Bulletin du mois de septembre de l’Église Orthodoxe à Maurice

Paroisse orthodoxe de la sainte Transfiguration
Numéro
68, septembre 2021


La sainte Croix

Le Seigneur nous a enseigné que dans l’Église et le royaume chrétien,
le roi n’est pas celui qui soumet les autres par la force pour les con-
contraindre à une servitude inconditionnelle d’esclave, mais celui qui
sert les autres et donne sa vie pour autrui.

D’ailleurs, Saint Jean Chrysostome enseigne que si diriger un peuple est à la portée de chacun, seul le roi peut donner sa vie pour son peuple parce qu’il sidentifie tellement à lui, qu’il n’a pas d’existence propre, il n’a pas d’autre
but que de servir son peuple par toute sa vie et si possible par sa mort.

Aujourd’hui, en vénérant la Croix du Seigneur, nous sommes amenés

à comprendre avec une force et une profondeur nouvelle ce que signifie la dignité de roi et le sacerdoce de Notre Seigneur Jésus Christ :
ils signifient un amour si total et si parfait que le Christ s’oublie lui
même totalement. II s’oublie et s’identifie à nous au point d’accepter,
dans son humanité, de perdre son sentiment d’unité avec Dieu, avec
la source de la vie éternelle et avec la vie éternelle présente en lui
même, pour s’unir avec notre condition de mortels. Un tel amour fait
du Seigneur Jésus Christ notre roi ; devant une telle royauté, « tout
genou fléchit » (Phil. 2,10). Et c’est grâce à cela qu’il peut être premier prêtre de toute la création. Les grands prêtres du monde païen et dIsraël accomplissaient des sacrifices avec lesquels ils ne s’identifiaient qu’au sens figuré, symboliquement, rituellement.

Le Seigneur Jésus Christ s’est apporté luimême en sacrifice sanglant, bien qu’il
n’y ait rien eu en lui qui lui fasse mériter la mort qu’il a appelée sur lui
même. Ne ditil pas dans sa prière de grand prêtre, en présence de
ses disciples et en communion avec eux : « il vient, le prince du
monde ; sur moi il n’a aucun pouvoir»…(Jn 14,30) En Christ, il n’y a
rien qui ne soit du domaine de la mort et du péché. Et il dit à son
Père : Je me sanctifie pour eux, en sacrifice sacré pour mon peuple
Grandprêtre, en prenant sur lui le supplice, il libère toutes les autres
créatures de l’horreur du sacrifice sanglant, mais en même temps il
nous révèle l’amour sans limites, l’amour sans fond de Dieu, qu’autre-
ment nous n’aurions pu concevoir : la vie acceptant d’être dissoute, la
lumière acceptant d’être éteinte, l’éternité acceptant de mourir de la
mort du monde déchu…

C’est pourquoi le Verbe de Dieu peut nous parler comme un
prophète. Prophète, non pas dans le sens de quelqu’un qui prédirait l’avenir, mais de quelqu’un qui parle de Dieu. Un des livres de l’Ancien Testament dit que le prophète est celui avec lequel Dieu partage ses pensées. Le Christ, non seulement peut parler de la part de Dieu, mais incarner dans ses actes, dans sa vie et sa mort l’amour parfait, offert, donné.

Voilà pourquoi la vénération de la Croix est une merveille dans l’expérience de l’Église. Nous ne serons jamais capables de connaître par
expérience ce que signifiait pour le Christ mourir sur la croix, et
même notre propre mort ne nous aidera pas à comprendre ce qu’a
été la mort pour lui : comment l’immortalité peutelle mourir ?
Toutefois nous pouvons apprendre, en nous efforçant, avec une audace sans réserve, de communier le plus profondément, le plus parfaitement possible, à lenseignement et aux voies du Christ, à aimer
d’un amour qui se rapproche de plus en plus de l’amour divin et, à
travers lui, à connaître la façon par laquelle la mort en tant qu’oubli
de soi, total et parfait, s’unit avec la victoire de l’amour, la résurrection et la vie éternelle. Amen.

25 mars 1984



Mgr Antoine BLOOM, Homélies pour chaque

dimanche, Ed. Sophia, 2018, Pages 203208


Divine Liturgie

Eglise ouverte, 50 personnes max.

