Paroles de consolation de l’Archimandrite Zacharie de Maldon (Essex-Grande Bretagne)

Source:https://orthodoxologie.blogspot.com/

19 mars 2020

Beaucoup de gens sont dans la confusion et d’autres paniquent à cause de la menace de l’épidémie de coronavirus qui s’est propagée dans le monde entier. Je pense cependant que cela ne devrait pas arriver, car quoi que Dieu fasse avec nous, Il le fait par amour. Le Dieu des chrétiens est un Dieu bon, un Dieu de miséricorde et d’Amour, « qui aime l’humanité ». Dieu nous a créés dans Sa bonté afin de partager Sa vie et même Sa gloire avec nous. Lorsque nous sommes tombés dans le péché, Il a permis à la mort d’entrer à nouveau dans notre vie par bonté, afin que nous ne devenions pas immortels dans notre méchanceté, mais que nous cherchions un chemin de salut. Bien que nous soyons tombés, Dieu n’a jamais cessé de pourvoir à nos besoins, non seulement en biens matériels afin de soutenir notre race, mais Il a également envoyé des prophètes et des justes, préparant Son chemin afin qu’Il puisse venir résoudre notre tragédie, et apporter le salut éternel par la Croix et la Résurrection de Son amour ineffable. Il est venu et a pris sur Lui la malédiction du péché, et Il a montré Son amour jusqu’à la fin : « Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, Il les a aimés jusqu’à la fin » (Jean 13 :1). Toutes les choses que Dieu a faites lorsqu’Il nous a créés, lorsqu’Il a fourni des biens pour soutenir le monde, lorsqu’il a préparé Sa voie pour Sa venue sur terre, lorsqu’Il est venu lui-même en personne et a opéré notre salut d’une manière si impressionnante, toutes ces choses, Il les a faites par bonté. Sa bonté est sans limite. Il nous sauve et souffre tellement pour nous, attendant que nous « arrivions à la connaissance de la vérité » (1 Timothée 2:4) et que nous apportions une vraie repentance, afin que nous puissions être avec Lui pour l’éternité. Ainsi, à chaque étape de sa relation avec l’homme, notre Dieu ne montre que Sa bonté et Sa miséricorde, « ce qui vaut mieux que la vie » (Psaume 63:3) ; la bonté est Sa nature et Il fait tout pour le bien et le salut de l’homme.

Par conséquent, lorsqu’Il reviendra pour juger le monde, un autre Dieu le jugera ? Ne sera-t-il pas le même Dieu bon, le Dieu de la miséricorde et de la bonté, qui aime les hommes ? Soyons certains que nous ne nous présenterons devant aucun autre Dieu que Celui qui nous a créés et sauvés. Et ainsi, c’est encore avec la même miséricorde et le même amour qu’Il nous jugera. C’est pourquoi nous ne devons ni paniquer ni hésiter, car c’est le même Dieu qui nous recevra dans l’autre vie et nous jugera avec la même bonté et la même compassion. Certains craignent que l’heure de leur fin soit venue. Ce fléau du Coronavirus a aussi un aspect positif, car nous avons quelques semaines à partir du moment où il nous assaillira jusqu’à notre fin. Nous pouvons donc consacrer ce temps à nous préparer pour notre rencontre avec Dieu, afin que notre départ ne se produise pas à l’improviste et sans préparation, mais après avoir parcouru toute notre vie chaque fois que nous nous tenons en prière devant Dieu, parfois avec des actions de grâces jusqu’à la fin pour tout ce que Dieu a fait pour nous et d’autres fois avec la repentance, en cherchant le pardon de nos transgressions. Rien ne peut nous nuire avec un tel Dieu, qui permet toutes choses par Sa bonté. Nous devons simplement continuer à Le remercier jusqu’à la fin et à prier humblement dans la repentance pour le pardon de nos péchés.

