Ne jugez pas afin que vous ne soyez pas jugés


Romains 3:19-26; Matthieu 7:1-8  Samedi de la deuxième semaine après la Pentecôte

 

Ne jugez pas, afin que vous ne soyez pas jugés (Matthieu 7:1).
Quelle maladie que le bavardage oisif et le fait de juger les autres! Chacun sait que c’est un péché, et pourtant rien n’est plus commun dans nos paroles que le jugement des autres. On dit: « Ne compte pas cela comme un jugement, ô Seigneur », mais on continue à juger jusqu’à la fin. Un autre se justifie, disant que toute personne raisonnable doit avoir une opinion sur ce qui se passe, et dans son bavardage, il essaie d’être froidement raisonnable, mais même une oreille simple ne peut pas ne pas discerner un jugement  et une jubilation devant le malheur d’autrui dans ses paroles. En attendant, la sentence du Seigneur pour ce péché est stricte et décisive. Celui qui juge les autres ne sera pas justifié. Que doit-on faire? Comment peut-on éviter le malheur? Un remède décisif contre le jugement des autres consiste en ceci: se considérer comme condamné. Celui qui se sent lui-même condamné n’aura pas le temps de juger les autres. Ses paroles ne seront que « Seigneur, aie pitié! Seigneur, pardonne mes péchés! « 
Version française Claude Lopez-Ginisty
d’après
St Theophan the Recluse
Thoughts for each Day of the Year
St Herman of Alaska,
Platina, CA
USA
 https://stfeofanzatvornik.blogspot.com/

Voir Dieu

Par quoi commencer si on veut voir Dieu

L’archimandrite Aimilianos (+2019) dans une conférence intitulée «Sur l’état que Jésus confère» dit que le problème humain fondamental est que nous ne voyons pas Dieu. En fait, la plupart des gens ne peuvent pas voir Dieu, mais ne peuvent que le chercher. C’est parce que nos yeux (physiques et les yeux de nos âmes) sont terrestres, ils sont formés pour voir, penser et contempler uniquement les choses physiques et ce qui peut être déduit des choses physiquement perceptibles ou ce qui affecte directement la façon dont nous nous sentons, c’est-à-dire les réalités émotionnelles qui sont à l’œuvre en nous – bien que certaines personnes travaillent dur pour ignorer même cela.

Si cependant, nous voulons voir Dieu, par où commencer? L’archimandrite Aimilianos dit que nous devons commencer par ce que nous pouvons faire. Nous pouvons chercher; nous pouvons venir à Dieu par le désir. En d’autres termes, si vous voulez voir Dieu, vous devez avoir la volonté de voir Dieu. Je ne suis pas redondant. Il y a comme un manque, puis ce manque se confirme. Je peux vouloir devenir médecin, par exemple; mais si ma volonté de devenir médecin n’est pas plus forte que de jouer à des jeux vidéo, ou de sortir avec mes amis et si elle ne passe pas avant tout, je ne deviendrai jamais médecin. Il y a une forme de désir, et puis il y a vraiment un désir plus fort: vouloir tellement que c’est à peu près tout ce que je veux. Et donc nous pouvons dire que si vous voulez voir Dieu, vous devez vouloir voir Dieu plus que n’importe quoi d’autre.

Maintenant, je vais émettre une évidence ici, mais je devrais probablement préciser que le mot «voir» est une métaphore. L’archimandrite Aimilianos ne parle pas de vision physique, il ne parle pas non plus d’une sorte de vision intérieure ou de vision de l’âme dans notre imagination. Au contraire, en voyant Dieu, il se réfère à une connaissance et à une rencontre avec Dieu qui est si réelle que c’est comme voir. Il dit que l’on peut connaître et rencontrer Dieu avec une telle clarté et force que «voir» est le seul mot adéquat pour décrire l’expérience. Tout comme lorsque nous disons que nous savons que quelque chose est vrai, car nous l’avons vu nous-mêmes, nous l’avons testé, ressenti, essayé et expérimenté de nombreuses manières physiques, de même l’Archimandrite Aimilianos nous dit que nous pouvons rencontrer et expérimenter et connaître Dieu d’une manière qui implique tellement de certitude que cette connaissance de Dieu est plus réelle pour nous que la preuve de nos sens physiques. En fait, affirme-t-il, cette connaissance de Dieu est en effet plus réelle que le monde entier qui est perceptible à travers mes sens et ma logique, elle est plus réelle parce que le Dieu que nous pouvons connaître n’est pas seulement réel, mais Il est la source et le fondement de toute réalité. Tout ce qui est immédiatement perceptible par les sens physiques ou par la logique ou même le sentiment humain ne sont que des réalités contingentes, des réalités contingentes à l’Un, au Dieu imperceptible que nous pouvons néanmoins percevoir si nous Le cherchons. Continuer la lecture de Voir Dieu

