{"id":1708,"date":"2018-11-10T10:22:08","date_gmt":"2018-11-10T10:22:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.orthodoxie-reunion.com\/?p=1708"},"modified":"2018-11-10T10:41:18","modified_gmt":"2018-11-10T10:41:18","slug":"le-p-nicolas-yanney-pretre-orthodoxe-au-centre-des-etats-unis-a-la-fin-du-xixeme-siecle-et-au-debut-du-xxeme","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.orthodoxie-reunion.com\/?p=1708","title":{"rendered":"Le P. Nicolas Yanney: pr\u00eatre orthodoxe au centre des Etats Unis \u00e0 la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle et au d\u00e9but du XX\u00e8me"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;h\u00e9ritage du p\u00e8re Nicolas Yanney<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Matthew Namee<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce qui suit est le texte d&rsquo;un discours de l&rsquo;auteur sur le P. Nicolas Yanney, le 28 octobre 2018, lors d&rsquo;un p\u00e8lerinage \u00e0 Kearney, Nebraska, en comm\u00e9moration du 100e anniversaire de son repos.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Je pense que la premi\u00e8re fois que j&rsquo;ai pris conscience du P. Nicolas c\u2019\u00e9tait en 2004, lorsque j&rsquo;ai lu le discours d\u2019intronisation de l\u2019\u00e9v\u00eaque Basile. Il a \u00e9voqu\u00e9 ce pr\u00eatre de circonscription qui poss\u00e9dait un vaste territoire qui couvrait pratiquement tout le centre des \u00c9tats-Unis. C\u2019est impressionnant, c\u2019est certain, mais vraiment, je dois \u00eatre honn\u00eate, \u00e7a ne se d\u00e9marque pas. Il y avait BEAUCOUP de pr\u00eatres orthodoxes en circonscription \u00e0 cette \u00e9poque. Je n\u2019\u00e9tais pas ici pour le p\u00e8lerinage dioc\u00e9sain il y a dix ans, mais cela m\u2019a frapp\u00e9 comme une famille honorant leur anc\u00eatre \u2013 ce qui est tout \u00e0 fait convenable, mais ce n\u2019est pas forc\u00e9ment un sujet important pour quiconque se trouvant en dehors du dioc\u00e8se. Le P. Nicolas est l\u2019anc\u00eatre du dioc\u00e8se de Wichita et il nous int\u00e9resse parce qu\u2019il est n\u00f4tre, mais si vous \u00eates grec ou russe ou serbe ou si vous habitez sur une des c\u00f4tes, le P. Nicolas est juste un autre vieux pr\u00eatre. Il y avait beaucoup de personnes pareilles.<\/p>\n<p>Je ne suis pas ici pour parler du P. Nicolas parce qu\u2019il est l\u2019anc\u00eatre du dioc\u00e8se de Wichita, ou parce-qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 le premier pr\u00eatre ordonn\u00e9 par saint Rapha\u00ebl, ou parce-qu\u2019il est une figure historique assez remarquable de l\u2019orthodoxie am\u00e9ricaine. Ces choses sont toutes vraies, mais ce sont des notes de bas de page. La raison pour laquelle Nicolas est important, la raison pour laquelle il m\u00e9rite l&rsquo;attention, non seulement des Antiochiens d&rsquo;Am\u00e9rique centrale, mais de tous les chr\u00e9tiens orthodoxes du monde entier, c\u2019est qu&rsquo;il est une ic\u00f4ne de la fid\u00e9lit\u00e9, de l&rsquo;endurance et des sacrifices pour l&rsquo;amour du Christ. L&rsquo;h\u00e9ritage du P. Nicolas n&rsquo;est pas simplement ce dioc\u00e8se ; l&rsquo;h\u00e9ritage du P. Nicolas est la saintet\u00e9.\u00a0La biographie de Nicolas au d\u00e9but est int\u00e9ressante mais pas n\u00e9cessairement rare. Il a grandi pr\u00e8s du monast\u00e8re de Balamand (actuellement au Liban). Il s&rsquo;est mari\u00e9 \u00e0 la fin de son adolescence et il a quitt\u00e9 son village pour venir en Am\u00e9rique afin de donner \u00e0 sa famille une vie meilleure que celle offerte dans son pays natal.En cela, il ressemblait \u00e0 tant d&rsquo;autres, y compris \u00e0 ma propre famille et \u00e0 beaucoup des v\u00f4tres. L\u2019Am\u00e9rique \u00e9tait une terre d\u2019opportunit\u00e9s et la recherche de cette opportunit\u00e9 signifiait quitter son foyer, sa famille et sa communaut\u00e9.\u00a0Il n&rsquo;\u00e9tait que Nicolas Yanney, bien s\u00fbr, pas encore P\u00e8re Nicolas. Lui et sa femme, Martha, sont d&rsquo;abord all\u00e9s \u00e0 Omaha, et Nicolas a travaill\u00e9 comme colporteur &#8211; encore une fois, comme beaucoup de jeunes immigrants syriens de l&rsquo;\u00e9poque. Ils avaient des enfants et ils s&rsquo;install\u00e8rent dans une petite propri\u00e9t\u00e9 non loin de Kearney, o\u00f9 ils ont fait souche de fa\u00e7on modeste. Je ne sais pas quelles \u00e9taient leurs attentes, ni s\u2019ils en avaient. Je sais que c&rsquo;\u00e9taient des chr\u00e9tiens orthodoxes pieux qui avaient pass\u00e9 des ann\u00e9es sans m\u00eame voir un pr\u00eatre, encore moins se confesser, prendre la communion ou faire baptiser leurs enfants.Et puis un