{"id":1765,"date":"2019-02-18T16:53:57","date_gmt":"2019-02-18T16:53:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.orthodoxie-reunion.com\/?p=1765"},"modified":"2019-02-18T16:56:13","modified_gmt":"2019-02-18T16:56:13","slug":"le-publicain-et-le-pharisien-dans-le-train","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.orthodoxie-reunion.com\/?p=1765","title":{"rendered":"Le publicain et le pharisien dans le train"},"content":{"rendered":"<p><em>Le triode du Grand Car\u00eame d\u00e9bute avec le dimanche du Pharisien et du Publicain qui tombe cette ann\u00e9e 2019 le 17 f\u00e9vrier.<\/em> <em>L&rsquo;histoire suivante s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9e il y a peu de temps dans un train reliant Moscou \u00e0 la bourgade de Petushki situ\u00e9e \u00e0 120 km vers l&rsquo;est.<\/em><\/p>\n<p>Une personne (d\u00e9nomm\u00e9e Mikael) a r\u00e9cemment [l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re] \u00a0post\u00e9 une nouvelle dans un r\u00e9seau social qui a \u00e9t\u00e9 instantan\u00e9ment reprise par beaucoup. L&rsquo;histoire est la suivante (en laissant de c\u00f4t\u00e9 les gros mots):<\/p>\n<p>\u00abJ&rsquo;\u00e9tais dans le train \u00e9lectrique entre Moscou et Petushki. Tout \u00e0 coup, un vagabond entra dans la voiture, tout meurtri, le visage bouffi et boursoufl\u00e9. Il avait environ trente ans. Regardant autour de lui, il dit : \u00abVous tous mes chers, je n\u2019ai rien mang\u00e9 depuis trois jours. Je suis honn\u00eate. Je ne veux pas \u00eatre un voleur parce que je ne pourrai pas fuir si on\u00a0 essaie de m\u2019attraper. Mais j\u2019ai tellement faim ! Donnez-moi autant d&rsquo;argent que vous pouvez. Ne regardez pas mon visage;\u00a0 J&rsquo;avoue que je bois beaucoup. Et l\u2019argent que vous me donnez, je le d\u00e9penserai aussi pour boire ! \u00bb Puis il se d\u00e9pla\u00e7a le long du compartiment du train.<\/p>\n<p>Ici, en Russie, les gens sont tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9reux. Ils ont rapidement collect\u00e9 environ cinq cents roubles (environ 7 euros). Le clochard s&rsquo;arr\u00eata au bout du compartiment, se retourna face aux gens, s&rsquo;inclina et dit: \u00abMerci! Que Dieu vous accorde le salut \u00e0 vous tous\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Un homme \u00e0 l&rsquo;air m\u00e9chant, assis \u00e0 la fen\u00eatre \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re du compartiment &#8211; il ressemblait \u00e0 un scientifique et portait une paire de lunettes &#8211; \u00e9clata de col\u00e8re soudain en hurlant vers le vagabond: \u00abToi, l\u2019 imb\u00e9cile! Tu mendies, tu demandes de l\u2019argent ! Et moi je n\u2019ai pas assez d\u2019argent pour nourrir ma famille. Et si j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 vir\u00e9 il y a peu ?! Je ne suis pas un mendiant comme toi\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir entendu tout cela, le clochard a sorti de ses poches tout ce qu&rsquo;il avait r\u00e9ussi \u00e0 recueillir ce jour-l\u00e0 (environ deux mille roubles, billets et pi\u00e8ces de monnaie) et a tendu la main pour donner l&rsquo;argent \u00e0 l\u2019homme :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Prenez le. Vous en avez besoin.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quoi ?\u00a0\u00bb R\u00e9pondit l&rsquo;homme abasourdi.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Prenez le. Vous en avez plus besoin que moi. Les gens sont tr\u00e8s gentils ! \u00bb a insist\u00e9 le clochard, il lui a remis l\u2019argent dans ses mains, puis il s&rsquo;est retourn\u00e9 pour quitter le wagon.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Toi, arr\u00eate-toi maintenant !\u00a0\u00bb Cria l&rsquo;homme qui se leva aussit\u00f4t de son si\u00e8ge avec l&rsquo;argent entre ses mains. Il a suivi le vagabond. Les gens dans tout le compartiment \u00e9taient tous silencieux. Durant les cinq minutes suivantes, nous avons \u00e9cout\u00e9 attentivement leur dialogue dans le vestibule du train . L&rsquo;homme criait que les gens \u00e9taient pourris, alors que le clochard \u00e9tait convaincu que les gens \u00e9taient g\u00e9n\u00e9reux et merveilleux. L\u2019homme a essay\u00e9 de rendre l\u2019argent au clochard mais il ne l\u2019a pas accept\u00e9. Finalement, le clochard est all\u00e9 plus loin dans le train et l&rsquo;homme est rest\u00e9 seul dans le vestibule. Il semblait h\u00e9siter \u00e0 retourner \u00e0 sa place. Il a allum\u00e9 une cigarette.