La connaissance du Dieu merveilleux

Traduction du texte paru le 12 octobre 2011  sur l’excellent  site http://fatherstephen.wordpress.com/

Nous prouvons l’existence de Dieu en l’adorant et non en avançant des  soi-disant preuves. Nous avons ici l’argument liturgique et iconographique de l’existence de Dieu. Nous arrivons à une croyance solide dans l’existence de Dieu en allant au-delà de ce qui semble vrai, plus loin que la certitude de Pascal. Ainsi que  l’énonce un ancien adage monastique: «Donne ton sang et reçois l’Esprit».
Paul Evdokimov dans L’Art de l’Icône: Une théologie de la beauté

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J’ai écrit et réfléchi sur le « Dieu inconnaissable » et sur le « Dieu non nécessaire ». Il s’agissait  de  tentatives modestes  pour illustrer  la théologie « apophatique » de l’Eglise. Une théologie qui est au delà des mots – et qui ne peut pas être décrite. La citation extraite du très beau livre  de Paul Evdokimov va au cœur des choses. Paul Evdokimov comprend parfaitement que ce que nous savons de Dieu n’est pas quelque chose qui est soumis à l’argumentation rationnelle et aux preuves. Car Dieu est un Dieu vivant et non pas une idée que nous pouvons « saisir ». Le Salut n’est pas en soi une telle idée. Bien que Dieu soit tout à fait au delà de nos connaissances, il s’est fait connaître et le chemin que nous entreprenons vers cette connaissance est un chemin qui nous transforme.  Pour connaître Dieu de la façon dont Il devrait être connu consiste à se trouver en train de connaître d’une manière qui, à cause notre péché, nous est étrangère.

Celui que nous connaissons et comment nous Le connaissons  font partie de notre salut.
L’apprentissage impliqué dans la manière dont nous  acquérons la connaissance est peut-être la chose la plus difficile parmi toutes les choses auxquelles nous faisons face concernant la foi dans notre contexte moderne. Car la modernité elle-même n’a pas de langage ni de place pour le genre de connaissance impliqué dans le chemin chrétien de la foi. Même l’aperçu le plus minime que nous avons de Dieu dans notre voyage de foi est d’une valeur infiniment plus élevée que le savoir qui vient à travers la simple considération rationnelle.
La grande difficulté dans la connaissance de Dieu et qui est propre pour le voyage de la foi chrétienne, est celle qui n’est pas recherchée en tant que connaissance en soi. Cette dernière connaissance se présente à nous comme un aperçu, parfois soudainement et de façon inattendue, mais elle vient comme le fruit de l’humilité et de la repentance (conversion) dans nos vies. Les orgueilleux ne connaissent pas Dieu car il nous est dit que «Dieu résiste aux orgueilleux. » L’humilité est une lutte très difficile, car nous apprenons à nous considérer nous-mêmes comme étant en dessous des autres, plutôt qu’en dessus. C’est un grand mystère car nous sommes entourés par des personnes que nous aurions aisément tendance à considérer comme étant moins bien que nous et également plus grands pêcheurs que nous. Cependant, dans la vérité qui est révélée à la lumière du Royaume de Dieu, ce n’est tout simplement pas le cas. Cette sainte lumière nous révèle que nous sommes moins que les autres et moins dignes des faveurs accordées par Dieu.
C’est un grand mystère selon la plupart sinon par toutes les normes objectives – donc nous devons abandonner les normes objectives telles qu’elles sont car  leur témoignage n’est pas la vérité (ou pas la vérité que nous recherchons). Nous recherchons ce qui est bon parmi ceux qui nous entourent, et si alors nous voulons porter un  jugement, nous nous trouverons en dessous d’eux. Seul le cœur peut voir ce qui est bon ou entrevoir notre propre faiblesse.
Nous haïssons et nous craignons notre propre échec quand il nous est manifeste, et nous nous pressons de trouver quelque chose avec lequel nous pouvons couvrir nos erreurs. C’est le pêché d’Adam et Eve lorsqu’ ils ont cherché à se cacher à tort de la présence de Dieu. Par l’humilité on pourrait embrasser de tels moments donnés par Dieu pas pour  que nous ayons honte de nous mêmes, mais parce que dans ces moments, nos cœurs sont brisés et sont beaucoup plus capables de voir Dieu. Je trouve aussi (malheureusement) que lorsque de tels moments viennent  que je suis plus facilement conscient de mon échec que je ne le suis de la présence de Dieu – car tel est mon orgueil.
Cependant, Dieu ne veut pas de nous écraser, ni nous briser. Il est, après tout, un Dieu bon.
Acceptez les manquements qui surviennent car alors nous nous humilions devant nous-mêmes et devant les autres. Fuyez l’orgueil et l’entêtement. Prenez garde d’avoir (à tout prix)   raison. Rendez toujours grâce pour toute chose et en toute circonstance. (Et alors) Dieu  se rendra connaissable.