Quant à moi, ce fléau m’aide. J’aspirais à retrouver la prière que j’avais avant, avec laquelle je peux parcourir toute ma vie depuis ma naissance jusqu’à maintenant, en remerciant Dieu pour tous Ses bienfaits « connus ou inconnus » ; et aussi, avec laquelle je peux parcourir toute ma vie en me repentant de tous mes péchés et transgressions. C’est merveilleux de pouvoir passer toute sa vie à prier, en amenant toutes choses devant Dieu avec persévérance dans la prière. Vous sentez alors que votre vie est rachetée. C’est pourquoi cette situation m’aide vraiment. Je ne panique pas, mais « je suis en souci à cause de mon péché » (Psaume 37:19).*

Nous devons voir la bonté de Dieu dans toutes les choses qui arrivent maintenant. Les saints Pères ont vu Sa bonté. Une épidémie similaire s’est produite au IVe siècle dans le désert égyptien, qui faucha plus d’un tiers des moines, et les Pères ont dit avec beaucoup d’inspiration que « Dieu récolte les âmes des saints pour son Royaume », et ils n’ont pas hésité. Le Seigneur lui-même parle dans l’Évangile des derniers jours, des épreuves et des afflictions que le monde traversera avant la Parousie [2]. Cependant, nous ne discernons ni tristesse morbide ni désespoir dans Ses paroles. Le Seigneur qui a prié dans le jardin de Gethsémani à la sueur de son front pour le salut du monde entier, dit que lorsque nous voyons les choses terribles qui précèdent Sa seconde venue, nous devons relever la tête avec inspiration, car notre rédemption est proche (cf. Luc 21:28). Certains me disent : « Que Dieu étende sa main secourable ». Mais c’est précisément la main de Dieu. Il désire et opère notre salut « à divers moments et de diverses manières » (Hébreux 1:1) : « Mon Père agit jusqu’à présent, et moi j’agis » (Jean 5:17). Ce virus peut être un moyen que Dieu utilise pour amener beaucoup de gens à se repentir et à récolter beaucoup d’âmes prêtes pour son Royaume éternel. Par conséquent, pour ceux qui s’abandonnent et se confient à la Providence de Dieu, tout contribuera à leur bien : « Toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rom. 8:28).

Ainsi, il n’y a pas de place pour un désarroi morbide. Nous ne devons pas non plus résister aux mesures que le gouvernement prend pour diminuer la propagation des afflictions que nous voyons dans la vie de tant de personnes. Il n’est pas correct d’aller à l’encontre des autorités. Nous devrions faire tout ce que dit le gouvernement, parce qu’il ne nous demande pas de renier notre foi, il nous demande seulement de prendre quelques mesures pour le bien-être commun de tous, afin que cette épreuve puisse passer, et ce n’est pas du tout déraisonnable. Certaines personnes le prennent trop au sérieux, elles agitent des drapeaux et jouent les martyrs et les confesseurs. Pour nous, il n’y a aucun doute : nous nous soumettrons purement et simplement aux ordres du gouvernement. Il est injuste de désobéir au gouvernement car, lorsque nous tombons malades, c’est à ses hôpitaux que nous nous adressons et ce sont eux qui prennent en charge toutes les dépenses et nos soins. Pourquoi ne pas les écouter ?

C’est l’ethos du Christ que Dieu a montré dans Sa vie sur terre et c’est le commandement apostolique que nous avons reçu : « … soyez soumis aux principautés et aux pouvoirs, obéissez aux magistrats, soyez prêts à toute bonne œuvre, ne dites de mal de personne, ne soyez pas fauteurs de trouble, mais soyez doux, faites preuve de toute douceur envers tous les hommes » (cf. Tit. 3, 1-2) ; et « Soumettez-vous à toute autorité établie parmi les hommes pour l’amour du Seigneur, que ce soit au roi, soit aux gouvernants… » (voir 1 Pierre 2, 13-17). Si nous n’obéissons pas à nos gouvernants qui ne demandent pas grand-chose, comment obéirons-nous à Dieu, Qui nous donne une loi divine, bien plus sublime que toute loi humaine ? Si nous respectons la loi de Dieu, nous sommes au-dessus des lois humaines, comme le disaient les apologistes du IIe siècle pendant l’Empire romain qui persécutait les chrétiens. Il est surprenant de voir dans le pays où nous vivons, au Royaume-Uni, que les footballeurs font preuve d’une telle compréhension et d’un tel discernement pour être les premiers à se retirer de leurs activités avec docilité face aux indications du gouvernement de prendre des mesures prophylactiques. Il serait triste pour nous, peuple de foi, de ne pas atteindre la mesure des footballeurs et de ne pas faire preuve de la même docilité envers les autorités pour lesquelles notre Église prie.