Dimanche 5 : Pardonner du fond du cœur

Evangile : Mat. 18/2335, Epitre ; I Cor. 9/212

Dimanche 12 : Nativité de la sainte Mère de Dieu

Evangile : Jean 3/1317, Epitre ; Gal. 6/118

Dimanche 19 : Exaltation de la sainte Croix

Evangile : Marc 8/34 9/1, Epitre ; Gal. 2/1620

Dimanche 26 : Dormition de saint Jean le Théologien

Evangile : Jean 19/2527 ; 21/2425 ; Epitre : I Jean 4/1219

Eglise orthodoxe de la

Sainte Transfiguration

GrandeRivi
ère NO
Ile Maurice

(derrière le garage Bala)

Divine Liturgie

Chaque dimanche à 9h30

Site WEB:

http://orthodoxchurchmauritius.org









Père Athanasios, tel.: 57 33 32 53

Email: p.athanasios@myt.mu


Père Ian, tel.: 52 57 90 53

Email: fr.ian@antiochian.org.nz

Sur l’usage de notre liberté

 Sur notre autonomie et notre capacité à rejeter la volonté de Dieu

Selon saint Grégoire Palamas, Dieu nous a donné la seigneurie sur toute la terre en raison de notre capacité de souveraineté. Avec cette souveraineté vient la responsabilité d’être de bons intendants de ce que Dieu nous a confié. Saint Grégoire a écrit : « Il y a dans la nature de notre âme une faculté gouvernante et dirigeante, et il y a aussi ce qui est naturellement soumis et obéissant, à savoir, la volonté, l’appétit, la perception sensorielle, et en général tout ce qui est consécutif à l’intellect et qui a été créé par Dieu avec l’intellect. » Notre nature déchue nous a également donné la capacité de rejeter la volonté de Dieu et d’abuser de notre souveraineté, refusant d’utiliser notre liberté d’une manière agréable à Dieu. Nous abusons de nourriture et de boissons, surpâturons nos terres, détruisons nos forêts tropicales, nous saturons nos océans et notre atmosphère avec des carburants à base de carbone, nous bétonnons nos terres agricoles productrices de nourriture et nous versons des produits chimiques et autres polluants dans nos rivières et ruisseaux. Comme si cela ne suffisait pas, nous gaspillons nos facultés mentales avec des heures interminables devant nos ordinateurs, téléviseurs et ipods. En tant que créatures qui ont été créées pour communier avec Dieu, nous perdons notre temps dans des poursuites insensées, accordant peu d’attention aux choses qui sont spirituelles et d’une valeur éternelle. Nous luttons non seulement contre le Dieu qui règne sur tout, mais aussi contre la faculté d’être de bons intendants qui est propre à notre nature. Avec amour en Christ, Abbé Tryphon

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Les larmes de la Très Sainte Mère de Dieu

Le texte ci-dessous est la traduction d’une homélie du Hiéromoine Kyrill (Popov), professeur à l’Académie de Théologie Sretenski de Moscou, prononcée le 8 septembre 2020, jour de la rencontre de l’icône de la Très Sainte Mère de Dieu de Vladimir, et publiée sur le site du monastère Sretenski à Moscou.

