Récit d’une rencontre avec un starets d’Optino

Source:http://stranitchka.pagesperso-orange.fr/VO02/MOINE_PARFENI.html

Récit fait par le moine Parfeni (1807-1878)

De là , je continuai ma route, et le cinquième jour, j’arrivai à la Solitude de la communauté d’Optino, qui est dans la province de Kaloyge, non loin de la ville de Kojelsk. Autrefois, il y a bien des années, j’avais entendu parler du grand Starets hiéromoine Léonide, qui habitait la Solitude d’Optino, et depuis longtemps je désirais le voir, me délecter de sa conversation, et recevoir de lui des directives, et pour mes soucis, la consolation. Car, depuis que j’étais parti de la Sainte Montagne de l’Athos, pèlerin sans lieu où reposer sa tête, mes soucis étaient là chaque jour et mes pleurs aussi. Comme Adam chassé du paradis, privé des joies et des douceurs paradisiaques, assis au dehors, pleurait ; moi, de même, renvoyé de la Sainte Montagne, séparé de mes pères et frères, loin de ce havre calme et paisible, solitaire, dans une petite et misérable barque , je voguais sur la mer terrifiante et houleuse de ce monde, balancé par des vagues énormes, sans pouvoir accoster. Comme un poisson rejeté hors de l’eau, je me débattais et languissais. Je cherchais ne serait-ce qu’une goutte d’eau pour rafraîchir  mon âme, envahie de toutes sortes de tourments. J’allais, ne sachant moi-même où, sans argent, sans livret pour des dons, ni l’indication d’un lieu où m’arrêter. Ah, Misère ! Même maintenant, au souvenir de ce temps-là, je pleure. Arrivé à la Solitude d’Optino, plein d’impatience, je voulus aller chez le Père  Léonide, espérant être consolé. Je demandai où se trouvait sa cellule, et sans m’attarder, j’allais vers lui. Et arrivé dans l’entrée, je fus saisi de crainte, d’abord par la joie de pouvoir rencontrer un Père si grand, ensuite à la pensée de la façon dont je pourrais me présenter, moi indigne, devant un si grand starets. Me tenant longtemps dans cette entrée, je n’osai ouvrir la porte. Alors sortit son disciple. Je demandai:  » Peut-on entrer chez le starets ? » – Il répondit : « On peut ». Je pénétrai alors dans la cellule, et là j’eus encore plus peur et me mis à trembler. Car la pièce était pleine de gens de toute sorte, des notables, des marchands, et des simples ; tous à genoux, et tremblant, comme devant un juge sévère. Chacun attendait une réponse et un sermon. Et moi aussi, derrière tout ce monde, je tombai à genoux. Le starets, quant à lui, assis sur le lit, tressait une ceinture –  c’était son travail manuel, tresser des ceintures, et les donner à ses visiteurs, en bénédiction. Alors il déclara : « Et toi, Père de l’Athos, pourquoi es-tu tombé à genoux ? Peut-être veux-tu que moi aussi je m’agenouille ? « – J’étais effrayé, car il ne m’avait jamais vu et ne me connaissait pas, j’avais des vêtements ordinaires, et lui m’appelait « Père de l’Athos »- Je répondis : « Pardonne moi, Père saint, au nom du Seigneur, j’obéis à la coutume: je vois que tous sont agenouillés, alors je suis aussi tombé à genoux. » Il dit alors : « Eux sont du monde, et de plus, coupables : qu’ils restent un peu ; Mais toi, tu es moine, et de l’Athos : lève-toi, et viens jusqu’à moi ». M’étant relevé, je m’approchai de lui. Et lui, m’ayant béni, me dit de m’asseoir avec lui sur le lit, et me posa beaucoup de questions sur la Sainte Montagne de l’Athos et sur la vie de moine retiré en solitaire, et sur celle des communautés monastiques, et sur les autres règles et coutumes athonites ; et ses mains continuaient à tresser la ceinture sans s’arrêter. Je lui dit tout en détail, et lui se mit à pleurer de joie, et à louer le Seigneur Dieu, de ce qu’Il avait encore beaucoup de serviteurs fidèles, qui ont abandonné le monde et les soucis de la vie, pour le servir avec amour et travailler pour Lui, leur Seigneur. Puis il commença à libérer les gens, prenant soin de chacun dans sa maladie physique ou spirituelle, celle du corps par la prière, celle de l’âme avec un amour paternel, des paroles douces et des directives utiles à l’âme – et d’autres, par une admonestation sévère, ou même par un renvoi brutal hors de la cellule.

        Parmi ces gens se tenait à genoux devant lui un monsieur venu au monastère pour y accomplir ses dévotions, et aussi pour rendre visite au starets. Celui-ci lui demanda : « Et toi, qu’attends-tu de moi ? »- Il répondit en pleurant : « Je désire recevoir de vous, Père Saint, des conseils utiles à l’âme. » Le starets lui demanda : « As tu fait ce que je t’ai ordonné auparavant? » – l’autre répondit : « Non, Père Saint, je ne puis le faire. » Le starets dit :  » Pourquoi alors, n’ayant pas fait la première chose, viens-tu en demander une autre ?  » Puis il ordonna avec sévérité à ses disciples :           « Chassez le hors de la cellule ». Et ils le jetèrent dehors. Moi-même, et tous ceux qui se trouvaient là, fûmes effrayés d’une action aussi brutale et de cette punition. Mais le starets, lui, n’en fut pas troublé, et recommença à parler avec douceur aux autres, et à les libérer. Plus tard, un des ses disciples dit : « Père Saint, il y a une pièce d’or par terre . » – Le starets répondit : « Ce monsieur l’a intentionnellement laissé tomber, et il a bien fait, elle sera utile au Père de l’Athos, pour sa route. » Et il me la donna.

