DE LA NATURE DES CHOSES ET DU SALUT

DE LA NATURE DES CHOSES ET DU SALUT
Traduit à partir de : http://fatherstephen.wordpress.com/2008/12/

La nature essentielle de toute chose est une question importante à poser – ou peut-être devrais-je dire qu’il s’agit d’une question a priori. Car si nous sommes en mesure de préciser quelle est la nature essentielle de toute chose alors les réponses à de nombreuses questions seront résolues.
Tout cela est une autre façon de dire que la façon dont on pose les questions détermine les réponses.
Alors, quelle est la nature essentielle de toute chose? Plus précisément, quelle est la nature essentielle des choses que les chrétiens pensent qu’elles sont indispensables pour le salut de tout être humain?

Je veux énoncer brièvement certaines propositions qui me paraissent être importantes concernant ce sujet :

1. Il est de la nature des choses que l’être humain n’a pas de problème juridique avec Dieu. C’est-à-dire, la nature de notre problème n’est pas de nature légaliste. L’univers n’est pas un palais de justice.

2. Il est de la nature des choses que Christ n’est pas venu rendre bons des hommes mauvais, mais qu’Il est venu pour rendre à la Vie des hommes qui étaient morts. C’est-à-dire que la nature de notre problème n’est pas morale, mais existentielle ou ontologique. Nous avons un problème qui est enraciné dans la nature même de notre existence et pas dans notre comportement. Nous nous comportons mal à cause d’un problème très profond. Un comportement correct ne corrigera pas le problème.

3. Il est de la nature des choses que les êtres humains ont été créés pour vivre dans la communion avec Dieu. Nous n’avons pas été créés pour vivre en tant qu’individus autonomes caractérisés par notre capacité de choisir et de décider. Pour reformuler ceci: nous sommes des créatures de communion, pas des créatures de consommation.

Une grande partie de mon expérience en tant que chrétien américain a été une rencontre avec des gens qui ne considèrent pas que le problème de l’humanité est un problème existentiel, mais plutôt d’ordre moral.

Ils voient que les êtres humains se comportent mal et ils considèrent par voie de conséquence que la tâche première de l’Église est de contribuer à influencer les gens à être «bons». Ainsi je me rappelle un professeur de l’école du dimanche [jour du catéchisme dans de nombreuses communautés protestantes] (ainsi que d’une enseignante dans le primaire qui a tenté la même chose) exhortant mes camarades et moi de «prendre l’engagement. » Autrement dit, que nous serions d’accord de ne pas fumer du tabac ou de boire de l’alcool avant l’âge de 21 ans. L’idée est que si nous attendons jusqu’à cet âge ; alors probablement que nous ne fumerons et ne boirons jamais. Dans au moins un cas un véritable contrat signé a été proposé. Pour ma part, je ne me souviens pas si j’ai signé ou non. La principale raison pour laquelle je ne me souviens pas, c’est que les questions en jeu semblaient sans importance pour moi à l’époque. Pratiquement tous les adultes de ma vie fumaient. Et je n’étais pas familier non plus avec beaucoup de gens qui ne boivent pas. Ainsi, mes professeurs m’ont demandé en quelque sorte de signer un document disant que je pensais que mon père et mon grand-père n’étaient pas des hommes bons. Je pense que je n’ai pas signé. Si je l’ai fait, alors j’ai menti et ai cassé l’engagement à un âge précoce.

Mon expérience a prouvé plus tard, la faiblesse des hypothèses retenues par les enseignants de ma jeunesse. Fumer n’est pas tellement bon ou mauvais en soi mais c’est la dépendance qui en résulte qui est mortelle. J’ai fumé pendant 20 ans et je remercie Dieu pour la grâce qu’il m’a donné de cesser de fumer. Je me sens stupide lorsque je regarde en arrière ces 20 années, mais ce qui a été fait n’est pas nécessairement « mauvais ». De même, j’ai connu des alcooliques (dont des parents à moi) et ils étaient généralement à peu près aussi « bien » que n’importe qui d’autre et même parfois plus. J’ai vu aussi la destruction causée par l’abus d’alcool. Mais j’ai vu une destruction semblable dans les familles qui n’ont jamais bu et la poursuite de la destruction dans les familles où l’alcool avait été supprimé. Boire peut avoir des conséquences graves, mais ne pas boire n’est pas la même chose que de guérir le problème.

J’ai eu une expérience bien plus profonde, en effet une série d’expériences, alors que j’avais dix ans – ces expériences m’ont fait une impression beaucoup plus profonde et ont soulevé les questions qui brûlaient dans mon âme sur la nature des choses.

