La prière du Christ (Jean 17)

La prière du Christ après la Cène

Après avoir institué la sainte cène, le Seigneur a adressé à ses 12 disciples un discours conclu par la prière qu’il a adressée à son Père. Dans cette prière qu’il prononça juste avant la passion, le Seigneur demande d’abord à son Père de le glorifier. Ce qu’il demandait, c’est que le Père le ressuscite, en communiquant à sa sainte humanité, à sa nature humaine elle même, la gloire qu’il possédait auprès de Lui, de toute éternité. En effet, le Christ en tant que seconde personne de la Sainte Trinité, possédait en sa personne divine toute la gloire qu’il recevait du Père, c’est-à-dire tout le rayonnement et la splendeur de la nature divine. Une fois incarnée, le Christ possédait encore dans sa personne divine cette gloire du Père, cette gloire que le Père lui a donnée de toute éternité, et la nature humaine qu’il avait revêtue n’était pas encore une nature humaine pleinement glorifiée. Certes, quelque chose transparaissait déjà en elle, de cette lumière divine qui émanait de sa divinité. Cela se manifestait par des miracles, cela s’était manifesté aux yeux de ses disciples choisis lors de la Transfiguration ; mais cette nature humaine assumée par le Christ restait soumise à la souffrance et demeurait mortelle. Elle contenait en elle-même toute notre humanité, toute notre nature humaine, pécheresse, passible, mortelle, et en était solidaire au point que le Christ, qui n’avait jamais commis aucun péché personnel, pouvait dire en toute vérité, en parlant des péchés des hommes, « mes péchés ». C’était le cas, par exemple lorsqu’il priait en récitant les psaumes de pénitence, ou, sur la croix, le psaume 21. Par la résurrection, le Père donne au Fils, dans sa nature humaine elle-même, cette gloire plénière qu’Il possédait de toute éternité en tant que Fils de Dieu. Cette nature humaine qui, sur terre, était encore passible et mortelle reçoit alors la plénitude de cette énergie divine, reçoit en plénitude ce feu divin qui émane de la nature divine. Le corps et l’âme du Christ reçoivent la plénitude de la lumière incréée, qui va les transfigurer pleinement et à jamais. Pour suggérer ce qu’est cette divinisation d’une nature créée, les Pères emploient volontiers l’image d’un charbon ardent pénétré par le feu, qui garde sa nature propre, mais qui est en même temps pénétré par le feu et en acquiert les propriétés. Ici, il s’agit du feu divin, de cette énergie divine incréée qui émane de la nature même du Père et qu’Il communique librement à la créature. C’est cette parfaite transformation de sa nature humaine par la résurrection que le Christ demande au Père lorsqu’il dit « Père, glorifie ton Fils ». Et cela afin de pouvoir faire connaître son Père aux hommes, et leur donner la vie éternelle. Car dit-il, « la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi et celui que tu as envoyé, ton Fils bien-aimé » (cf. Jean 17,3). Connaître, ici, ne signifie pas simplement avoir une idée de Dieu, mais c’est entrer en communion avec Lui, c’est avoir de Lui une connaissance expérimentale, c’est l’expérience d’une union, d’une transformation intime. C’est cela que le Christ ressuscité va apporter à ses disciples. Il y a une chose qui peut nous intriguer dans les paroles du Christ, c’est lorsqu’Il précise qu’Il communiquera cette vie divine à ceux que le Père lui a donnés : « ils étaient à Toi, et Tu me les as données ». Cette parole a été parfois mal interprétée. Certains théologiens, en commençant par Augustin d‘Hippone en Occident, ont cru que cela voulait dire que Dieu avait prédestiné seulement certains hommes à recevoir la vie éternelle. Et que donc cette vie éternelle ne pourrait pas être communiquée par le Christ à tous les hommes. Beaucoup d’hommes et de femmes ont été inquiétés par cette doctrine sombre de la prédestination. Grâce à Dieu, tous les Pères, en dehors d’Augustin et de ses disciples, ont un tout autre enseignement. Ils nous disent que cela signifie simplement que, pour que nous puissions croire au Christ, que nous puissions adhérer au Christ, il faut que le Père nous attire, c’est-à-dire il faut que le Père nous donne une lumière intérieure, qu’Il éveille en notre cœur un attrait qui nous donne l’élan nécessaire pour adhérer au Christ. Cette lumière Dieu ne la refuse a priori à aucun homme ; seulement, il faut que l’homme l’accueille librement, il faut que l’homme n’y ferme pas son cœur et son esprit. Et ce qui ferme l’être humain à ce don de Dieu, c’est essentiellement l’orgueil et le manque de charité. Ce que le Christ reprochait aux scribes et aux pharisiens, c’était justement de chercher la gloire des hommes, de pratiquer le bien et la loi, mais finalement de le faire pour être admirés des autres, pour être reconnu des autres, et non pas pour Dieu seul. Cela les enfermait dans leur orgueil et leur égoïsme. C’est pour cela qu’ils n’ont pas cru au Christ. Déjà, lors de la confession de Pierre à Césarée, lorsque Pierre a reconnu dans le Christ le Messie, Fils de Dieu, Jésus a dit que ce n’était pas la chair et le sang, que ce n’était pas simplement son intelligence humaine qui lui avait permis de faire cet acte de foi, c’était parce que le Père le lui avait révélé intérieurement. Et le Père le révèle intérieurement par le don de son Esprit Saint, par une lumière qui vient de l’Esprit Saint. Aujourd’hui, nous fêtons aussi le premier concile œcuménique, le concile de Nicée ( du 20 mai 325 au 25 juillet 325). Ce concile a enseigné précisément que le Christ est vraiment de même nature que le Père, « consubstantiel » au Père, et que c’est pour cela qu’il peut nous diviniser. C’est parce que le Fils a la même nature divine que le Père qu’Il peut nous communiquer une participation à cette nature. Lui est Fils par nature, Il est Fils de Dieu, l’une des personnes de la Sainte Trinité, c’est à cause de cela qu’Il peut nous sanctifier, qu’Il peut nous diviniser, et faire de nous, en Lui, des fils et des filles adoptifs.

D’après l’archimandrite Placide Deseille, la couronne bénie de l’année chrétienne, volume 2, pages 225 – 232

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