Un enseignement de saint Gabriel de Samtavro (1929-1995)

SUR  LE JUGEMENT DES AUTRES

Je suis un grand pécheur et je suis malade. Si vous voyez quelqu’un commettre un  péché, même s’il se trouve à l’heure de sa mort, ne le jugez pas.  Juger les autres et les dénigrer constituent des blessures profondes  pour l’âme. Le Seigneur affirme : qui es-tu ô homme pour que tu juges à ma place ? Car on vous jugera de la même manière que vous aurez jugé et on utilisera pour vous la mesure dont vous vous serez servis (Matthieu 7 :2).

Juger (les autres) est une manifestation de la bêtise humaine ; cela montre que celui qui juge ne connaît pas encore Dieu et qu’il ne se connaît pas lui-même comme il le faudrait.

Juger est un grand péché car nous nous exaltons nous-mêmes en nous montrant supérieurs aux autres. Tous ceux qui s’exaltent eux-mêmes se rendent abominables devant Dieu. « Celui qui s’élève sera abaissé et celui qui s’abaisse sera élevé » (Matthieu 23 :1).

Lorsque vous jugez les autres c’est Dieu que vous jugez. Si vous voyez une personne de vie légère ou un ivrogne étendu au sol ne jugez pas parce-que Dieu a permis le développement de leurs passions ; car à travers leurs passions ils devraient trouver un chemin vers Dieu, se sentant impuissants par eux-mêmes de guérir de leurs passions, ils devraient comprendre leur incapacité et leur état misérable, se repentir et se tourner vers le Seigneur.

Mais vous-mêmes, êtes-vous agréables à Dieu ? Cela signifie que le Seigneur dans sa bonté et sa miséricorde refreine vos passions. Sachez que s’ils les libéraient vous tomberiez dans de péchés bien plus graves et vous périrez. C’est pourquoi soyez humbles et prudents. Vous constatez que quelqu’un a péché, mais est-ce que vous avez constaté un peu plus tard qu’il s’est repenti ? Donc ne jugez pas ! Comme le fil qui passe à travers le trou d’un aiguille, ainsi tout homme expérimente le même péché qu’il a jugé chez quelqu’un d’autre.

(The Orthodox Word N° 308 2016)

Saint Gabriel de Samtavro  (1929-1995) est un contemporain. Il est né à Tbilisi en Géorgie qui était à l’époque une république soviétique. Il a vécu toute sa vie en Géorgie. 

Homélie sur le Jugement Dernier

 

