Homélie sur le Jugement Dernier

 

Homélie sur le Jugement Dernier par le Père Ambroise Fontrier

Dieu siégera, les livres seront ouverts, le Fleuve de Feu passera devant Lui. Toute l’Histoire humaine sera jugée. Chose vraiment redoutable ! Quel contraste entre le dimanche d’aujourd’hui et dimanche dernier ! Eh bien, oui ! Le jugement existe, pour que je ne m’endorme pas en disant : «Oh ! Quelle importance ceci ? Dieu est bon, II pardonnera. Quelle importance cela…» -et me voilà tombé dans la négligence au lieu d’être dans la vigilance. «Quelle importance !…»
Il y a donc un jugement : soyons vigilants, soyons debout, soyons attentifs pour ne pas rester au-dehors. L’Écriture dit : «Dieu est Lumière, Dieu est Vérité !» Voilà le jugement ! Croyez-vous que nous allons, chacun à son tour, comparaître devant le Seigneur en accusé et attendre que la sentence soit prononcée ? Pas du tout !
Le Jugement durera, disent nos Pères saints, autant que dure la lecture des Six Psaumes aux Vigiles. Tous, nous venons aux Vigiles et nous savons que ces Six Psaumes que nous écoutons en silence, dans l’obscurité éclairée seulement par les veilleuses, durent plus ou moins longtemps. Si l’on est attentif, ils passent assez vite ; si l’on n’est pas attentif, on trouve que c’est long ; mais quelle que soit la perception du temps que nous avons à ce moment-là, voilà ce que durera le Second ou bien le Jugement par excellence.
A proprement parler, nous ne connaissons pas, dans l’Église orthodoxe, de Jugement au sens d’un Deuxième Jugement, ni d’un «Jugement dernier», mais au sens du Second Avènement du Christ. Le Premier Avènement, c’est celui qu’Il a manifesté en naissant de la Vierge. Le Second, celui de Son retour en gloire. La lumière de Dieu pénétrera tous les êtres, absolument tous les êtres, tout notre être et nos actes. Tous les secrets de notre cœur seront révélés, nous n’aurons pas besoin de parler, nous n’aurons pas besoin de nous défendre, ni de faire notre apologie. Dieu [nous baignant] par Sa lumière pénétrante, nous serons, si j’ose ainsi parler, comme transparents ce jour-là. Nous n’aurons pas besoin de langage. Et chacun sera donc jugé ; non que Dieu doive prononcer une sentence… quand l’Écriture dit : «Les livres seront ouverts», imaginez-vous [des livres contenant tout] depuis des millions d’années, des milliards d’êtres ! Combien il faudrait de temps ! Ce n’est pas Six Psaumes, mais des millions de Six Psaumes qu’il faudrait pour qu’ait lieu ce jugement ! Il n’en est pas du tout ainsi ! Faisons donc attention : l’Écriture emploie des mots, des images tirées des choses que nous connaissons. Quels sont donc ces livres ? Mais ce sont nos cœurs ! les livres, ce sont nos cœurs ! Toutes nos actions ne sont-elles pas inscrites dans nos cœurs?  Le Christ n’a-t-il pas dit : «Tout vient du cœur, les bonnes pensées, les mauvaises pensées, tout jaillit de notre cœur. Ce n’est pas ce qui entre par la bouche, dit-Il encore, mais c’est ce qui sort de notre cœur, voilà ce qui souille l’homme».
Alors, «les livres seront ouverts», ce seront nos cœurs qui seront ouverts ce jour-là, et la lumière du Dieu qui est Lumière pénétrera en nous tous à la fois, parce que Dieu est partout présent. Nos œuvres, nous ne pourrons pas les cacher.
Soyons donc comme le fils prodigue, avant que la Lumière de Dieu nous les révèle, sortons-les nous-mêmes au jour, et quand les livres de nos cœurs seront ouverts, qu’il n’y ait rien de mauvais qui soit encore inscrit, mais que tout ait été effacé par la profonde pénitence : celle du fils prodigue, celle de David, celle du bon larron : «Seigneur, Seigneur ! Aie pitié !»
Et ce Fleuve, ce Fleuve de Feu qui coule devant le trône du Seigneur, mais qu’est-ce donc ? Qu’est-ce que ce Feu, sinon l’Amour Divin de Dieu, l’Amour éternel ! Voyez le feu ! Il purifie les métaux précieux et les rend encore plus précieux. On jette l’or dans le creuset, dans le feu et il devient limpide, il devient pur ; jetons du bois dans le même feu, le bois est dévoré, réduit en cendres.
Tel sera donc, dans ce fleuve de feu qui est la miséricorde, ce fleuve de feu qui est l’Amour éternel de Dieu pour toute sa créature, dans ce fleuve seront jetés tous les êtres. Ceux qui auront eu la Foi juste et les œuvres justes, seront encore plus resplendissants. Ceux dont les œuvres n’auront pas été justes, dont la Foi n’aura pas été juste et les œuvres mauvaises, seront consumés. L’Écriture dit encore : «Dieu est un feu dévorant». Il purifie l’or et consume le bois. Voilà donc cet enfer ou ce paradis : ceux qui seront dans ce Feu de l’Amour de Dieu chanteront : «Dieu de nos Pères, Tu es béni !» Et ceux qui auront refusé ce Fleuve de Feu, cet amour de Dieu, par leurs mauvaises œuvres et leur manque de foi, ne pourront pas même dire ce jour-là -et que Dieu nous garde !- «Seigneur, aie pitié de moi !» Ils ne pourront plus le dire, il sera trop tard.
Vous voyez alors que, même quand nous parlons de jugement et de justice de Dieu, il s’agit encore d’un aspect de l’amour de Dieu pour les êtres qu’il a créés. Ce Jour-là, toute l’Histoire prendra fin ; dans ce fleuve de feu , tout ce que nous avons fait en Christ sera gardé pour la vie éternelle. Tout ce qui a été fait sans le Christ sera voué à la destruction. Que Dieu nous garde dans la vraie confession de Foi et dans les vrais actes qu’implique la vraie confession ! Puissions-nous être dignes d’entendre cette voix : «Venez ! Vous tous les bénis de mon Père, héritez du Royaume que je vous ai préparé avant tous les siècles !»