Quand la mort nous rend visite

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Quand la mort nous rend visite
Nous, les croyants orthodoxes, nous savons que la mort n’est pas à craindre.
En tant que petit garçon grandissant à Spokane, dans l’État de Washington, nous vivions près d’un des grands cimetières de la ville. Dès les premiers jours, quand on m’a permis de monter à vélo hors de notre voisinage immédiat, je traversais ce cimetière. Le grand mausolée, ainsi que le nombre de chapelles funéraires familiales, étaient fascinants pour moi, et pas du tout effrayants.
L’un de mes premiers souvenirs a été de partager avec un enseignant de l’école du dimanche, dans notre église luthérienne, à quel point j’étais triste qu’une partie de ce cimetière soit envahie par la végétation et négligée. J’ai même désherbé une des tombes, suivant la suggestion de ce professeur, « de faire ma part ». Je n’étais qu’en cinquième année, mais je savais l’importance de garder en vie les souvenirs des membres de notre famille disparus depuis longtemps.
Au moins deux fois par an, j’allais dans d’autres cimetières avec ma grand-mère et passais du temps à entretenir les tombes de ses sœurs et de ses parents, ainsi que d’autres membres décédés de notre famille, que je connaissais tous à travers des photographies et des histoires partagées avec moi par ma grand-mère bien-aimée. La vie de ces membres de la famille, morts depuis longtemps au moment de ma naissance, était vivante pour moi, à travers les yeux de ma grand-mère.
Grand-mère Haraldson était de la vieille école, où, même en tant que fervente baptiste, elle parlait à ses proches comme s’ils étaient là avec elle, soit sur une photo qu’elle embrassait, soit sur la pierre tombale qu’elle nettoyait. Pour elle, les fleurs laissées sur les tombes de ses proches étaient un lien permanent avec des personnes qui lui manquaient encore et qu’elle aimait toujours. Les visites et les fleurs étaient son moyen de leur faire savoir qu’elle les aimait toujours. Elle m’a dit une fois que Jésus leur ferait savoir qu’elle venait leur rendre visite.
Depuis mon enfance, les cimetières sont importants pour moi. Chaque fois que je suis à Spokane, non seulement je passe par la maison dans laquelle j’ai été élevé et la vieille maison de ma grand-mère, mais je continue de visiter ce vieux cimetière. La zone qui était autrefois négligée, est maintenant restaurée et magnifique.
Lorsque j’enseignais à Berkeley, en Californie, je mettais souvent mon déjeuner dans un sac et je conduisais jusqu’à ce vieux cimetière historique d’Oakland, où certaines des personnes les plus célèbres de la baie (de San Francisco) sont enterrées, et mangeais mon déjeuner dans l’endroit le plus paisible que je connaissais. Ce faisant, je suivais une vieille tradition européenne de pique-nique dans les cimetières.
Une nouvelle tendance s’installe dans notre pays, avec la pratique croissante de l’incinération. En abandonnant la tradition chrétienne de l’enterrement et l’adoption de la pratique païenne de la crémation, nous déclarons symboliquement que nous ne croyons plus à la résurrection des morts et au caractère sacré du corps humain, fait à l’image et à la ressemblance de Dieu.
En renonçant à la tradition de visiter les tombes de nos proches, nous nous éloignons davantage, en tant que peuple, de la réalité de la mort. En abandonnant la tradition des parcelles familiales, nous avons perdu une tradition historique qui a maintenu les histoires familiales vivantes et contribué ainsi à la perte de souvenirs familiaux. Les souvenirs de ceux qui nous ont précédés auront finalement été l’une des plus grandes pertes pour nous, en tant que peuple.
Il y a une bonne raison pour laquelle l’Église orthodoxe interdit la crémation de ses morts, et une bonne raison pour laquelle nous, les orthodoxes, enterrons nos morts dans une terre consacrée. À de nombreuses reprises tout au long de l’année, le clergé de notre Église se rend sur les tombes des croyants orthodoxes et offre des prières pour leur âme, dans l’espoir de la résurrection générale. Comme ma grand-mère baptiste, nous savons que nos parents décédés sont réconfortés par nos visites et par les prières que nous offrons en leur nom. Nous, croyants orthodoxes, savons que la mort n’est pas quelque chose à craindre, mais qu’elle est notre entrée dans la vie éternelle.
L’amour en Christ,

