{"id":1021,"date":"2014-12-09T17:36:52","date_gmt":"2014-12-09T17:36:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.orthodoxie-reunion.com\/?p=1021"},"modified":"2014-12-09T17:37:45","modified_gmt":"2014-12-09T17:37:45","slug":"le-notre-pere-etude","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.orthodoxie-reunion.com\/?p=1021","title":{"rendered":"Le Notre P\u00e8re: Etude."},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left;\"><strong>M\u00e9tropole Orthodoxe roumaine d\u2019Europe Occidentale et M\u00e9ridionale<\/strong><br \/>\n<strong>Centre Orthodoxe d\u2019Etudes et de Recherches Dumitru Staniloae<\/strong><br \/>\nLe Notre P\u00e8re<br \/>\nune pri\u00e8re divine pour l\u2019Homme<br \/>\nConf\u00e9rences du P\u00e8re No\u00ebl TANAZACQ (26 et 27 mars 2012)(1)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Note bibliographique liminaire<br \/>\nJe me suis appuy\u00e9 surtout sur deux auteurs :<br \/>\n-l\u2019Ev\u00eaque Jean de Saint-Denis (1905-1970), qui a fait un remarquable cours sur la pri\u00e8re<br \/>\n(Technique de la pri\u00e8re (2)) \u00e0 l\u2019Institut Saint-Denys en 1958-1959, et qui fut mon \u00e9v\u00eaque et mon<br \/>\nprofesseur de th\u00e9ologie entre 1965 et 1970. Lui-m\u00eame s\u2019appuyait sur les P\u00e8res de l\u2019Eglise, mais il est all\u00e9 bien au-del\u00e0.<br \/>\n-le P\u00e8re Jean Carmignac, qui a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des plus grands biblistes du 20e si\u00e8cle, sp\u00e9cialiste des<br \/>\nmanuscrits de Qumr\u00e2n. Il a fait sa th\u00e8se sur le Notre P\u00e8re (publi\u00e9e en 1969) et a trouv\u00e9 la cl\u00e9 de<br \/>\ncompr\u00e9hension de la 6e demande (la tentation) : cet ouvrage est absolument fondamental et je l\u2019ai utilis\u00e9 constamment (3). Il en a publi\u00e9 aussi une synth\u00e8se, remarquable mais destin\u00e9e au grand public (\u00ab A l\u2019\u00e9coute du Notre P\u00e8re \u00bb, 1971).<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Je l\u2019ai bien connu : je l\u2019avais fait intervenir \u00e0 l\u2019Institut Saint-Denys, o\u00f9 il avait fait une tr\u00e8s belle conf\u00e9rence sur l\u2019origine des Synoptiques. Il est n\u00e9 au Ciel en 1988. Il n\u2019\u00e9tait pas seulement un grand savant : il \u00e9tait aussi un spirituel.<br \/>\nEt bien s\u00fbr aussi sur les P\u00e8res de l\u2019Eglise, accessibles gr\u00e2ce \u00e0 un ouvrage de synth\u00e8se : \u00ab Le Pater<br \/>\nexpliqu\u00e9 par les P\u00e8res \u00bb, \u00e9d. par A. Hamman, qui comporte une table analytique par\u00a0 &lsquo;\u00a0demandes&rsquo; du Notre P\u00e8re, tr\u00e8s pratique\u00a0 (4).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">I-Introduction<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">On a tellement l\u2019habitude de \u00ab dire \u00bb le Notre P\u00e8re qu\u2019on oublie parfois l\u2019essentiel, \u00e0 savoir qu\u2019il<br \/>\ns\u2019agit d\u2019une pri\u00e8re, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019une relation de l\u2019Homme avec Dieu, d\u2019une d\u00e9marche spirituelle. Il faut s\u2019efforcer de garder pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019esprit, lorsqu\u2019on la dit, qu\u2019on s\u2019adresse \u00e0 Dieu.<br \/>\nElle est d\u2019une extr\u00eame importance parce qu\u2019elle est une r\u00e9v\u00e9lation divine (Dieu nous apprend \u00e0 prier Dieu), parce que cette r\u00e9v\u00e9lation a \u00e9t\u00e9 faite au d\u00e9but de la mission terrestre du Christ, dans Son discours inaugural qui pose les fondements de la religion chr\u00e9tienne et de l\u2019Eglise, et parce qu\u2019elle concerne toute l\u2019Eglise, tous ceux qui \u00e9coutent le Christ et sont baptis\u00e9s, mais aussi, in fine, toute l\u2019humanit\u00e9, car \u00ab la Bonne nouvelle sera pr\u00each\u00e9e partout \u00bb, avant que n\u2019arrive le deuxi\u00e8me Av\u00e8nement, selon la proph\u00e9tie du Christ (Mt 24\/14).