Sur le fils prodigue…(Saint Justin Popovitch)

 

Seul l’Evangile du Christ connaît dans sa plénitude le mystère du péché, la nature du péché, et tout ce qu’il recèle en lui-même. Le Fils prodigue de l’Evangile est l’exemple parfait du pêcheur repenti (Luc 15 :11-32). C’est par l’intermédiaire de sa libre volonté que le ciel et la terre, le diable et Dieu, l’enfer et le Paradis interviennent dans sa vie. Le péché appauvrit progressivement l’homme et tout ce qui est de Dieu en lui ; il paralyse en lui tout ce qu’il peut y avoir de divin en lui comme tout ce qui est nostalgie de Dieu. Mais le péché ne laisse pas l’homme définitivement abandonné à la répugnante étreinte du diable. Alors il garde les pourceaux de son patron –le diable- et ces pourceaux sont les passions toujours insatiables. La vie de l’homme n’est pas autre chose qu’une telle vie, c’est une vie où l’esprit s’égare et se brise, car dans cet émouvant récit, le Seigneur dit du fils prodigue : « et quand il revint à soi » (Luc 15 :17). Comment put-il revenir à soi ? Par le repentir. Oui, c’est le péché qui pousse l’homme à l’errance. Tout péché, fut-ce le moindre d’entre eux, représente toujours un égarement de l’âme, une aliénation de l’âme. Par le repentir l’homme reprend son esprit, revient à soi. Et sitôt rentré en soi il s’écrie vers Dieu, il hurle vers le ciel : « Père, j’ai péché vers le ciel et contre Toi » (Luc 15 :21). Et son Père des cieux ? Toujours mû par son immense amour de l’homme, il aperçoit son fils repentant qui se hâte vers Lui, il le plaint, il accourt, il l’embrasse et le baise, puis il ordonne à ses serviteurs célestes, les saints Anges : « Sortez la plus belle robe et revêtez l’en, et mettez-lui un anneau au doigt et des chaussures aux pieds. Amenez le veau gras et tuez-le : mangeons et réjouissons-nous car mon fils qui voici était mort et il revit ; il était perdu et il est retrouvé. Et ils se mirent à se réjouir » (Luc 15 : 21-24). Il en va ainsi de chacun d’entre nous comme de chaque pécheur repenti : c’est une réjouissance au ciel pour le Dieu tout –ami de l’homme et pour ses anges. Tout péché qui a fait l’objet d’un repentir conduit l’homme vers l’étreinte de Dieu, vers l’éternel Royaume du repentir de notre Père des Cieux. Mais tout péché qui ne fait pas l’objet d’un repentir produit la mort dans l’âme de l’homme, pour ensuite le projeter dans l’enfer éternel du diable. Seigneur, accorde-nous le repentir.

6ème centurie ascétique. Saint Justin Popovitch,(1894-1979).Les Voies de la connaissance de Dieu. Editions L’AGE D’HOMME. (1998).

Le chant, l’homme et Dieu.

Le chant de Dieu (P. Steven Freeman)

Source:http://blogs.ancientfaith.com/glory2godforallthings/2012/01/19/the-song-of-god/

L’homme est une composition musicale, un hymne merveilleusement composé à l’activité créatrice puissante.

Saint Grégoire de Nysse1 (PG 44, 441 B)

 

Dans la pensée de saint Grégoire de Nysse, l’homme n’est pas seulement un chanteur, mais un chant. Nous ne sommes pas seulement chant, mais le chant de Dieu. En effet, dans un thème des Pères (de l’Eglise), toute la création est le chant de Dieu, parlé (ou chanté) et venu à l’existence. «Que la lumière soit», est plus que l’expression d’un commandement : c’est la prononciation d’une phrase qui organise l’univers comme un morceau musical. Dieu chante. Toute la création chante. Le chant de louange qui naît de la création est offert à Dieu, l’Auteur de toutes choses. C’est aussi le chant de la création elle-même, une révélation de la vérité de son être. La musique n’est pas un divertissement : si elle est réalisée correctement, elle est le cœur même de la création.

Les anges dans la vision d’Ésaïe (chapitre 6) s’écriaient mutuellement dans le chant : «Saint, saint, saint, est le Seigneur, Dieu des armées …» Le chant de l’un appelle le chant de l’autre. L’adoration est l’offrande de tout notre être, appelant le chant de toute la création en union avec le chant que Dieu Lui-même chante.

Pour se comprendre comme le chant de Dieu, il y a une phrase dans son hymne à la création, qui affirme tant notre unicité que notre union avec le tout. Notre prière, notre culte, notre vie, sont une offrande du chant que Dieu lui-même a soufflé.