          Alors je lui demandai : « Père Saint, pourquoi avez-vous agi aussi sévèrement avec ce monsieur ?  » et il me répondit :  » Père de l’Athos! je sais comment agir avec l’un ou l’autre : c’est un serviteur de dieu, et il cherche le salut ; mais il est tombé dans une tentation, il s’est habitué au tabac. Il est déjà venu me voir, et m’en a parlé, et je lui ai ordonné  de laisser le tabac , et de ne plus jamais y toucher, et tant qu’il ne l’aurait pas fait, que je ne désirais pas  qu’il revienne me voir. Et lui, n’ayant pas exécuté le premier commandement, vient en demander un autre. Voilà, cher Père de l’Athos, combien il est difficile d’arracher l’homme à sa passion ! « 

         Pendant que nous parlions, on lui amena trois femmes. L’une d’elles, malade, avait perdu la raison et l’entendement, et toutes les trois pleuraient et demandaient au starets de prier pour la malade. Alors il revêtit son étole, en posa l’extrémité, ainsi que ses mains, sur la tête de la malade, et après une prière, la signa trois fois sur la tête et ordonna de l’emmener dans l’hôtellerie. Il faisait tout cela assis, et il était assis parce qu’il ne pouvait plus se lever, il était malade, et vivait ses derniers jours.

         Ensuite vinrent des disciples, frères du monastères. Ils lui ouvraient leur conscience et les ulcères de leur âme. Il les soignait tous et les guidait. Et puis il leur apprit que sa fin approchait, et il dit : « Jusqu’à quand, mes enfants, ne serez-vous pas encore sages comme le serpent, et purs comme la colombe ? Jusqu’à quand resterez-vous si faibles ? Jusqu’à quand resterez-vous étudiants ? Il est déjà temps que vous soyez sages vous-mêmes, et que vous instruisiez. Mais vous, quotidiennement, vous êtes faibles et vous chutez. Comment allez-vous vivre sans moi ? Je vis mes derniers jours, et je dois vous quitter, et rendre mon dû à mon être, et aller vers mon Seigneur. » Les disciples , entendant cela, pleuraient amèrement. Puis il les congédia tous, et moi aussi.

         Le lendemain, je revins chez lui, et il me reçut de nouveau avec amour, et parla longuement avec moi. Puis arrivèrent les femmes de la veille, la malade était avec elles, mais déjà plus malade, complètement guérie: elles étaient venues remercier le starets. Voyant cela, je m’étonnai, et lui dis : « Père Saint, comment osez-vous faire de telles choses ? Vous risquez, par gloire de ce monde, de détruire tous vos efforts et vos exploits ascétiques. » A cela il me répondit : « Père de l’Athos !  Je n’ai pas fait cela par ma propre puissance, mais cela s’est fait par la foi des visiteuses, la grâce du Saint-Esprit, qui me fut donnée par l’imposition des mains, a agi ; mais moi je suis un homme pécheur. »Entendant cela, je profitai pleinement de son bon raisonnement, de sa foi et de son humilité. Puis, à nouveau, revint le monsieur de la veille, qui demanda en pleurant au starets de lui accorder son pardon. Il le fit, et lui ordonna de faire ce qui lui avait été commandé avant. Puis il nous libéra tous.

          Je restai à la solitude d’Optino toute la semaine, et je glorifiai la Nativité de la très Sainte Mère de Dieu. La veillée vespérale fut solennelle. Les trois psaumes du polyéléos furent chantés en force, par versets. Tous les frères et tout le peuple tenaient des cierges. Et j’allai souvent au skite, calme et muet, qui se trouve à environ une demi-verste du monastère, dans les bois. J’y parlai souvent avec les pères, le hiéromoine du grand habit Jean, qui venait du raskol, ainsi qu’avec le père spirituel hiéromoine Macaire – et aussi avec l’higoumène du monastère d’Optino, le  Père Moïse, qui aimait les pèlerins. Puis je repris la route. Et le Père Léonide, un mois après mon départ, termina sa vie, et partit vers son Seigneur.
(…)

 Traduit du russe par N.M.Tikhomirova.

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Au cours du XIXe siècle, le monastère d’Optino (au sud-ouest de Moscou) fut un grand centre de rénovation spirituelle en Russie, célèbre pour sa lignée de grands starets. Par leur prière ascétique, leurs dons de paternité spirituelle, sans parler de leurs travaux sur les Pères de l’Eglise, ils attirèrent des foules de pèlerins, depuis les humbles hommes du peuple jusqu’à des politiciens de haut rang et des hommes de lettres célèbres. Après la révolution, les bâtiments furent rasés, les moines dispersés. Ces starets sont parfois considérés comme des gardiens spirituels du peuple russe qui venait en foule rechercher auprès d’eux la guérison de l’âme et du corps. Le starets le plus connu est Saint Ambroise, canonisé en 1988 par l’Eglise Orthodoxe Russe. Sa personnalité est immortalisée sous le visage du « Starets Zosime » dans les Frères Karamazov de Dostoïevski. Dans leur prière, simple et spontanée, les starets d’Optino nous enseignent à entrer courageusement dans la grisaille de la vie quotidienne, à y faire rayonner, dans l’espérance et l’amour, la grâce divine. Le monastère a été rendu au culte au 1988, des moines de plus en plus nombreux renouent avec la tradition et travaillent activement à la restauration du Monastère.

L’art de bénir

 

                                                                                         

 

L’ART DE BENIR

Au réveil, bénissez votre journée  car elle déborde déjà d’une abondance de biens, que vos bénédictions font apparaître.

Car bénir signifie reconnaître le bien infini  qui fait partie intégrante de la trame même de l’univers.  Il n’attend qu’un signe de nous pour se manifester.
En croisant les gens dans la rue, dans le bus,  sur votre lieu de travail, bénissez-les tous.  La paix de votre bénédiction sera la compagne de leur chemin, et l’aura de son discret parfum une lumière sur leur route.

Bénissez ceux que vous rencontrez dans leur santé,  dans leur travail, leur joie, leur relation au divin, à eux-mêmes et aux autres.

Bénissez-les dans leur abondance et dans leurs finances.

Bénissez-les de toutes les façons concevables,  car de telles bénédictions ne sèment pas seulement les semences  de la guérison mais, un jour, jailliront comme autant de fleurs de joie  dans les espaces arides de votre propre vie.