<\/p>\n<p>Le train est arriv\u00e9 \u00e0 une gare. Des passagers sont mont\u00e9s et descendus du train. L\u2019homme a \u00e9teint la cigarette, est revenu et a repris place \u00e0 la fen\u00eatre. Personne ne lui pr\u00eatait une attention particuli\u00e8re : le compartiment vivait sa propre vie. Le train est arriv\u00e9 \u00e0 certaines gares ; certains passagers sont descendus et d&rsquo;autres sont entr\u00e9s.<\/p>\n<p>Nous avions pass\u00e9 cinq stations et le train approchait de la mienne. Je me suis lev\u00e9 et me suis dirig\u00e9 vers la sortie. En passant, j\u2019ai jet\u00e9 un coup d&rsquo;\u0153il \u00e0 l&rsquo;homme. La t\u00eate tourn\u00e9e vers la fen\u00eatre, l&rsquo;homme malveillant \u00e9tait assis l\u00e0 \u00e0 pleurer.<\/p>\n<p>Il aurait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9f\u00e9rable que nous laissions une histoire comme celle-ci (et je crois que c&rsquo;est une vraie histoire) sans aucun commentaire. Mais le dimanche du publicain et du pharisien peut \u00eatre un motif de r\u00e9flexion sur ce qui s\u2019est pass\u00e9 dans cette histoire. Dans la parabole que nous entendons \u00e0 la Divine Liturgie le dimanche du publicain et du pharisien (Luc 18: 10-14), le Seigneur rejette intentionnellement les st\u00e9r\u00e9otypes existants sur le bien et le mal, sur ceux qui sont bons et ceux qui sont m\u00e9chants. Et c\u2019est certainement pour une raison bien pr\u00e9cise que les personnages de la parabole sont deux individus diam\u00e9tralement oppos\u00e9s dans leurs vues morales. Pour la soci\u00e9t\u00e9, le pharisien est un homme parfaitement juste, car il est parfaitement conscient des aspects les plus subtils de la loi et sait comment s&rsquo;y conformer. Le publicain est d\u00e9finitivement un p\u00e9cheur, un p\u00e9cheur par d\u00e9finition, car il doit travailler pour un gouvernement oppressif ; profitant de cet avantage honteux, il prend ill\u00e9galement de l&rsquo;argent \u00e0 ses compatriotes. Reprenant cela, le Christ dirige notre attention sur deux points. Premi\u00e8rement, ce n\u2019est pas une ob\u00e9issance m\u00e9ticuleuse \u00e0 la loi, mais une vision du monde ad\u00e9quate des choses qui est le fondement de la justice v\u00e9ritable. Par cons\u00e9quent, un mode de vie p\u00e9cheur peut rendre un individu juste pour le Seigneur (\u00e0 condition que l&rsquo;individu rejette le p\u00e9ch\u00e9, bien s\u00fbr) ; ou bien \u00a0au contraire, une vie apparemment juste peut conduire \u00e0 une barri\u00e8re presque insurmontable entre l&rsquo;homme et le Seigneur, lorsque l&rsquo;homme ignore la v\u00e9ritable source de la justice et grandit dans sa complaisance de soi. La deuxi\u00e8me conclusion \u00e0 laquelle nous parvenons est morale. Nous devons \u00e9viter tout type de jugement : le simple fait de penser \u00e0 juger ne nous donne aucune chance de conna\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9, elle est trop superficielle. Cela \u00e9quivaut \u00e0 notre tentative d\u2019imaginer la taille d\u2019un iceberg par son sommet surplombant l\u2019eau.<\/p>\n<p>Cette histoire dans le train illustre parfaitement la v\u00e9racit\u00e9 de la parabole du Christ concernant l\u2019homme contemporain : elle d\u00e9voile les faux st\u00e9r\u00e9otypes et nous conduit \u00e0 des conclusions morales. Comment la soci\u00e9t\u00e9 a-t-elle consid\u00e9r\u00e9 l&rsquo;homme m\u00e9chant qui hurlait envers le vagabond ? C\u2019\u00e9tait un homme qui ne montrait aucun signe de p\u00e9ch\u00e9 &#8211; un homme d\u2019\u00e2ge moyen bien habill\u00e9, il ne semblait \u00eatre ni un buveur ni un mendiant. Nous ne pouvons pas le comparer avec le clochard, qui a pass\u00e9 toute sa jeunesse \u00e0 boire et qui a ensuite sombr\u00e9 dans la mendicit\u00e9. Ce vagabond n\u2019avait m\u00eame pas honte de dire qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas un voleur, car il serait incapable de fuir et qu\u2019il gaspillerait l\u2019argent que les gens lui donneraient dans l\u2019alcool. Quel p\u00e9cheur !