Une parole de Saint Ephrem le Syrien

La vie et le temps marchent ensemble et du même pas; tous deux se hâtent, tous deux ne sont bientôt plus. En vain tu tenterais de les retenir. Quand le soleil s’arrêtera dans les cieux, quand la lune ne présentera plus à sa lumière ses différents aspects, c’est alors que les flots qui t’emportaient cesseront de couler. L’ombre va t’apprendre encore combien la vie fuit rapidement. Mets-toi en opposition avec le soleil, trace une ligne; vois l’ombre que ton corps projette, sans cesse elle se déplace, elle décroît ou s’allonge, elle ne reste jamais au même point. Eh bien ! le même mouvement t’entraîne, ta vie court à la mort avec la même rapidité.
– Saint Ephrem le Syrien

Le Grand Carême

Le Grand Carême
Saint Sophrony l’Athonite.

 

 

    Je désire vous parler maintenant un peu du jeûne. Combien de fois n’avons-nous pas dit qu’il ne dépend que de nous d’introduire dans nos actions, dans nos paroles, tel ou tel sens. Comment et que pouvons-nous faire pour transformer ce « carême terrifiant » en « carême inspirant »?

Lorsque le moine va à la rencontre du grand Carême avec enthousiasme, celui-ci passe vraiment comme une période d’inspiration, de préparation pour recevoir la lumière de la Résurrection. Mais si l’homme est rempli de peur, il peut nuire à sa santé en jeûnant, et le jeûne sera pour lui un tourment.

Nous devons restaurer l’image de Dieu en nous.

Que chacun de vous arrête son esprit, son intelligence sur quelque image sainte qui puisse l’inspirer. Je vous mentionnerai quelques pensées qui me furent précieuses dans ce sens.

Qu’ai-je observé dans la vie du monde, du monde des hommes et, en général, du monde du règne animal?. Que seul l’homme est capable de se contrôler par l’abstinence lorsque de la nourriture se trouve devant lui. Arrêtez-vous sur cette pensée: seul l’homme, qui a reçu l’esprit comme image du Dieu éternel, est capable de créer du nouveau. Ainsi donc, si nous nous abstenons de nourriture ou de sommeil ou encore de quelque chose d’autre, tout cela contribuera à restaurer en nous ce qui appartient à l’image de Dieu. Purifier notre image de Dieu, obscurcie par le péché, – voilà l’effort qui nous attend. Lorsque nous aurons cette pensée, notre abstinence ne sera pas privée de sens. C’est là la grande tâche que notre vie monastique nous assigne: ressembler au Christ qui, en assumant la condition humaine, manifesta sa divinité.

Le Christ a jeûné pendant quarante jours au désert.

Durant les cinquante jours qui viennent, chacun de vous passera par des moments difficiles, mais alors nous nous souviendrons du Christ. En effet, le carême a été établi en mémoire du jeûne de quarante jours que le Seigneur fit au désert où Il était entouré d’animaux sauvages et où, à la fin, Il se laissa même approcher par le démon et parla avec lui.

Devenir semblable au Christ pour l’éternité.

Que pouvons-nous choisir du contenu de la vie du Christ, telle que nous la discernons d’après l’Évangile, les épîtres et la Tradition?. L’apôtre Paul, ce poète de génie, dit que nous devons avoir les mêmes pensées, les mêmes sentiments que le Christ (cf. Philippiens 2, 5).En quoi consiste ce mystère? – En ce que, si nous devenons semblables au Dieu incarné, cela passe jusque dans l’éternité d’avant la création du monde. Nous voulons dire que l’hypostase humaine doit se développer en nous, et contenir en elle la pensée du Christ.

Soyez vos propres créateurs.

Que faut-il avoir à l’esprit, pour ne pas être troublé par le caractère banal de beaucoup de nos activités liées au jeûne et, d’une manière générale, à l’ascèse du mode de vie monastique?. Il nous faut veiller à ce que le sens – je le répète – que nous avons vu en Christ soit aussi en nous.