En vous promenant, bénissez votre village ou votre cité,  ceux qui la gouvernent et ses enseignants,  ses infirmières et ses balayeurs, ses prêtres et ses prostituées.

A l’instant même où quelqu’un exprime la moindre agressivité, colère ou manque de bonté à votre égard,  répondez avec une bénédiction silencieuse. Bénissez-les totalement, sincèrement, joyeusement,  car de telles bénédictions sont un bouclier  qui les protège de l’ignorance de leurs méfaits,  et détourne la flèche qui vous est adressée.

Bénir signifie désirer et vouloir inconditionnellement,  totalement et sans réserve aucune le bien illimité  pour les autres et les événements de la vie
en puisant aux sources les plus profondes et les plus intimes de votre être.
Cela signifie révérer et considérer avec un émerveillement total ce qui est toujours un don du Créateur  et cela quelles que soient les apparences.
Celui qui est porté par votre bénédiction est mis à part, consacré, entier.

Bénir signifie invoquer la protection divine sur quelqu’un ou quelque chose, penser avec une reconnaissance profonde à elle, l’évoquer avec gratitude.

Cela signifie encore appeler le bonheur sur quelqu’un encore que nous ne soyons jamais la source de la bénédiction, mais simplement le témoin joyeux de l’abondance de la vie.

Bénir tout et tous, sans discrimination aucune, constitue la forme ultime du don, car ceux que vous bénissez ne sauront jamais  d’où vient ce rayon de soleil qui soudain perça les nuages de leur ciel,  et vous serez rarement témoins de cette lumière dans leur vie.

Quand dans votre journée, quelque événement inattendu vous bouleverse vous autant que vos plans, éclatez en bénédictions,  car la vie est en train de vous apprendre une leçon,  même si sa coupe peut vous sembler amère.
Car cet événement que vous pensez être si indésirable,  vous l’avez en fait suscité, afin d’apprendre la leçon qui vous échapperait  si vous hésitiez à le bénir.
Les épreuves sont des bénédictions cachées,  et des cohortes d’anges suivent leurs traces.

Bénir signifie reconnaître une beauté omniprésente  cachée aux yeux matériels.

C’est activer la loi universelle de l’attraction qui,  du fond de l’univers, amènera dans votre vie exactement  ce dont vous avez besoin dans le moment présent pour grandir, progresser, et remplir la coupe de votre joie.

Quand vous passez devant une prison, bénissez ses habitants  dans leur innocence et leur liberté, leur bonté,  la pureté de leur essence et leur pardon inconditionnel.
Car on ne peut qu’être prisonnier de l’image qu’on a de soi-même,  et un homme libre peut marcher sans chaînes dans la cour  d’une prison, tout comme les citoyens d’un pays libre  peuvent être prisonniers quand la peur se tapit dans leur pensée.

Quand vous passez devant un hôpital, bénissez ses patients  dans la plénitude de leur santé,  car même dans leur souffrance et leur maladie,  cette plénitude attend simplement d’être découverte.  Et quand vous voyez une personne en pleurs ou apparemment brisée par la vie, bénissez-la dans sa vitalité et sa joie :car les sens ne présentent que l’inverse de la splendeur  et de la perfection ultimes que seul l’œil intérieur peut percevoir. Il est impossible de bénir et de juger en même temps.

Alors maintenez en vous ce désir de bénir  comme une incessante résonance intérieure et comme une perpétuelle prière silencieuse,  car ainsi vous serez de ceux qui procurent la paix,  et, un jour, vous découvrirez partout la face même de Dieu.

P.S.
Et par-dessus tout, n’oubliez pas de bénir cette personne merveilleuse, totalement belle dans sa vraie nature, et si digne d’amour que vous êtes.

Pierre Pradervand dans Vivre sa spiritualité au quotidien, Éditions Jouvence 2007

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Un dialogue intéressant (4/4)

 

LOPEZ : Vous écrivez : «Je ne devrais pas le dire, mais le malin est vraiment mauvais ». Pourquoi le dites-vous de toute façon ?

MATHEWES-GREEN : Je trouve que certaines personnes, même des chrétiens conservateurs, sont surpris que les orthodoxes croient en la réalité du diable. Il semble pour beaucoup que le diable est une superstition – et la façon dont on l’imagine est peut-être une superstition – mais je crois qu’il est réel que nous devons en être conscients et préparés. Je pense que la raison pour laquelle le diable a été exclu de la pensée chrétienne occidentale provient de ces nouvelles idées, mentionnées ci-dessus, à propos de ce que la souffrance du Christ sur ​​la croix signifiait. Au lieu de l’idée ancienne que le Christ est mort et ressuscité pour nous libérer du mal, la nouvelle idée était que le Christ est mort pour payer le Père la dette de notre péché. Le diable n’est pas une partie essentielle de cette histoire, car il s’agit maintenant d’une transaction entre le Père et le Fils. Je tiens à souligner la réalité du diable ici parce que je trouve que, quand je vous écris au sujet du diable, les gens imaginent parfois juste un personnage comique dans un costume rouge, un personnage qui n’existe pas vraiment. Je trouve que c’est une bonne idée de prendre un moment pour expliquer qu’il y a un diable et qu’il existe.

LOPEZ : Comment est-ce que le Christ est celui qui nous guérit et qui nous sauve ? Et pourquoi est-il important de comprendre ces deux aspects à la fois ?

MATHEWES-GREEN : Il y a un équilibre délicat entre les divers éléments du salut : le Christ nous libère de la captivité, il nous guérit et restaure notre être de la maladie du péché, il offre un sacrifice au Père, il vainc le mal – tout cela et plus. Je pense que nous avons besoin de comprendre l’intégralité du salut (dans la mesure où nous le pouvons), car nous avons notre propre rôle à jouer. Le salut est dynamique, et nous avons besoin d’y entrer pleinement.

LOPEZ : Pourquoi les reliques sont importantes dans la vie du chrétien orthodoxe ?