Nos habitudes de pensée fournissent des moyens par lesquels nous nous concevons. Il me semble intéressant de noter que notre concept moderne de l’existence humaine a minimisé le rôle de la musique. La musique est quelque chose que nous faisons, une industrie par laquelle nous gagnons de l’argent. C’est un instrument pour la glorification des ego. La musique est déformée.

Dans le même temps, notre culture a fait de la musique un vaste secteur financier, les gens eux-mêmes sont devenus moins musicaux. La capacité de jouer d’un instrument (autre que l’air-guitare) a diminué profondément. Les programmes de musique au sein des écoles sont jugés trop coûteux à financer. Le nombre de jeunes sans formation ou expérience musicale continue d’augmenter. Les gens chantent rarement ensemble (une coutume autrefois universelle avant la modernité), sauf dans les environnements les plus structurés. La musique folklorique (la musique des peuples) disparaît rapidement (ces choses sont peut-être plus vraies en Amérique qu’en Europe).

Je ne devrais jamais prédire une disparition de la musique – car les êtres humains sont un chant et le chant ne disparaîtra pas. Mais vivre d’une manière qui nous aliène de notre qualité d’être le chant de Dieu est vivre avec un vide existentiel. Si l’homme est un chanteur, alors il doit chanter – et il doit chanter à Dieu.

Source ; http://blogs.ancientfaith.com/glory2godforallthings/2012/01/19/the-song-of-god/

 

1 Grégoire de Nysse (vers 331 à 394) est un intellectuel passionné de rhétorique qui enseigne la philosophie. Son épouse l’adore et c’est réciproque. Quand son grand frère, saint Basile de Césarée, le consacre évêque de Nysse, une petite bourgade rurale de Cappadoce, cet intellectuel le ressent comme un exil, mais il l’accepte par devoir dans un monde si peu chrétien. Il se heurte à l’empereur qui soutient l’arianisme et qui l’exile. Il reviendra dans son diocèse à la mort de Valens et se fait le champion de la foi en la Trinité. Il sera l’un des principaux artisans de la victoire de l’orthodoxie au concile de Constantinople en 381. Saint Grégoire de Nysse est sans aucun doute l’un des plus grands théologiens spéculatifs, d’une ouverture d’esprit rarement égalée. Ce maître de la théologie contemplative par ses grands traités spirituels, est en même temps un pasteur et un catéchète soucieux de se faire comprendre par tous. 
Source : http://nominis.cef.fr/contenus/saint/5103/Saint-Gregoire-de-Nysse.html

 

En quoi est-ce différent?

 

En quoi est-ce différent?

Source:http://www.pravmir.com/what-s-the-difference/  (P. John Breck)

Un petit groupe d’une dizaine de jeunes professionnels de la santé étaient assis autour d’une table, grignotant des biscuits et buvant des boissons gazeuses. Ils étaient tous des protestants « main line » ou des évangéliques. Certains étaient très attachés à la tradition de leur église ; d’autres avaient soif de quelque chose d’autre, ce qui signifiait clairement qu’ils cherchaient quelque chose de plus. Ils nous ont demandé de venir parler de l’Orthodoxie. La plupart d’entre eux n’avaient jamais été à un service de culte orthodoxe, et ils étaient autant curieux qu’accueillants. Dans l’ensemble, l’ambiance était chaleureuse et cordiale.

Ils ont soulevé la question habituelle : «Quelle est la différence entre votre foi et la nôtre, entre les orthodoxes et, disons les baptistes ? » Continuer la lecture de En quoi est-ce différent?

Avec un simple sourire…

 

Un simple sourire peut nous mener loin

Il y a environ un an, j’étais assis dans un café à Seattle (NdT : c’est un moine qui témoigne, il était revêtu de l’habit religieux), mon ordinateur portable était ouvert et je travaillais mon courrier. Deux jeunes hommes de l’âge des étudiants d’université étaient assis à une table à un demi-mètre de distance. L’un d’eux a fait une remarque désagréable qui était évidemment destinée à mon oreille. Il a suggéré à son ami que seul un vieil homme stupide pouvait croire en Dieu. Je leur ai fait un sourire et j’ai continué à travailler sur mon ordinateur portable.

Avant de quitter le café, j’ai alors acheté deux cartes-cadeaux et j’ai demandé à la jeune femme de les donner aux deux jeunes hommes assis à la table voisine de la mienne, mais seulement après que je sois parti.