12 octobre 2011  fatherstephen

A propos de la foi et de la raison logique

Article (écrit par Mgr Georges évêque du Mont Liban ) traduit de l’original paru le samedi 17 septembre 2011 dans le quotidien libanais annahar.

LA FOI

Commençons par le sens des mots.

La foi consiste à croire en la vérité du contenu de cette foi.

La foi une assurance (« amn » en arabe) soit le contraire de toute sorte de peur.

La foi est confiance. Elle est comme un abri, comme un lieu sûr. Elle est une garantie.

Mais en arabe, le mot foi, « Imane », est plus proche du cœur.

Pour le théologien musulman Al Ghazali ( XIème siècle) , ainsi que pour les chrétiens, la foi est une lumière que Dieu place en notre sein à nous autres êtres humains, de sorte que Dieu soit la source de cette lumière ; l’homme reçoit cette lumière et interagit dans l’obéissance, dans la piété, et dans sa façon de se comporter. La foi n’est donc pas une construction intellectuelle, même si la raison a son rôle à jouer. La foi ne découle pas de la raison rationnelle, même si la philosophie occidentale au moyen-âge a essayé d’établir des preuves de l’existence de Dieu.

On peut admettre de façon rationnelle l’existence de Dieu, mais la logique intellectuelle ne te mènera jamais à Dieu par ton cœur, ni à Le connaître ou à Le goûter comme il est dit parfois dans certaines approches.

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A propos du pardon.

Pardonner à chacun pour toute chose
3 septembre 2011 par fatherstephen (à partir du site: http://fatherstephen.wordpress.com/)

Dans l’œuvre magistrale de Dostoïevski, « Les Frères Karamazov », on trouve le récit de Markel, le frère aîné de Zosime, qui est atteint de tuberculose et qui est mourant. Dans ses derniers jours, il revient  à une foi renouvelée en Dieu et à une compréhension vraiment profonde du pardon. Au cours d’un entretien  avec sa mère, elle se demande avec grand étonnement comment il peut être si joyeux  alors que sa maladie est dans un stade de gravité avancée. La réponse que fait Markel à sa mère est une illustration de ce qui constitue le cœur de la vie chrétienne orthodoxe.