MATHEWES-GREEN : Les reliques des saints sont importantes parce que la réalité matérielle est importante. Le salut n’est pas un processus qui exalterait le spirituel et qui ignore ce qui est matériel car Dieu remplit le monde matériel. Voilà pourquoi Dieu fait des miracles, parce qu’il se soucie de notre vie physique et du monde matériel que nous habitons.  La croissance en Christ signifie devenir un avec Lui : c‘est un processus qui engage le corps ainsi que l’âme. Les saints sont de puissants intercesseurs, et sont souvent utilisés comme agents de miracles. J’ai remarqué il n’y a pas si longtemps, que les orthodoxes ne parlent pas d’un saint comme d’un «mystique», mais comme d’un «faiseur de merveilleux » (thaumaturge).  Un saint ne grandit pas dans la présence de Dieu pour acquérir ses propres expériences, mais pour les autres, pour ceux qui ont besoin de ses prières. La vie d’un saint n’est pas pour lui seul, mais pour d’autres. Parce que Dieu est amour, plus la personne se remplit de la présence de Dieu, plus elle prie pour les autres, et les miracles suivent. Quand Dieu a si bien rempli quelqu’un dans cette vie, aussi bien le corps et l’âme, les effets peuvent persister après la mort. Il y a un exemple de cela dans l’Ancien Testament : «Comme un homme était enterré, voici, qu’on aperçut une bande de maraudeurs, et l’on jeta l’homme dans la tombe d’Elisée ; et dès que l’homme a touché les os d’Elisée, et il reprit vie, et se leva sur ​​ses pieds » (2 Rois. 13:21)

LOPEZ : Vous soulignez dans votre livre que 70 pour cent des membres du clergé dans le Patriarcat d’Antioche (aux USA) sont des convertis. Qu’en est-il à propos de l’évangélisation que les orthodoxes ont en panne chez eux ?

MATHEWES-GREEN : Je ne pense pas que ce soit le résultat de l’évangélisation. Ce sont surtout des membres du clergé qui ont fait leur propre chemin dans l’orthodoxie, insatisfaits de leur ancienne dénomination pour une raison ou une autre, et à la recherche d’une ancienne église immuable. Et je ne pense pas que le nombre de convertis soit particulièrement élevé ; c’est juste que il y a une étonnante proportion (de prêtres) parmi eux. Je comprends mal les statistiques mais je pense qu’il y a encore plus de clergé converti que de laïcs. Peut-être parce les membres du clergé sont plus susceptibles d’être au courant des changements dans les enseignements et de la pratique de leur dénomination. Et peut-être parce les gens du clergé sont généralement plus intéressés à lire la théologie et l’histoire de l’Eglise que les laïcs, et ils continuent à creuser jusqu’à ce qu’ils trouvent ce qu’ils recherchent. La plus forte proportion de convertis révèle aussi une plus faible proportion de personnes élevées dans la foi orthodoxe, celles-ci  peuvent s’éloigner de l’église si elles croient qu’il s’agit seulement d’une question d’héritage ethnique. Il y a un certain nombre de facteurs en jeu, et je ne pense pas qu’une évangélisation géniale soit un facteur décisif.

LOPEZ : Vous êtes une convertie. Qu’est-ce que cela vous fait ?

MATHEWES-GREEN : C’était une idée de mon mari, et je suis vraiment heureuse à ce sujet. La première fois qu’il est allé à un service orthodoxe, il en est tombé amoureux. Il est venu à la maison et m’a dit qu’il avait trouvé l’église à laquelle il aimerait appartenir. Je suis allée avec lui au service de la semaine suivante, et je n’ai rien trouvé que je puisse aimer. C’était comme si nous avions assisté à deux films différents. Au cours des deux années suivantes, il a juste continué à lire et étudier, visiter des églises orthodoxes, et me dire comment elle était merveilleuse. J’étais sceptique, mais je suis finalement arrivée à un point où je lui ai dit, « Il est évident que tu vois quelque chose que je ne vois pas – mais je crois que tu vois réellement quelque chose. Donc, je suis prête à essayer ». Une fois que nous avons été chrismés, bien que (avec trois enfants, 11 à 16 ans à l’époque), j’ai commencé à « saisir ». C’était une église entièrement différente de celle que je connaissais avant ; elle a une idée tout à fait différente de ce en quoi consiste le christianisme. Elle avait une non-considération vivifiante pour mes opinions et préférences. Je pense que la persévérance et l’objectivité font partie de ce que les hommes aiment à son sujet, et pourquoi (on pourrait dire que c’est anecdotique) les hommes sont attirés à l’orthodoxie plus immédiatement que les femmes. Je connais beaucoup d’autres femmes qui pourraient dire, « Mon mari m’a traîné ici alors que je me débattais et criait » mais une fois qu’elles comprennent de quoi il s’agit, elles aiment l’orthodoxie autant que les hommes, et pour les mêmes raisons.

LOPEZ : Vous écrivez : «Nous devons écouter ce que les gens rapportent de leurs expériences avec le Christ de la même façon que nous écoutons les expériences d’une salle remplie de chirurgiens cardiologues. Certaines des expériences rapportées peuvent être communes à tous, certaines expériences seraient arrivées à la moitié d’entre eux et certaines à quelques-uns seulement. Mais plus de gens nous font part de leurs expériences mieux çà vaut car un grand nombre de récits vont nous donner des informations plus détaillées et fiables. Quelle a été votre expérience ?

MATHEWES-GREEN : L’histoire que j’ai racontée, à savoir que j’ai entendu la voix du Christ dans l’église à Dublin est l’une des toutes premières, mais il y avait quelques indices et signes avant cela, et dans les 41 ans qui ont suivi, il y en a eu beaucoup plus. Je garde un journal personnel, et je pense que je pourrais écrire un livre sur toutes les expériences que j’ai eues, en passant au crible tous ces cahiers pour les incidents, les miracles, et « mots » que j’ai reçus. Je sais qu’il est sage d’être attentif à la possibilité d’une auto-illusion, ou même d’une mauvaise influence déguisée comme «un ange de lumière ». Ce serait un bon exercice pour moi, et peut-être intéressant pour d’autres, d’examiner toutes ces années et toutes ces expériences.