Homélie sur le Jugement Dernier par le Père Ambroise Fontrier

Dieu siégera, les livres seront ouverts, le Fleuve de Feu passera devant Lui. Toute l’Histoire humaine sera jugée. Chose vraiment redoutable ! Quel contraste entre le dimanche d’aujourd’hui et dimanche dernier ! Eh bien, oui ! Le jugement existe, pour que je ne m’endorme pas en disant : «Oh ! Quelle importance ceci ? Dieu est bon, II pardonnera. Quelle importance cela…» -et me voilà tombé dans la négligence au lieu d’être dans la vigilance. «Quelle importance !…»
Il y a donc un jugement : soyons vigilants, soyons debout, soyons attentifs pour ne pas rester au-dehors. L’Écriture dit : «Dieu est Lumière, Dieu est Vérité !» Voilà le jugement ! Croyez-vous que nous allons, chacun à son tour, comparaître devant le Seigneur en accusé et attendre que la sentence soit prononcée ? Pas du tout !
Le Jugement durera, disent nos Pères saints, autant que dure la lecture des Six Psaumes aux Vigiles. Tous, nous venons aux Vigiles et nous savons que ces Six Psaumes que nous écoutons en silence, dans l’obscurité éclairée seulement par les veilleuses, durent plus ou moins longtemps. Si l’on est attentif, ils passent assez vite ; si l’on n’est pas attentif, on trouve que c’est long ; mais quelle que soit la perception du temps que nous avons à ce moment-là, voilà ce que durera le Second ou bien le Jugement par excellence.
A proprement parler, nous ne connaissons pas, dans l’Église orthodoxe, de Jugement au sens d’un Deuxième Jugement, ni d’un «Jugement dernier», mais au sens du Second Avènement du Christ. Le Premier Avènement, c’est celui qu’Il a manifesté en naissant de la Vierge. Le Second, celui de Son retour en gloire. La lumière de Dieu pénétrera tous les êtres, absolument tous les êtres, tout notre être et nos actes. Tous les secrets de notre cœur seront révélés, nous n’aurons pas besoin de parler, nous n’aurons pas besoin de nous défendre, ni de faire notre apologie. Dieu [nous baignant] par Sa lumière pénétrante, nous serons, si j’ose ainsi parler, comme transparents ce jour-là. Nous n’aurons pas besoin de langage. Et chacun sera donc jugé ; non que Dieu doive prononcer une sentence… quand l’Écriture dit : «Les livres seront ouverts», imaginez-vous [des livres contenant tout] depuis des millions d’années, des milliards d’êtres ! Combien il faudrait de temps ! Ce n’est pas Six Psaumes, mais des millions de Six Psaumes qu’il faudrait pour qu’ait lieu ce jugement ! Il n’en est pas du tout ainsi ! Faisons donc attention : l’Écriture emploie des mots, des images tirées des choses que nous connaissons. Quels sont donc ces livres ? Mais ce sont nos cœurs ! les livres, ce sont nos cœurs ! Toutes nos actions ne sont-elles pas inscrites dans nos cœurs?  Le Christ n’a-t-il pas dit : «Tout vient du cœur, les bonnes pensées, les mauvaises pensées, tout jaillit de notre cœur. Ce n’est pas ce qui entre par la bouche, dit-Il encore, mais c’est ce qui sort de notre cœur, voilà ce qui souille l’homme».
Alors, «les livres seront ouverts», ce seront nos cœurs qui seront ouverts ce jour-là, et la lumière du Dieu qui est Lumière pénétrera en nous tous à la fois, parce que Dieu est partout présent. Nos œuvres, nous ne pourrons pas les cacher.
Soyons donc comme le fils prodigue, avant que la Lumière de Dieu nous les révèle, sortons-les nous-mêmes au jour, et quand les livres de nos cœurs seront ouverts, qu’il n’y ait rien de mauvais qui soit encore inscrit, mais que tout ait été effacé par la profonde pénitence : celle du fils prodigue, celle de David, celle du bon larron : «Seigneur, Seigneur ! Aie pitié !»
Et ce Fleuve, ce Fleuve de Feu qui coule devant le trône du Seigneur, mais qu’est-ce donc ? Qu’est-ce que ce Feu, sinon l’Amour Divin de Dieu, l’Amour éternel ! Voyez le feu ! Il purifie les métaux précieux et les rend encore plus précieux. On jette l’or dans le creuset, dans le feu et il devient limpide, il devient pur ; jetons du bois dans le même feu, le bois est dévoré, réduit en cendres.
Tel sera donc, dans ce fleuve de feu qui est la miséricorde, ce fleuve de feu qui est l’Amour éternel de Dieu pour toute sa créature, dans ce fleuve seront jetés tous les êtres. Ceux qui auront eu la Foi juste et les œuvres justes, seront encore plus resplendissants. Ceux dont les œuvres n’auront pas été justes, dont la Foi n’aura pas été juste et les œuvres mauvaises, seront consumés. L’Écriture dit encore : «Dieu est un feu dévorant». Il purifie l’or et consume le bois. Voilà donc cet enfer ou ce paradis : ceux qui seront dans ce Feu de l’Amour de Dieu chanteront : «Dieu de nos Pères, Tu es béni !» Et ceux qui auront refusé ce Fleuve de Feu, cet amour de Dieu, par leurs mauvaises œuvres et leur manque de foi, ne pourront pas même dire ce jour-là -et que Dieu nous garde !- «Seigneur, aie pitié de moi !» Ils ne pourront plus le dire, il sera trop tard.
Vous voyez alors que, même quand nous parlons de jugement et de justice de Dieu, il s’agit encore d’un aspect de l’amour de Dieu pour les êtres qu’il a créés. Ce Jour-là, toute l’Histoire prendra fin ; dans ce fleuve de feu , tout ce que nous avons fait en Christ sera gardé pour la vie éternelle. Tout ce qui a été fait sans le Christ sera voué à la destruction. Que Dieu nous garde dans la vraie confession de Foi et dans les vrais actes qu’implique la vraie confession ! Puissions-nous être dignes d’entendre cette voix : «Venez ! Vous tous les bénis de mon Père, héritez du Royaume que je vous ai préparé avant tous les siècles !»

Source:http://orthodoxie-libre.actifforum.com/t35-sur-le-jugement-dernier