S’ils nous demandent d’arrêter nos services religieux, obéissons simplement et bénissons la Providence de Dieu. En outre, cela nous rappelle une vieille tradition que les Pères avaient en Palestine : pendant le Grand Carême, le Dimanche des Laitages, après le pardon mutuel, ils partaient dans le désert pendant quarante jours sans Liturgie ; ils continuaient seulement à jeûner et à prier afin de se préparer et de revenir le dimanche des Rameaux pour célébrer de manière pieuse la Passion et la Résurrection du Seigneur. Ainsi, les circonstances actuelles nous obligent à revivre ce qui existait jadis au sein de l’Église. C’est-à-dire qu’elles nous obligent à vivre une vie plus hésychaste, avec plus de prière, qui compensera cependant le manque de Divine Liturgie et nous préparera à célébrer avec plus de désir et d’inspiration la Passion et la Résurrection du Seigneur Jésus. Ainsi, nous ferons de ce fléau un triomphe de l’hésychasme. En tout cas, tout ce que Dieu permet dans notre vie vient de Sa bonté pour le bien-être de l’homme, car Il ne veut jamais que Sa créature soit blessée de quelque façon que ce soit.

Il est certain que si nous sommes privés de la Divine Liturgie pendant une période plus longue, nous pouvons l’endurer. Que recevons-nous dans la Liturgie ? Nous participons au Corps et au Sang du Christ, qui sont emplis de Sa grâce. C’est un grand honneur et un grand bienfait pour nous, mais nous recevons aussi la Grâce de Dieu de bien d’autres façons. Lorsque nous pratiquons la prière hésychaste, nous demeurons en Présence de Dieu avec l’esprit dans le cœur appelant le saint Nom du Christ. Le Nom Divin nous apporte la grâce du Christ parce qu’il est inséparable de Sa Personne et nous conduit en Sa Présence. Cette Présence du Christ qui est purifiante, nous purifie de nos transgressions et de nos péchés, elle renouvelle et illumine notre cœur afin que l’image de Dieu notre Sauveur, le Christ, puisse y être formée.

Si nous n’avons pas la Pâque dans l’Église, rappelons-nous que tout contact avec le Christ est une Pâque. Nous recevons la Grâce dans la Divine Liturgie parce que le Seigneur Jésus y est présent, qu’Il accomplit le sacrement et qu’il est Celui qui est communiqué aux fidèles. Cependant, lorsque nous invoquons Son Nom, nous entrons dans la même Présence du Christ et nous recevons la même Grâce. Par conséquent, si nous sommes privés de la Liturgie, nous avons toujours Son Nom, nous ne sommes pas privés du Seigneur. De plus, nous avons aussi Sa parole, en particulier Son Evangile. Si Sa parole demeure continuellement dans notre cœur, si nous l’étudions et la prions, si elle devient notre langue, celle avec laquelle nous parlons à Dieu comme Il nous a parlé, alors nous aurons à nouveau la Grâce du Seigneur. Car Ses paroles sont des paroles de vie éternelle (Jean 6:68), et le même mystère s’accomplit, nous recevons Sa grâce et nous sommes sanctifiés.