LOPEZ : Que pourrait notre culture américaine permettre d’apprendre de l’Eglise orthodoxe ?

MATHEWES-GREEN : Peut-être la chose la plus importante serait le sérieux de la foi chrétienne. Ou bien est-il préférable de parler du sérieux de la vie. Je secoue ma tête d’étonnement parfois en observant le degré de stupidité atteint par notre vie commune (dans la société). Cette vie tourne autour des vidéos drôles et des célébrités. Même nos controverses, même nos tragédies, sont traitées comme divertissement. D’innombrables générations de nos ancêtres ont travaillé et se sont sacrifiés œuvrant pour ce monde prospère sûr et confortable dont nous jouissons aujourd’hui. Et, une fois cet objectif atteint, regardez comment les gens veulent passer leur temps. Vous avez envie de rire et de pleurer en même temps. Donc, je souhaiterais qu’au moins quelques personnes, réfléchissent sur la nature éphémère de la vie, et de la certitude de la brisure et de la souffrance qui arrive dans la vie de tout le monde tôt ou tard. Je souhaite que cela les motive tout d’abord, à respecter leurs engagements et de rester fidèles envers ceux qui dépendent d’eux. La fidélité que vous donnez est la fidélité dont vous aurez désespérément besoin un jour. Et s’ils passent aussi du temps à réfléchir sur ce qui se trouve au-delà de la vie et de la mort, et pourquoi nous avons été mis sur cette planète tournante, et de ce que cela signifie- j’espère qu’ils tiendront compte de Jésus-Christ. Le connaître est le point central de toute la foi chrétienne. Et l’orthodoxie est un ensemble de sagesse éprouvé par le temps sur la façon de le réaliser. Nous sommes en mesure de maintenir une telle sphère publique transparente divertissante à cause de notre désir féroce pour l’indépendance. Le revers de la médaille de l’indépendance est l’isolement, alors quand quelqu’un tombe dans la tristesse ou la difficulté, il tombe hors de la vue, et la fête continue. Il y a beaucoup de souffrance ; Je pense que la solitude est une épidémie. Mais, beaucoup plus qu’auparavant, les gens souffrent seuls. Quand ils atteignent les moments difficiles de la vie, tout ce qu’ils ont est la liste des vidéos préférées. Ils ont des «amis» qui comprennent «l’amitié» comme s’il s’agissait de cliquer sur ​​un bouton .L’amitié était beaucoup plus que cela.

LOPEZ:  Qu’espérez-vous chaque lecteur prenne de votre livre? Voulez-vous que votre « Bienvenue » soit une étape, dans la grâce de Dieu, vers l’unité chrétienne, même si votre livre parle de différences ?

MATHEWES-GREEN : Quand je rencontre des gens dans d’autres confessions qui aiment Jésus, et quand je lis des histoires de gens qui l’aimaient à d’autres époques ou dans d’autres cultures, je vois que l’unité donnée par Dieu est déjà là. Il est Un, et nous sommes uns en Lui. L’orthodoxie n’est pas la seule façon d’acquérir cette unité avec lui, mais j’ai trouvé que c’est une manière efficace, cela fonctionne, et elle est accessible aux gens ordinaires dans toutes les étapes de la vie. Mais si les gens viennent à lui, ils viendront tous au même endroit, ils se rassemblent, et le Christ fait de nous une unité.

LOPEZ : Envers quoi êtes-vous le plus reconnaissant ?

MATHEWES-GREEN : Je suis très reconnaissante pour le salut. Je suis reconnaissant que Jésus m’ait parlé, il y a 41 ans. Je ne le méritais pas. Je suis heureuse.

Source : http://www.nationalreview.com/article/419718/orthodox-way-knowing-god-nr-interview

Kathryn Jean Lopez est senior fellow à l’Institut National Review et  éditeur (at large) de la National Review Online.

Frederica Mathewes-Green est une orthodoxe américaine. (Voir : https://en.wikipedia.org/wiki/Frederica_Mathewes-Green)

(FIN)

 

Un dialogue intéressant (3/4)

 

LOPEZ: En quoi les problématiques des  orthodoxes différent de celles qui sont typiques de la théologie occidentale ?

MATHEWES-GREEN: Un bon exemple est la question de la façon dont le Christ nous sauve; comment sa mort sur ​​la Croix se rapporte à nos péchés?  L’avis de l’église primitive (qui a été maintenu dans l’Orient) est que Christ est mort pour aller dans le royaume de la mort et vaincre le mal. C’est analogue en ce sens à l’Exode d’Egypte ; nous sommes sauvés et rachetés de la captivité. Comme pour le pardon, le Père pardonne nos péchés gratuitement. Mais au XIe siècle, une idée a surgi en Europe à savoir que le Père devait recevoir un dédommagement de quelque sorte avant qu’il ne puisse nous pardonner. Dans ce cas, la mort de Christ a rétabli l’honneur blessé du Père, et il a remboursé le Père de la dette pour nos péchés, et il a accompli la punition pour nos péchés ; il y avait beaucoup de théories différentes. Cela a été une source de désaccord pendant mille ans dans l’Occident, mais la question n’a jamais été soulevée dans l’Orient chrétien. L’orient chrétien croit encore que le Père pardonne nos péchés gratuitement, et considère la mort et la résurrection de Christ comme une opération de sauvetage.

LOPEZ : Et à propos de la souffrance, vous écrivez que cela implique la question de savoir pourquoi il y a la souffrance dans le monde, et en particulier pourquoi les innocents souffrent. Ceci est un mystère qui tourmente l’Occident, aussi bien les chrétiens que les non-chrétiens. Cependant (et il m’a fallu plusieurs années pour remarquer cela) dans l’orthodoxie ça ne se présente pas ainsi. Les chrétiens orthodoxes souffrent autant que les gens ailleurs, et ils s’affligent aussi profondément. Mais il n’y a pas la confusion et de l’amertume à ce sujet qui infecte les discussions dans l’Ouest. Il m’a fallu un certain temps pour saisir pleinement la raison. Vous pointez une barrière de la langue. Cela peut-il être traduit en action ? Dans la Croix ? Que pensez-vous que les chrétiens occidentaux ne perçoivent pas ?