Chez Jean le Théologien, l’Évangéliste, on peut lire une expression remarquable: « Nous savons que nous sommes les enfants de Dieu. Mais il ne nous a pas encore été révélé comment nous serons après notre sortie de ce monde. Nous savons cependant – dit-il – que, lorsque nous verrons comment Il est, nous pourrons devenir comme Lui, semblables à Lui » (cf 1 Jean 3, 2, citation approximative).

Par conséquent, je vous en prie, mes jeunes frères et sœurs, souvenez-vous de cela, et soyez vos propres créateurs, comme dit Saint Grégoire le Théologien qui exprime cette idée. Créateurs de tout, nous commençons par de petites choses, puis soudain, à partir de là, nous préparons notre esprit, notre être, à recevoir le Souffle divin incréé.

L’énergie qui nous ressuscitera.

Je vous ai dit que l’apôtre Paul était un poète, un théologien et un philosophe génial. Soyons donc ses imitateurs (cf 1 Corinthiens Il, 1) et ainsi nous serons tous les artisans de notre salut éternel en Dieu: « J’attends la résurrection des morts » (Credo). Souvenez-vous en: nous avons dit que, lorsque nous prononçons ces paroles de notre Symbole de foi, nous devons nous rappeler qu’elles manifestent l’état de l’esprit qui attend la venue du Christ. Et cette attente, qui est maintenant la nôtre:

« J’attends la résurrection des morts », est le résultat de notre création. C’est et ce sera l’énergie qui à coup sûr nous ressuscitera.

Nous devons devenir des poètes inspirés …

Oh!. comme je voudrais que vous deveniez tous des poètes!.

Sans inspiration créatrice, il est difficile de passer même un seul jour comme il convient à un chrétien.

Ainsi donc, en nous approchant de ce Carême, ouvrons nos cœurs et nos esprits à la Résurrection qui est devant nous, comme le Seigneur qui, avant de commencer sa prédication, jeûna quarante jours au désert, au milieu des animaux sauvages.

… mais aussi des lutteurs courageux

Ainsi aujourd’hui, j’ai dit quelques paroles pour fixer notre esprit sur l’exploit ascétique qui nous attend. Je veux encore ajouter à cela, qu’il faut être, non seulement poète, mais aussi un lutteur courageux. Le Seigneur a dit que le Royaume des cieux se conquiert par l’effort et l’ascèse, et que seuls ceux qui font des efforts sur eux-mêmes s’en emparent. (cf Matthieu Il, 12).

Lorsque nous vivons sur terre, notre expérience de la vie dans le corps montre qu’il nous faut régulièrement boire, manger, dormir, nous reposer, pour le remplir d’une nouvelle énergie biologique indispensable à la vie. Il en est de même sur le plan spirituel. Nous devons nourrir notre âme, notre intellect, et cela ne va pas sans efforts. Vous connaissez tous cette expression, souvent utilisée ironiquement: « Oh! il est dans les affres de la création! » On peut parler ainsi de tout artiste, dans chaque domaine de l’art.

Nous recevons la vie incréée de Dieu.

De cette manière, en commençant par ce qui est tout petit, nous devenons disponibles à la manifestation de Dieu en nous. Et notre foi, c’est que nous recevons réellement la vie incréée de Dieu. Lorsque nous imitons le Dieu incarné- je parle du Christ – cela passe ensuite également sur le plan de l’esprit, après notre mort. Si nous sommes semblables à Lui tel qu’Il était sur terre, nous Lui serons aussi semblables dans son éternité sans commencement.

Intellect et folie de la foi.


Voici, vous voyez quelles paroles nous prononçons: l’éternité sans commencement de Dieu nous sera communiquée! Une telle audace n’est-elle pas le signe de notre folie?. Mais voici que le génial Paul dit que c’est cette folie qui sauve le monde (cf. 1 Corinthiens 1, 21).