Environ deux semaines plus tard, je me suis rendu à nouveau dans le même café. Les deux jeunes hommes étaient là également. Ils sont tous les deux venus à ma table me demandant s’ils pouvaient s’asseoir avec moi. Je souris largement et leur dis que je serais ravi de les voir se joindre à moi. Un des jeunes hommes m’a alors demandé pourquoi j’avais acheté les cartes-cadeaux pour eux, alors que bien évidemment je les avais entendus se railler de moi.

Je leur ai dit que Dieu m’avait dit de leur acheter les cartes, et qu’il s’agissait d’un don de Dieu. Un des jeunes hommes eut les larmes aux yeux et me demanda pardon. Je lui ai dit que je lui avais pardonné le moment même où il avait prononcé ces mots parce que le Christ les a aimés. Comment pourrais-je ne pas les aimer, puisque Dieu les aimait ai-je ajouté.

Dieu nous donne à tous des chances de montrer Son amour pour les gens. Parfois, les moins aimables sont ceux-là mêmes qui ont le plus besoin de signes d’amour. Qui sait quelle différence un mot gentil ou un sourire peut faire sur la vie d’un individu qui est grossier ou qui est violent ? Les personnes les plus difficiles à traiter sont parfois les mêmes personnes qui ont le plus besoin de notre amour et de notre bonté. Le voisin en colère ou un collègue peut changer s’il est   traité avec respect et amour, et cela quel que soit leur comportement.

Ce sont eux les gens qui ont besoin de nos prières. Dieu peut changer n’importe quel cœur, en transformant la vie des pires gens à cause de nos prières. Qui sommes-nous pour les juger ? Si Dieu les a placés dans nos vies, nous devons chercher la raison. Peut-être qu’ils sont là parce que nous avons besoin d’apprendre la leçon du pardon et de la charité. Est-ce que nous méritons l’amour de Dieu plus qu’eux ?

Higoumène Tryphon (Monastère du Sauveur Tout Miséricordieux , Vashon Island , Etat de Washington)

Source : http://www.pravmir.com/smile-can-go-long-way/

 

Une âme simple et grande à la fois

Une âme grande et simple à la fois.

 

http://blogs.ancientfaith.com/glory2godforallthings/2016/06/01/simple-great-soul/

 

(Il s’agit d’un témoignage personnel du Père Stephen Freeman, prêtre orthodoxe dépendant de l’Eglise Orthodoxe en Amérique (OCA), qui entretient un blog intitulé Glory to God for All Things  et qui collabore avec la radio orthodoxe « Ancient Faith Radio » (http://www.ancientfaith.com/)).

 

Pour diverses raisons, j’ai passé une bonne quantité de temps avec A.I. Soljenitsyne, le grand écrivain russe qui est mort en 2008. Je travaille sur une collection de ses écrits et je regarde des vidéos sur sa vie ainsi que des interviews détaillés. Si un homme a vécu le maelström du 20e siècle, ce fut bien lui. Né en 1918 dans une pieuse famille orthodoxe, il a été élevé par sa mère seulement, son père étant mort dans un accident six mois avant sa naissance. Installé à Rostov à 6 ans, Soljenitsyne devient progressivement un garçon soviétique enthousiaste. Il a appris à mépriser sa foi et à admirer la Révolution. Il est devenu même un membre des Jeunes Pionniers.

 

Comme Dostoïevski avant lui, Soljenitsyne était un idéaliste dans sa jeunesse. Son marxisme était tout à fait sincère. Vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans laquelle il a servi avec honneur, il a été arrêté pour des remarques critiques sur Staline effectuées dans une partie de sa correspondance privée avec un ami. Fait intéressant, ses remarques portaient sur la déviation de l’Etat du marxisme. Son manque de prudence fait qu’il devient prisonnier dans le Goulag soviétique.

 

Son premier emprisonnement a été relativement supportable, il a été assigné à faire de la recherche mathématique et de l’ingénierie. Sa rencontre avec des gens plus âgés ayant une plus grande expérience et une approche beaucoup plus critique du monde a commencé à le faire revenir vers le christianisme de son enfance. Par la suite il a été envoyé vers l’un des camps de travaux forcés au Kazakhstan, puis condamné à l’exil intérieur (pour la vie) travaillant comme professeur de mathématiques.

 

Il a été réhabilité en 1956 au début des années Krouchtchev, au cours desquelles son premier ouvrage, Une journée dans la vie d’Ivan Denissovitch, un roman écrit dans le Goulag, a été publié. Il a été très bien vendu et l’a fait entrer dans l’attention du public qui va le considérer, à la fois comme écrivain et comme critique social pour le reste de sa vie.