MATHEWES-GREEN : Plus loin dans le livre j’aborde cela plus en détail. Ce n’est pas vraiment une barrière de la langue. Il y a le fait que les orthodoxes croient que le diable est réel, et qu’il hait l’humanité. Il est celui qui provoque la souffrance. En particulier, il est la cause de la souffrance des innocents, et cela lui fournit une « double récolte », à la fois il y a ceux qui souffrent et ceux qui assistent impuissants à aider. Dans l’une des paraboles de Jésus, quelqu’un trouve qu’un ennemi a semé de l’ivraie parmi son blé, et il dit, « c’est un ennemi qui a fait cela». Voilà ce que croient les orthodoxes sur la souffrance – c’est un ennemi qui a fait cela. Mais nous croyons aussi que nos péchés contribuent à la brisure de ce monde, et font de nous des alliés du malin. Le péché est la condition dominante de la cassure dans le monde, le péché est omniprésent et débilitant, il est comme la pollution de l’air. Nous contribuons tous au péché, et nous souffrons à cause du péché. C’est la raison pour laquelle les orthodoxes sont tellement sérieux au sujet de la lutte contre la tentation et pour la résistance au péché. C’est parce que le péché nous empoisonne, il déforme notre pensée et empoisonne nos esprits, et ses effets néfastes se déversent vers ceux qui le méritent le moins. Nous luttons contre le péché afin que nous puissions être guéris spirituellement et porter la lumière du Christ.

LOPEZ : En ce moment, comme beaucoup d’orthodoxes et d’autres chrétiens d’Orient souffrent la persécution d’une manière particulièrement intense, est-ce que la compréhension de ces différences (entre chrétiens) est-elle cruciale ?

MATHEWES-GREEN : Je n’ai pas écrit ce livre avec cet aspect comme objectif ; Je voulais juste présenter cette forme de christianisme à des gens qui ne sont pas familiers avec elle. Mais elle nous aide à comprendre et à nous identifier avec nos coreligionnaires subissant la persécution au loin. Plus nous voyons les chrétiens persécutés comme véritablement nos frères et sœurs, plus nous sommes enclins à les aider et à prier pour eux, et plus nous nous préparons pour le moment où nous serons nous-mêmes mis à l’épreuve.

LOPEZ : Est-ce que votre paroisse a des attaches particulières avec une paroisse dans le Moyen-Orient ou bien vous ressentez une urgence particulière dans la prière et le service ?

MATHEWES-GREEN : Pas dans un sens officiel, mais nous avons beaucoup de liens d’amitié avec le village chrétien de Taybeh, et ​​la famille Khoury qui produit Taybeh Beer (une bière). Les américains d’origine arabe font un accueil merveilleux pour ceux qui se convertissent à l’orthodoxie.

LOPEZ:  Dans quelle mesure  votre paroisse de fiction de sainte Félicité est comme la vôtre qui vous est propre ?

MATHEWES-GREEN : Elle est très semblable si on considère comment les choses sont disposées à l’intérieur du bâtiment de l’église ; ce  qui a été d’une grande aide dans la rédaction. En termes de nombre de personnes dans la congrégation, il en est comme beaucoup d’églises où je suis allé aux États-Unis et à l’étranger, mais il y a d’autres églises qui perdent leurs membres et se réduisent aux membres âgés. Je pense que cela se passe dans de nombreuses paroisses, puisque la jeune génération ne voit pas de raison de se s’intéresser à l’église. D’autre part, il y a des paroisses comme la mienne où il y a beaucoup de convertis, beaucoup de jeunes, et beaucoup de bébés. Entre parenthèses, j’ai fait une courte vidéo de huit minutes sur des extraits de la Semaine Sainte et de Pâques 2014, qui montre avec couleurs ce que je décris.

LOPEZ : Qu’est-ce qui vous a amené vous et votre époux au séminaire ?

MATHEWES-GREEN : Il s’agit d’une histoire drôle. Nous nous sommes rencontrés à l’université au début des années 70 et nous étions deux non-chrétiens ; anti-chrétiens serait plus précis, en fait. Dans sa troisième année à l’université (senior) mon mari a été chargé de lire un Evangile pour son cours de philosophie, et, ce faisant il a trouvé la figure du Christ saisissante. Je me suis inquiété, et je l’ai mis en garde contre le fait de devenir un «fervent de Jésus ». Nous avons tous les deux continué à penser que toutes les religions sont pareilles, et nous trouvions le christianisme enfantin en comparaison avec les religions les plus matures comme le bouddhisme et l’hindouisme. Mon mari a trouvé que les  théologiens libéraux «démythologisaient» (l’approche chrétienne) et ouvraient une issue pour l’étude de la théologie chrétienne, parce qu’ils disaient que Jésus était un grand maître, et qu’il n’a pas fait de miracles ou ressuscité des morts. Donc, il a passé une année au séminaire, et quand nous nous sommes mariés, j’espérais entrer dans une formation de cinéma dans une école voisine. (Mon objectif était de devenir critique de cinéma, il est amusant que j’écris aujourd’hui des critiques de films pour la revue National Review). Mais quand l’école de cinéma n’a pas marché, j’ai pris une décision impulsive d’aller au séminaire aussi. C’était au cours de ce semestre que nous avons rencontré d’autres étudiants qui connaissaient Jésus d’une manière personnelle et vivante. Après l’obtention du diplôme, mon mari a été ordonné dans l’Eglise épiscopale, et j’ai prévu d’attendre un couple d’années avant de demander l’ordination (l’ordination des femmes était alors nouvelle, et les évêques désireux d’ordonner des femmes étaient rares). Mais lorsque j’ai vu qu’être pasteur était un travail difficile j’ai décidé que ce n’était pas pour moi. Je ne suis pas courageuse.

LOPEZ : En quoi la vie de la femme d’un pasteur est différente ?