Un jour, on a demandé à un ermite quel exploit chrétien était supérieur aux autres. Il répondit: l’exploit de la prière. Il y a un dicton bien connu: «prier pour les gens, C’est verser du sang...» Prier pour un homme, c’est le laisser entrer dans notre vie, devenir responsable et se porter garant de lui. Prier pour le prochain n’est pas seulement un ensemble vide de mots, mais une acceptation de la douleur et du chagrin de l’autre. Et s’il est si difficile de prier pour l’homme, combien est-il plus difficile de prier pour le monde. C’est pourquoi tous nous n’avons n’a pas un tel pouvoir de prière, mais seulement les élus. Et plus précisément notre Très Sainte Mère de Dieu et Toujours Vierge Marie accomplit en permanence cette intercession pour le monde. Son chemin de vie fut pénible et difficile, mais son obédience posthume de prière incessante pour le genre humain est tout aussi difficile.Parfois, quand on nous demande de prier pour quelqu’un, nous ne sommes pas tous capables d’accorder fût-ce une heure à la prière diligente. Et la Très Sainte Mère de Dieu prie sans cesse, et verse Ses larmes pour les péchés de l’humanité. Par la Sainteté de Sa vie, elle est la plus proche du trône de Dieu et a une audace particulière devant lui. Elle fait partie de notre genre humain et connaît mieux que quiconque les faiblesses de la nature humaine, nos tentations, et à quel point il nous est difficile de les combattre en ce monde.
La Très Saint Mère de Dieu, c’est le joyau de notre foi, la lampade qui jamais ne s’éteint devant le trône de Son Fils. Les innombrables icônes dédiées à la Très Sainte Mère de Dieu sont un témoignage frappant de la gratitude et de l’amour des russes pour La Mère de Dieu: Vladimir, Kazan, Tikhvine et bien d’autres. La terre russe est considérée comme la Maison de la Très Sainte Mère de Dieu, il est impossible de compter le nombre de miracles qu’elle a accomplis et accomplis dans notre vaste patrie. Aujourd’hui, nous nous souvenons d’un événement merveilleux qui par les prières de la Très Sainte Mère de Dieu a prédéterminé le vecteur du développement historique de notre patrie. Son intercession et Sa propitiation ont protégé notre État de la ruine et de la destruction totale au XIVe siècle, et elles l’ont sauvé à plusieurs reprises de la destruction lors de terribles calamités tout au long de notre histoire. Pour nous, les gens d’aujourd’hui, il est difficile de ressentir et de comprendre ce que nos compatriotes ont vécu, devant l’icône de la Très Sainte Mère de Dieu de Vladimir, à cette période historique particulière de l’histoire de notre pays, mais chacun fait sa propre expérience personnelle du recours à la Très Sainte Mère de Dieu. Après tout, quand les choses sont particulièrement difficiles, quand il n’y a plus d’espoir, quand nous sommes tristes et éplorés, quand les tentations l’emportent sur notre volonté, nous avons recours à Son aide, en demandant comme un enfant: «Très Sainte Vierge, sauve-moi!». Et nous recevons immédiatement du réconfort. Quelle que soit la détresse de l’homme, quelles que soient les difficultés qu’il éprouve, il est toujours important de nous adresser à la Reine du Ciel et de la terre dans nos prières. Elle manifestera promptement Sa grâce. Nous ne nous adressons à aucun des saints en disant «Sauve-nous». Elle seule a reçu la grâce de sauver chacun de nous par Sa prière. Saint Augustin a écrit: «par Elle Dieu est descendu sur terre, afin que par Elle les hommes soient trouvés dignes de monter vers Lui». La Très Sainte vierge est un mur de protection entre Dieu et nos péchés. Mais, curieusement, malgré tout notre amour pour la Très Sainte Mère de Dieu, nous ne cessons de l’affliger.
La raison principale de Ses larmes est que nous L’offensons par nos péchés et nous crucifions à nouveau Son Fils, Lui infligeant ainsi une douleur atroce. Il ne suffit pas d’aimer la Très Sainte Mère de Dieu, il faut L’imiter dans la vertu. Dans la pureté, en nous abstenant de divers types de chutes charnelles, et quand les pensées nous présentent des images impures à l’esprit, souvenons-nous immédiatement de l’image de la pureté de la Très Sainte Mère de Dieu, et les tentations disparaîtront, dans l’humilité, en acceptant docilement la volonté de Dieu; dans la patience, en supportant avec sérénité toutes les épreuves de la vie. Nous devrons tous répondre de chaque larme qui sort des yeux de la Très Sainte Mère de Dieu. Au Jugement Dernier du Christ, nous aurons honte de regarder Ses yeux en pleurs, nous aurons mal parce que nous L’avons offensée et attristée par notre comportement indigne, et en dévalorisant Ses prières. Nous répétons souvent dans l’Acathiste, «Réjouis-toi!», mais nous ne lui donnons pas de raison de Se réjouir. Par conséquent, apprenons à ne pas attrister la Très Sainte Mère de Dieu, car Elle nous aime et croit en notre redressement. Ne La décevons pas, car Elle tient devant le Seigneur la promesse de notre transformation.
Quand nous sommes en colère, si nous apprêtons à offenser quelqu’un ou à faire quelque chose de mal, regardons l’icône de notre Très Sainte Mère de Dieu et souvenons-nous de la façon dont la Reine du Ciel verse Ses larmes pour nous, alors nous ne voudrons pas pécher. Ne multiplions pas les larmes de notre Mère aimante, ne blessons pas Son cœur couvert de blessures. Après tout, la meilleure récompense de toute mère, ce sont des enfants obéissants. Apprenons à répondre avec amour à l’amour de la Très Sainte Mère de Dieu.
Donc, connaissant le grand amour de la Très Sainte Vierge et Mère de Dieu pour chacun de nous, gardons nos sentiments du péché, ne succombons pas aux tentations de ce monde, soyons des imitateurs de la Très Sainte Mère de Dieu en toutes choses, et alors Elle intercédera éternellement pour nous. Très Sainte Mère de Dieu, aide-nous. Amen.
Traduit du russe
Source   http://www.lalorgnettedetsargrad.gr/2021/08/06/les-larmes-de-la-tres-sainte-mere-de-dieu/#more-6692