jour, quelque chose d\u2019inattendu s\u2019est pass\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait en 1899. Nicolas et Martha \u00e9taient dans le Nebraska depuis pr\u00e8s de six ans. Quelques ann\u00e9es auparavant, un jeune pr\u00eatre syrien dynamique, nomm\u00e9 P. Raphael Hawaweeny \u00e9tait venu \u00e0 New York pour s&rsquo;occuper des immigrants (libano)-syriens orthodoxes dispers\u00e9s en Am\u00e9rique. Et maintenant, \u00e0 la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9 de 1899, St. Raphael s\u2019est rendu jusqu\u2019\u00e0 la ville isol\u00e9e de Kearney, Nebraska\u2026 Je laisserai St. Raphael lui-m\u00eame raconter l\u2019histoire, tir\u00e9e de son journal sur sa mission :\u00a0\u00ab Le mardi 7 septembre, j&rsquo;ai quitt\u00e9 Omaha et suis all\u00e9 plus \u00e0 l&rsquo;ouest vers la ville de Kearney, o\u00f9 je suis arriv\u00e9 apr\u00e8s minuit au lieu d&rsquo;arriver \u00e0 15h30 comme pr\u00e9vu. [\u2026] Quand je suis arriv\u00e9 \u00e0 Kearney, presque tous nos Syro-Arabes sont venus me saluer \u00e0 la gare. Du train, ils m&rsquo;ont emmen\u00e9 chez un a\u00een\u00e9 dans une voiture d\u00e9couverte. Il faisait si froid que je frissonnais tout au long du chemin et que je me r\u00e9chauffais seulement devant la chemin\u00e9e de la maison de mes h\u00f4tes et que je le payais en reniflant. Nous sommes tous rest\u00e9s \u00e9veill\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 quatre heures du matin, apr\u00e8s quoi tout le monde est rentr\u00e9 chez soi pour se reposer. Le lendemain matin, je me sentais si mal que je n\u2019\u00e9tais pas capable de servir la Divine Liturgie, mais seulement le service des typiques. \u201d\u00a0Alors, arr\u00eatons-nous un instant, ce r\u00e9cit commence \u00e0 vous dire quelque chose sur Saint-Rapha\u00ebl et \u00e0 quel point il \u00e9tait d\u00e9vou\u00e9 envers son peuple. Son train a \u00e9t\u00e9 retard\u00e9 de huit heures ; il est arriv\u00e9 \u00e9puis\u00e9 apr\u00e8s minuit ; il faisait froid et il se sentait malade &#8211; puis il est rest\u00e9 \u00e9veill\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 quatre heures du matin pour rendre visite \u00e0 son peuple, puis, apr\u00e8s un sommeil bref, il s\u2019est lev\u00e9 le matin pour un service religieux, m\u00eame s&rsquo;il se sentait si mal qu&rsquo;il ne pouvait\u00a0 servir la liturgie. En tout cas, Saint-Rapha\u00ebl continue :\u00a0\u00ab Le soir, je me suis senti mieux et j&rsquo;ai propos\u00e9 aux membres de la communaut\u00e9 locale d&rsquo;aller \u00e0 cheval \u00e0 la ferme d&rsquo;un des Syro-Arabes orthodoxes qui y habite avec sa famille et son fr\u00e8re, situ\u00e9 \u00e0 environ 18 kilom\u00e8tres au nord-est de Kearney. \u00c0 21 heures avec 15 personnes qui m\u2019accompagnaient sur quatre cal\u00e8ches, nous sommes partis pour notre voyage. Il faisait beau, la route \u00e9tait plate et la lune \u00e9tait pleine. Mes compagnons ont tellement appr\u00e9ci\u00e9 que pendant tout le voyage, ils ont chant\u00e9 des chants d&rsquo;\u00e9glise et du pays d\u2019origine. \u201dAinsi Saint-Rapha\u00ebl, priv\u00e9 de sommeil et luttant contre un rhume, a entendu parler de cet agriculteur &#8211; Nicolas Yanney &#8211; et de sa famille, qui vivaient tr\u00e8s loin \u00e0 la campagne. Et il s&rsquo;est port\u00e9 volontaire pour aller les voir au milieu de la nuit. C&rsquo;\u00e9tait sa propre id\u00e9e. C&rsquo;est le bon berger qui laisse les 99 brebis et cherche celle qui est perdue. Mais dans ce cas, elles ne sont pas spirituellement perdues &#8211; les Yanney \u00e9taient spirituellement tr\u00e8s forts &#8211; mais ils \u00e9taient litt\u00e9ralement perdus dans le d\u00e9sert. Il aurait pu envoyer des Syriens de Kearney pour ramener les Yanney en ville, mais non, il est all\u00e9 les voir lui-m\u00eame. C\u2019est le genre de pasteur que saint Rapha\u00ebl \u00e9tait.\u00a0\u00ab Nous sommes arriv\u00e9s chez nos agriculteurs vers une heure du matin. A cause des bruits et des coups de feu tir\u00e9s par les armes de poing de mes compagnons, les agriculteurs sont sortis de leur maison et ont appris que leur pr\u00eatre \u00e9tait arriv\u00e9. Ils \u00e9taient si ravis qu&rsquo;avec des larmes et des actions de gr\u00e2ces, ils nous ont embrass\u00e9 et ont embrass\u00e9 le sol, et mes pieds, remerciant le Seigneur Dieu qui leur a permis de voir un pr\u00eatre orthodoxe apr\u00e8s sept ans sans en avoir vu un seul. En v\u00e9rit\u00e9, nous avons tous pleur\u00e9 aussi, en voyant de telles salutations joyeuses. La femme du fermier a pleur\u00e9 plus que quiconque de sa joie. Elle \u00e9tait tellement comme en deuil du fait que vivant dans un endroit si \u00e9loign\u00e9, elle \u00e9tait priv\u00e9e de la possibilit\u00e9 de voir un pr\u00eatre orthodoxe capable de la confesser et de la conseiller, et surtout, de baptiser ses quatre enfants, dont le plus \u00e2g\u00e9 avait six ans.Maintenant que sa peine s&rsquo;est transform\u00e9e en joie et ne croyant pas ses yeux, elle s&rsquo;est continuellement sign\u00e9e, levant les mains au ciel, remerciant le Seigneur pour cette mis\u00e9ricorde inattendue.