<\/p>\n<p>Ne n\u00e9gligeons pas le fait que nous, chr\u00e9tiens, nous faisons parfois des jugements similaires ! Par cons\u00e9quent, ce qui est arriv\u00e9 dans l&rsquo;histoire devrait \u00eatre une le\u00e7on pour nous, avant tout. En fin de compte, les passagers se sont \u00e9mus pour le clochard meurtri, qui se comportait plus justement que l&rsquo;homme qui\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab ressemblait \u00e0 un scientifique et portait une paire de lunettes \u00bb. Mais pourquoi s&rsquo;est-il comport\u00e9 de la sorte ? Je crois que nous pouvons trouver un indice \u00e0 partir du comportement du \u00ab\u00a0publicain\u00a0\u00bb de ce train \u00e0 travers ses propres mots. Apparemment, il r\u00e9alise \u00e0 quel point il est esclave de sa passion. Il se rend compte qu&rsquo;\u00e0 ce moment pr\u00e9cis il ne pourrait pas r\u00e9sister \u00e0 la tentation. Il en parle ouvertement et franchement. N\u00e9anmoins, les passagers sympathisent avec lui et lui donnent de l&rsquo;argent, ce qui ne peut que lui inspirer un sentiment de gratitude. Dans son c\u0153ur, la gratitude portait la r\u00e9ponse r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par sa mis\u00e9ricorde d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e. De plus, il \u00e9tait conscient que \u00ab les gens \u00e9taient g\u00e9n\u00e9reux et merveilleux \u00bb, que la prochaine fois, ils lui donneraient aussi de l\u2019argent ! Le\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab m\u00e9chant homme \u00bb ressemble plus au pharisien, ce qui est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par ses propres mots, pleins de complaisance apparente et de condamnation s\u00e9v\u00e8re du mendiant.<\/p>\n<p>Que Dieu nous pr\u00e9serve de juger qui que ce soit! Nous ferions mieux de nous demander si nous nous comportons comme un \u00ab\u00a0homme \u00e0 l&rsquo;air m\u00e9chant\u00a0\u00bb. Avant de crier sur le clochard, il a fallu que le clochard arrive au bout du compartiment. Seul Dieu sait combien de personnes parmi celles qui n\u2019ont pas donn\u00e9 d\u2019argent au clochard l\u2019ont jug\u00e9, mais elles n\u2019ont pas os\u00e9 crier apr\u00e8s lui. Combien d&rsquo;entre eux l\u2019ont jug\u00e9 sans m\u00eame lui donner un centime. Ce faisant, ils se sont priv\u00e9s de la possibilit\u00e9 de prendre part \u00e0 l&rsquo;acte de mis\u00e9ricorde que le clochard allait bient\u00f4t accomplir. J&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;au moins l&rsquo;un d&rsquo;entre eux a appris la le\u00e7on et a fait la promesse \u00e0 Dieu et \u00e0 lui-m\u00eame qu&rsquo;il ne jugerait plus jamais personne.<\/p>\n<p>Je suppose que le pharisien est celui qui a appris la le\u00e7on la plus pr\u00e9cieuse de l&rsquo;histoire. Ce que le vagabond a fait impressionne m\u00eame ceux qui viennent de lire cette histoire, sans parler de celui \u00e0 qui le vagabond a fait mis\u00e9ricorde. La larme qui coule sur sa joue \u00e0 la fin de l\u2019histoire prouve la v\u00e9rit\u00e9 du Christ: le bien triomphe du mal. Ce doit \u00eatre la conclusion principale \u00e0 laquelle nous devrions arriver pour lire cette histoire \u00e9tonnante, moderne et vraie.<\/p>\n<p>Demain, je voyagerai de Moscou \u00e0 Petushki. Qui veut venir avec moi ?<\/p>\n<p>P. Dimitry Vydumkin<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>http:\/\/orthochristian.com\/119382.html<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le triode du Grand Car\u00eame d\u00e9bute avec le dimanche du Pharisien et du Publicain qui tombe cette ann\u00e9e 2019 le 17 f\u00e9vrier. L&rsquo;histoire suivante s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9e il y a peu de temps dans un train reliant Moscou \u00e0 la bourgade de Petushki situ\u00e9e \u00e0 120 km vers l&rsquo;est. 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