Ce que le Christ nous a promis, l’intellect humain ne le contient pas. Notre intellect terrestre peut être très doué pour la pensée ou l’activité scientifique, pour la philosophie ou pour bien d’autres disciplines, mais non pour croire en l’éternité. Par contre, même les enfants peuvent croire en l’éternité, comme l’a dit le Seigneur (cf. Matthieu 11, 25). Ainsi, vous le voyez, aujourd’hui aussi, c’est toujours le même élan vers notre Dieu céleste, toujours le même Esprit qui nous entraîne à suivre le Christ.

Haine de soi par amour de Dieu et du prochain.

Il y a quelque temps, j’ai entendu quelqu’un me dire: « Je suis fatigué de souffrir. Je ne veux plus souffrir. Je cherche le repos, la joie, le bonheur sur terre. Mon âme est dégoûtée de souffrir. » Bien que l’homme qui me disait cela fut orthodoxe, à vrai dire il ne pensait pas d’une manière orthodoxe. Pour devenir capables d’embrasser par notre amour toute la création, nous devons passer par bien des états douloureux et par beaucoup de souffrances. L’énergie pour supporter ces souffrances, nous la trouvons dans le commandement du Christ de se haïr soi-même par amour pour Dieu et même pour notre prochain (cf. Luc 14,26).

Le Christ souffrit par amour des hommes.

Voilà, je vous ai parlé de choses, à vrai dire, terribles. Vous m’avez entendu dire que, aux jours de sa vie de Dieu incarné sur terre, Jésus-Christ était l’unique homme qui, ayant donné le commandement de se haïr par amour pour Dieu et pour le prochain, monta sur le Golgotha, non pour se sauver Lui-même: Il alla au-devant de toutes les souffrances, plein d’amour pour sauver l’homme, l’humanité. Oh! Cette image de l’Homme!. Ceux qui ont expérimenté cette vision, évidemment, ne peuvent trouver nulle part ailleurs quelque chose de semblable.

Ce que le Seigneur nous a commandé, Il l’a accompli Lui­-même. Par amour pour le prochain, Il s’est livré à toutes les souffrances. Non seulement à la mort, mais encore à une mort qui était ressentie comme une malédiction dans l’Ancien Testament:

« Maudit soit celui qui pend à un arbre » (cf Deutéronome 21, 23; Galates 3, 13).

Nous ne parvenons pas à la mesure que nous voyons en Christ.

Souvenez-vous du Jugement dernier.

Avant le début du Grand carême, nous aurons le service du Grand pardon au cours duquel, dans notre petit cercle, nous demanderons humblement pardon à nos frères et sœurs pour tout ce en quoi nous avons péché devant eux, même dans nos pensées.

Souvenez-vous alors aussi du Jugement dernier.

Passer du petit à l’infini.

Il est dit que le Seigneur viendra dans la gloire, et que, lorsqu’Il s’assiéra sur son trône, tous les peuples se rassembleront devant Lui, depuis la création de l’homme jusqu’au dernier à être né d’une femme. C’est-à-dire: détachez votre esprit des petites choses et transportez-le vers d’autres, illimitées, dont les premières sont néanmoins l’image. Voilà ce qui nous est demandé.

Au cinquième chapitre de Matthieu, on trouve beaucoup de paroles du Christ qui complètent la loi de Moïse. Il dit: « Il est écrit dans la Loi ceci et ceci, mais Moi, je vous dis cela et cela. » Chaque fois, à partir des commandements de l’Ancien Testament, Il passe au sens infini de chacun d’entre eux. Ainsi donc, moi aussi, j’essaie de vous proposer, en tant que votre frère, d’utiliser ce moyen dans le but de rendre notre vie féconde: à partir de petites choses, passez à ce qui est infini.

Référence :

Paroles à la communauté. Février 1994, N*18.