\u00a0\u00ab La maison \u00e9tait tr\u00e8s petite. Nous sommes tous rest\u00e9s dans une chambre. De fatigue, certains se sont endormis sur leur chaise, d&rsquo;autres \u00e0 m\u00eame le sol et on m&rsquo;a offert un petit canap\u00e9. Au matin, tout le monde assista avec pi\u00e9t\u00e9 au service des matines. Apr\u00e8s cela, j&rsquo;ai servi la b\u00e9n\u00e9diction des eaux et b\u00e9ni la maison et toute leur ferme. Apr\u00e8s avoir pass\u00e9 toute la journ\u00e9e l\u00e0-bas, nous sommes rentr\u00e9s \u00e0 Kearney dans la soir\u00e9e. Le lendemain, ce fermier, avec toute sa famille et son fr\u00e8re, est venu \u00e0 la Divine Liturgie et pour le bapt\u00eame de leurs enfants\u2026 \u00bbC\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re rencontre de Nicolas avec Saint-Rapha\u00ebl et, plus encore, c\u2019\u00e9tait sa premi\u00e8re rencontre avec un v\u00e9ritable missionnaire orthodoxe. Il connaissait des pr\u00eatres et des moines en Syrie, mais Rapha\u00ebl \u00e9tait une chose diff\u00e9rente. C\u2019\u00e9tait un pasteur dont le troupeau n\u2019\u00e9tait pas concentr\u00e9 dans un village, mais dispers\u00e9 sur un continent. Et le d\u00e9vouement de Rapha\u00ebl et son sacrifice de soi, s\u2019occuper des plus isol\u00e9s de son peuple, laiss\u00e8rent une impression profonde sur Nicolas qui devint apparente au cours de ses ann\u00e9es en tant que pr\u00eatre missionnaire.\u00a0Finalement, St. Raphael est parti et la vie a continu\u00e9 pour les Yanney. Ils avaient quatre enfants et Martha attendait leur cinqui\u00e8me. Nicolas avait 29 ans &#8211; cinq enfants avant l&rsquo;\u00e2ge de 30 ans. Puis quelque chose s&rsquo;est mal pass\u00e9. Martha n\u2019\u00e9tait pas bien. Elle a commenc\u00e9 le travail trop t\u00f4t. Il n\u2019y avait personne pour aider, et m\u00eame les meilleurs m\u00e9decins de l\u2019\u00e9poque n\u2019auraient probablement rien pu faire. Martha est morte en couches. Nicolas \u00e9tait veuf \u00e0 29 ans et avait cinq enfants.\u00a0Et puis il a regard\u00e9, impuissant, son nouveau-n\u00e9 d\u00e9p\u00e9rir et mourir quelques jours plus tard.\u00a0Je sais que la mort des enfants \u00e9tait beaucoup plus fr\u00e9quente \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque qu&rsquo;elle ne l&rsquo;est maintenant, et qu&rsquo;il \u00e9tait \u00e9galement beaucoup plus fr\u00e9quent que les femmes meurent en couches. Mais cela n&rsquo;enl\u00e8ve rien \u00e0 l&rsquo;agonie v\u00e9cue par Nicolas et ses enfants survivants. En tant que mari et p\u00e8re &#8211; mon cinqui\u00e8me enfant vient de na\u00eetre en ao\u00fbt &#8211; je ressens une peine particuli\u00e8re pour Nicolas. La douleur d\u2019une telle perte ne dispara\u00eet jamais.\u00a0Mais c\u2019est ce qui s\u2019est pass\u00e9 ensuite, ce que Nicolas a fait apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 veuf, c\u2019est cela qui commence vraiment \u00e0 le diff\u00e9rencier. Devant Nicolas, il y avait au moins deux chemins, un chemin \u00e9troit et un chemin large. Le grand chemin aurait \u00e9t\u00e9 un remariage, et on aurait difficilement pu lui reprocher de choisir ce chemin. Il avait des petits enfants qui avaient besoin d&rsquo;une m\u00e8re. C&rsquo;\u00e9tait un jeune homme de 29 ans seulement. Il aurait facilement pu faire son deuil pendant un certain temps puis trouver une nouvelle \u00e9pouse parmi les nombreux immigrants libano-syriens qui envahissaient les \u00c9tats-Unis et se rendaient m\u00eame jusqu&rsquo;au Nebraska.\u00a0Le chemin \u00e9troit \u00e9tait une sorte de chemin inou\u00ef. Ce n\u2019\u00e9tait pas comme si le sacerdoce \u00e9tait une option de carri\u00e8re viable &#8211; nous n\u2019avions pas de s\u00e9minaires \u00e0 ce moment-l\u00e0, et il n\u2019y avait m\u00eame pas d\u2019\u00e9v\u00eaque antiochien en Am\u00e9rique. L&rsquo;orthodoxie avait \u00e0 peine commenc\u00e9 \u00e0 s&rsquo;enraciner et il n&rsquo;y avait qu&rsquo;un maigre nombre de paroisses dans tout le pays, de n&rsquo;importe quelle origine ethnique. Mais un peu plus d\u2019un an apr\u00e8s la mort de Martha, les Syriens orthodoxes de Kearney voulaient avoir leur propre paroisse et ont d\u00e9cid\u00e9 en tant que groupe que Nicolas soit leur pr\u00eatre. Et il a accept\u00e9 de porter cette croix. Cela signifiait qu\u2019il ne se remarierait jamais, mais aussi qu\u2019il devrait sacrifier du temps qu\u2019il pourrait passer avec ses enfants pour le bien de son minist\u00e8re sacerdotal. Il aurait difficilement pu pr\u00e9voir l&rsquo;ampleur de ce sacrifice.