P. Isaac (Atallah)

isaac atallah

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L’hiéromoine Isaac Atallah, originaire du Liban, est l’un des anciens de la Sainte Montagne particulièrement vénéré dans l’Église Orthodoxe d’Antioche et disciple du saint Père Paissios l’Athonite, grand saint contemporain. Isaac Atallah s’est endormi dans le Seigneur le 16 juillet 1998. Grâce à ses efforts, le premier livre sur Paissios l’athonite a été rédigé et est devenu plus tard largement connu et traduit dans de nombreuses langues. En même temps, on sait peu de choses sur son auteur ; l’avant-propos de son livre partage quelques informations sur sa vie. Nous offrons à nos lecteurs la possibilité de remplir les lacunes et de se renseigner sur lui à partir de quelques sources disponibles en arabe. La présente histoire est basée sur les souvenirs d’Antoine, le frère d’Isaac et transcris par le gendre d’Antoine qui est le père Melhem al-Hourani, actuellement prêtre dans le village de Mhaidse au Mont Liban.

Le futur hiéromoine Isaac (son nom laïc est Fares Atallah) est né le 12 avril 1937, dans le village de Nabay dans la région du Metn Nord, au Mont Liban, dans la famille des pieux chrétiens Martha et Nemr Atallah. Il était l’aîné de dix enfants. Son père possédait une belle voix et chantait comme chantre dans une église locale. Farès a donc appris à aimer l’Église grâce à lui. Farès aimait la solitude et se retirait souvent pour prier dans l’isolement. Un jour, il a quitté la maison et s’est rendu au monastère du prophète Élie (à 30km de Beyrouth) dans l’espoir d’y rester, mais il a dû rentrer à la maison car à l’époque, les monastères n’acceptaient pas le fils aîné d’une famille, qui était censé devenir le soutien de ses parents. Quand il a eu 12 ans, la mère de Farès est décédée et son père s’est remarié. Par la suite le jeune homme a appris la menuiserie et a trouvé un emploi à Beyrouth. Il rentrait tard à la maison et son père le réprimandait pour son retard. On sut bientôt qu’il était en retard car il suivait les cours de chant byzantin organisés par Mitri el-Murr, Protopsalte de l’Église d’Antioche. Avant de prendre sa décision définitive, Farès a travaillé pendant deux ans comme cuisinier au restaurant de luxe du Phoenicia Intercontinental Hotel à Beyrouth. En 1962, il démissionne de son poste et rentre chez lui. Il remet alors son livret d’épargne à son père et déclare : « Ce compte d’épargne a été ouvert à votre nom. Lorsqu’il arrivera à échéance, veuillez retirer l’argent et le répartir également entre les membres de notre famille. Je n’ai besoin de rien parce que je vais dans un monastère. Son père lui a alors demandé: « Y a-t-il quelque chose qui manque dans ta vie ? Que dois-je faire pour t’empêcher d’aller dans un monastère ? Farès répondit : « Même si tu me donnais toutes les richesses de ce monde, je ne serais pas attiré par elles. Mon cœur n’est pas dans ce monde mais dans un monastère. Attristé, son père a appelé ses autres enfants pour l’aider à dissuader leur frère aîné, mais il était fermement résolu à changer sa vie pour toujours. Ce même jour, accompagné de son frère Antoine, Farès se rendit au monastère de la Dormition dans le village de Bkeftin ( au Liban Nord ) qu’il n‘avait jamais visité auparavant, ne le connaissant que de nom. Cependant, il connaissait son supérieur, l’archimandrite Yuhanna (Mansour) († 3 avril 2018), le futur métropolite de Lattakieh ​​en Syrie. À l’époque, le monastère était en partie en ruines, et le supérieur et un autre moine (actuellement, l’archimandrite Père Yuhanna (Maalouli) étaient ses seuls résidents. Lorsqu’il atteignit les portes du monastère, Farès tomba à genoux et dit : se signant :  » Je te remercie, Seigneur ! Mon rêve s’est réalisé aujourd’hui.  » Dans la soirée, Antoine est rentré chez lui où sa famille attendait avec impatience son arrivée. « Où est passé Farès ? » demanda son père. « Au monastère de Bkeftin. À en juger par la misère de ce monastère, je vous assure, deux jours ne se passeront pas avant de le revoir chez lui, car il est habitué au style de vie qu’il menait en travaillant à l’hôtel Phoenicia de Beyrouth. Son père soupira : « Je ne pense pas. Peu importe les difficultés auxquelles il va être confronté, il ne rentrera jamais chez lui. » C’est exactement comme ça que ça s’est passé. Farès resta environ trois mois dans ce monastère puis il est parti résider au monastère de Balamand ( situé près de Tripoli et comprenant aujourdhui une université] où il étudia au séminaire. Il y vivait lorsque Mgr Ignace (Hazim), futur patriarche d’Antioche (1979-2012), était l’abbé du monastère.

