La modernité

Le projet de la modernité

 

Source : http://glory2godforallthings.com/2014/01/10/the-modern-project/
Quand je faisais des études supérieures en théologie, il n’était pas rare d’entendre des discussions sur le «projet de la modernité ». C’était un slogan académique pour décrire les efforts sociaux / philosophique / politiques / religieux pour construire le monde moderne. Le siècle des Lumières (17e-18e siècles) a apporté des nouvelles façons de penser dans le courant dominant de la culture occidentale (et maintenant le monde). Ce projet a imaginé et renouvelé le sens et la conception de l’État, il a réfléchi et a réinventé le christianisme ; et surtout, il a conçu une nouvelle façon de voir de l’être humain. Nous sommes les héritiers de cet apport. La personne la plus inculte dans notre société partage les hypothèses du « projet de la modernité » Nous sommes ce projet.
Dans le projet moderne, les êtres humains sont des centres autonomes de conscience dont les choix et les décisions réalisent leur accomplissement. Je m’explique :
Nous jouissons de façon autonome chacun d’entre nous de sa conscience de soi. Mon identité est enracinée dans le fait que je suis conscient et aussi que cette conscience est le centre de mon autonomie et m’appartient à moi seul. Je peux choisir de partager avec les autres et faire cause commune avec les autres – mais je ne me détermine que par moi-même. C’est le cœur de l’individualisme.
Nos choix et nos décisions réalisent notre accomplissement personnel. Ce je suis dans le monde est un produit de mes expériences et des choix et des décisions que je prends. Ces décisions créent mon identité – ce sont mes moyens d’actualisation de mon individualité. Mes décisions et les choix sont ce qui détermine le sens de ma vie. Je suis celui que je choisis d’être.
Quand vous examinez ces idées, il est facile de comprendre pourquoi la principale force motrice de l’histoire moderne est la liberté. Cette conception de ce que signifie être un humain fait qu’une certaine vision de ce qui est compris par le mot liberté est une des parties les plus essentielles de la vie. Tout ce qui restreint la liberté est considéré comme un ennemi de l’existence individuelle et de l’accomplissement personnel. C‘est seulement si je suis libre de choisir que je suis capable d’exister convenablement comme individu épanoui.
Ce ne sont pas nécessairement des idées conscientes, mais elles sont presque universelles dans le monde moderne. Nous utilisons les mots «liberté» et «choix» sans éprouver la nécessité de définir ces termes et cela avec un large consensus dans la société. De même certains groupes chrétiens ont joué un rôle majeur dans le développement de la vision du monde moderne, de sorte que leurs héritiers spirituels sont devenus la forme dominante du christianisme moderne. Les Eglises qui pratiquent le baptême de l’enfant -pratique normative dans le christianisme classique- et qui était autrefois la pratique dominante, même parmi les protestants, ces églises aujourd’hui doivent constamment défendre une pratique qui semble contredire les hypothèses les plus fondamentaux de la liberté humaine.  » Est-ce qu’il ne faut pas attendre que l’enfant soit en mesure de choisir lui-même s’il veut être baptisé ?  » Tout ce qui porte atteinte ou limite le choix semble dangereux ou douteux dans le cadre du projet de la modernité. Une relation avec Christ est quelque chose qui doit être librement choisie…