Posted by Holy Trinity Family – Douma

https://holytrinityfamily.blogspot.com/2021/03/le-grand-careme-saint-sophrony-lathonite.html

Une perspective orthodoxe de la femme chrétienne dans le monde et dans l’Eglise

UNE PERSPECTIVE ORTHODOXE DE LA FEMME CHRETIENNE DANS LE MONDE ET DANS L’EGLISE.
(Ce texte a été composé par une jeune femme du diocèse orthodoxe de Madagascar et des Mascareignes et publié le 6 mars 2015 sur ce site. Depuis cette époque elle s’est établie en Australie).

La société au sein de laquelle nous vivons aujourd’hui est structurée d’une façon telle qu’elle présente les femmes selon le point de vue de ce monde. Le rejet de l’idéal chrétien de la femme est directement lié au rejet du christianisme lui-même. Les conséquences évidentes de cette situation -qui est une conséquence de notre monde déchu- est le rabaissement et le dénigrement des idéaux chrétiens concernant les vertus et l’humilité ; par conséquent l’humanité s’éloigne davantage de ce que Dieu nous a assigné comme but, l’humanité s’emploie alors à atteindre ce but dans le mauvais sens ou pour les mauvaises raisons.

L’Eglise orthodoxe appelle les hommes et les femmes à se détourner des conceptions erronées portées par la société et à se tourner en vue de la déification et l’union avec Dieu par la grâce du Christ.

Examinons selon le point de vue orthodoxe le rôle de la femme dans l’Eglise, comme l’ont enseigné les Pères de l’Église ainsi que par l’exemple donné par une multitude de saintes femmes.

En tant que chrétiens orthodoxes notre objectif commun est que nous reflétions dans la société à la mesure de ce qui nous est possible, une image du Divin, de la sainteté. Dieu créa la femme en lui conférant deux puissants symboles de la sainteté – la pureté de la jeune fille et la fécondité de la maternité. Ces deux idéaux féminins de la pureté et de la fécondité élèvent et affinent l’humanité tout entière et sont glorieusement synthétisées dans la Mère de Dieu – la Nouvelle Eve, qui brille comme le diamant de la Création vers laquelle les femmes qui sont mariées ou non mariées   centrent leurs vies.

Cela montre que l’âme féminine est tellement plus proche des sources de la création spirituelle que même des personnages masculins importants dans l’Église vont utiliser comme St. Paul l’image de la maternité dans son ministère : «Mes enfants, pour qui j’éprouve de nouveau les douleurs de l’enfantement, jusqu’à ce que Christ soit formé en vous» (Ga 4:19).

Plus la civilisation se sécularise et plus les femmes sentent qu’elles doivent se détacher de ce qui est vraiment féminin. Tandis que la société met de moins en moins l’accent sur la cellule familiale, en mutilant ainsi la vision de ce que Dieu voulait quand Il créa la femme – l’Eglise exalte la femme comme celle étant celle qui enfante, (l’Eglise) élève sa nature et souligne son rôle social unique et sacré.

Cela ne signifie pas cependant que l’Eglise réduit les femmes à être les seules à assurer l’éducation (des enfants) dans la famille et que c’est à elles seules à accomplir toutes les tâches domestiques. Il est clairement dit que Dieu a créé Eve pour Adam afin d’être une aide et une personne qui soit son semblable. (Ils se doivent) d’être deux personnes en communion pour s’entraider dans leur cheminement vers le salut.

Le divin Chrysostome parle en outre sur la nécessité du respect mutuel permanent entre les époux, l’amour et l’égalité des droits et des devoirs. Pour cela, la famille doit être sacro-sainte – ce qui signifie que les hommes et les femmes doivent veiller ensemble sur leur foyer. Cela n’est pas un dénigrement de l’homme ni de la femme, mais un appel à chacun en vue de buts spirituels.

