La vertu la plus nécessaire

Une homélie à l’occasion de la célébration de la mémoire de Saint Ignace Briantchaninov

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ! Le Christ est ressuscité ! Saint Ignace Briantchaninov, dont nous célébrons aujourd’hui (le 13 mai) la mémoire, fut l’un des auteurs spirituels du XIXe siècle, un prédicateur exceptionnel qui appelait ses contemporains au discernement. Dans ses écrits et ses paroles, nous percevons une douleur constante face à la dégradation du monachisme et de la vie spirituelle, et à la perversion de la tradition de la véritable vie spirituelle, qui avait perdu sa saveur et sa force. Il disait cela au XIXe siècle, mais où en sommes-nous aujourd’hui ? Dans quel état déplorables notre esprit, notre vie monastique et la vie chrétienne en général sont-ils ? Pourtant, aujourd’hui, les possibilités d’étudier la théologie et la vie spirituelle sont nombreuses : des milliers, voire des centaines de milliers de livres ont été publiés ces dernières décennies ; il existe divers programmes audio et vidéo ; et il n’est même plus nécessaire de lire : il suffit d’allumer son téléphone portable, d’écouter et d’apprendre. Mais nous ne pouvons toujours pas affirmer que notre vie spirituelle soit conforme à la haute vocation des chrétiens. Et dans ses réflexions – même dans une vision, une intuition spirituelle –, saint Ignace déclare que le monde est pris au piège d’un réseau diabolique, et que l’adversaire a tissé des toiles si habiles qu’il est absolument impossible pour l’homme d’être sauvé. Cette toile satanique devient toujours plus insidieuse, plus forte et plus étendue à mesure que l’histoire de l’humanité approche de sa fin. Nous ignorons quels seront les jours de la fin, mais de nombreux événements qui se produisent dans ce monde indiquent clairement que chaque année, voire chaque mois, pourrait être le dernier dans la vie de l’humanité. Ainsi, lorsque le saint a contemplé ce qui arrivait au monde, il a été horrifié de voir comment le Malin avait pris toute l’humanité dans ses filets, et qu’il devenait en effet de plus en plus difficile d’être sauvé. Et il s’est demandé : « Qui sera sauvé, Seigneur ? Comment peut-on être sauvé alors que de tels pièges diaboliques ne cessent de se développer ? » Et même beaucoup de ceux qui pensent vivre en Église et agir selon l’Évangile sont en réalité dans l’illusion, car ils agissent selon leurs passions. Ils ne consultent personne, décident de tout seuls, persistent dans leur voie et trouvent toujours une solution. Ils se croient plus intelligents que les autres, suivent des formations diverses, étudient et lisent. Ils sont impolis et agissent toujours selon leur propre volonté. Par la voix d’un ascète des premiers temps, saint Ignace répond à cette question : « Qui peut être sauvé, même dans ces circonstances complexes ? Seul l’ homme humble et humble en esprit. » L’humilité est la vertu qui nous fait le plus défaut aujourd’hui. Les gens viennent voir les prêtres, leur posent des questions diverses et cherchent généralement à attirer l’attention, mais en réalité, rares sont ceux qui interrogent le clergé sur les questions vraiment importantes de leur vie. Rares sont ceux qui posent les bonnes questions aux bons moments de leur vie. L’important n’est pas que le prêtre leur donne des ordres ou des instructions, mais que ce verset rappelle que « sans conseil, le peuple tombe ; mais avec de nombreux conseillers il y a le salut » (Proverbes 11, 14). Il est essentiel de rechercher le conseil. Or, aujourd’hui, nous vivons au gré de nos désirs. Même au sein de l’Église, nous croyons bien faire, mais en réalité, par orgueil, nous nous inventons divers divertissements qui nous entraînent vers des passions encore plus terribles. Agir selon sa propre volonté est très dangereux. Ainsi, saint Ignace affirme qu’une personne humble peut être sauvée et éviter tous les pièges du diable. L’ennemi ne pourra la tenter ni prendre le dessus, car cette personne est humble et sage. Comment cela se manifeste-t-il ? Il faut comprendre que ni de soi-même ni dans ce que l’on peut inventer se trouve la vérité absolue, qu’il convient de consulter des personnes sages, de solliciter leur avis avant de prendre des décisions importantes et, plus encore, de s’efforcer de vivre spirituellement. L’égoïsme, si répandu de nos jours, est un terrible mal. Mais aujourd’hui, en nous souvenant des paroles de saint Ignace, nous avons encore une chance et l’espoir de commencer à rechercher l’humilité dans nos vies. Alors le Seigneur nous donnera la connaissance essentielle qui nous conduira au salut, celle que saint Ignace a prêchée. Amen. Hiéromoine Ignace (Shestakov) Traduction : Dmitry Lapa Monastère de Sretensky 13/05/2026