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, saint Tikhon, l\u2019archev\u00eaque de Russie, avait fait en sorte que Saint-Rapha\u00ebl devienne lui-m\u00eame un \u00e9v\u00eaque, en donnant aux Syriens leur propre hi\u00e9rarchie. Au d\u00e9but de 1904, Nicolas se rendit de Kearney \u00e0 New York pour assister \u00e0 la cons\u00e9cration de Rapha\u00ebl, puis pour \u00eatre ordonn\u00e9 pr\u00eatre. C&rsquo;\u00e9tait son premier grand voyage loin de ses enfants, et ils sont rest\u00e9s avec la famille. Apr\u00e8s son ordination, le P. Nicolas a pass\u00e9 du temps avec St. Raphael \u00e0 Brooklyn, puis est rentr\u00e9e chez lui dans le Nebraska. Mais il ne devenait pas seulement pasteur de la paroisse naissante de Kearney \u2014 St. Rapha\u00ebl lui a confi\u00e9 la responsabilit\u00e9 d\u2019une vaste zone g\u00e9ographique couvrant un territoire \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9quivalent au dioc\u00e8se de Wichita et de l\u2019Am\u00e9rique centrale. Saint-Rapha\u00ebl a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 le berger des moutons antiochiens \u00e9parpill\u00e9s en Am\u00e9rique du Nord, mais dans la pratique, il s&rsquo;agissait d&rsquo;un trop grand territoire \u00e0 couvrir efficacement. Donc le P. Nicolas serait son adjoint, lui-m\u00eame un berger du troupeau antiochien perdu des plaines am\u00e9ricaines.<\/p>\n<p>Les voyages missionnaires de Nicolas sont \u00e9puisants \u00e0 lire. Si j&rsquo;essayais r\u00e9ellement de donner une id\u00e9e pr\u00e9cise de ces voyages, vos yeux s&#8217;embueraient et je ne finirais jamais cette conversation. S\u00e9rieusement, c&rsquo;est une grande partie du de l\u2019histoire de Nicolas, mais c\u2019est quelque chose que je ne peux pas approfondir parce que je perdrais l\u2019attention du public.<\/p>\n<p>Ainsi il a r\u00e9guli\u00e8rement pass\u00e9 plus de six mois loin de chez lui, laissant ses quatre enfants \u00e0 la garde de ses fr\u00e8res. Et nous parlons de voyages sur de vastes \u00e9tendues de terres, principalement en train et parfois en cal\u00e8che, des nuits pass\u00e9es dans toutes sortes de lits inconfortables et improvis\u00e9s, froid, chaleur, solitude, inconfort de toutes sortes. Encore une fois, cela durerait plusieurs mois \u00e0 la fois. P. Nicolas n\u2019a pas beaucoup voyag\u00e9 parce qu\u2019il voulait s\u2019\u00e9loigner de sa famille. Il est important de comprendre cela et de comprendre la diff\u00e9rence entre le P. Nicolas et St. Raphael. J\u2019ai pass\u00e9 beaucoup de temps \u00e0 \u00e9tudier la vie de saint Rapha\u00ebl et \u00e0 le prier. C\u2019est un grand saint qui a beaucoup sacrifi\u00e9, mais il \u00e9tait \u00e9galement agit\u00e9 par nature. Il n\u2019aimait pas rester immobile. Son travail en Am\u00e9rique lui convenait donc parfaitement : il \u00e9tait toujours en mouvement et, quand il n&rsquo;\u00e9tait pas sur la route \u00e0 la sortie de New York, il y avait toujours des projets pour l&rsquo;occuper ici, comme construire une cath\u00e9drale et cr\u00e9er un cimeti\u00e8re. Et il \u00e9tait un moine, sans enfants et il ne manquait vraiment rien quand il voyageait.\u00a0Fr. Nicolas \u00e9tait tr\u00e8s diff\u00e9rent: de toutes les preuves dont nous disposons, il semblait davantage \u00eatre un casanier, heureux de passer des mois \u00e0 travailler diligemment dans sa petite ferme (qu&rsquo;il a d\u00fb abandonner lorsqu&rsquo;il est devenu pr\u00eatre). Il \u00e9tait c\u00e9libataire et avait quatre enfants en bas \u00e2ge dont la m\u00e8re \u00e9tait d\u00e9c\u00e9d\u00e9e. Sa correspondance avec ses enfants r\u00e9v\u00e8le \u00e0 quel point il les aimait profond\u00e9ment. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas quelqu\u2019un qui voulait fuir, qui voulait \u00eatre loin de chez lui pour \u00e9viter la vie de famille. Il voulait \u00eatre avec ses enfants, cultivant la terre, et il a sacrifi\u00e9 cette vie de famille pour le bien de son minist\u00e8re, pour apporter les sacrements aux immigrants syriens qui autrement mourraient de faim spirituellement.Trois ans apr\u00e8s son sacerdoce, en avril 1907, le P. Nicolas partit pour l&rsquo;un de ses longs voyages missionnaires. Il s&rsquo;attendait \u00e0 \u00eatre absent de ses enfants pendant plusieurs mois. Mais en juin, il \u00e9tait dans le Colorado quand il a appris que sa fille Anna, \u00e2g\u00e9e de 11 ans, \u00e9tait tr\u00e8s malade et \u00e9tait sur le point de mourir. Il s&rsquo;est pr\u00e9cipit\u00e9 \u00e0 la maison, mais \u00e0 son arriv\u00e9e \u00e0 Kearney, elle \u00e9tait inconsciente. Elle est morte le 7 juin et le P. Nicolas devait servir ses fun\u00e9railles. Il n&rsquo;a pas pu dire au revoir, entendre sa confession ou donner sa communion. Il est difficile d&rsquo;imaginer ce qu&rsquo;il a d\u00fb ressentir. Certainement, un \u00e9v\u00e9nement comme celui-ci aurait bris\u00e9 certains hommes : son service aupr\u00e8s de Christ signifiait qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas l\u00e0 pour sa fille mourante. Mais le P. Nicolas n&rsquo;a pas maudit Dieu, ni abandonn\u00e9 son poste.\u00a0Cela aurait \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement compr\u00e9hensible si le P. Nicolas avait annul\u00e9 son long voyage missionnaire \u00e0 ce stade. Sa fille \u00e9tait morte, ses fils avaient besoin de lui et sa paroisse de Kearney avait besoin de lui, car ils pleuraient aussi la perte d&rsquo;Anna. Comment pourriez-vous lui reprocher de rester \u00e0 la maison pendant longtemps ? Mais non, le P. Nicolas n&rsquo;est rest\u00e9 \u00e0 Kearney que pendant deux ou trois semaines, puis il a repris la route pour retrouver ces antiochiens dispers\u00e9s et servir des liturgies, des bapt\u00eames, des mariages et des fun\u00e9railles. Encore une fois, il n&rsquo;\u00e9tait pas un \u00e9vad\u00e9, fuyant son chagrin &#8211; il voulait sans doute \u00eatre chez lui, mais son devoir envers Dieu venait avant tout.\u00a0Dans tout cela, le mod\u00e8le de Nicolas \u00e9tait Saint-Rapha\u00ebl. Au cours des ann\u00e9es suivantes, le P. Nicolas a poursuivi son double minist\u00e8re en tant que pr\u00eatre de la paroisse St. George \u00e0 Kearney et en tant que missionnaire itin\u00e9rant dans les plaines. Le dioc\u00e8se syrien de Saint-Rapha\u00ebl grandissait et avec davantage de pr\u00eatres, il y avait un espoir que le P. Nicolas puisse avoir moins d&rsquo;obligations de voyage. Rapha\u00ebl lui-m\u00eame rendit visite \u00e0 Kearney en septembre 1914 et encouragea la paroisse \u00e0 construire une nouvelle \u00e9glise. Les choses s&rsquo;am\u00e9lioraient.Mais le jour m\u00eame de l\u2019arriv\u00e9e de Saint-Rapha\u00ebl \u00e0 Kearney, en septembre, des nuages \u200b\u200bde temp\u00eate ont commenc\u00e9 \u00e0 appara\u00eetre sur le dioc\u00e8se libano-syrien: le m\u00e9tropolite Germanos Shehadi, un \u00e9v\u00eaque antiochien de Syrie, est arriv\u00e9 en Am\u00e9rique. Germanos \u00e9tait apparemment venu pour un voyage de collecte de fonds afin de r\u00e9colter des fonds pour une \u00e9cole d&rsquo;agriculture de son dioc\u00e8se, en Syrie. Mais il est \u00e9galement venu pour profiter de la s\u00e9curit\u00e9 aux \u00c9tats-Unis juste au moment o\u00f9 la Premi\u00e8re Guerre mondiale a \u00e9clat\u00e9 dans le Vieux Monde. Saint-Rapha\u00ebl se m\u00e9fiait des v\u00e9ritables motivations de Germanos, mais il lui accorda la b\u00e9n\u00e9diction de visiter les paroisses syriennes. Pendant quelques mois, tout semblait relativement stable.\u00a0Saint-Rapha\u00ebl n&rsquo;avait que 54 ans, mais tout son travail missionnaire avait mis \u00e0 rude \u00e9preuve son corps. Il a commenc\u00e9 \u00e0 montrer des signes de faiblesse peu de temps apr\u00e8s son retour de Kearney \u00e0 New York et \u00e0 la fin de 1914, il \u00e9tait clou\u00e9 au lit. La fin a eu lieu en f\u00e9vrier &#8211; le 27 f\u00e9vrier 1915, le P. Nicolas re\u00e7ut un t\u00e9l\u00e9gramme \u00e0 Kearney l&rsquo;informant que le grand \u00e9v\u00eaque \u00e9tait mort. Il a servi un trisagion pour l&rsquo;\u00e2me de Rapha\u00ebl dimanche et mardi, il a pris le train pour Brooklyn afin d&rsquo;assister aux fun\u00e9railles.\u00a0Le dioc\u00e8se syrien s\u2019est presque effondr\u00e9 \u00e0 l\u2019enterrement. Les pr\u00eatres syriens ont afflu\u00e9 \u00e0 Brooklyn dans les jours qui ont suivi la mort de Saint-Rapha\u00ebl et se sont retrouv\u00e9s en d\u00e9saccord. Certains ont dit que Rapha\u00ebl \u00e9tait sous l&rsquo;Eglise russe et que la hi\u00e9rarchie russe consacrerait un nouvel \u00e9v\u00eaque syrien. D&rsquo;autres n&rsquo;\u00e9taient pas d&rsquo;accord, soulignant que Saint-Rapha\u00ebl lui-m\u00eame avait dit que son dioc\u00e8se \u00e9tait &#8211; et je cite &#8211; \u00ab un dioc\u00e8se d&rsquo;Antioche, malgr\u00e9 son all\u00e9geance nominale au Saint-Synode russe\u00bb. Que serait-ce donc : la Russie ou Antioche? Le schisme Russo-Antiochien avait commenc\u00e9.