La Chute et la Résurrection de l’Homme

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Mosaïque montrant la chute d’Adam et Eve 

 

LA  CHUTE  ET  LA  RÉSURRECTION  DE  L’HOMME

Source : Métropolite Hierotheos de Nafpaktos. Orthodox Heritage Vol.12 issue 03-04  (avril 2015)

Habituellement nous pensons la chute en termes juridiques qui pourraient être empruntés au vocabulaire des tribunaux.

Nous considérons que le pêché d’Adam était simplement la désobéissance à une loi extérieure, que cette désobéissance a créé une grande culpabilité chez l’être humain, et que les conséquences de cette culpabilité sont héritées par les descendants d’Adam.

Cette approche du pêché n’est pas celle de l’Eglise Orthodoxe.

Dans l’Orthodoxie, le pêché est considéré comme une maladie. L’homme est tombé malade et cette maladie a des conséquences pour l’ensemble de la race humaine.

Saint Cyrille d’Alexandrie (Patriarche d’Alexandrie de 412 à 444) emploie l’image d’une plante : quand les racines d’une plante sont malades, alors toutes les branches de la plante sont malades. Nous pouvons interpréter le pêché d’Adam de la même façon.

Saint Maxime (580-662 moine et théologien byzantin) place sur le plan théologique la chute de l’homme et sa restauration. Il dit qu’au commencement de la Création du monde il y avait cinq ensembles séparés :

–      La séparation entre ce qui est créé et ce qui n’est pas créé (l’Incréé).

–      La séparation entre la Terre et le Ciel.

–      La séparation entre le Monde et le Paradis.

–      La séparation entre ce qui est tangible (le matériel) et ce qui est noétique (de « Noûs », voir un peu plus loin).

–      La séparation entre l’homme et la femme.

Adam, avec l’aide et la grâce de Dieu, mais également par son effort personnel comme expression de sa liberté propre, devait surmonter ces séparations et atteindre à l’union avec l’Incréé. Certes, la séparation entre le créé et l’Incréé ne pouvait être abolie, mais la création aurait atteint une certaine unité avec l’Incréé. De plus, il est admis que l’Incréé peut demeurer dans le créé, et donc dans l’homme qui devient ainsi -selon saint Maxime le Confesseur – incréé par la grâce.

Adam n’a pas pu abolir ces séparations.

Non seulement il n’a pas pu abolir les séparations susmentionnées mais il a également perdu la pureté qui existait entre les deux sexes de sorte que la corruption et la mortalité sont entrées dans la nature. Il a revêtu alors des « tuniques de peau » et a connu la corruption et la mort (Livre de la Genèse 3-21 : L’Eternel Dieu fit à Adam et à sa femme des habits de peau, et il les en revêtit.). Il en a résulté la façon dont l’homme est conçu (gestation, accouchement etc.), qui est une conséquence de la chute, et c’est ce que les Pères de l’Eglise considèrent dans les tuniques de peau que l’être humain porte à cause de la chute.

Le dépassement de ces 5 séparations a eu lieu en Christ. Par Son incarnation, par Sa naissance d’une Vierge, par l’union des natures humaine et divine, le Christ a réuni le créé avec l’Incréé, les Cieux avec la Terre, le noétique et le sensible, le paradis et le monde, et il a dépassé la division entre l’homme et la femme. La restauration de l’Homme est complète et il est donné la possibilité à chaque être humain de dépasser ces divisions en Christ et de connaître le salut.

En considérant de manière plus concrète le problème de la Chute, nous pouvons dire comme l’enseigne saint Jean de Damas que la chute est un obscurcissement de l’image, la perte de la vie en Dieu et le revêtement des tuniques de peau. L’obscurcissement de l’image est celle du « Noûs ». Le « Noûs » a été plongé dans les ténèbres et ne pouvait plus être en harmonie avec Dieu. Le Noûs (adjectif : noétique) dans le christianisme orthodoxe est l’œil de l’âme.

Les Pères néptiques considèrent le Noûs comme l’organe spirituel par lequel l’âme de l’homme entre en communion avec Dieu par la grâce.  Source : http://fr.orthodoxwiki.org/Nous.

 

Selon l’anthropologie des Pères de l’Eglise, l’âme de l’être humain est à la fois rationnelle et noétique. Cela veut dire que l’être humain possède deux centres pour son fonctionnement. Un centre est la raison rationnelle qui est reliée à la tête (au cerveau et le système nerveux) et l’autre centre est relié au cœur.  La chute d’Adam entraîne l’obscurcissement de l’âme et la perte de la fonction noétique : il y a confusion entre la fonction noétique et celle de la raison rationnelle ainsi que sa soumission aux passions. Au lieu d’évoluer vers ce qui est élevé, au lieu de se tourner vers Dieu et de garder le souvenir de Dieu, le « Noûs » de l’être humain s’est orienté vers le monde créé et les passions. C’est pourquoi dans l’Eglise on parle de la repentance qui n’est pas un changement de ce qu’il y a dans nos têtes mais un changement du « Noûs ». Le « Noûs » doit couper son attachement aux choses créées, retrancher ses passions et se tourner vers Dieu.

