Ce qui est vu et ce qui est invisible

Les limites de la raison humaine et de la connaissance de Dieu

 

Il y a ce qui peut être vu, et il y a l’invisible, le matériel et l’immatériel. Ce qui est matériel peut être examiné et expérimenté scientifiquement, l’immatériel ne peut être vu et éprouvé que spirituellement. Ce sont deux mondes qui semblent seulement en apparence en contradiction l’un avec l’autre. Si vous essayez d’examiner ce qui est de nature spirituelle en utilisant une science qui est par sa nature même destinée à explorer le domaine matériel, vous échouerez.

Les choses qui sont de Dieu sont bien au-delà des capacités de notre esprit fini à comprendre. Le divin ne peut être connu qu’à travers le « Nous »(1), cet endroit dans le cœur qui est notre vrai centre. Contrairement au cerveau, le « Nous » est capable de connaître au-delà de la compréhension humaine puisque sa source est celle de la connaissance noétique.

Lorsque nous essayons d’utiliser les mots pour décrire la forme noétique, nous échouons. Nous ne pouvons pas plus expliquer Dieu que nous pouvons expliquer la physique quantique, puisque les deux sont invisibles. Dieu est en dehors du domaine de la compréhension intellectuelle (rationnelle) humaine. L’Église d’Orient aborde les choses de Dieu comme des saints mystères, puisque Dieu ne peut être connu que dans ses énergies divines, et non dans son essence. Si un scientifique peut croire en la physique quantique, qui est invisible, pourquoi ne peut-il pas croire en Dieu qu’il n’a pas vu ? Si nous pouvons croire au concept de l’infini, de quelque chose qui continue indéfiniment, pourquoi ne pouvons-nous pas croire en Dieu ? La science de l’âme est noétique et ne peut être examinée et expérimentée que seulement à travers l’activation du « Nous ». Le « Nous » dans la théologie chrétienne orthodoxe est «l’œil du cœur ou de l’âme», l’esprit du cœur. Dieu nous a créés avec le « Nous » parce que l’intellect humain n’est pas capable de Le connaître sans le « Nous ». L’intellect seul ne peut connaître Dieu, car le raisonnement humain est limité aux choses de nature matérielle. Dieu est inconnaissable sans Sa révélation divine, et seul le « Nous » peut percevoir cette connaissance. L’essence de Dieu reste inaccessible sans la  connaissance noétique. La science a sa place, mais seul le cœur peut connaître Dieu.

 

Par l’amour en Christ,

Abbé Tryphon

https://www.facebook.com/Abbot-Tryphon-1395030584153681/

(1)

La principale préoccupation de l’Église orthodoxe est la guérison de l’âme humaine. L’Église a toujours considéré l’âme comme la partie de l’être humain qui a besoin de guérison parce qu’elle a observé à partir de la tradition hébraïque, du Christ lui-même et des apôtres que dans la région du cœur physique fonctionne quelque chose que les Pères appellent le « Nous ». En d’autres termes, les Pères ont pris le terme traditionnel « Nous », qui signifie à la fois intellect (dianoia) et parole ou raison (logos), et ils lui ont donné un sens différent. Ils ont utilisés le terme « Nous » pour désigner cette énergie noétique qui fonctionne dans le cœur de toute personne spirituellement saine. Nous ne savons pas quand ce changement de sens a eu lieu, car nous savons que certains Pères utilisaient le même mot « Nous » pour désigner la raison ainsi que cette énergie noétique qui descend et fonctionne dans la région du cœur. (http://orthodoxinfo.com/phronema/patristic-theology-romanides-chapter-1-what-is-the-human-nous.aspx)

Une réflexion orthodoxe sur l’Immaculée Conception et le pêché originel

icone de la dormition

 

 

 

Une réflexion orthodoxe sur l’Immaculée Conception et le pêché originel

 

Il s’agit là d’une question assez controversée et donnant lieu à bien des fausses interprétations.

Faisons d’abord une mise au point:

1/ L’Immaculée Conception concerne la conception de la Vierge Marie, la Mère de Dieu, et non celle de Jésus Christ, dont la conception virginale et sans péché ne fait pas question. Si je le spécifie ainsi, c’est bien parce que cette confusion est assez largement répandue !

