiment : «pour les saints, sachez que la plus grande récompense de tous est de pouvoir aimer et servir Dieu ». Ainsi, « Dieu, voulant montrer que ce n’était pas pour une récompense que ses saints le servaient, a dépouillé Job de toutes ses richesses, l’a livré à la pauvreté et lui a permis de tomber dans des maladies terribles ». Et Job, qui ne vivait pour aucune récompense dans cette vie, restait fidèle à Dieu (Homélie I, Sur les Statues).

 

De même que les personnes en bonne santé ne sont pas sans péché, Dieu aussi permet parfois aux personnes vraiment justes de souffrir, « pour devenir un modèle pour les faibles » (Saint-Basile, le Grand, Les grandes règles). Car, comme l’enseigne saint Jean-Cassien, «un homme est davantage instruit et formé par l’exemple d’un autre» (Conférences).

C’est ce que nous voyons dans le cas du pauvre Lazare de l’Evangile. « Bien qu’il ait souffert de blessures douloureuses, il n’a jamais murmuré contre l’homme riche ni lui a demandé quoique ce soit … En conséquence, il a trouvé le repos dans le sein d’Abraham, comme celui qui a accepté humblement les malheurs de la vie » (Saint Basile le Grand, Les grandes règles).

Les Pères de l’Église enseignent également que la maladie est un moyen par lequel les chrétiens peuvent imiter la souffrance des martyrs. Ainsi, dans la vie de beaucoup de saints, on constate qu’ils ont eu des souffrances corporelles intenses vers la fin de leur vie, de sorte que par leur juste souffrance ils puissent égaler le martyre physique. Un bon exemple peut être trouvé dans la vie de ce grand champion de l’orthodoxie, saint Marc d’Éphèse :

« Il était malade durant quatorze jours, et la maladie, comme il l’a dit lui-même, avait sur lui le même effet que les instruments de torture appliqués par les bourreaux aux saints martyrs. Cette douleur a ceinturé ses côtes et ses organes internes et ils étaient tellement comprimés entraînant une souffrance absolument insupportable. Ainsi ce que les hommes n’auraient pas pu faire à son corps sacré et martyrisé était fait par la maladie. Selon le jugement indescriptible de la Providence, et afin que ce Confesseur de la Vérité et Martyr, Victorieux de toutes les souffrances possibles, apparaisse devant Dieu après avoir traversé toute sorte de misère, et cela jusqu’à son dernier souffle, comme l’or qui est éprouvé dans la fournaise, et que grâce à cela, il puisse recevoir pour l’éternité encore plus d’honneur et de récompenses de la part du Juste Juge. » (The Orthodox Word, vol. 3, numéro 3).

Vous qui croyez être bien, veillez à ne pas tomber loin de Dieu au temps du malheur. – St. Jean de Kronstadt.

Source : Source : http://fatheralexander.org/booklets/english/fathers_illness.htm

 

 

Les Saints Pères : sur la maladie (2)

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  1. L’origine et la cause de la souffrance.

 

Or, nous savons que, jusqu’à ce jour, la création toute entière soupire et souffre les douleurs de l’enfantement. (Romains 8:22)

Mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent. (Matthieu 7:14).

Cela est spécifié à la fois par le saint exemple de notre Seigneur et par son saint enseignement. Le Seigneur a prédit à ses disciples et à ceux qui le suivraient que dans le monde, c’est-à-dire pendant leur vie terrestre, ils auront des tribulations (Jean 16:33; 15:18; 16: 2-3) … De là, il est clair que le chagrin et la souffrance sont précisément désignés par le Seigneur lui-même pour ses vrais serviteurs durant leur vie sur terre « (Évêque Ignace Brianchaninov, L’Arène).

Mais pourquoi en est-il ainsi ? Pourquoi les «chagrins et les souffrances», ainsi que les maux qui vont avec, nous sont effectivement affectés ? L’enseignement des saints Pères montre comment la souffrance doit être comprise dans le contexte de l’état premier créé par l’homme et sa chute ultérieure dans le péché.

Au début, il n’y avait pas de douleur, pas de souffrance, ni maladie ni mort. L’homme était «étranger au péché, aux peines, aux soucis et aux nécessités difficiles» (St. Symeon, le nouveau théologien, Homélie 45).

Si Adam et Eve n’avaient pas transgressé, «ils auraient progressivement acquis la gloire la plus parfaite et, en changeant, se seraient rapprochés de Dieu … et la joie et la réjouissance avec lesquelles nous aurions été remplis par la communion ente humains, véritablement cela aurait été quelque-chose d’indicible bien au-delà de notre structure de pensée (actuelle) « (Ibid.). Comme il n’y aurait pas eu de souffrance, il n’y aurait pas eu de maladie et, par conséquent, il n’y aurait pas eu besoin de la médecine.

« Mais quand l’homme a été trompé et séduit par le diable … Dieu est venu à l’homme comme le médecin qui vient chez un homme malade » (Saint Jean Chrysostome, Homélie 7, Sur les Statues). Dieu est descendu au Paradis dans la fraicheur de la journée et a appelé, Adam, où es-tu ? (Genèse 3: 9). Sa première manifestation à l’homme après le péché de la désobéissance n’était pas celui d’un juge vengeur, « car Dieu, quand il trouve un pécheur, ne considère pas comment il peut lui faire payer la sanction, mais comment il peut l’amender et le rendre meilleur » (St. Jean Chrysostome, Ibid.).

L’homme, la créature, avait succombé à la tentation d’être comme Dieu, le Créateur ; chose qui est contre toute raison ou possibilité. Ceci, le premier péché, a amené avec lui non pas «la divinité», mais la douleur, la maladie et la mort – et non par «hasard», mais pour une raison corrective spécifique : afin que l’homme puisse le savoir sans aucun doute et pour tout le temps qu’il n’est pas « comme Dieu ».

Par conséquent, le Médecin céleste « a rendu le corps [de l’homme] soumis à beaucoup de souffrances et de maladies, afin que l’homme puisse apprendre de sa nature même qu’il ne doit plus jamais entretenir la pensée « qu’il pourrait être comme Dieu » (saint Jean Chrysostome, Homélie 11, Sur les Statues). Dieu a dit à Eve :   « dans la douleur, tu enfanteras » (Genèse 3:16) ; et à Adam : « la terre sera maudite à cause de toi. C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre, d’où tu as été pris ; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière » (Genèse 3:17, 19).

Il est extrêmement important de comprendre cela dès le début, car si nous ne comprenons pas cette vérité sur la nature de l’homme déchu, rien de ce que les saints Pères enseignent sur ce sujet n’aura du sens. D’autre part, « si nous pouvons comprendre cela, nous pourrons apprendre de nous-mêmes et nous pourrons connaître Dieu et l’adorer en tant que Créateur » (Saint Basile le Grand, Hexameron). « Le péché engendre le mal, et le mal engendre la souffrance », écrit le Professeur Andreyev; « pourtant, cette souffrance même, qui a son origine en Adam et Eve, est une bénédiction pour nous tous, car cela nous oblige à réaliser combien est dangereuse pour nos âmes et nos corps  notre infidélité envers Dieu » (Orthodox Christian Apologetics).

(A suivre)

Source : http://fatheralexander.org/booklets/english/fathers_illness.htm