 

Il est plus convaincant pour moi que tout autre homme de notre temps, en grande partie à cause de la simplicité de son âme. Il y a une phrase russe, « dvoye dusha » (littéralement « deux-âmes») qui vient à l’esprit. La plupart des gens que je connais sont au moins à « deux âmes ». Notre complexité (en tant qu’humains) est une masse de contradictions – dans les opinions, les sentiments, les loyautés et les haines. Nous pensons une chose pour une raison donnée, et d’autre part pour une raison tout à fait contradictoire nous pensons quelque chose de différent. Il s’agit d’une des maladies de notre époque (cf.  Alasdair MacIntyre  Quelle Justice? Quelle Rationalité?) Soljenitsyne n’était décidément pas « dvoye dusha ». Il était tout à fait ce qu’il était au cœur même de son être. Si tel n’était pas le cas, il aurait appris à se plier et céder, et s’adapter à l’air du monde. Il aurait pu être célèbre et avoir beaucoup moins de problèmes.

Cette simplicité intérieure est d’autant plus remarquable que Soljenitsyne a vécu dans des temps extrêmement complexes. L’État qui l’a emprisonné avait été une fois idéalisé par lui. Et l’Etat qui l’oppressait et qui cherchait à le faire taire était également situé dans la terre qui occupe le plus profond de son cœur. Il a été exilé en 1974, s’est finalement installé dans le Vermont (USA). Salué à travers le monde en tant que champion de la liberté, il a néanmoins constaté que les médias occidentaux se sont détournés de lui quand il a critiqué le dévoiement de la liberté et la décadence rampante de la vie dans le pays de son exil.

 

Avec le temps, les médias ont trouvé plus facile de le rejeter comme un russe grincheux, semblable à un objet ancien d’une société qui avait disparu depuis longtemps. Il a été accusé de beaucoup de choses (autant que ses maîtres soviétiques qui ont cherché à le discréditer). Mais la vérité de l’homme était qu’il était tout à fait le même, que ce soit vivant en URSS ou d’être salué ou brocardé en Occident. Que l’Est et l’Ouest étaient tous les deux heureux de le voir réduit au silence est la démonstration simple de la corruption presque illimitée de l’État moderne.

 

Sa pratique de la vie peut se résumer dans le titre d’un de ses articles : « Ne vivez pas sur des mensonges. » L’article lui-même est intéressant à lire. Pour Soljenitsyne cela signifiait (à tout le moins), de dire la vérité de son cœur, toujours et en tout temps, sans crainte. Et c’est là que le problème d’être «une âme double » vient au premier plan. Il y a des forces terribles qui nous éloignent de la simple vérité de notre âme. L’entourage, nos passions, et cela crée facilement un nuage de confusion.

 

Penser à ce sujet est très douloureux pour moi. Pendant un certain nombre d’années, avant ma conversion à l’orthodoxie, je vivais une existence à « deux-âmes ». A mesure que j’étais de plus en plus attiré vers l’orthodoxie, je m’éloignai de l’anglicanisme dans lequel je servais. Les complications dues à mon travail, le rôle parental, le service, ont provoqué en moi des contradictions terribles. Et même si chaque jour ne comportait pas un mensonge direct, il y avait certainement quelque chose qui en était très proche.

 

Environ un an avant ma conversion, je suis allé voir mon évêque anglican et je lui ai fait part de mes intentions. Ce fut une conversation très irénique et réfléchie. Vers la fin, il m’a demandé : «Pouvez-vous dire la messe en bonne conscience ? ». C’était probablement la question la plus poignante de la matinée. Je lui ai dit que je pouvais, même si elle avait quelque chose de semblable à un spectacle dans mon âme (j’ai utilisé une expression différente que je ne vais pas répéter). Il m’a dit de lui faire savoir si (dire la messe) me devient insupportable.

 

Ma conversion au début de l’année suivante m’a apporté un soulagement profond. Je ne me sentais pas triomphaliste dans cette décision. En effet, je portais des blessures profondes à la suite de ce dédoublement qui m’a retenu captif au cours d’un certain nombre d’années. Cela hante encore mes rêves.

 

Ma situation est un exemple assez spectaculaire (et embarrassant). Mais le problème est, je le pense, très répandu dans notre culture. Nous portons une foule de contradictions au sein de nous-mêmes. Les passions, dépourvues de raison, dictent souvent les attachements de nos vies et comment nous les traitons chaque instant. Un cœur simple et simple est rare et difficile à réaliser.

Le Christ a dit : «Que votre œil soit simple ». Il a également dit : «Que votre parole soit oui, oui, non, non ; ce qu’on y ajoute vient du malin. » (Mat 5 :37) St. Jacques dit également que l’homme à l’âme double est instable dans toutes ses voies. Pour beaucoup, cela est devenu un mode d’existence.