<br \/>\nElle est aussi eccl\u00e9siale et communautaire (\u00ab Notre P\u00e8re \u00bb).<br \/>\nElle est enfin d\u2019une extr\u00eame difficult\u00e9 (cela fait 2000 ans qu\u2019on s\u2019interroge sur la 6e demande, celle de la tentation).<br \/>\n<em>(1)Faites \u00e0 la Cath\u00e9drale orthodoxe roumaine de Paris et diffus\u00e9es par Internet.<\/em><br \/>\n<em>(2) Jean de Saint-Denis, Mgr.- Technique de la pri\u00e8re.- Paris : Pr\u00e9sence Orthodoxe, 1971.- 217 p. ; in-12\u00b0.<\/em><br \/>\n<em>(3)CARMIGNAC, Jean. &#8211; Recherches sur le Notre P\u00e8re. &#8211; Paris : Letouzey et An\u00e9, 1969. &#8211; 608 p. ; in-4\u00b0.<\/em><br \/>\n<em>&#8211; A l\u2019\u00e9coute du Notre P\u00e8re. \u2013 Paris : Ed. de Paris, 1971.- 123 p. ; in-12\u00b0.<\/em><br \/>\n<em>(4) HAMMAN, Adalbert (OFM) : Le Pater expliqu\u00e9 par les P\u00e8res, nouv. \u00e9d.,Paris : Ed.franciscaines, 1962, 231 p., in-8<\/em><\/p>\n<p><strong>1. Le contexte biblique : les deux textes du Notre P\u00e8re.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">On le trouve chez St Matthieu (Mt 6\/9-15), et chez St Luc (Lc 11\/1-4), mais dans une version<br \/>\nincompl\u00e8te et l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rente.<br \/>\nLa seule version compl\u00e8te se trouve chez St Matthieu, vers le milieu du discours inaugural du<br \/>\nSeigneur (5). Apr\u00e8s avoir parl\u00e9 de l\u2019amour des ennemis et de l\u2019aum\u00f4ne\u00a0 \u00a0(qu\u2019il faut faire \u00ab en secret \u00bb), le Christ aborde un chapitre sur la pri\u00e8re :<br \/>\n-Il indique d\u2019abord le contexte de la pri\u00e8re (\u00ab en secret \u00bb, dans sa chambre, porte ferm\u00e9e, c\u2019est-\u00e0 dire dans le secret de son c\u0153ur) et la m\u00e9thode, la fa\u00e7on de prier (ne pas rab\u00e2cher, pas de verbiage).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Il faut remarquer qu\u2019Il dit : \u00ab votre P\u00e8re \u00bb, en s\u2019adressant aux disciples et \u00e0 tous.<br \/>\n-puis Il indique le \u00ab formulaire \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019Il r\u00e9v\u00e8le le contenu de la pri\u00e8re. Le Christ nous<br \/>\napprend, de Lui-m\u00eame, \u00e0 prier.<br \/>\n-puis Il fait un commentaire sur la 5e demande (la remise des dettes), tant Il estime que cette<br \/>\nquestion est importante.<br \/>\n.Chez St Luc, le contexte est tout \u00e0 fait diff\u00e9rent.<br \/>\nLe Christ est vers le milieu, ou m\u00eame la fin de Sa vie publique : c\u2019est apr\u00e8s Sa rencontre avec Marthe et Marie (o\u00f9 Il rappelle \u00e0 Marthe la vraie hi\u00e9rarchie des valeurs). Le Seigneur se retire \u00e0 l\u2019\u00e9cart pour prier et, \u00e0 Son retour, les Ap\u00f4tres lui demandent : \u00ab apprends-nous \u00e0 prier \u00bb, en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 St Jean- Baptiste qui avait appris \u00e0 prier \u00e0 ses disciples (6). Le Seigneur acquiesce tout de suite et leur indique une pri\u00e8re qui confirme ce qu\u2019Il avait enseign\u00e9 \u00e0 la foule dans Son discours inaugural. Mais St Luc nous rapporte un texte moins complet (invocation diff\u00e9rente, pas de 3e demande (Ta volont\u00e9), ni de 7e (le Malin) et un peu diff\u00e9rent de celui de St Matthieu.