<\/p>\n<p>Une partie du probl\u00e8me \u00e9tait que Saint-Rapha\u00ebl n\u2019avait pas de successeur \u00e9vident. Le principal candidat pro-russe \u00e9tait l&rsquo;archimandrite Aftimios Ofiesh, tr\u00e8s ambitieux et tr\u00e8s politicien. Son rival, \u00e9tait le tr\u00e8s jeune &#8211; \u00a0dans les vingt ans &#8211; l\u2019archidiacre Emmanuel Abo-Hatab, qui avait \u00e9t\u00e9 l\u2019assistant de Saint-Rapha\u00ebl dans ses derni\u00e8res ann\u00e9es. Aucun de ces hommes n&rsquo;\u00e9tait qualifi\u00e9 pour devenir \u00e9v\u00eaque.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, il y avait Germanos Shehadi, m\u00e9tropolite d\u2019Antioche, embarassant mais charismatique. Germanos avait brill\u00e9 en Am\u00e9rique. Beaucoup, beaucoup de Syriens pensaient que Germanos devrait bien s\u00fbr \u00eatre le successeur de Rapha\u00ebl. Mais il y avait deux probl\u00e8mes : l&rsquo;un, les Russes n&rsquo;\u00e9taient pas de la partie, et deux, le patriarcat d&rsquo;Antioche ne voulait pas que Germanos reste en Am\u00e9rique et, au fil des ann\u00e9es, ils lui ordonnaient de retourner en Syrie.<\/p>\n<p>C\u2019est int\u00e9ressant &#8211; personne ne l\u2019a jamais sugg\u00e9r\u00e9, mais il me semble que le meilleur candidat pour succ\u00e9der \u00e0 Saint-Rapha\u00ebl \u00e9tait peut-\u00eatre le p\u00e8re Nicolas lui-m\u00eame. Il n&rsquo;aurait jamais \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 &#8211; il \u00e9tait loin d&rsquo;\u00eatre un politique, trop humble, trop peu ambitieux. Il ne faisait pas partie du cercle d\u2019influence du dioc\u00e8se syrien, comme Ofiesh et Abo-Hatab ainsi que le P. Basile Kerbawy de la cath\u00e9drale de Brooklyn. Mais il \u00e9tait \u00e9ligible canoniquement, moralement juste et compl\u00e8tement d\u00e9vou\u00e9 en tant que pasteur. Qui sait ce qui se serait pass\u00e9 si les Syriens de l&rsquo;\u00e9poque avaient \u00e9t\u00e9 plus ouverts d&rsquo;esprit et l&rsquo;ont consid\u00e9r\u00e9 comme candidat possible. Il aurait \u00e9t\u00e9 beaucoup plus digne que n&rsquo;importe lequel des hommes qui \u00e9taient r\u00e9ellement dans la course, et beaucoup plus dans le moule de saint Rapha\u00ebl lui-m\u00eame.<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Mais tout cela n\u2019est que sp\u00e9culatif &#8211; personne n\u2019a envisag\u00e9 le P. Nicolas en tant que candidat. Tout le monde \u00e9tait oblig\u00e9 de choisir un camp. Vouliez-vous Aftimios ou Germanos? La question \u00e9tait \u00e9galement formul\u00e9e ainsi: devrions-nous \u00eatre sous la Russie ou sous Antioche? Avec le recul, il n&rsquo;y avait pas de bonne r\u00e9ponse. Saint-Rapha\u00ebl avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s ambigu quand il avait parl\u00e9 de la Russie et d\u2019Antioche, et il n\u2019avait laiss\u00e9 aucun prot\u00e9g\u00e9, aucun successeur. Pour \u00eatre franc, Aftimios et Germanos \u00e9taient indignes &#8211; des \u00ab\u00a0anaxios\u00a0\u00bb. La Premi\u00e8re Guerre mondiale faisait rage. L\u2019\u00c9glise russe a attendu deux ans avant de consacrer Aftimios et, \u00e0 ce moment-l\u00e0, la Russie elle-m\u00eame \u00e9tait en pleine r\u00e9volution. Pendant ce temps, Germanos a continu\u00e9 \u00e0 chercher des paroisses et \u00e0 refuser de rentrer chez lui en Syrie.\u00a0\u00c0 la fin, le P. Nicolas a choisi Germanos, ce qui, pour lui, aurait moins signifi\u00e9 \u00a0Germanos personnellement (il ne le connaissait pas tr\u00e8s bien) que le choix de rester avec Antioche (et non sur le choix totalement inacceptable d\u2019Aftimios). Je ne peux rien reprocher au p\u00e8re Nicolas pour ce choix. Il \u00e9tait totalement \u00e9loign\u00e9 de la politique de l&rsquo;\u00e9glise, essayant de prendre la meilleure d\u00e9cision dans une situation impossible, avec deux options vraiment mauvaises. Il a souffert pour ce choix &#8211; Emmanuel Abo-Hatab, au nom d&rsquo;Aftimios et de la faction Russe, a poursuivi en justice tous les pr\u00eatres qui soutenaient Germanos, essayant de s&#8217;emparer de leurs biens paroissiaux. Il a port\u00e9 plainte contre le P. Nicolas et gagna. En 1918, les avocats d\u2019Emmanuel \u00e9taient sur le point de saisir la maison de Nicolas, lorsque la pand\u00e9mie de grippe espagnole a frapp\u00e9.