MATHEWES-GREEN : J’ai grandi en tant que catholique romaine, donc je n’ai jamais vu une femme de pasteur ; c’est un rôle dont je ne sais rien. Quand j’étais au séminaire, cependant, les autres épouses au séminaire parlaient des attentes difficiles qu’elles seront amenées à confronter, et des commérages et du jugement auxquelles elles devront faire face. Je suis reconnaissante de ne pas avoir eu à subir une telle expérience, et j’étais libre pour essayer d’être une épouse d’un membre du clergé à ma façon. Au fil des années, j’ai trouvé ce rôle réjouissant, et j’en fais tout le crédit à mon mari. Il est un pasteur né. Les paroissiens l’aiment, se tournent vers lui et le suivent. Je pense qu’il est très significatif que beaucoup de ses paroissiens au cours des années ont décidé de devenir pasteurs eux-mêmes. Donc, je ne peux pas dire que j’ai souffert des attentes que les gens ont de la femme du pasteur, mais je pense que c’est parce que je me suis marié un pasteur qui est aimé par ses paroissiens. Lorsque nous nous préparions à entrer dans l’orthodoxie, je me demandais s’il y avait des attentes spéciales pour la femme d’un pasteur et que je ne connaissais pas. Dans l’orthodoxie, l’épouse d’un prêtre a un titre honorifique (comme presbytera en grec, khouria en arabe) et est considérée comme partageant la pastorale de son mari. Donc, je me suis inquiété au sujet des attentes inconnues. J’ai demandé à une russe matouchka (femme de prêtre) s’il y avait quelque chose que les gens attendent que je fasse dans la paroisse, et elle ne comprenait pas ce que je demandais. Quand elle a finalement compris elle a dit, « Soyez juste une chrétienne !  Juste pries et sois chrétienne !  »

LOPEZ : Vous écrivez : «Je ne devrais pas le dire, mais le malin est vraiment mauvais ». Pourquoi le dites-vous de toute façon ?

(A suivre)

Source : http://www.nationalreview.com/article/419718/orthodox-way-knowing-god-nr-interview

Kathryn Jean Lopez est senior fellow à l’Institut National Review et  éditeur (at large) de la National Review Online.

Frederica Mathewes-Green est une orthodoxe américaine. (Voir : https://en.wikipedia.org/wiki/Frederica_Mathewes-Green)

Un dialogue intéressant (2/4)

 

LOPEZ: Vous écrivez: «Nous, les chrétiens nous savons que Quelqu’un est là. Nous savons qu’Il nous aime et qu’Il nous a promis qu’il ne nous (Matt 28:20) quitterait pas. Mais qu’en est-il des doutes ?

MATHEWES-GREEN : Les gens disent qu’ils ont «des doutes», mais ce qu’ils ont vraiment sont des pensées de doute. Penser à ce sujet de cette manière çà fait une différence, et la compréhension de nos pensées est une pierre angulaire de la spiritualité orthodoxe. Nous sommes constamment assaillis par des pensées qui ne sont pas souvent utiles, ou même pas vraies. L’objectif est de reprendre possession de ce domaine mental et de se tenir dans la prière, avec attention dans la présence de Dieu. Il s’agit d’apprendre à rester dans la réalité, plutôt que d’errer dans notre brouillard habituel de pensées sans but. Les pensées de doute sont typiquement futiles. Elles vont tourner autour de nous. Donc, vous ne devez pas passer du temps à essayer de les résoudre, car il n’y a pas de solution. Dans cette vie, vous n’allez pas tout simplement pas vous mettre à recueillir suffisamment d’informations pour «prouver» la question d’une façon ou d’une autre. Ainsi, vous pouvez apprendre à reconnaître une pensée de doute simplement par son approche, par sa forme, alors qu’elle n’est pas encore entrée en vous. Et vous pouvez décider de ne pas passer du temps à discuter avec elle. Cela ne signifie pas que vous n’avez absolument aucun doute ; cela signifie juste de prendre une décision à propos de comment vous allez consacrer votre temps. Et nous pouvons dire aux pensées de doute : «Je ne vais pas tourner en rond avec ce sujet à nouveau ». Et nous pouvons dire, « je vais faire ce que j’ai décidé de faire : je vais continuer à aller à la Liturgie le dimanche, je ne cesserai pas de dire mes prières et de continuer à lire la Bible. ».Cela simplifie les choses. Vous continuez à vous affirmer. Vous ne devez pas faire comme dans un match de catch avec des pensées qui n’ont aucune fin. Bien sûr, cela fonctionne pour beaucoup d’autres sortes de pensées troublantes aussi.

LOPEZ: Que voulez-vous dire par «la vie dans le Christ»?

MATHEWES-GREEN:  C’ est difficile à mettre en mots, mais je peux au moins dire que cela signifie quelque chose de littéral. Ce n’est pas une bulle pieuse. Le Christ est une personne, et nous Le connaissons en tant que personne. Comme lorsque nous nous rapprochons des gens que nous aimons alors nos cœurs deviennent mystérieusement mêlés avec leurs cœurs ; il y a là aussi une union ineffable. Nous devenons de façon semblable un avec le Christ. Mais il y a quelque chose de plus. Parce que Dieu remplit toute la création, chaque molécule, Il est déjà en nous, plus profondément que nos esprits, plus profondément que la vie qui anime notre corps. Devenir un en Christ est un processus de découverte de quelque chose qui est déjà vrai, bien que ce soit un procédé pour le rendre vrai, en écartant les rebuts et les distractions, et apprenant à rester régulièrement à sa présence. Et aussi, cela est merveilleux. C’est la vie.

LOPEZ: Pourquoi l’orthodoxie est si difficile? C’est cela est le christianisme est-ce pas ?