<br \/>\nPourquoi cette dualit\u00e9 de contextes et de formulaires dans les Evangiles ?<br \/>\n-D\u2019une part, elle appara\u00eet chez St Matthieu \u00e0 une place \u00ab normale \u00bb, dans le discours inaugural du<br \/>\nSeigneur, qui est la nouvelle Loi, le fondement de l\u2019Eglise, une synth\u00e8se du comportement chr\u00e9tien.<br \/>\nMais ce discours-programme \u00e9tait tellement dense et riche (et long (7)), tellement nouveau (rien que l\u2019amour des ennemis !) qu\u2019il \u00e9tait impossible \u00e0 quiconque, fut-ce aux Ap\u00f4tres, de m\u00e9moriser tout. Ils avaient pu, tout au plus, retenir la ligne directrice, l\u2019esprit.<br \/>\n-Et d\u2019autre part, les Ap\u00f4tres \u00e9taient constamment avec le Christ, ils vivaient avec le rabbi Ieshouah, leur ma\u00eetre : ils n\u2019avaient donc \u00e0 se pr\u00e9occuper de rien. Mais ils Le voyaient vivre. Et ils se rendaient compte qu\u2019Il priait beaucoup : souvent Il s\u2019isolait, partait \u00e0 l\u2019\u00e9cart et priait. Ils se sont alors demand\u00e9s l\u00e9gitimement : comment fait-Il ? A qui s\u2019adresse-t-Il ? Que dit-Il ? D\u2019autant plus que beaucoup d\u2019entre eux venaient de chez Jean-Baptiste, qui leur avait transmis une pri\u00e8re que nous ne connaissons pas. C\u2019est alors que le Christ va leur rappeler ce qu\u2019Il avait dit sur le Mont des B\u00e9atitudes, deux ou trois ans auparavant. Mais St Luc l\u2019a rapport\u00e9e diff\u00e9remment et d\u2019une fa\u00e7on moins compl\u00e8te (8). Carmignac note que St Luc abr\u00e8ge souvent ce qu\u2019ont dit les autres Evang\u00e9listes.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><em>(5)Appel\u00e9 couramment le \u00ab Sermon sur la montagne \u00bb (Mt 5, 6 et 7).<\/em><br \/>\n<em>(6) \u00ab Seigneur, enseigne-nous \u00e0 prier, comme Jean l\u2019a enseign\u00e9 \u00e0 ses disciples \u00bb (Lc 11\/1). Nous ne savons rien sur cet<\/em><br \/>\n<em>enseignement de Jean-Baptiste.<\/em><br \/>\n<em>(7) Le Seigneur a probablement parl\u00e9 toute une journ\u00e9e, sinon, du moins, une grande partie de la journ\u00e9e.<\/em><br \/>\n<em>(8) St Luc \u00e9tait le collaborateur et le secr\u00e9taire de St Paul. Ni lui, ni Paul ne sont des t\u00e9moins oculaires du Discours<\/em><br \/>\n<em>inaugural.<\/em><\/p>\n<p><strong>2. Pourquoi une pri\u00e8re nouvelle ?<\/strong><br \/>\nLes Juifs priaient beaucoup dans l\u2019Ancienne Alliance : il y a de nombreux exemples de pri\u00e8re<br \/>\npersonnelle dans l\u2019Ancien Testament (patriarches, pr\u00eatres, proph\u00e8tes\u2026) et il y avait la liturgie du<br \/>\nTemple, qui utilisait les Psaumes, puis il y aura la liturgie synagogale, origine de notre liturgie de la Parole (celle des cat\u00e9chum\u00e8nes).<br \/>\nLe Seigneur r\u00e9v\u00e8le une pri\u00e8re nouvelle, une nouvelle fa\u00e7on de s\u2019adresser \u00e0 Dieu, parce qu\u2019Il est venu r\u00e9v\u00e9ler Dieu tel qu\u2019Il est, parce qu\u2019Il est venu r\u00e9v\u00e9ler les pens\u00e9es de Dieu le P\u00e8re. On ne peut pas s\u2019adresser de la m\u00eame fa\u00e7on \u00e0 une personne dont on a entendu parler et \u00e0 une personne qu\u2019on<br \/>\nconna\u00eet. A r\u00e9v\u00e9lation nouvelle, pri\u00e8re nouvelle. M\u00eame si cette r\u00e9v\u00e9lation avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9e par la<br \/>\nLoi et les Proph\u00e8tes, elle est totalement nouvelle (un seul exemple : l\u2019Ancien Testament enseignait :\u00ab oeil pour oeil, dent pour dent \u00bb ; le Christ, Lui, enseigne \u00e0 aimer ses ennemis). On peut m\u00eame aller plus loin : c\u2019est une r\u00e9v\u00e9lation d\u00e9finitive, pour les si\u00e8cles des si\u00e8cles, et cette nouvelle pri\u00e8re a aussi un caract\u00e8re d\u00e9finitif : elle a en vue l\u2019accomplissement du plan divin. Les justes la disent dans le Ciel et nous la dirons sur la terre jusqu\u2019\u00e0 ce que \u00ab tous soient sauv\u00e9s \u00bb.