Souvent, l’épître de saint Paul aux Ephésiens dans laquelle il demande aux femmes d’obéir à leurs maris est mal interprétée.  » Or, de même que l’Eglise est soumise à Christ, les femmes aussi doivent l’être à leurs maris en toutes choses. » (Eph. 5:24). Il n’y a rien ici qui suggère que la femme (doit être) opprimée dans le mariage pas plus que l’on pourrait décrire l’Eglise comme opprimée dans sa relation avec le Christ.

St. Augustin note également que la femme a été créée de manière à ce qu’elle ne soit pas supérieure à l’homme, ni non plus à être son esclave. Le saint dans son exposé montre que Dieu n’a pas créé la femme à partir des os de la tête de l’homme ni des os du pied de l’homme, mais à partir des os de son côté soulignant ainsi l’égalité de l’homme et de la femme devant Dieu.

La femme du point de vue orthodoxe n’est donc pas subordonnée à l’homme. Quand une femme adopte avec amour tous les aspects de la vie de famille dans le cadre d’une vie en l’Église, ce qui entraîne une vie spirituellement enrichissante aussi bien à l’intérieur de sa famille que dans la société, alors elle peut transformer son foyer en havre de vertu chrétienne. C’est cette sorte   de femme qui existe dans l’Eglise et qui constitue « le sel et le levain de la piété » (Matt 5:13) et (Gal 5: 9).

Il faut mentionner que la tradition chrétienne morale n’a jamais interdit aux femmes de travailler dans le monde et à l’extérieur de la maison. Beaucoup de femmes aujourd’hui n’ont pas d’autre choix que de travailler pour elles-mêmes et pour leurs familles. En fait, nous avons de nombreux exemples de femmes saintes qui ont effectué toutes sortes de travaux : elles s’occupaient des malades et de ceux qui sont dans la misère (Ste.Philothée), ont construit et monastères (Sainte-Hélène), ont gouverné des pays (Ste.Theodora l’Impératrice) et ont évangélisé des peuples (Ste.Nina).

L’idéal chrétien ne disparaît pas parce que les femmes travaillent, soit à la suite d’un appel spécial (ou d’un talent) que Dieu leur a donné, ou par nécessité. L’idéal est perdu lorsque nous évitons d’avoir des enfants afin de privilégier la carrière professionnelle, ou bien lorsque l’on place son intérêt propre au-dessus du sens du service et lorsque l’on préfère ce qui est du monde à ce qui est de Dieu.

Voyons maintenant la position de l’Eglise sur la femme et son ministère dans l’Église. Nous voyons que l’église primitive a nommé des diaconesses pour le service, en particulier dans l’administration des sacrements aux femmes et aux filles et afin de les préparer au baptême. Ste. Phoebe était l’une des premières à être nommée comme diaconesse et elle offrit de l’aide pour les femmes dans les lieux où les hommes n’étaient pas autorisés (par exemple, les prisons, les hospices pour les femmes, les maisons isolées pour les femmes malades ou âgées). Nous ne devons pas oublier que l’église primitive était sous la domination romaine et était soumise à la loi de l’Empire qui interdisait à tout homme sous aucun prétexte d’entrer dans une maison où vivaient des femmes célibataires. Il y avait donc un besoin évident de femmes pieuses célibataires ou de veuves pieuses pour remplir les fonctions de diaconesse dans l’Église.

Evidemment de telles circonstances et besoins n’existent plus aujourd’hui dans l’Église et d’ailleurs la consécration des diaconesses a cessé après le 11ème siècle.