En 1963, Farès a été ordonné diacre sous le nom de Philippe en l’honneur de l’apôtre Philippe. Son ordination a eu lieu au monastère du grand martyr Jacob le Perse dans le village libanais de Deddeh (diocèse de Tripoli). Il était moine du monastère de Balamand, exécutant l’obédiance d’un moine proviseur. Plus tard, il va étudier le grec à Patmos et assister aux cours de théologie à l’Université de Thessalonique (Grèce) tout en servant à la cathédrale du grand martyr Saint-Démétrius de Thessalonique. De nombreux fidèles n’y venaient que pour l’entendre chanter l’écténie en grec et en arabe. C’est alors qu’il découvre le monachisme sur le mont Athos et rencontre le Pèré Paissios, son futur père spirituel. A son retour au Liban, le P. Philippe est ordonné prêtre par le patriarche Elias IV (1970-1979) d’Antioche au monastère de Balamand. En 1973, il part résider au monastère de Saint-Georges à « Hamatoura »[Liban Nord, longtemps déserté. Grâce à ses efforts, le monastère est restauré, et il se donnait tout entier, s’occupant du bien-être spirituel des fidèles d’un village voisin. La guerre civile a éclaté au Liban en 1975 et le monastère s’est retrouvé dans une zone de combat. Le père Philippe a dû fuir le pays et retourner à Thessalonique. À l’époque, il servait à l’église Sainte-Barbe et offrait des soins spirituels aux séminaristes de Balamand (en raison d’actions militaires, l’Institut théologique de Balamand a dû évacuer vers Thessalonique en 1975 et y est resté jusqu’en 1979). À la demande du père Philippe, le métropolite George (Khodr) du Mont Liban a émis une gramota de libération en 1978 et le P. Philippe est définitivement resté en Grèce. Il prononça les vœux monastiques sur la Montagne Sainte avec le nom d’Isaac en l’honneur de saint Isaac le Syrien. Le père Isaac a passé sa première année au monastère de Stavronikita sous la direction spirituelle de l’ancien Paissios, son père spirituel, et a ensuite déménagé à la Kalyve de la Sainte Résurrection à Kapsala, non loin de Karyès, la capitale du mont Athos. Il reconstruisit la kalyva détruite et y vécut pendant les quatre années suivantes dans la solitude et l’ascétisme, luttant contre de nombreuses tentations. Une fois, lors d’une attaque spirituelle particulièrement intense, il trouva une tombe abandonnée au milieu de la forêt et dès qu’il s’est arrêté à côté, il a prié en disant : « C’est là que je vais mourir ! et les pensées qui le tourmentaient disparurent. Selon la tradition athonite d’avoir le souvenir de la mort à jamais gravé dans l’esprit, le P. Isaac a creusé une tombe pour lui-même dans le jardin à côté de sa kalyva, l’encensant quotidiennement. Moine dévoué, ascète et homme de prière, le P. Isaac était connu pour être très strict envers lui-même, car c’était la direction de la vie spirituelle qu’il avait adoptée de saint Paissios. D’apparence austère de prime abord , il montre une véritable préoccupation paternelle pour ceux qui recherchaient ses conseils spirituels. Il était particulièrement attaché au mystère du repentir et appelait chacun à se confesser fréquemment. Il s’est retiré du monde, sans jamais couper ses liens avec lui, et est resté, comme l’a justement fait remarquer saint Paissios, l’un de ces « opérateurs radio de Dieu » qui, loin de l’agitation, restaient à l’écoute de la longueur d’onde spirituelle pour capter les signaux, et puis pour les renvoyer vers le monde extérieur.