MATHEWES-GREEN: Oui, le christianisme est intrinsèquement difficile, mais il y a quelques décennies, il y a des gens qui ont décidé de le rendre plus facile. J’ai grandi dans les années 60, et je me souviens quand tout le monde était en effervescence autour de l’idée que l’église devrait être «pertinente». Un long et lent processus de banalisation s’est mis en place.  La « pertinence » est apparue pour désigner tout ajustement destiné à satisfaire les « besoins ressentis » de la congrégation, les éléments plus difficiles ont été jetés dehors, et la sentimentalité a été mise en vogue. Le culte a changé en passant de quelque chose offert à Dieu, à quelque chose offert par          « l’équipe du culte » aux fidèles. Je pense que, dans ce cadre, les gens finissent par se sentir vaguement instables, mécontents, mais ils ne savent pas vraiment pourquoi. Certains passent d’une église à l’autre ; d’autres arrêtent totalement d’aller à l’église. Le but de toute religion est de connecter les gens avec quelque chose de plus grand que soi, mais une religion qui se hâte à vous plaire devient de la taille de quelque-chose de familier. Il y a de la place pour toutes sortes d’églises dans le monde, et il y a une place pour celle qui est franchement difficile.

LOPEZ: Vous écrivez à propos de la façon dont les icônes semblent avoir « une manière troublante de devenir vivantes ». Comment elles «regardent à travers vous » et quelle différence cela fait-il ?

MATHEWES-GREEN: La foi en la résurrection signifie croire que les gens représentés dans les icônes sont vivants – qu’ils sont en vie en ce moment, dans le Paradis, dans la présence du Seigneur. Les Icônes ne sont pas des objets magiques ; ils ne saisissent pas ou n’incarnent pas les gens qu’ils représentent, mais plutôt ils offrent un point de contact, un lieu de rencontre (comme une photo d’un être cher peut l’être pour une personne qui est en deuil).Les Icônes ne sont pas des portraits ; ils sont destinés à nous montrer comment cette personne devient quand la lumière du Christ brille à travers elle. Les icônes nous montrent où nous allons, ce que nous visons. Vous mettez tout ça ensemble, en ajoutant que la personne que vous regardez dans une icône regarde directement ​​le spectateur, la prise de contact visuelle étant complète, oui, cela peut être déstabilisant. C’est également un autre aspect du « défi ».

LOPEZ: Serait-il juste de penser que vous ne semblez pas particulièrement préoccupée par l’unité des chrétiens? Ou bien que vous êtes plus préoccupée que quelqu’un soit authentiquement chrétien déjà, qu’il vive différemment le christianisme et comprenne sa foi ?

MATHEWES-GREEN : Je pense que cette dernière assertion est la bonne, je pense que les chrétiens doivent en priorité chercher l’unité avec leur Seigneur, et vivre leur foi d’une manière humble qui soit visible. Et nous devons accepter que ce faisant, rendre visible notre foi, cela peut entraîner un rejet. Mais quand les chrétiens brillent avec une foi vivante, même s’ils sont sans influence sociale, ils affectent subtilement tout le monde autour d’eux. Les petits feux commencent à être allumés. Les vies commencent à changer. Ceci est quelque chose qui ne se produit que lorsque les gens établissent des relations entre eux, directement et honnêtement. Cela ne vient pas d’une commission publiant un communiqué. Notre inquiétude sur la façon dont le christianisme est perçu par l’opinion publique est mal placée. Il n’y a pas «de public». Il n’y a que des personnes – chacun est un être unique et irremplaçable. Chacun a son propre destin, et a sa propre vocation dans le Christ. Donc, nous les chrétiens nous devons mettre en priorité le repentir (c’est-à-dire la transformation de soi), la prière, l’humilité – en bref, la sainteté. Et aussi s’attendre à être ridiculisés et méprisés. Mais nous pouvons nous attendre aussi à découvrir des moments de véritable lien avec ceux que le Christ appelle. Un saint orthodoxe très aimé, saint Séraphim de Sarov (1759-1833), a déclaré, «acquiers l’esprit de paix, et des milliers autour de toi seront sauvés ». Mais à propos de la première question – que dire de l’unité institutionnelle ? Eh bien, les orthodoxes n’ont même pas l’unité institutionnelle entre eux. L’Eglise sur le plan institutionnel est une organisation qui couvre une nation ou un peuple, mais il n’y a pas un conseil supérieur international réunissant toutes les églises nationales ensemble. Cela ne semble ne pas nécessaire.   Ce qui tient les orthodoxes ensemble est une foi commune – croyant en les mêmes choses. C’est comme une connexion intérieure, comme dans un squelette. Les gens apprennent la foi à partir des anciennes liturgies, des icônes, des hymnes et des fêtes, et tout cela est le même dans toutes les cultures. Tout le monde est responsable de la préservation de l’ancienne foi, et personne n’a le pouvoir de changer, donc nous restons unis. Je sais que cela semble impossible, mais ça marche. (Dans le livre, je raconte une histoire à propos d’une congrégation qui a changé les serrures de leur prêtre, quand il a enseigné quelque chose qu’ils savaient ne pas être vrai.) Étant donné que nous ne disposons pas ou bien que nous ne voulons pas disposer d’une organisation internationale unissant tous les orthodoxes, nous ne ressentons pas la nécessité d’appartenir (et encore beaucoup moins se soumettre à) une organisation réunissant tous les chrétiens.  Je me demande même si nous ne sommes pas allés trop loin en minimisant les différences théologiques entre chrétiens. C’est comme si nous n’accordons pas vraiment de l’importance à ce que nous croyons. Mais la théologie a des répercussions pratiques ; la théologie est un guide, et elle a son importance. Je souhaiterais que nous puissions expliquer et défendre les croyances différentes qui comptent pour nous, sans insulter l’autre. Je pense aux publicités de Colgate et Crest, qui se sentent évidemment libres de proclamer combien ils sont merveilleux, et de montrer leurs traits distinctifs, mais sans dénigrer l’autre.

LOPEZ: En quoi les problématiques des  orthodoxes différent de celles qui sont typiques de la théologie occidentale ?

Source : http://www.nationalreview.com/article/419718/orthodox-way-knowing-god-nr-interview

Kathryn Jean Lopez est senior fellow à l’Institut National Review et  éditeur (at large) de la National Review Online.

Frederica Mathewes-Green est une orthodoxe américaine. (Voir : https://en.wikipedia.org/wiki/Frederica_Mathewes-Green)

(A suivre)