Aujourd’hui, les femmes sont appelées à servir dans tous les domaines de la pastorale de l’église à l’exception du sacerdoce ordonné. Ce rôle n’est pas un droit donné aux hommes, mais il consiste en une vocation spécifique accordée seulement à une petite minorité d’hommes. L’ordination des hommes uniquement n’amoindrit en rien les femmes et n’en fait pas d’elles comme des hérétiques ainsi certains pourraient penser. Ceci est clairement démontré lors de la rencontre bénie du Starets Zossime (un prêtre) avec notre mère merveilleuse Ste. Marie l’Egyptienne [célébrée le 5ème dimanche du Grand Carême] dans le désert. C’est le Starets Zossime qui se prosterna devant la sainte et lui demanda sa bénédiction !
L’Eglise orthodoxe proclame qu’il y a un ministère que tous doivent faire, puisque nous faisons tous partie du «sacerdoce royal» (1 Pierre 2: 9). Dans l’église des femmes sont devenues des saintes et ont donné naissance à des saints. Des femmes sont devenues des martyrs pour la foi, des femmes sont devenues de grands enseignants (Sainte Mélanie a enseigné contre l’hérésie nestorienne) ; des femmes sont devenues missionnaires – et certaines ont été déclarées égales aux apôtres – et des femmes ont conservé la pureté (pureté dont il a été question au début) dans la vie monastique et ont offert la direction spirituelle dans le monastère au sein de la communauté que d’autres ont rejoint.
Aujourd’hui, l’Eglise orthodoxe continue à appeler les femmes à servir l’église chacune selon ses possibilités. L’Eglise appelle les femmes à être des enseignantes fidèles la foi, des presbytes (épouses du prêtre) exemplaires, des moniales pieuses, des mères responsables et des marraines, afin d’encourager d’autres dont les talents ne sont pas utilisés afin qu’elles deviennent (à leur tour) des membres actifs de l’Eglise en se mettant au service de la mission sociale de la paroisse de l’éducation, le soin des malades, la charité,  l’administration et de l’évangélisation.

En conclusion, en tant que chrétiens orthodoxes, nous affirmons que la masculinité et la féminité ne sont pas interchangeables. Chaque membre du Corps du Christ est de la même façon appelé à vivre la vie chrétienne dans l’Église aussi pleinement que possible. Chacun a son rôle – et ces rôles dans certains cas sont différents, mais ils ne modifient pas notre valeur aux yeux de Dieu. Que nous autres, les hommes et les femmes chrétiens orthodoxes, nous nous efforcions d’atteindre le plus haut degré des vertus humaines – à l’exemple de la vie de la Toute Sainte la Mère de Dieu – et que nous cherchions à accomplir dans l’humilité et l’obéissance comme elle le faisait, les rôles que Dieu réserve de façon unique à chacun de nous tous.

M.K.

 

 

Un fol en Christ dans une brasserie

Un «rebelle» dans une brasserie.

Saint Gabriel (Urgebadze)

Saint Gabriel Urgebadze (1929-1995)

Le (témoignage) du serviteur de Dieu Revaz 

À la fin des années 80, ma famille était au bord de la ruine à cause de ma vie chaotique. Il n’y avait pas un seul jour où je n’ai pas bu d’alcool. J’ai aussi commencé à jouer. J’ai perdu mon emploi et mes amis… Toute ma famille en a souffert. Au fond de mon cœur, j’ai réalisé dans quel état j’étais, mais j’étais incapable de me contrôler. Il est fort probable que je commençais à m’habituer déjà à ce genre d’existence. On m’a dit – et je m’en souviens moi-même – que j’avais perdu mon apparence humaine, que tout autour de moi m’agaçait, et à un moment donné, j’ai commencé à me sentir comme si j’étais indésirable. À l’époque, je ne cherchais aucun refuge spirituel, et il ne me venait pas à l’esprit d’aller à l’église car je ne prenais pas les religieux au sérieux.