La confrérie qu’il fonda menait une vie d’ascèse extrême : leur kalyva n’avait ni gaz ni électricité ; les moines n’utilisaient ni douche ni chauffage et ne possédaient pas d’argent. Ils s’approvisionnaient en bois de chauffage pour la cuisine et le chauffage et s’approvisionnaient en eau dans des citernes. Les frères avaient comme obédience d’offrir des conseils spirituels aux pèlerins, de s’engager dans le travail manuel et l’édition. Père Isaac a traduit des écrits spirituels du grec en arabe. Il a aidé ses concitoyens arabophones à découvrir l’héritage spirituel de son saint patron, le Vénérable Isaac le Syrien, en publiant la traduction de son livre, Homélies Ascétiques, ainsi que l’hagiographie et un texte de service complet au saint (la première édition a été publiée en 1983 au Liban). De plus, il y avait des publications de ses traductions arabes de L’Echelle de Saint Jean Climaque et des œuvres de saint Paissios l’Athonite : ses épîtres, le livre, Elder Hadji-George l’Athonite, et la vie du géronda russe Tikhon, le père spirituel de St. Paissios , entre autres. La première biographie de Saint Paissios du Mont Athos était une offrande spéciale du P. Isaac au monde orthodoxe. Il a commencé à travailler sur le livre sur son père spirituel deux ans après la mort de Paisios. Père Isaac n’a jamais pu terminer son travail (il a quitté cette vie quatre ans après le départ de saint Paisios). C’était le P. Euthyme, son disciple, avec la confrérie de la Kalyva de la Sainte Résurrection, qui a terminé son travail et a préparé le livre pour la publication. La première édition a été publiée en 2004, portant le nom du Hiéromoine Isaac comme auteur. Père Isaac a résidé sur le mont Athos pendant 20 ans au total, faisant des voyages occasionnels au Liban, en Syrie, en Jordanie et en Égypte. Seul moine arabophone de la Montagne Sainte, il accueillait dans sa kalyva les pèlerins orthodoxes en provenance des patriarcats d’Antioche, de Jérusalem et d’Alexandrie. Grâce à lui, beaucoup d’entre eux ont appris de première main la tradition monastique athonite. Parmi les orthodoxes arabophones, la kalyva de la Sainte Résurrection Kalyva est devenue connue sous le surnom de « Portes d’Antioche du mont. Athos. Il leur disait fréquemment : « Je suis ici pour vous et pour l’Église d’Antioche. P. Isaac a gagné l’amour et le respect de nombreux orthodoxes en Grèce.Le Prêtre P. Melhem, le gendre de son frère, a témoigné avoir vu les photographies de « Geronda Isaac » dans les maisons de nombreux Grecs à travers le pays, tandis que sur l’Athos, toute mention du Liban est immédiatement associée à son nom, puisqu’il est vénéré. par les moines athonites en tant que saint ancien ascète. Au début des années 1980, son père Nemr Atallah décide de répartir sa fortune entre ses enfants. Il voulait que le P. Isaac, qui résidait sur Athos, prenne les devants et de la gérer comme le frère aîné. Ses jeunes frères lui ont écrit au sujet du souhait de leur père. Rapidement, ils reçurent une lettre dans laquelle le P. Isaac leur a demandé : « Avez-vous déjà pensé à préparer au moins un tout petit lopin pour vous au paradis au lieu de vous soucier des choses matérielles qui sont de ce monde ? Comme le P. Isaac n’est pas venu, son père s’est occupé seul du partage de l’héritage en le répartissant également entre tous les membres de leur famille, y compris le fils aîné. Quelques mois plus tard, le P. Isaac est arrivé au Liban. Il rend visite à son père qui lui parle du partage et de sa part qui lui est attribuée. Remerciant son père pour l’amour et les soins, l’Athonite lui a demandé de le partager également entre ses frères et sœurs parce qu’il se consacrait pleinement à Dieu et espérait hériter d’au moins une petite parcelle au paradis. Au début de l’été 1998, la santé de Père Isaac s’est détériorée et il a dû quitter le mont Athos pour Thessalonique pour y être soigné à l’hôpital. La nouvelle troublante est parvenue à sa famille au Liban. Le père Melhem se souvient : « Antoine, le frère du père Isaac, son neveu George (le fils de son frère Joseph) et moi-même avons décidé de venir en Grèce pour obtenir des informations de première main sur lui. Une fois arrivés là-bas, nous sommes allés directement à l’hôpital. Aucun visiteur n’était autorisé à la chambre d’Isaac, mais la direction de l’hôpital, ayant appris l’arrivée des membres de sa famille, nous a permis d’entrer. Antoine fut le premier à entrer dans la pièce. Quand il a vu son frère qui était très malade, il n’a pas pu retenir ses larmes. Mais le P. Isaac le salua avec un sourire et parla le premier : « Mon frère, qu’est-ce qui t’a amené ici ? Vous a-t-on dit que j’étais malade pour que vous vouliez venir me voir ? Je pensais à toi. J’ai passé de nombreuses années à prier et à jeûner pour rencontrer le Seigneur et je sens que je suis prêt à affronter cette heure bénie. Mais je m’inquiète pour toi, mon frère, car tu te consacres entièrement au travail. Astu fait quelque chose pour te préparer à ta dernière heure ? Es-tu prêt à rencontrer le Seigneur ?