La conséquence de l’obscurcissement de son énergie noétique est le bouleversement de la relation de la personne avec Dieu et les autres. L’être humain ne trouve pas de sens dans la vie, il accorde son attention aux choses extérieures, il entre en conflit avec les autres et n’a pas de paix intérieure. Cela est analysé de façon excellente par saint Grégoire Palamas. L’homme déchu utilise Dieu comme assurance ou garantie personnelle ; ou bien il considère les autres comme objets d’exploitation. Il n’a pas d’amour désintéressé parce-que lorsqu’il manifeste son amour il y a un toujours un peu d’amour de soi (philautie). La sociologie ne peut être considérée comme indépendante de la théologie. C’est dans ce sens (et uniquement dans ce sens) que nous pouvons parler de l’hérédité du pêché ou du pêché des ancêtres que l’être humain hérite à la naissance. Et c’est en ce sens également que nous pouvons parler de l’universalité de l’homme déchu.

Ce qu’Adam n’a pu réaliser, le Christ qui est le nouvel Adam l’a accompli.

Par Son incarnation, le Christ a divinisé la nature humaine et Il est le meilleur remède pour les hommes dans le sens où Il donne à chaque personne la possibilité de parvenir à la divinisation (en grec : théosis…en d’autres termes la sanctification de la personne). C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre la phrase suivante le Christ a relevé Adam et toute la race humaine (phrase extraite d’un tropaire).

Ici j’aimerais attirer l’attention sur deux passages de saint Jean de Damas (Saint Jean Mansour ou Jean de Damas dit Jean Damascène né vers 675 (ou 655) et mort le 4 décembre 749 (ou 753), est un important théologien chrétien, Père de l’Eglise défenseur des icônes (saintes images) et hymnographe renommé. St Jean Damascène est issu d’une grande famille arabe chrétienne de Damas. Son père, Serge Mansour, représentant d’une des plus illustres familles de la ville, était l’intendant général du calife Abdul-Malik. Voir : http://fr.orthodoxwiki.org/Jean_Damasc%C3%A8ne).

Ces deux passages de saint Jean de Damas nous aident à comprendre un peu le mystère de l’incarnation de la Seconde Personne de la Sainte Trinité. Il faut souligner que cela ne peut pas être appréhendé par une compréhension purement rationnelle, cela ne peut être compris qu’expérimentalement sur le plan spirituel, malgré cela on peut dire certaines choses sur l’incarnation du Fils et Verbe de Dieu.

Saint Jean de Damas en reprenant un passage de saint Grégoire le théologien(Saint Grégoire le Théologien, également connu sous le nom de Grégoire de Nazianze est un Père de l’Eglise. Avec les saints Basile le Grand et Jean Chrysostome, il est compté parmi les Trois saints hiérarques, dont la fête est célébrée le 30 janvier. Voir : http://fr.orthodoxwiki.org/Gr%C3%A9goire_le_Th%C3%A9ologien).

Saint Jean de Damas qui le considère comme son père spirituel affirme ceci : le Christ a assumé l’intégralité de la nature humaine car ce qui n’est pas assumé ne peut pas être guéri.

Saint Jean de Damas va jusqu’à affirmer que c’est le « Noûs » qui est le centre qui dirige l’âme et la chair, le « Noûs » étant la part la plus pure de l’âme mais le centre qui dirige le « Noûs » est Dieu. Lorsque Dieu agit alors le « Noûs » manifeste son autorité propre, il est alors sous le contrôle de plus fort, il le suit et réalise la volonté de Dieu. Alors le Fils et Verbe de Dieu s’unit à la chair par le moyen du « Noûs » dont la qualité est intermédiaire entre la pureté de Dieu et la lourdeur de la chair. Le « Noûs » est alors le lieu où demeure la Divinité lorsqu’il y a union entre la personne et Dieu. Ceci est de la plus haute importance car c’est alors que le salut de la personne débute et agit en commençant par le « Noûs » pour s’étendre au corps en entier. Ainsi nous comprenons l’importance majeure de la tradition neptique de notre Eglise. (Neptique : qualités des Pères orthodoxes vivant dans la sobriété spirituelle (Nepsis). voir : http://www.sagesse-orthodoxe.fr/lexique/neptique).

Le deuxième passage de saint Jean de Damas, le deuxième enseignement de saint Jean de Damas qui nous est utile est que l’incarnation du Verbe de Dieu n’était pas seulement extérieure…car cela aurait été un semblant d’incarnation…dans Son incarnation le Christ a assumé tout ce qui fait la nature de l’être humain depuis le commencement. Saint Jean de Damas affirme que la nature humaine s’est relevée de la mort et a été placée à la droite de Dieu ce qui n’entraîne pas automatiquement que tous les êtres humains se sont relevés de la mort et sont à la droite de Dieu mais qu’il s’agit de la nature humaine dans son intégralité qui l’a été dans la Personne du Christ. Ou encore : la nature humaine a été divinisée dans la Personne du Verbe, mais nos propres personnes (hypostases) humaines doivent également être déifiées.

Ainsi, l’universalité de la chute d’Adam est ressentie dans la maladie de la nature de l’homme ; et l’universalité de la résurrection est dans le Nouvel Adam, le Christ qui est le remède. Le Christ a guéri la nature humaine et il fournit la possibilité à chaque être humain d’être guéri. Le Christ est à la fois le médecin et le médicament. Il est la guérison de l’homme et sa santé.

 

 

 

 

 

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