«Maman », lui dit-il, « ne pleure pas ; la vie est un paradis, et nous sommes tous au paradis, mais nous ne voulons pas le réaliser, nous ne voulons pas le comprendre et nous ne cherchons pas non plus à le comprendre. Mais si nous cherchions à le comprendre le paradis serait établi partout dans le monde dès demain « . Nous étions tous étonnés de ses paroles, qu’il prononçait si étrangement et si résolument ; nous avons ressenti une tendre émotion et nous avons pleuré. …« Chère maman, toi qui es une parcelle de mon sang, dit-il (à cette époque, il avait commencé à utiliser ce genre de mots affectueux de façon imprévisible), «parcelle de mon sang bien-aimée et pleine de joie, tu dois réaliser qu’en vérité  chacun de nous est coupable devant tous et en tout. Je ne sais pas comment expliquer cela, mais je le ressens au plus profond de moi-même au point que cela me tourmente. Et comment avons-nous pu vivre tout ce temps en étant en colère avec les autres et ne sachant rien de tout cela? » [Il se considérait coupable devant les oiseaux et  face à toute la création] …«Oui, dit-il, tout autour de moi, il y a eu de telles manifestations de la gloire divine: les oiseaux, les arbres, les prairies, le ciel, et moi seul j’ai vécu sans la grâce. Moi seul j’ai déshonoré tout cela, en ignorant complètement sa beauté et sa gloire »

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La nuit est sans clarté (3)

 

Quelques années passèrent. Un homme à la haute taille et au visage émacié traversait le fleuve Amour, quittant la rive soviétique pour gagner celle de la Mandchourie, qui était encore libre.

Risquant leur vie, des centaines, voire même des milliers de gens traversaient cette frontière naturelle.Mais cet homme ne ressemblait pas au réfugié habituel, tel le paysan, le commerçant ou le soldat de l’Armée rouge qui fuit la pression insupportable qu’il subit dans sa patrie, pour s’en aller chercher du travail dans les villages frontaliers de la Chine, ou, porté par le même espoir, se dirige vers le sud et vers la ligne de chemin de fer.

Ce réfugié-là ne cherchait pas du travail. Arrivant sur la rive mandchoue du fleuve Amour, il se mit à questionner les Russes qu’il rencontrait sur l’emplacement d’un monastère orthodoxe (à présent fermé). Et, bientôt, un grand novice, aux sourcils froncés, qui ne souriait jamais et parlait peu commença à accomplir toutes sortes de tâches très dures dans l’un des monastères orthodoxes de la Mandchourie.

Il travaillait comme quatre. D’après les rares paroles qu’il laissait échapper, on pouvait conclure que c’était un homme d’une certaine intelligence. Mais chaque fois que l’higoumène du monastère lui proposait la tonsure, afin qu’à l’avenir il pût devenir hiéromoine ou hiérodiacre, le novice s’y opposait catégoriquement. Un jour, alors que l’higoumène s’efforçait de la lui faire accepter avec une insistance particulière, le Père spirituel du monastère prit la défense du novice et ne lui donna pas la bénédiction pour recevoir la tonsure.

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La nuit est sans clarté (Partie 2)

« Fouillez la propriété, arrêtez tous les moines et emmenez-les à Irkoutsk » ordonna l’homme aux sourcils froncés et à la haute taille, qui commandait le détachement de l’Armée rouge chargé d’accomplir cette sinistre mission.

Le Père Procope et le Père Philémon ne purent retenir leurs larmes. Calme, imperturbable, le Père Vladimir s’efforçait de les réconforter. Il y avait longtemps qu’il avait remis son destin entre les mains de Dieu. Il célébrait, avec un respect particulier toutes les fêtes des martyrs, si nombreuses au cours de l’année et il les suppliait d’intercéder pour lui auprès du Seigneur, de l’affermir dans sa faiblesse et de lui accorder ce secours divin qui les avait tant fortifiés.

Ce matin-là, bien qu’il eût déjà lu le canon des prières avant la communion, le Père Vladimir n’avait pas eu le temps de dire la Liturgie et de prendre part aux Saints Mystères, mais une voix intérieure lui murmurait que ce canon n’avait pas été lu en vain. Il s’était préparé à la communion dans le Royaume du Père céleste, que sa prière avait tant désirée à chaque liturgie, selon les paroles de l’ancien office: « Accorde-nous d’être en communion parfaite avec Toi, au jour sans crépuscule de Ton Royaume » (Canon pascal, ode 9).

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