Source:http://orthodoxie-libre.actifforum.com/t35-sur-le-jugement-dernier

 

 

Le Christ naît aujourd’hui…

C’est aujourd’hui que le Christ naît….

Archevêque Antoine de Genève et d’Europe Occidentale (+1993). (ERHOF).

 

“Le Christ naît, glorifiez-le! Le Christ vient du ciel, venez à sa rencontre! Le Christ est sur la terre, soyez en allégresse!”

Ces joyeuses paroles de l’hymne de la Nativité (prononcées par Saint Grégoire de Naziance au 4ème siècle) nous appellent à aller à la rencontre du Christ qui vient du ciel. Ces paroles ne disent pas que le Christ est né il y a 2000 ans environ mais qu’IL EST NE, ils nous annoncent Sa naissance au temps présent. Comment se fait-il que le Christ naît maintenant, cette année, durant notre vie ? C’est là que réside le mystère de L’Église.

Tout ce que le Christ a accompli pour notre salut durant les trente années de sa vie terrestre,  il y a longtemps, ont lieu aujourd’hui, en réalité et de façon actuelle dans son Église. Tous les évènements de Sa vie terrestre doivent être perçus par nous avec un plus grand sens de leur réalité, de prise de conscience et de joie que ses contemporains. Ceux qui ont été témoins de la vie du Christ étaient en dehors de l’Église, ils n’ont pas eu en partage la Grâce de Dieu, c’est-à-dire l’Esprit Saint, à l’exception des apôtres, et encore c’était seulement à la dernière heure ; ils n’étaient pas alors capables de comprendre le Mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu ; pour eux Jésus était un homme.

Mais nous, en tant que membres de l’Église, nous recevons la grâce du Saint Esprit par les sacrements du baptême et de la chrismation, nous  avons part au Christ à l’Eucharistie, par l’intermédiaire de l’Église et les mystères du Royaume des Cieux nous sont accessibles. Il nous a été donné beaucoup….et beaucoup nous est demandé.

Pour cette raison, le cycle annuel des Grandes Fêtes de l’Église n’est pas simplement le souvenir d’évènements qui ont eu lieu il y a longtemps et qui ne nous concernent pas directement. La façon dont nous sommes conviés à préparer ces Fêtes témoignent de leur importance et de leur réalité actuelle. D’habitude, on commémore un évènement ancien en enrichissant nos connaissances des causes et des détails de cet évènement. Mais pour les Grandes Fêtes de l’Église, nous nous préparons chaque année avec la prière et le jeûne, ce qui signifie mener un combat contre notre nature humaine déchue afin d’écraser notre égotisme et purifier nos cœurs et nos esprits. C’est seulement après une telle préparation que la Fête devient réellement pour nous la plus grande réalité dans la vie présente : une réalité qui dépasse les autres réalités de ce monde et qui transcende le temps. Et ce n’est pas seulement pour les enfants de L’Église qui jeûnent, mais pour le monde entier que la Nuit Sainte apparaît chaque année comme une récurrence vivante et éternelle de cette nuit où les anges ont chanté « Gloire à Dieu au plus haut des Cieux,  paix sur terre,  bienveillance parmi les hommes ».

Indépendamment du temps qui s’écoule, la même méchanceté que celle qui animait Hérode sévit encore pour tuer le Christ, pour LE tuer là où IL EST NE dans des cœurs purs, dans des âmes purifiées par la prière et le jeûne. Comme les enfants de Bethléem tués il y a longtemps, de nos jours nous voyons des martyrs pour le Christ. Et comme auparavant, le Christ naît pour un petit nombre, pour ceux qui L’aiment et Le cherchent ; Il reste invisible et non reconnaissable par le monde qui baigne dans le péché et qui a oublié son Créateur.

C’est de cette façon que le Christ naît, même aujourd’hui, dans Son Église. Il NAIT dans ma vie, pour moi-même, pour mon salut. Hâte toi O Chrétien, de jouir dans ton cœur de Son amour, de trouver ton Sauveur dans la mangeoire où tu obtiendras la joie de la communion véritable avec Lui.

Archevêque Antoine de Genève et d’Europe Occidentale (+1993). (ERHOF).

Source : Orthodox Heritage Vol.16 Issue 11-12