De plus, chaque fois que nous montrons de la bonté envers nos frères, cela est agréable au Seigneur, Il considère que nous l’avons fait en Son Nom et Il nous récompense. Nous faisons preuve de bonté envers nos frères et le Seigneur nous récompense par Sa Grâce. C’est une autre façon de vivre en présence du Seigneur. Nous pouvons avoir la Grâce du Seigneur par le jeûne, l’aumône et toute bonne action. Ainsi, si nous sommes contraints d’éviter de nous rassembler en Église, nous pouvons aussi être unis en esprit dans ces saintes vertus qui sont connues au sein du Corps du Christ, la sainte Église, et qui préservent l’unité des fidèles avec le Christ et avec les autres membres de son Corps. Tout ce que nous faisons pour Dieu est une Liturgie, car elles servent à notre salut. La liturgie est le grand événement de la vie de l’Église, où les fidèles ont la possibilité d’échanger leur petite vie avec la Vie sans limites de Dieu. Cependant, la puissance de cet événement dépend de la préparation que nous effectuons avant, par toutes les choses que nous avons mentionnées, par la prière, les bonnes actions, le jeûne, l’amour du prochain, la repentance.

C’est pourquoi, mes chers frères, il n’est pas nécessaire de faire des confessions héroïques contre le gouvernement pour les mesures prophylactiques qu’il prend pour le bien de tous les peuples. Nous ne devons pas non plus désespérer, mais seulement trouver sagement des moyens pour ne pas perdre notre communication vivante avec la Personne du Christ. Rien ne peut nous nuire, nous devons simplement être patients pendant un certain temps et Dieu verra notre patience, lèvera tout obstacle, toute tentation et nous verrons à nouveau l’aube de jours joyeux, et nous célébrerons notre espoir et notre amour communs, eux  que nous avons en Jésus-Christ.

Version française Claude Lopez-Ginisty

d’après

PEMPTOUSIA

Sur la Divine Providence


La bonté de Dieu est en toutes choses.
Le Christ nous a dit que dans les derniers jours, de nombreuses épreuves et afflictions allaient arriver dans le monde. Pour les chrétiens qui perdraient la vie dans cette pandémie, nous devons le voir comme Dieu moissonnant les âmes de ses saints pour son royaume. Le Seigneur même qui a prié dans le jardin de Gethsémani pour le salut du monde entier, nous a dit que nous verrions de nombreuses tribulations terribles précédant sa seconde venue, mais que nous ne devons pas succomber au désespoir et à la tristesse.
Cela dit, il est important pour nous, chrétiens, de ne pas s’opposer à ce qui est demandé par les autorités afin de stopper la propagation de cette terrible pandémie. Il ne nous est pas demandé de nier notre foi, mais seulement que nous fassions ce qui est nécessaire pour garder à distance cette maladie et ne pas lui permettre de continuer à se propager à travers notre nation.
En tant que chrétiens, il est de notre devoir d’aider nos voisins et de prier pour ceux qui tombent malades. Nous devons prier pour tous les médecins et infirmières, ainsi que les policiers et les médecins, qui mettent quotidiennement leur vie en danger pour le bien de notre peuple. Nous devons résister à la tentation de stocker de la nourriture et les fournitures, mais rappelez-vous que nombreux sont ceux qui, en raison de leur mobilité réduite, de leur faible revenu ou de leur âge, ne devraient pas être dans la situation où ils vont trouver des étagères vides en entrant dans les magasins d’alimentation.
Nous devons regarder les cieux avec joie, car nous savons que notre rédemption approche (Luc 21:28), et que tout ce qui nous arrive est utilisé par Dieu pour apporter notre salut. En tant que chrétiens orthodoxes, nous devons nous abandonner au Seigneur et avoir confiance que tout fait partie de la Divine Providence de Dieu, notre Père à tous. Nous devons nous rappeler que «toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu» (Romains 8:28). »
Avec amour en Christ,
Abbé Tryphon

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Où est Dieu?