<br \/>\nCertains savants h\u00e9bra\u00efsants, tel Marcel Jousse (1886-1961), qui a consacr\u00e9 sa vie \u00e0 \u00e9tudier la<br \/>\ntradition orale palestinienne et qui a d\u00e9couvert les lois du formulisme, estiment que les formules du Notre P\u00e8re se trouvaient d\u00e9j\u00e0 dans l\u2019Ancien Testament et dans la litt\u00e9rature rabbinique (9), mais de fa\u00e7on \u00e9parse, et que, au fond, c\u2019est le regroupement et l\u2019agencement des formules qui serait nouveau et qui aurait produit un chef d\u2019oeuvre spirituel. Ce n\u2019est pas enti\u00e8rement faux, mais excessif. La plupart des formules concern\u00e9es ressemblent \u00e0 celles du Notre P\u00e8re, mais sans \u00eatre identiques, et le P. Carmignac, qui \u00e9tait avant tout un grand connaisseur de l\u2019h\u00e9breu et de l\u2019aram\u00e9en, fait remarquer qu\u2019il y a deux th\u00e8mes du Notre P\u00e8re qui sont compl\u00e8tement nouveaux : la r\u00e9ciprocit\u00e9 du pardon dans la 5e demande, et la lutte contre la tentation dans la 6e demande, parce qu\u2019on n\u2019avait pas encore, dans l\u2019Ancien Testament, une conception exacte de la tentation, ni de la distinction entre les trois volont\u00e9s (Dieu, Homme, d\u00e9mon). On peut ajouter en outre que les \u00ab perles \u00bb de l\u2019Ancien Testament, comme les appellent Jousse, sont inspir\u00e9es par Dieu. Mais je n\u2019ai pas le temps de m\u2019\u00e9tendre sur ce sujet, qui est complexe et technique (il faut conna\u00eetre les langues s\u00e9mitiques).<br \/>\nEt cette pri\u00e8re nouvelle est d\u2019autant plus importante que le Christ a insist\u00e9 beaucoup sur la pri\u00e8re, en tant que relation intime de l\u2019Homme avec Dieu (\u00ab priez sans cesse \u00bb) et qu\u2019Il a Lui-m\u00eame donn\u00e9 l\u2019exemple en tant qu\u2019homme.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>3. L\u2019importance et la difficult\u00e9 du Notre P\u00e8re<\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Cette pri\u00e8re est de premi\u00e8re importance, capitale, parce que Dieu nous r\u00e9v\u00e8le comment Il veut<br \/>\nque nous soyons, que nous devenions : Il nous apprend \u00e0 Lui demander ce qu\u2019Il veut que nous<br \/>\naccomplissions, avec Son aide. Elle nous r\u00e9v\u00e8le le dessein de Dieu pour l\u2019Homme. De nous-m\u00eame,<br \/>\nnous n\u2019aurions pas pu demander ces choses-l\u00e0 : elles ne pouvaient venir que de Celui qui nous a<br \/>\ncr\u00e9\u00e9s, qui est notre source.<br \/>\nElle est simultan\u00e9ment une r\u00e9v\u00e9lation th\u00e9ologique, notamment dans les trois premi\u00e8res demandes,<br \/>\net un chemin spirituel (le chemin spirituel de l\u2019humanit\u00e9), notamment dans les quatre derni\u00e8res<br \/>\ndemandes, avec un langage diff\u00e9rent dans les deux cas, symbolique dans les trois premi\u00e8res, puis<br \/>\nconcret dans les quatre derni\u00e8res.<br \/>\nC\u2019est Dieu Lui-m\u00eame qui nous apprend \u00e0 nous adresser \u00e0 Dieu : c\u2019est Dieu-Fils qui nous apprend \u00e0 nous adresser \u00e0 Dieu-P\u00e8re, par Dieu-Esprit. C\u2019est la Divine Trinit\u00e9 qui nous initie \u00e0 Elle-m\u00eame. Le Notre P\u00e8re est la cl\u00e9 du Royaume de Dieu, la porte du Ciel, le chemin de la d\u00e9ification.