La discipline de l’Église sur les questions morales (ou autre) a également été scrutée de plus près. La personne moderne peut s’associer à une Église, elle peut devenir «catholique » ou « orthodoxe » ou « presbytérienne », etc. Mais que les détails moraux de la vie puissent être régis par cette association semble discutable pour eux. Une majorité des Américains qui s’identifient comme  » catholiques  » ignorent l’enseignement de l’Eglise sur de nombreuses questions – en particulier celles qu’ils considèrent comme relevant du «privé»    (les questions sexuelles en particulier). L’Église a une fonction dans leur vie, mais seul le choix privé de l’individu détermine la capacité de définir et de déterminer la nature véritable de ce choix. Dans un tel monde être «catholique », « orthodoxe », « calviniste », est davantage une étiquette, un identificateur d’un choix individuel, que l’appartenance à une communauté dans laquelle l’identité et la vie se développent.
Il y a un choc civilisationnel entre le christianisme classique et le projet de la modernité.
Dans la compréhension classique, nous ne sommes pas des individus autonomes. Nous sommes des êtres contingents dont l’existence est un don avec un but, un sens et une direction donnée par Dieu. Nous avons de la valeur en tant que personnes, et non pas à cause de nos choix ou de notre capacité à choisir, mais parce que nous sommes créés à l’image de Dieu. Ainsi, les plus diminués parmi nous, y compris ceux qui ne peuvent rien faire ou ceux qui sont dans un état végétatif, ont toute leur dignité et possèdent une valeur réelle.
Nous ne sommes pas définis par nos choix et nos décisions. Ce que nous sommes est un don de Dieu – c’est une donnée. Notre identité est le lieu où se réalise notre transformation dans une vie chrétienne et non pas un travail privé d’auto-accomplissement. Nos choix et nos décisions ne sont pas sans importance, mais ils ont seulement un mérite relatif …. En fin de compte, nous sommes la création de Dieu et nos décisions n’ont de sens que par rapport à lui.
Le choc civilisationnel est peut-être le plus aigu sur ​​les lieux où le choix moderne et la conception classique s’affrontent. Les points de friction les plus courants se situent au niveau de la biologie et des relations entre les personnes. Le christianisme classique considère la biologie et les relations comme des données. Le genre n’est pas un choix. La famille est biologique plutôt qu’une entité associative. Les relations sexuelles servent un ordre donné plutôt que des besoins privés. Les fondements du projet moderne sont de maximiser la liberté et le choix. Pour la modernité la biologie est considérée comme réelle, mais pas nécessairement déterminante (ainsi certains aujourd’hui veulent choisir leur genre) .La famille est de plus en plus définie comme un ensemble de choix – de relations que nous privilégions. Les liens de sang avec les responsabilités qui en découlent sont largement en voie de disparition dans la jurisprudence actuelle. Ainsi, nous avons le « hasard de la naissance » qui ne peut pas vraiment rivaliser avec la «liberté de choix».
La version populaire souvent décriée du relativisme (« c’est vrai pour vous ») est tout simplement une expression qui maximise le choix. La vérité qui n’est pas choisie est considérée dans le monde moderne comme oppressive. Le monde classique de la doctrine chrétienne et du dogme est donc en voie de disparition, il est considéré comme un ensemble de vérités extrêmement incommodes. Pourquoi serait-il mauvais pour nous de ré- imaginer Dieu ?

La civilisation chrétienne a pris fin à un certain moment au fur et à mesure que le monde moderne a émergé. Le projet moderne ne s’est pas demandé comment il pourrait sauver la civilisation chrétienne – c’était son ennemi depuis le début. La question que se posait la modernité a été : « A quoi voulons-nous que le monde ressemble » ? Car ce à quoi ressemble le monde est une question de choix. La théologie protestante (qui est elle-même un projet de la modernité) a été en grande partie tournée non pas à vers une exploration plus profonde de ses racines et de ses traditions, mais par une investigation continue et une ré- imagination de l’Évangile chrétien. La « Sola Scriptura » n’a jamais été conçue pour être une force de contrôle pour diriger le cours de la civilisation. Elle était d’abord et avant tout un moyen utilisé pour rejeter l’Église classique et ses traditions. Comme la Constitution américaine, « l’Ecriture » a été évolué depuis.
Aujourd’hui le christianisme classique n’a pas disparu. Il reste et demeure une épine dans le pied de la modernité. Les médias populaires scrutent de façon permanente le Vatican, espérant un signe de l’effondrement de ses fondements. L’Orthodoxie ressuscitée dans son bouillonnement russe est décrite comme étant alliée avec un  » voyou « , et qu’elle est réactionnaire.
Pendant ce temps, le christianisme dans sa forme classique est placé sur une voie difficile. La tentation est simplement d’être réactionnaire – à considérer que c’est un   » choix », conservateur dans ce cas, et alors le projet de la modernité aura atteint son but. Car si le christianisme consiste simplement à être un choix, alors il peut être assimilé (et marginalisé).  Cependant, l’argument classique qui affirme que nous ne sommes pas le produit de nos propres choix, que nos vies sont définies par le don gracieux de Dieu et que toutes les choses sont liées à Dieu, cet argument est le seul qui va à contre-courant du monde moderne. C’est le lieu de la Tradition – quelque chose qui est donné n’est pas un choix –et qui refuse de céder aux pressions modernes.
La spiritualité du christianisme classique est celle du dépouillement de soi plutôt que l’auto – accomplissement. Elle reconnaît que la vie est toujours un don. Les liens de sang et de parenté sont une réalité réelle et exigent reconnaissance en tant que tels. Mes désirs que j’imagine et l’exigence d’un monde à ma mesure sont considérés comme des tentations qui m’éloignent des tâches qui m’incombent. Le projet moderne a toujours promis un monde meilleur – et pour ceux qui ont la richesse et l’intelligence de profiter au mieux de la liberté – cette promesse a fourni de grands dividendes. Mais la promesse a également été une parodie du vide d’une telle existence. Car nous sommes, en fait, des êtres contingents. Et si nous pouvons nous imaginer pouvoir être autre chose que ce que nous sommes, à la fin il y a la tombe qui refuse de céder à nos choix. Et dans ce qui peut être le plus ironique, de nos jours, le projet de la modernité met en avant le droit de mourir – comme si c’était un choix.

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