Cela aurait pu duré des années si un beau soir, l’Ancien Gabriel n’était pas allé à la brasserie où moi-même, buvant un autre verre de bière, je préparais un acte irréfléchi. Oui, chers amis, vos yeux ne vous ont pas trompés: l’Ancien Gabriel était là! Voici comment c’est arrivé. Au milieu du grand bruit (ambiant dans la brasserie), j’entendis la voix claire, forte et en colère d’un homme exigeant que de la bière et de la vodka soient versées dans le plus grand verre – sinon «son cœur se briserait», et «qu’il paierait n’importe quelle somme». «J’ai de l’argent, les paroissiens en ont fait don!» répétait l’homme d’une voix tonitruante derrière moi, et les gens riaient et se regardant avec dédain. À cette époque, je ne connaissais pas le sens du mot «paroissiens»; de plus, j’étais assis en tournant le dos à l’homme qui parlait, pas vraiment intéressé par qui il était. Je me souviens d’une chose avec certitude: j’imaginais l’homme comme un grand «rebelle» habillé froidement qui, comme moi, noyait son chagrin dans le vin. La voix ne s’arrêtait pas, des bruits de déglutition et des cris pouvaient être entendus … Et tout à coup le «rebelle» a commencé à chanter une chanson géorgienne, et si joliment que je me suis retourné involontairement et j’ai vu quelqu’un petit, aux cheveux gris, un prêtre en haillons au milieu de la brasserie. Écartant les bras, comme s’il était ivre, il faisait des mouvements de danse en rythme avec les paroles de la chanson. Toute la brasserie se tut et le fixait. Et il me regardait avec ses grands yeux extraordinaires. À un moment donné, il s’est approché de moi, m’a regardé droit dans les yeux et a dit: « Revaz, brûle ce que tu as ici, dans ta poche! » Il m’a frappé sur la poitrine d’une manière voyante, a levé les mains vers le ciel et a fait le signe de la croix sur moi en une fraction de seconde. C’est arrivé si vite que les visiteurs ne l’ont même pas remarqué, et beaucoup, moi y compris, pensaient que le signe de la croix était une sorte de mouvement de danse. Ensuite l’Ancien termina sa danse et sortit – sous les applaudissements et les commentaires (des clients): «Une personne si gentille… Bien joué, mon père! Wow! » J’étais debout, abasourdi, les larmes aux yeux. Je ne pleurais pas parce que j’avais tout de suite compris le sens des actions de l’Ancien- je pleurais parce que ses paroles me frappaient comme une décharge électrique, et je me demandais comment il pouvait savoir ce qu’il y avait dans ma poche. Et ce que j’avais dans ma poche était une note où j’expliquais mon intention de me suicider, écrite quelques heures auparavant, et dans laquelle je disais au revoir à ma famille. J’étais sur le point de commettre un acte terrible et irréparable. Mais l’Ancien Gabriel est venu par la volonté de Dieu et a fait un ce spectacle spécialement pour moi! Le plus étonnant, c’est qu’à partir du lendemain, je ne voulais plus entendre parler de jeu, et j’ai abandonné l’alcool et le style de vie désordonné que j’avais mené pendant des années. Je regrette de n’avoir pu trouver ce prêtre à Tbilissi. J’ai demandé à beaucoup de gens et entendu la même réponse partout: c’était un «fou qui n’apparaissait pas toujours». Bientôt, je me suis converti à Dieu et j’ai commencé à aller à l’église. Quelques années plus tard, lorsque ma famille et moi nous sommes rendus à Mtskheta et avons visité le couvent de Samtavro, sur une tombe où les gens se pressaient, sur une grande photo, j’ai vu l’homme même qui m’avait sauvé et dégrisé. Je me tenais comme enraciné sur place et les larmes me montaient aux yeux. L’aîné me souriait de la photo, et je lui ai souri en réponse après qu’il m’ait fait un clin d’œil du portrait… Comme s’il me demandait avec humour: «Eh bien, Revaz, tu es là. Tu es venu chez le «rebelle», l’Ancien archimandrite Gabriel (Urgebadze) … »Au cher père qui est aimé dans tout le monde de l’orthodoxie, qui sauve et sauvera beaucoup de gens par son amour.

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