Méditation sur le salut à travers l’évangile de la cananéenne

EST-CE QUE CEUX QUI SERONT SAUVES SONT-ILS PEU NOMBREUX ?
Méditation sur l’évangile de la cananéenne (Marc ;7 :24-30) et sur la souffrance.
Texte traduit à partir du site cité en fin d’article.

….Je lui ai demandé, dans une rue de Moscou, c’était à l’époque du communisme en 1980, il était russe et âgé de 50 ans: «Croyez-vous en Dieu? » Il s’est tu un peu, a souri puis il a répondu: «J’ai un cœur ».

Il m’a ainsi apporté la réponse à la question qui me revenait sans cesse à l’esprit depuis longtemps, qui revient fréquemment dans la Bible et a qui été posée au Seigneur sans qu’Il ne réponde: «Est-ce que ceux qui seront sauvés sont-ils peu nombreux ?» (Lc 13:23). Il s’est contenté de dire: «Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite! » (24)

Bien entendu la question qui a été posée au Seigneur l’a été par un Juif, peut-être par curiosité et non à cause d’une épreuve. La réponse du Seigneur a été semblable à la réponse de l’ange du Seigneur à Antoine le Grand (Moine Egyptien): «Occupe-toi de ton salut et laisse les jugements de Dieu à Dieu! »

Qu’entendait le Seigneur par la porte étroite? La porte du repentir? La porte de la douleur? La porte de l’ascèse? Ou bien la porte de la Foi ? « Parce que beaucoup chercheront à entrer et ne pourront pas (Luc ; 13 :24)?

En ce qui me concerne la porte étroite est le cœur!

On disserte beaucoup sur l’amour et les gens connaissent ce sujet et en même temps ils ne le connaissent pas, ils aiment et en même temps ils n’aiment pas. Et en pratique cela se traduit par des généralités qui signifient beaucoup de choses et en même temps rien du tout. Pour un grand nombre l’amour est un paradis perdu qui occupe beaucoup leur intelligence mais ils se perdent sur son chemin. Ils trébuchent car ils réduisent ce paradis à la réalisation de leurs souhaits personnels et ils finissent dans la déception.

Le Cœur traduit mieux les perceptions des gens, car il s’enracine au plus profond d’eux… Peu importe à quel point on met en avant l’intellect humain, il n’en demeure pas moins que l’être humain est d’abord « un cœur ».
La Chute a sans aucun doute apporté à l’homme le péché la douleur et la mort, mais malgré cela il n’a pas été privé de sensibilité. Tant que le cœur d’un humain est capable de compassion pour quelqu’un dont la jambe est amputée ou qui se tord de douleur. Tant qu’il peut pleurer avec les gens qui pleurent, qu’il est submergé de compassion à la vue d’un enfant souffrant de la faim et que le manque de nourriture a rendu squelettique avec de grands yeux exorbités qui implorent en silence. Tant que le cœur humain est touché à la vue d’un oiseau qui se débat parce-que blessé à mort par les balles tirées par un chasseur, tant qu’il fait attention à ne pas écraser sur une fourmi ou de petites fleurs sur le chemin…
Tant que l’être humain est capable d’attention envers ceux qui vivent à ses côtés et qui s’apprêtent à passer par de souffrances, alors le Seigneur Dieu est plus proche d’un tel être humain de ce qu’on peut s’imaginer ou attendre.
Le langage de la sensibilité qui procède du cœur, dans le plus profond de l’être, est le langage de Dieu par excellence, et quiconque a en lui un tout petit peu de cette sensibilité du cœur reçoit l’écho de Dieu en lui parce que le Seigneur est un cœur aimant.