2/ Orthodoxes et catholiques sont d’accord que Marie est immaculée quand elle conçoit et met au monde le Fils de Dieu, et que ceci est l’effet d’une grâce spéciale du Saint-Esprit : Marie fait totalement partie du genre humain pécheur, mais elle est lavée de tout péché pour l’Incarnation. La différence vient du moment de cette grâce : à la conception de Marie pour les catholiques ; au moment où elle dit « OUI » à l’archange, pour les orthodoxes, et cela change tout!

L’Eglise orthodoxe proclame dans ses hymnes « bienheureuse et très pure, toute immaculée Mère de Dieu », « plus vénérable que les chérubins et incomparablement plus glorieuse que les séraphins », sans compter les merveilleux noms qui lui sont donnés dans l’hymne acathiste.

L’Eglise orthodoxe croit que Marie est immaculée depuis sa conception mais dans le sens qu’elle n’a JAMAIS commis de péché PERSONNEL.

Cependant, Marie étant née de l’union charnelle de deux époux, donc étant de la descendance d’Adam, elle a partagé notre nature déchue en naissant comme nous dans un corps mortel … et donc sous la loi du péché.

Certes Marie a tenu ses pensées, son cœur et sa volonté dans la lumière du Seigneur et s’est gardée du péché, mais cela par son propre combat contre le péché ; ce n’était pas une espèce de divinité incapable de toute possibilité de péché.

Par l’incarnation du Christ, le Saint-Esprit a alors triomphé définitivement en elle et, par le OUI de Marie, non seulement Dieu a racheté le genre humain déchu, mais Il a aussi scellé la grâce en la Mère de Dieu. Ce OUI a marqué le consentement du genre humain à l’œuvre salvatrice, le rétablissement de l’union à Dieu perdue par le péché d’Eve et d’Adam.

Nous faisons la différence entre péché des origines, qui est le péché personnel d’Adam, et loi du péché, qui est la condition humaine naissant dans un monde déchu avec toutes les conséquences du péché d’Adam (sollicitation à pécher, maladie, souffrance, mort…), et péchés personnels de chacun.

Dans l’Eglise catholique, ces notions n’ont pas du tout le même sens. Le dogme du péché originel, selon la théorie augustinienne, est défini davantage comme une souillure innée qui correspond à la concupiscence que tout être humain, de ce fait maudit, porte en lui dès sa conception.

Partant de ce dogme purement propre à l’Eglise d’Occident (qui considère saint Augustin comme le Père des Pères de l’Eglise), toutes les questions se sont posées concernant Marie : avait-elle la concupiscence en elle?

Le dogme de l’Immaculée Conception en résulte.

Mais les Orthodoxes posent alors une question fondamentale : si Jésus est né d’une mère « parfaite », cela fausse complètement l’affirmation du Credo : « s’est fait homme »: dès le départ il n’est pas comme nous !
Et ce n’est pas tout : selon le sens donné au dogme de l’Immaculée Conception, l’Eglise catholique considère Marie comme Eve AVANT la chute et donc non passible de mort, d’où le dogme qui suivit, celui de l’Assomption, passant complètement sous silence la Dormition « humaine » de la Mère de Dieu.

En allant plus loin, Marie a été considérée dans les milieux catholiques un peu comme « le pendant féminin du Christ ».

C’est là un extrême qui diffère considérablement, qui contredit même le sens théologique du mystère de la pureté de Marie tel que professé par l’Orthodoxie, et même le mystère du salut tout entier.

C’est le dogme du péché originel chez saint Augustin, à l’origine du problème, qui n’a rien à voir avec la conception orthodoxe de « péché des origines » et de « loi du péché »: « la dogmatisation du péché originel sur la base de la conception augustinienne a entraîné l’Eglise d’Occident dans de terribles controverses théologiques concernant Marie ; elles ont obligé l’Eglise catholique à réaffirmer la pureté de Marie depuis sa conception, aboutissant ainsi au dogme de l’Immaculée Conception. »

 

Vladimir GOLOVANOW

Repris du blog  http://www.egliserusse.eu/