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Anaphore de Saint Basile

Nous aussi, pécheurs, avec ces bienheureuses Puissances, Seigneur ami des hommes, nous nous écrions et nous disons : Tu es Saint, vraiment, tu es très Saint, et il n’est pas de mesure à l’excellence infinie de ta sainteté. Tu es juste dans toutes tes œuvres, car c’est avec équité et juste jugement que tu as tout fait pour nous.
Ayant façonné l’homme en prenant du limon de la terre, et l’ayant honoré de ton image, ô Dieu, tu l’as placé au paradis de délices, lui promettant, s’il observait tes préceptes, la vie immortelle et la jouissance des biens éternels. Mais il ne t’a pas écouté, toi son vrai Dieu, son Créateur, et, séduit par la ruse du serpent, il s’est donné la mort par ses propres péchés. Alors, dans ton juste jugement, mon Dieu, tu l’as banni du Paradis pour le placer en ce monde, et tu l’as fait retourner à cette terre d’où tu l’avais pris, tout en disposant pour lui le salut par une seconde naissance, en ton Christ lui-même.
Car tu n’as pas rejeté pour toujours la créature que tu avais façonnée, ô Dieu de bonté, ni oublié l’ouvrage de tes mains, mais tu l’as visité de différentes manières, dans la tendresse de ton cœur : tu as envoyé les prophètes, tu as opéré des merveilles puissantes par tes saints qui, de génération en génération, furent agréables à tes yeux. Tu nous as parlé par la bouche de tes serviteurs les prophètes, qui nous ont annoncé le salut à venir. Tu nous as donné le secours de la Loi. Tu as préposé les anges à notre garde.
Mais lorsque vint la plénitude des temps, tu nous as parlé par ton propre Fils, par qui aussi tu as fait l’univers. Lui qui est la splendeur de ta gloire et l’empreinte de ta Personne, lui qui porte toute chose par sa parole puissante, il ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à toi, Dieu et Père, mais lui, le Dieu d’avant les siècles, il est apparu sur terre, il a vécu parmi les hommes, il a pris chair de la Sainte Vierge, il s’est anéanti lui-même, prenant la condition d’un esclave, devenant conforme à notre corps de misère pour nous rendre conformes à l’image de sa gloire.
Et puisque le péché, par la faute d’un homme, était entré dans le monde, et par le péché, la mort, il a plu à ton Fils unique, celui qui est dans ton sein, toi Dieu et Père, de naître de la femme, la Sainte Mère de Dieu et toujours Vierge Marie, de naître sous la Loi, condamnant le péché dans sa propre chair, afin que ceux qui étaient morts en Adam fussent rendus à la vie en lui, ton Christ.
Ayant résidé dans ce monde et donné ses préceptes salutaires, nous détournant des errements de l’idolâtrie, il nous a amenés à te connaître, toi vrai Dieu et Père, et nous a acquis pour lui-même comme un peuple choisi, un sacerdoce royal, une race sainte. Nous ayant purifiés dans l’eau et sanctifiés par l’Esprit Saint, il s’est livré lui-même comme rançon à la mort, dans laquelle nous étions retenus, vendus au péché.
Descendu par la croix au séjour des morts, afin de parfaire en lui toutes choses, il a dissipé les angoisses de la mort. Ressuscité le troisième jour, il a frayé à toute chair la voie de la résurrection d’entre les morts, car il n’était pas possible que l’Auteur de la vie fût soumis à la corruption. Il est devenu prémices de ceux qui se sont endormis, premier-né d’entre les morts, afin d’être en tout le premier de tout. Et monté aux cieux, il s’est assis à la droite de ta grandeur, au plus haut des cieux, lui qui viendra rendre à chacun selon ses œuvres.