Je suis un voyageur et un étranger sur terre : ma vie est vaine et courte. Mais moi, le misérable, je ne fais pas apparaître à mon esprit l’obscurité de la mort et je ne pense pas au terrible jugement dans lequel je vais faire face au Juste Juge et rendre compte de chacune de mes actions et paroles. C’est pourquoi je te prie, gardien de mon âme, réveille-moi vite du sommeil pécheur, afin que l’heure de la mort ne m’atteigne pas avant mon amendement et que je parvienne à obtenirde Dieu très miséricordieux le pardon pour mes péchés, Lui chantant d’une voix allègre : alléluia!
Lorsque le Seigneur de tous et mon Créateur me fera signe de me présenter hors de cette vie, toi, mon bon gardien, prévoyant les supplices menaçants qui m’attendent, préparés pour les maux spirituels et les pécheurs impénitents, couvre-moi des ailes de ta miséricorde, comme l’aigle ses oisillons, et lorsque mon souffle me quittera, que je te voie te tenant près de moi et chassant mes féroces ennemis. Pour cela, je te prie avec componction, proclamant :
Réjouis-toi, qui présentes à mon regard intérieur
l’heure amère et terrible de la mort !
Réjouis-toi, qui me rappelles sans cesse cette heure
toute à la fois inévitable et obscure !
Réjouis-toi, qui m’enseignes à regarder chaque jour
comme le dernier de mon existence !
Réjouis-toi, qui me prépares en tout temps
au départ vers l’autre monde !
Réjouis-toi, qui engendres en moi
la componction de l’âme et la contrition du cœur !
Réjouis-toi, qui désires toujours que je me repente
au moins avant la fin de mes jours!
Réjouis-toi, qui me défends d’aimer le monde
et ce qui est dans le monde !
Réjouis-toi, qui m’aides à déraciner de mon cœur
la passion pour les richesses corruptibles !
Réjouis-toi, qui me montres que tous les biens terrestres
sont temporaires et vite épuisés !
Réjouis-toi, qui me fais comprendre que toutes les beautés de ce
monde sont semblables à la fleur des champs !
Réjouis-toi, qui m’interdis de rechercher la gloire humaine,
pareille à une ombre mouvante !
Réjouis-toi, Ange du Seigneur, mon gardien vigilant !