Dimanche de Pentecôte

Lectures bibliques : Actes 2/1-11 Jean 7/37 – 8/12

C’est par la foi, par le baptême, par la réception des sacrements que nous sommes remplis de l’énergie incréée de l’Esprit Saint. Mais nous sommes remplis de lui d’une façon qui dans un certain sens est encore imparfaite. En effet, la grâce du baptême est un germe, c’est une force, certes, qui sans aucun doute nous est donnée, mais une force qui n’a pas encore manifesté tous ses effets. Car le baptême et les autres sacrements laissent subsister en nous des restes et des tendances mauvaises de notre vieil homme. Ce vieil homme est mort, a été enseveli, dans le baptême ; toutefois certains de ces traits se manifesteent encore en nous. Il reste encore en nous, après le baptême, des tendances mauvaises, des tendances à l’égoïsme, des tendances à nous faire le centre du monde. Dans l’homme baptisé Dieu a laissé quelques tendances mauvaises persister pour qu’il puisse exercer et manifester son amour exclusif pour Lui. Le baptisé continue à éprouver un désir de jouissance excessif, un appétit de domination, comme une complicité secrète avec des tentations diverses qui peuvent nous séparer de Dieu si nous y cédons. La présence en nous de l’Esprit Saint reçu au baptême nous donne la force de lutter victorieusement contre toutes ces mauvaises tendances qui demeurent ainsi en nous. C’est un combat qui vise à nous purifier de nos passions, c’est-à-dire de toute dépendance qui nous éloigne de Dieu. Notre vie de chrétiens est un combat pour que triomphe en nous l’Esprit Saint. C’est l’Esprit Saint qui manifeste dans nos cœurs cette loi nouvelle de l’Évangile, dont il nous donne l’attrait, dont il nous donne le sens, dont il nous donne le goût. Mais le Saint Esprit ne triomphera en nous que si nous coopérons librement à la grâce de Dieu qui agit en nous, que si nous écoutons sa voix intérieure, que si nous préférons la saveur du bien, la saveur de toutes les vertus évangéliques, de tout ce que le Christ nous enseigne, que si nous préférons tout cela au gout des choses terrestres et à la saveur de notre propre égoïsme et de ses fruits empoisonnés. La vie chrétienne est un combat, mais un combat qui sera victorieux parce que nous  avons en nous cette force de l’Esprit qui nous permet de vaincre. Saint Séraphin de Sarov disait dans son entretien avec Motovilov que le but de la vie chrétienne est l’acquisition du Saint Esprit. Cette parole peut paraître étonnante au premier abord, parce que, justement, le baptisé a déjà le Saint Esprit en lui. En quel sens peut-on dire que nous devons encore acquérir le Saint Esprit ? Acquérir le Saint Esprit, c’est justement, par la coopération de notre liberté et de cette grâce de l’Esprit qui nous habite, arriver à vaincre peu à peu toutes ces mauvaises tendances pour que notre vie passe entièrement sous la conduite de l’Esprit Saint, et qu’en toutes nos actions, notre guide devienne essentiellement notre conscience de baptisé transfigurée par la présence de l’Esprit Saint. C’est alors que progressivement la pratique des vertus évangéliques, de la charité divine sous toutes ses formes nous demandera moins d’efforts, nous deviendra comme spontanée, nous deviendra surnaturellement naturelle et pleine de douceur et de joie divine. C’est cela acquérir le Saint Esprit au sens où l’entendait saint Séraphin.

D’après l’archimandrite Pl. Deseille, la couronne bénie de l’année chrétienne, tome 2, pages 252-259.