\u00a0En 1918, \u00e0 leur retour de la premi\u00e8re guerre mondiale, les soldats ramen\u00e8rent chez eux une grippe mortelle. On estime que la grippe espagnole a tu\u00e9 pr\u00e8s de 100 millions de personnes dans le monde et qu&rsquo;en Am\u00e9rique, environ 28% de la population l&rsquo;a attrap\u00e9e et que plus d&rsquo;un demi-million de personnes sont mortes. La panique \u00e9tait g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et, \u00e0 divers moments, les gouvernements ordonnaient des quarantaines. La grippe s&rsquo;est propag\u00e9e en trois vagues &#8211; la premi\u00e8re et la moins meurtri\u00e8re est celle du printemps 1918. La deuxi\u00e8me a commenc\u00e9 \u00e0 la fin de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 et a atteint son point culminant en octobre. Elle a tu\u00e9 195 000 Am\u00e9ricains en un mois.Pendant que tout cela se passait, le P. Nicolas \u00e9tait occup\u00e9. Il avait affaire avec le \u00a0proc\u00e8s Russe-Antioche et \u00e0 la perspective de perdre sa maison. Son fils et sa belle-fille attendaient leur premier b\u00e9b\u00e9, son premier petit-fils. Et en septembre, son nouvel \u00e9v\u00eaque, le m\u00e9tropolite Germanos, s&rsquo;est rendu \u00e0 Kearney. Apr\u00e8s le d\u00e9part de Germanos, le P. Nicolas a fait ses voyages missionnaires habituels. Il a probablement entendu parler de cette nouvelle vague de grippe lors de ses voyages, d\u00e9but octobre. Il s\u2019est rendu \u00e0 Wichita et, comme il y avait d\u00e9j\u00e0 une quarantaine dans toute la ville, il ne pouvait pas servir la Divine Liturgie dans la nouvelle \u00e9glise de St. George, la premi\u00e8re \u00e9glise orthodoxe de Wichita. Lorsqu&rsquo;il \u00e9tait \u00e0 Wichita, il a oint les malades et a c\u00e9l\u00e9br\u00e9 les fun\u00e9railles d&rsquo;une jeune fille syrienne de 16 ans d\u00e9c\u00e9d\u00e9e alors qu&rsquo;il se trouvait en ville. Il y a de bonnes chances que le P. Nicolas a attrap\u00e9 la grippe l\u00e0-bas, \u00e0 Wichita.\u00a0Il est ensuite retourn\u00e9 dans le Nebraska, visitant des groupes dispers\u00e9s de Syriens, puis est retourn\u00e9 \u00e0 Kearney, juste au moment o\u00f9 l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie de grippe a commenc\u00e9 \u00e0 frapper la ville. Les gouvernements locaux et des \u00c9tats ont impos\u00e9 une quarantaine. Certains des paroissiens de Nicolas \u00e9taient malades et malgr\u00e9 la quarantaine, le P. Nicola a pris la Sainte-C\u00e8ne de r\u00e9serve et a commenc\u00e9 \u00e0 aller de maison en maison, en les oignant et en leur donnant la communion. Un jeune homme de la paroisse est d\u00e9c\u00e9d\u00e9, puis un enfant en bas \u00e2ge. P. Nicolas a servi les fun\u00e9railles. De plus en plus de personnes ont contract\u00e9 la grippe. La sant\u00e9 de Nicolas a continu\u00e9 \u00e0 se d\u00e9t\u00e9riorer &#8211; il \u00e9tait faible et sa respiration s&rsquo;est d\u00e9t\u00e9rior\u00e9e. Il devait savoir qu&rsquo;il \u00e9tait en train de mourir.\u00a0Mais il ne s&rsquo;est pas repos\u00e9. Je me demande m\u00eame s&rsquo;il pensait m\u00eame \u00e0 se reposer &#8211; cela aurait-il m\u00eame \u00e9t\u00e9 une tentation pour un pr\u00eatre qui avait d\u00e9j\u00e0 tant crucifi\u00e9 sa propre volont\u00e9, son propre int\u00e9r\u00eat, pour l&rsquo;amour de Christ et de son troupeau ? Un homme ordinaire &#8211; un homme normal, en r\u00e9alit\u00e9 &#8211; aurait pu rationaliser le besoin de repos. Apr\u00e8s tout, il avait de grandes responsabilit\u00e9s &#8211; ses paroissiens avaient besoin de lui et de tous les autres Syriens du centre de l&rsquo;Am\u00e9rique. Son petit-fils devait na\u00eetre d&rsquo;un jour \u00e0 l&rsquo;autre. Sa famille avait besoin de lui. Mais le P. Nicolas n&rsquo;a pas cess\u00e9 de visiter ses gens, de les oindre, de leur donner la communion, de les aider \u00e0 gu\u00e9rir ou \u00e0 se pr\u00e9parer \u00e0 la mort.C&rsquo;\u00e9tait en fait sa propre pr\u00e9paration \u00e0 la mort. Il a exerc\u00e9 son minist\u00e8re aupr\u00e8s de son peuple jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il ne puisse plus continuer physiquement et qu\u2019il s&rsquo;effondre litt\u00e9ralement. Cela rappelle le Seigneur lui-m\u00eame, que le P. Nicolas imita et servit &#8211; ayant aim\u00e9 les siens, il les aima jusqu&rsquo;\u00e0 la fin (Jean 13: 1). Ses derni\u00e8res paroles \u00e0 ses fils furent les suivants: \u00abGardez vos mains et vos c\u0153urs purs\u00bb. Il est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 minuit, alors que le 28 octobre devenait le 29 octobre.