 

Une âme simple et non divisée vient par le moyen d’une certaine tranquillité d’esprit et de la dévotion. Il y a peu de doute que la simplicité de Soljenitsyne a été en partie façonnée par les souffrances qu’il a endurées. Il a également été façonné par la nature simple et directe de sa foi orthodoxe. Il est seulement remarquable en ceci que c’est quelque chose de rare, et non pas parce que ce serait difficile à réaliser. Le propre conseil de Soljenitsyne était : «Ne pas mentir ».

 

Le mensonge imprègne nos vies. Je pense souvent que nous sommes tellement engagés dans le mensonge que nous ne parvenons pas à le remarquer. Le mensonge commence dans nos propres cœurs. Ce que nous ressentons comme «complexité», en particulier la complexité dans l’âme, est souvent un plus un refus d’affronter la vérité et d’en supporter ses conséquences. Nous préférons une vie dans laquelle les conséquences désagréables sont réduites au minimum. Le mensonge est idéal pour une telle vie.

 

L’évangile commence par un appel à la repentance. La repentance (metanoia), signifie un «changement d’état de notre esprit » Il ne suffit pas de changer les pensées de l’esprit, mais changer la façon dont l’esprit pense. Saint Paul parle du «renouvellement» de l’esprit (Romains 12: 2). L’appel du Christ des disciples est un parfait exemple de ce renouvellement. Le Christ semble avoir fait en sorte qu’il est impossible de le suivre si on a une   « âme double » et irrésolue. Les hommes (qui Le suivent) quittent les familles, les emplois, tout ce qui a constitué leur vie avant Christ. Il leur conseille de «laisser les morts enterrer les morts ». Ces actions ont toujours semblé extrêmes, mais avec les années qui passent, je vois qu’elles ont comme objectif de « concentrer » l’âme.

 

Notre entrée dans le Christ (et dans la plénitude de l’Eglise) demande rarement de tels efforts de notre part. Au moment de ma conversion à l’orthodoxie, j’ai été effectivement heureux que le cadre de ma vie ait été radicalement affecté, même si la plupart des effets se sont avérés être produits par mon propre esprit anxieux. Il n’y avait rien vraiment d’héroïque, ou qui a impliqué une souffrance remarquable, mais (à notre époque qui est) un âge de confort, où nous craignons tous les inconvénients de la perte d’une certaine sécurité, il y avait suffisamment de difficultés avant de commencer le processus de guérison du conflit à l’intérieur de mon âme.

 

Dans la vie, ce processus (de guérison) peut commencer à tout moment. Il commence par un engagement résolu à suivre le Christ, quelle que soit la suite. On nous demande dans le baptême, «Voulez-vous vous unir au Christ ? ». Ceci, il me semble, est tellement plus simple que de «prendre une décision pour le Christ», ou «de l’accepter comme Seigneur et Sauveur ». Ce qui nous est demandé est de « mourir » car le Christ avec qui nous nous unissons est, tout d’abord et avant tout, le Seigneur Crucifié. «Je meurs chaque jour», a dit saint Paul. Rien de moins ne peut guérir nos cœurs.

 

Durant les deux premières années de ma vie orthodoxe, j’ai travaillé comme aumônier d’hôpital. Et comme je travaillais à «mourir tous les jours » (comme dit Saint Paul), J’étais tous les jours avec les mourants. L’approche de la mort, dans la vie d’un croyant, concentre (« rassemble ») l’âme. Ce fut un grand avantage pour moi de témoigner à ces témoins d’un cœur simple. Il y a trois ans, je suis entré à l’hôpital à cause d’une crise cardiaque, et je regardais le personnel médical se démener sur l’entreprise de sauver ma vie. Au milieu de tout cela, il y avait une grande paix. Il n’y avait qu’une seule inquiétude – celle de rencontrer du Christ non préparé. J’ai refusé la proposition de recevoir un sédatif lorsque la procédure médicale a commencé. Mon commentaire a été : «J’ai du travail à faire ».

 

Je n’ai pas à juger tous ceux qui se débattent avec une âme divisée. Mais je peux dire que ce n’est pas un état que nous devrions tolérer pour longtemps – il est trop dévastateur. Il y a vraiment de grandes âmes, et des jaillissements singuliers de la grâce qui nous disent ce qui est possible. Soljenitsyne est devenu un héros pour moi, même dans mes années de collège (aux USA le collège correspond aux premières années à l’université). Je soupçonne que la maladie de ma propre âme a intuitivement vu en lui l’exemple du chemin vers la « maison ». Il faut dire Oui ou Non. Et ne pas vivre avec des mensonges.