Où est Dieu?
Comment trouver Dieu dans un monde qui ne croit pas?
Dieu est miséricordieux, prompt à pardonner, rapide à faire preuve de miséricorde et à nous enlacer lorsque nous nous tournons vers lui. De toute éternité, notre Dieu a choisi de créer l’humanité à Son image et à Sa ressemblance, offrant à Ses créatures la possibilité de communier avec Lui dans l’infini du temps. Il nous a donné le libre arbitre, nous permettant de choisir, ou de ne pas choisir, d’ avoir une relation avec Lui. Nous, dans notre liberté, pouvons choisir entre le bien (Dieu) et le mal (Satan), selon notre choix.
Nous pouvons généralement faire la différence entre le bien et le mal. Le meurtre et le vol se trouvent évidemment dans le camp du mal, tandis que la bonté, les actions philanthropiques, la miséricorde et l’amour sont dans le camp de la sainteté et du divin. Pourtant, beaucoup estiment que Dieu n’est qu’un mythe, une bonne idée, mais difficilement crédible. Si ce Dieu auquel ils aimeraient croire était vraiment réel, ne faciliterait-il pas les choses pour le voir  le chercher? Si nous sommes libres de choisir Dieu, pourquoi ne se fait-il pas plus facile à trouver? Pourquoi ce Dieu s’attend-il à ce que nous croyions en Lui alors que nous ne pouvons pas Le voir ou Le sentir? S’il y a un Dieu, pourquoi ne se fait-il pas simplement connaître, nous laissant choisir ou non la communion avec lui?
Ce sont des questions que beaucoup de gens se posent, au moins pour eux-mêmes. Beaucoup veulent croire qu’il y a un Dieu qui prend soin d’eux et est capable de faire une différence dans leurs luttes quotidiennes, mais ils ne peuvent tout simplement pas croire. La philosophie nihiliste qui a conquis de nombreux jeunes aujourd’hui est basée sur le désespoir d’un âge qui a vu tant de guerres, tant de pauvreté, tant de meurtres, tant d’enfants maltraités et un avenir apparemment sans espoir. Comment peut-il y avoir un Dieu alors que tant de souffrances abondent dans ce monde? Comment peut-il y avoir un Dieu quand même des personnes innocentes, de bonnes personnes, souffrent?
Où est Dieu? Il est au soleil qui se leve. Il se trouve dans les montagnes glorieuses et la vaste mer qui s’étend au-delà de l’horizon. Il est present lors de la tendre caresse de la main d’une mère sur son nouveau-né. Il est dans le bras protecteur du policier qui réconforte l’enfant perdu. Il se trouve dans les mots d’absolution prononcée par le prêtre après une bonne confession. Il est dans le visage souriant d’une vieille femme qui voit un jeune couple se tenant la main. Il est dans la merveille du cosmos par une nuit sombre. Il est dans le petit rire d’un petit enfant jouant avec son grand-père. Il est dans la chaleur d’un chaton tenu dans la main. Il est dans la croix qui a porté le Fils de l’homme. Il est dans le pain et le vin qui deviennent Son corps et Son sang. Il est l’Esprit transformateur qui change les cœurs et rend les hommes saints. Il est plus proche de nous que notre propre souffle, plus affectueux que l’étreinte d’une grand-mère pour un enfant malade. Il est partout, car il n’y a aucun endroit où Il ne peut pas être. Il remplit toutes choses. Il est partout visible si seulement nous regardons les yeux ouverts et les cœurs ouverts.
Avec amour en Christ,
Abbé Tryphon