\u00a0Le journal local de Kearney a rapport\u00e9 ce qui suit: \u00abLa semaine derni\u00e8re, le r\u00e9v\u00e9rend Yanney a travaill\u00e9 fid\u00e8lement parmi ses paroissiens, dont beaucoup sont atteints de la grippe. Une exposition consid\u00e9rable \u00e0 la maladie \u00e9tait in\u00e9vitable et bien qu&rsquo;il se soit plaint de ne pas \u00eatre au meilleur de sa sant\u00e9, il a poursuivi son travail sans interruption jusqu&rsquo;\u00e0 la fin. \u00bbLe journal arabe de Brooklyn, Al-Nasr, a \u00e9crit \u00e0 propos du d\u00e9c\u00e8s de Nicolas, \u00abC\u2019\u00e9tait la pire heure lorsque nous avons re\u00e7u le t\u00e9l\u00e9gramme des enfants du p\u00e8re Nicolas. Ils nous ont dit que nous l&rsquo;avions perdu parce qu&rsquo;il \u00e9tait toujours le premier \u00e0 servir le peuple et la congr\u00e9gation. \u201d\u00a0Le P. Nicolas a v\u00e9cu aux \u00c9tats-Unis au 20\u00e8me si\u00e8cle. Il n\u2019a pas eu l\u2019occasion de mourir en martyr. Mais nous ne pouvons pas douter qu&rsquo;il aurait embrass\u00e9 le martyre. Et les modalit\u00e9s de sa mort rappellent la fin en martyr d\u2019un autre grand saint antiochien, Joseph de Damas, doyen de la cath\u00e9drale patriarcale o\u00f9 les parents de saint Rapha\u00ebl \u00e9taient paroissiens. En 1860, des bandes en \u00e9meute ont massacr\u00e9 des chr\u00e9tiens orthodoxes \u00e0 Damas. Au milieu de ce chaos et de cette effusion de sang, Saint-Joseph prit le sacrement de la r\u00e9serve et sauta litt\u00e9ralement de toit en toit, se rendant chez ses paroissiens pour les pr\u00e9parer au martyre. Quand il fut finalement accul\u00e9, saint Joseph consomma le reste de la Sainte-C\u00e8ne quelques instants avant d&rsquo;\u00eatre brutalement assassin\u00e9.P. Nicolas n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 par une foule anti-chr\u00e9tienne, mais sa fid\u00e9lit\u00e9, son courage, sa patience ferme \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la souffrance, son altruisme et son d\u00e9vouement jusqu&rsquo;au bout pour son peuple, d\u00e9montrent sans l&rsquo;ombre d&rsquo;un doute qu&rsquo;il aurait embrass\u00e9 le martyre si l\u2019occasion s\u2019\u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9e.\u00a0Quel est donc l&rsquo;h\u00e9ritage du P. Nicolas? Il \u00e9tait un pr\u00eatre pionnier, un fondateur de paroisses, une figure historique notablement remarquable de l&rsquo;orthodoxie antiochienne en Am\u00e9rique. Mais pour moi, son h\u00e9ritage est bien plus que cela : il est une ic\u00f4ne de ce que devrait \u00eatre un pr\u00eatre et un mod\u00e8le pour nous tous &#8211; membres du clerg\u00e9 et la\u00efcs, mari\u00e9s et c\u00e9libataires, tous orthodoxes, quelle que soit leur juridiction &#8211; pour nous tous, il est un mod\u00e8le de la vraie foi dans la pratique. Et cet h\u00e9ritage appartient non seulement aux Antiochiens d&rsquo;Am\u00e9rique centrale, mais \u00e0 tous les chr\u00e9tiens orthodoxes, partout dans le monde.\u00a0Je suppose que je devrais terminer en disant, que sa m\u00e9moire soit \u00e9ternelle, mais cela ne fait aucun doute. Mieux vaut peut-\u00eatre dire : Saint P\u00e8re Nicolas, prie Dieu pour nous!\u00a0Matthew Namee\u00a0Histoire orthodoxe\u00a011\/2\/2018<\/p>\n<p>http:\/\/orthochristian.com\/116946.html<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;h\u00e9ritage du p\u00e8re Nicolas Yanney &nbsp; Matthew Namee &nbsp; Ce qui suit est le texte d&rsquo;un discours de l&rsquo;auteur sur le P. Nicolas Yanney, le 28 octobre 2018, lors d&rsquo;un p\u00e8lerinage \u00e0 Kearney, Nebraska, en comm\u00e9moration du 100e anniversaire de son repos. &nbsp; &nbsp; Je pense que la premi\u00e8re fois que j&rsquo;ai pris conscience du &hellip; <a href=\"http:\/\/www.orthodoxie-reunion.com\/?p=1708\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Le P. Nicolas Yanney: pr\u00eatre orthodoxe au centre des Etats Unis \u00e0 la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle et au d\u00e9but du XX\u00e8me<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1708","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.orthodoxie-reunion.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1708","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.orthodoxie-reunion.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.orthodoxie-reunion.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.orthodoxie-reunion.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.orthodoxie-reunion.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1708"}],"version-history":[{"count":3,"href":"http:\/\/www.orthodoxie-reunion.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1708\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1711,"href":"http:\/\/www.orthodoxie-reunion.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1708\/revisions\/1711"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.orthodoxie-reunion.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1708"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.orthodoxie-reunion.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1708"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.orthodoxie-reunion.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1708"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}