L’histoire suivante me vient à l’esprit à propos du séjour d’Isaac à l’hôpital. Lorsque son enfant spirituel, le P. Euthyme (un futur supérieur de la Kalyva de la Sainte Résurrection à Kapsala) lisait les prières devant lui, l’un d’eux avait le mot « mort » mentionné à quelques reprises. P. Euthyme s’arrêta confus, incapable de lire davantage. P. Isaac lui a demande alors de continuer à lire la prière avec audace en disant : « Qu’est y-ce qu’il y a à craindre ? J’ai travaillé dur pour que cette heure vienne, et je suis prêt.

Un jour, pendant le séjour d’Isaac à l’hôpital, une infirmière qu’il n’avait jamais vue auparavant est entrée dans sa chambre. Il lui adressa un reproche : « C’est honteux d’être embarrassé par ton nom, Sultana ! L’infirmière s’est figée, car l’aînée, sans jamais le lui demander, connaissait son nom et la douleur que cela lui causait. Il a poursuivi : « Pourquoi as-tu honte de ton nom, mon enfant ? Est-ce parce que vos parents vous ont donné un nom étranger et que vous pensez qu’il est d’origine turque, indigne d’un chrétien ? Laissez-moi vous dire, dans mon pays le Liban, ce nom est associé à la Reine des Cieux et à la Mère de Dieu, comme on l’appelle ainsi ! Prends plaisir à ton grand nom et sois-en fière » L’infirmière s’est inclinée devant l’aîné, lui a embrassé la main et est partie après avoir effectué les procédures médicales nécessaires. A partir de ce moment, elle assista toujours avec empressement cet étranger qui lui devint soudain si cher après avoir révélé un secret douloureux et l’avoir guérie de sa souffrance spirituelle. Elle est restée à son chevet jusqu’à la fin de son séjour à l’hôpital. Lorsqu’il a quitté l’hôpital , elle entra précipitamment dans sa chambre et emporta chez elle le linge de lit sur lequel il était allongé. Lorsque la nouvelle de son décès est arrivée, Sultana a réalisé quel trésor elle avait reçu de l’ascète libanais. Lorsque que l’armoire à linge était ouverte, la pièce se remplissait immédiatement de parfum. Elle invitait les Libanais orthodoxes qui connaissaient le P. Isaac bien afin qu’ils puissent toucher le linge parfumé en signe de réception de sa bénédiction. Peu de temps avant sa mort, le P. Isaac se sentit un peu mieux et demanda à être transféré de l’hôpital au monastère Saint-Jean le Précurseur à Metamorfosi. C’est là qu’il s’est endormi dans le Seigneur le 16 juillet 1998. Le Hiéromoine Isaac (Atallah) a été enterré dans cette même tombe qu’il avait creusée pour lui-même près de la Kalyva de la Sainte Résurrection du Seigneur sur le mont Athos.

Prêtre Melhem al-Hourani Traduction de la version russe par Liubov Ambrose Pravoslavie.ru 28/07/02

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