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Sur la Vérité

La Vérité éternelle a perduré depuis les temps anciens.
À une époque où beaucoup de gens pensent que la vérité est relative, savoir qu’il existe une vérité absolue est réconfortant. La liberté qui vient avec la connaissance que nous sommes capables d’embrasser des enseignements qui sont une continuation d’une ligne ininterrompue remontant à l’époque apostolique, est libératrice. En tant que chrétiens orthodoxes, nous ne sommes pas confrontés à la tâche troublante d’interpréter à nouveau les Écritures, ou de décider des enseignements moraux et dogmatiques pour nous-mêmes, ou d’essayer de rendre notre foi pertinente pour cet âge. Au contraire, nous pouvons nous immerger dans la connaissance que nous avons acquis l’esprit de l’ancienne église universelle.
Nous n’avons pas eu à réinventer la Foi, parce que nous nous sommes alignés sur l’Église qui est à la fois ancienne et pertinente pour le chercheur moderne. Nous savons que les enseignements de l’Église ne sont pas basés sur l’esprit fini ou l’imagination de notre propre nature déchue, mais sur la vérité éternelle qui a perduré depuis les temps anciens.
Il est réconfortant de savoir que l’Église est restée fidèle à son héritage pendant environ deux mille ans. Il est libérateur de savoir que les anciens dogmes chrétiens, les modes de culte et les enseignements moraux guident nos vies, comme cela s’est fait depuis deux mille ans.
La vérité n’est pas relative, mais absolue. Il n’y a pas de plus grande liberté que de pouvoir recevoir, comme la nôtre, la vérité transcendante qui a fait les saints, depuis les temps anciens. Il n’y a pas de plus grande liberté que de pouvoir embrasser la vérité absolue qui a transcendé le temps, l’espace, la culture et la race. Pas de plus grande joie que d’être compté comme appartenant au Christ et de nous être joints à l’Église même qu’il a fondée.
Avec l’amour en Christ,
Abbé Tryphon

Source: https://www.facebook.com/Abbot-Tryphon-1395030584153681

L’accélération du temps

Par Grégoire Fetchorou

En été, nous partions, comme il se doit, à la campagne chez notre grand-mère. Nous habitions, quasiment à l’écart de la civilisation, dans une petite maison en bois et argile. On passait nos soirées à écouter des contes, à la lumière d’une lampe à huile. Quelle richesse révélait alors ce monde plein de mystères et de beauté ! Comme si je vivais dans un autre temps, prenais part à une autre histoire qui donnait accès à l’éternité. Mais à présent, il se fait que, de plus en plus vite, le temps se ratatine.

Le temps s’écoule plus vite, beaucoup plus vite qu’auparavant. Est-ce que vous avez remarqué cela ? Nous n’avons pas le temps pour lire un livre, réfléchir, rencontrer des amis. Il ne nous reste même plus de temps pour les enfants et la compagne rencontrée à la croisée des chemins de notre vie.

Les savants voulurent mesurer cette accélération du temps, de la durée. Bien qu’il ne soit pas aisé de calculer l’unité de mesure de ce qui est. Car il n’existe aucun état ou mouvement dont la perception de l’écoulement du temps serait absent. Et ils conclurent, on ignore par quel calcul, qu’aujourd’hui 24 heures passent aussi vite qu’auparavant 16 heures.

 

Ainsi donc nous avons déjà perdu le tiers du temps de notre vie, sinon une moitié du temps pendant lequel nous restons actifs. Et ce ne sont pas uniquement les savants qui le remarquent. Les ascètes qui sont nos contemporains, les pères qui s’exercent à la vertu dans les ermitages de la Montagne sainte, disent la même chose : aujourd’hui, le temps s’écoule bien plus vite qu’auparavant. Il serait injuste de les accuser d’une subjectivité psychologique due aux changements sociaux.

La vitesse de tous les processus a augmenté mais le temps a accéléré sa course : il se produit le contraire à ce à quoi on pourrait s’attendre. Ainsi, en dépit de toute la logique scientifique, les idéologues de la théorie du progrès se montrèrent être de grands menteurs. Le siècle précédent, ne nous persuadaient-ils pas que le progrès scientifique et technologique ferait que les machines se substitueraient au travail des hommes qui auraient ainsi plus de loisirs ? Oui, la machine à laver facilita la vie de la ménagère. Mais aujourd’hui les femmes souffrent encore plus de stress infligé par le manque de temps que lorsqu’on rinçait le linge dans la rivière…

Auparavant les hommes se déplaçaient lentement ; chaque jour de leur vie, d’une manière convenable, ils faisaient tout ce qu’ils devaient faire au cours de la journée qu’on commençait par la prière du matin et finissait par celle du soir. A table, on disait le Notre Père et on ne se mettait jamais au travail sans se signer avec le signe de Sainte Croix. En tout heure et en tout lieu, l’homme trouvait une minute pour dire un mot à Dieu et, comme réponse, recevoir dans son âme la certitude de ne pas être seul. Bien que sa vie ait été pénible avec ses élans et ses chutes, elle lui offrait le sentiment de la plénitude. C’était une existence qui était ressentie dans toute sa plénitude.