C’est l’abîme (du cœur de Dieu) qui appelle l’abîme (du cœur de l’homme). C’est pourquoi il est dit: « Donne-moi ton cœur, O mon enfant! »

La foi en Dieu c’est avant tout une sensibilité, une chaleur, qui se situe dans la profondeur du cœur !
J’ai toujours été impressionné par la femme Cananéenne !
Sa fille était tourmentée par un démon. La souffrance des gens est aussi celle de leurs proches et de ceux qui vivent avec eux.
La femme cananéenne a entendu parler de Jésus et elle est allée vers lui quittant sa ville natale en espérant qu’Il la fera sortir de sa terre de souffrance.
Elle a crié !
Et le Seigneur s’est tu.
Que pensez-vous qu’il s’est passé ? Les disciples ont dit: Chasse-la !
Il les a mis à l’épreuve.
Comme l’être humain est dur quand il ne juge pas avec son cœur!
Elle a insisté pour venir à Lui et elle s’est prosternée!

Le Seigneur s’est détourné volontairement de la femme cananéenne !!!
Et la cananéenne a accepté cette humiliation parce que sa douleur était immense.

Pour celui qui souffre à mort jusqu’à l’étouffement il lui est en effet très facile de s’humilier!

Le Seigneur dit alors : ce n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens…
La cananéenne dit alors : Tu dis qu’il n’est pas bon de prendre le pain des enfants et de le donner aux chiens ? Comme il est bon que Tu me mettes au même niveau que les chiens car ainsi Tu m’élèves et Tu ne m’abaisses pas car la douleur a fait de moi un cadavre qui dégage l’odeur de la mort en moi et autour de moi à chaque instant!
La douleur de la cananéenne a atteint les profondeurs de son être au point qu’elle était capable de la plus grande humilité! Même les chiens, si Toi Tu me considères comme eux, mangent les miettes qui tombent de la table des maîtres, et moi je meurs de faim avec ma fille afin d’avoir part à un tout petit peu de compassion!
Le Seigneur dit alors :
«O femme, ta foi est grande. Qu’il te soit fait selon ce que tu désires! »

Le cri de son extrême douleur dans son cœur a imploré la miséricorde du Dieu qui est descendu à l’endroit où elle était se trouvait, heure par heure, jour par jour, au plus bas de l’enfer …

Le Seigneur a évoqué la foi de la cananéenne? Mais de quelle foi s’agissait-il ? Elle ne connaissait pas la loi de Moïse ni les Prophètes ni les Psaumes, ni a entendu la vérité de la bouche du Seigneur avant d’avoir la foi en Lui! D’où as-tu eu la foi, ô fille de Canaan ? « Dieu ne méprisera pas un cœur brisé et humilié »
Une grande douleur brise le cœur, c’est vrai. Mais elle rend Dieu proche et attire Sa tendresse.

La foi que nous avons est le plus souvent un ensemble de sentiments pieux et de conceptions théoriques jusqu’à ce le cœur subisse le baptême de la douleur en vue de l’humilité authentique et alors l’être humain se jette dans les bras du Dieu Vivant. « Père! » «Entre tes mains je remets mon esprit! »

Si les mots sont le premier langage des gens, la douleur et la souffrance constituent une autre langue à un niveau plus profond. Celui qui reçoit les paroles (du deuxième langage) reçoit un réconfort et commence à voir après avoir été aveugle…ou comme l’enfant prodigue qui a fait un long séjour dans un pays lointain, son exil lui apprend ce deuxième langage. En fin de compte c’est Dieu qui partage notre souffrance, Il est Celui Qui soufre en premier car Dieu est Amour.

Est-ce que ceux qui seront sauvés sont peu nombreux ?
Dieu permet la douleur pour le salut du plus grand nombre. La douleur n’est pas dénuée de sens! Dieu ne permet pas que se produise la douleur et ne regarde pas ceux qui souffrent comme s’Il n’était pas concerné! Celui qui a pleuré sur la tombe de Lazare, pleure sur la douleur de chaque personne qui souffre jusqu’à ce qu’Il le ressuscite comme Lazare.
Archimandrite T. Bitar
Higoumène du monastère de Saint Silouane (Liban).
http://www.holytrinityfamily.org/weeklies.html

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