La première expérience a été l’assassinat d’une tante. Elle avait 45 ans et était aimée par toute la famille. Tout le monde l’aimait. Son assassinat était simplement une question de « hasard », elle était au mauvais endroit au mauvais moment en face d’un homme qui voulait faire du mal à quelqu’un. Rien de mystérieux donc, juste une mort brutale. La même année, une autre tante est morte à la suite d’une bataille de plusieurs années avec le lupus (une maladie auto-immune). Et pour ajouter à cela, ma 10ème année a également été l’année de l’assassinat de John Kennedy. Ainsi, lorsque j’ai terminé ma dixième année il me semblait que la mort était une question importante – et même La question importante.
Cela montre peut-être que j’étais marqué par des expériences inhabituelles pour un garçon de la classe moyenne blanche dans le début des années 60. Cela signifiait aussi que, lorsque j’ai ensuite lu Dostoïevski fin de mon adolescence, j’ai été happé par ce questionnement.

La nature des choses est que les gens meurent – et ce n’est pas seulement qu’ils meurent – mais la mort est déjà à l’œuvre en eux à partir du moment de leur naissance et c’est la question principale. L’échec de l’humanité ne doit pas être compris dans un contexte purement moral. Nous ne sommes pas des créatures de choix et de décision. Comment et pourquoi nous effectuons nos choix est un processus très complexe que nous nous ne comprenons pas. Nous pouvons faire également le choix de Jésus Christ pour découvrir que peu a changé. Il est également possible de se trouver pris dans une chaîne de décisions qui nous amènent au bord du désespoir, sans savoir vraiment comment nous y sommes arrivés. Bien qu’il existe clairement des problèmes avec nos choix et nos décisions, le problème est beaucoup plus profond.

Parmi les premières approches de ce problème la «nature des choses», on trouve celle de saint Athanase dans son ouvrage « Sur l’Incarnation ». Il montre très clairement que le problème fondamental de l’humanité se trouve dans le processus de la mort. Non seulement nous nous déplaçons tous lentement vers une mort inévitable, le processus de la mort (la pourriture, la corruption) est déjà à l’œuvre en nous. Dans l’imagerie d’Athanase, c’est comme si nous retombons à nouveau vers nos origines dans la poussière de la terre. «Souviens-toi que tu es poussière et tu retourneras à la poussière».

Et c’est ainsi que quand il parle de l’œuvre du Christ, il l’aborde clairement en termes de notre délivrance de la mort (et pas seulement la délivrance des conséquences de la dissolution du corps et de sa séparation avec l’âme, mais de l’ensemble du processus de mort.)

C’est souvent le langage du Nouveau Testament, ainsi, Saint Paul écrira: «Je suis crucifié avec le Christ, néanmoins si je vis, ce n’est pas moi qui vis mais le Christ qui vit en moi, et la vie que je vis maintenant je la vis dans la foi du Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi. « Et même sur un ton plus « moraliste » saint Paul nous demande de « mettre à mort les œuvres de la chair.  »

L’importance de ces distinctions (aspect moral vis-à-vis de l’aspect existentiel) est dans la façon dont nous traitons nos difficultés actuelles. Si le problème est avant tout moral alors il est logique de vivre la vie dans le mode incitatif, exhortant constamment les autres à être bons et de faire les bons choix. Si, d’autre part, notre problème est enraciné dans la nature même de notre existence c’est vers cette existence qu’il faut se tourner. Et encore une fois, le Nouveau Testament, ainsi que la Tradition de l’Église, attirent notre attention dans cette direction. Ayant été créés pour l’union avec Dieu, nous ne serons pas en mesure de vivre convenablement en dehors de cette union. Ainsi, notre baptême nous unit à la mort et la résurrection du Christ, rendant possible une existence propre. Vivre que cette existence propre ne se fera pas en se contentant d’essayer de contrôler nos décisions et nos choix, mais en travaillant consciemment ou inconsciemment à maintenir notre union avec Dieu. On nous dit « que Celui qui est en nous est plus grand que celui qui est dans le monde. » Ainsi, notre victoire, et l’espoir de notre victoire est «Christ en nous, l’espérance de la gloire. »

Et si nous vivons dans une telle communion nous ne prierons pas parce-que c’est un devoir moral, mais parce que c’est le support de notre existence. Nous prions, nous jeûnons, nous donnons l’aumône, nous nous confessons, nous communions non pas pour être de meilleures personnes, mais parce que si nous négligeons ces choses nous allons mourir. Et la mort sera lente et marquée par la dissolution progressive de ce que nous sommes.

Durant plus de 25 ans de ministère, j’ai toujours trouvé ce modèle de compréhension comme décrivant le mieux ce que je rencontre et ce que je vis sur une base quotidienne. Dans les dix dernières années de ma vie en tant que chrétien orthodoxe, j’ai trouvé que cette compréhension des choses est non seulement plus conforme à la réalité – mais également en accord avec les Pères. Il s’agit d’un point solide en faveur de la tradition chrétienne pour une description de la réalité nettement meilleure que les versions qui ont été développées dans les quatre cents dernières années. Réfléchissez ! Il des gens qui ont compris la réalité de la vie il y a mille ans de telle sorte que ce qu’ils ont décrits reste valable pour la réalité existentielle de l’homme moderne. Certaines choses ne changent pas – sauf par la grâce de Dieu et de Son infinie miséricorde.

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