Maintenant tout se fait en courant parce qu’en permanence nous nous sentons privés de la joie de l’instant, imparfaits dans ce que nous faisons et ce que nous vivons. Et quand on prie (si quelqu’un en a le zèle), l’esprit n’est pas là. Il se hâte, il s’enlise dans les soucis du quotidien ou de la banalité de notre vie ordinaire. Quand on se met à l’œuvre, l’idée de se signer ne vient même pas à l’esprit parce qu’on pense déjà à tout autre chose. Enfin, la prière ne s’insère pas dans l’ambiance de nos vies. Comme si c’était Dieu qui devrait suivre le monde, l’imiter, et pas le contraire.

Ainsi l’homme reste seul.

Ce n’est pas uniquement parce qu’il ne trouve plus une place pour Dieu dans sa vie, mais il ne se sent plus capable d’être proche des autres : les amis, les frères, l’épouse ou l’époux. Et c’est parce que, dans la course de la vie, chacun de nous a son rythme. Autrement dit, tout le temps pressés on regarde en avant dans l’espoir que viendra un moment où on pourra se calmer. Mais la vie passe encore plus vite. La maladie et la mort arrivent beaucoup plus tôt que ce répit si désiré, plus vite qu’on ne s’y attend, sans nous avoir laissé le temps pour se calmer et revenir à soi, regagner ses pénates.

Mais on peut comprendre cette solitude autrement : la hâte, le rythme extrême et le bruit du monde dans lequel nous vivons ne nous laissent pas entendre les pas timides d’un autre monde dans les sentiers de notre âme. Pourtant, comme l’enfant ou l’amour, l’âme a besoin qu’on lui accorde du temps. Elle a son rythme pour les relations profondes et calmes avec Dieu et d’autres âmes. La femme comprend mieux cela puisqu’elle sent plus fortement.

Le rythme de l’alternance des jours et des années de la société dans laquelle nous vivons nous aliène de la vie de notre propre âme, nous nous accoutumons à cet état : nous oublions encore davantage l’existence même de notre âme. C’est pour cela que les théories évolutionnistes ont tant succès. Autrement dit, nous oublions d’où nous venons, nous oublions le langage du paysage de l’âme où il y a tant de beau et de mystérieux. Inconnus des autres, nous mourrons parmi des étrangers, un grand nombre de chrétiens étant perdus parmi ceux qui se sont éloignés de la foi orthodoxe. Dieu l’a voulu – peut-être, après avoir saisi les choses matérielles comme symbole, l’homme comprendra ce qui se passe au niveau de l’esprit.

Les architectes du paysage de la société contemporaine, les biotechnologues de l’humanité subordonnés au mécanique crurent que l’homme pouvait être usiné comme une pièce puisqu’ il deviendra robot. Tel un ordinateur programmé qui répond rapidement aux commandes du système. Ils se mirent à ce projet et conduisirent l’individu occidental jusqu’à devenir conforme à leur projet. Mais malgré tout, ils ne réussirent pas à changer entièrement la nature humaine. Dans le monde des machines et de l’information, aliénés de leurs propres âmes, les hommes souffrent et n’en comprennent pas la cause. La plupart d’eux ne savent même pas qu’ils ont une âme. Comment donc peuvent-ils les reconnaître et comprendre leurs souffrances ? Ils se ressemblent alors à un malade souffrant de la faiblesse, du vertige, qui se sent courbaturé mais n’est pas capable de dire au docteur d’où vient ce malaise.

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