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><em>(9) notamment dans les deux grandes pri\u00e8res juives : le Qaddish et la Tephillah. Mais ces derni\u00e8res ne seront fix\u00e9es que vers la fin du 1er si\u00e8cle apr\u00e8s J\u00e9sus Christ. Elles sont donc post\u00e9rieures \u00e0 l\u2019Evangile.<\/em><\/p>\n<p>Mais elle est aussi extr\u00eamement difficile \u00e0 comprendre.<br \/>\nChaque fois que le Christ nous parle \u00ab en clair \u00bb et non en paraboles, c\u2019est tr\u00e8s difficile \u00e0 comprendre,<br \/>\nparce que le langage humain est limit\u00e9 et qu\u2019il a du mal \u00e0 rendre compte des r\u00e9alit\u00e9s divines (cf. le<br \/>\nDernier discours du Seigneur : on est aux limites de la connaissance cataphatique).<br \/>\nOrig\u00e8ne souligne le double caract\u00e8re du Notre P\u00e8re (comme de toute l\u2019Ecriture d\u2019ailleurs) : simple et \u00e9nigmatique. Certains mots sont \u00e9vidents et compr\u00e9hensibles, et d\u2019autres demeurent myst\u00e9rieux. Dieu nous emp\u00eache de nous installer et il veut que nous fassions l\u2019effort de comprendre, que nous luttions pour d\u00e9couvrir la v\u00e9rit\u00e9. D\u2019ailleurs le Christ Lui-m\u00eame dit \u00e0 la fin des paraboles : \u00ab comprenne celui qui peut \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire : faites un effort. L\u2019Ev\u00eaque Jean de Saint-Denis, commentant Orig\u00e8ne, dira :<br \/>\n\u00ab tout est simple et \u00e9nigmatique dans le Notre P\u00e8re\u2026Le Notre P\u00e8re est la pri\u00e8re des pri\u00e8res, la<br \/>\nplus proche et la plus difficile (10) \u00bb. C\u2019est une des antinomies de l\u2019Ecriture, qui est un reflet d\u2019une des antinomies divines fondamentales : Dieu est inconnaissable et connaissable.<br \/>\nA ces difficult\u00e9s th\u00e9ologiques, s\u2019ajoutent des difficult\u00e9s \u00ab techniques \u00bb, linguistiques<br \/>\net philologiques concernant l\u2019\u00e9tablissement des textes et leur traduction. Mais j\u2019en reparlerai plus<br \/>\nloin (voir le \u00a7 5).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>4. Le Notre P\u00e8re dans le Nouveau Testament<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Si cette pri\u00e8re est tellement importante (et elle l\u2019est : elle est au c\u0153ur de l\u2019Eglise), on peut s\u2019\u00e9tonner qu\u2019elle ne se trouve pas chez les quatre Evang\u00e9listes, ni du moins chez les trois Synoptiques, et que ni St Paul, ni St Jacques, ni St jean, ni St Pierre n\u2019y fassent allusion dans leurs Ep\u00eetres. C\u2019est r\u00e9ellement \u00e9tonnant, et on n\u2019a pas vraiment de r\u00e9ponse. On peut toutefois nuancer le propos.<br \/>\nLe P\u00e8re Carmignac fait remarquer qu\u2019il y a deux \u00e9l\u00e9ments du Notre P\u00e8re chez St Marc (en 11\/25-<br \/>\n26 : \u00ab P\u00e8re des Cieux \u00bb et la r\u00e9ciprocit\u00e9 du pardon) et que l\u2019on retrouve tous les \u00e9l\u00e9ments du contenu du Notre P\u00e8re chez St Jean, notamment dans le Dernier discours du Seigneur (\u00ab P\u00e8re, glorifie Ton nom\u2026 \u00bb, \u00ab faire la volont\u00e9 de Celui qui m\u2019a envoy\u00e9\u2026. \u00bb, \u00ab veillez et priez afin de ne pas entrer dans la tentation \u00bb\u2026). St Jacques insiste sur le fait que Dieu ne nous tente pas (Ja 1\/13-14) (en lien avec la 6e demande). St Paul y fait quelques allusions en Gal 1\/4-5, o\u00f9 l\u2019on retrouve cinq th\u00e8mes du Notre P\u00e8re, mais il n\u2019en parle pas express\u00e9ment. Toutefois il faut rappeler que, lorsque Paul dit \u00ab mon Evangile \u00bb, la Tradition s\u2019accorde pour dire qu\u2019il s\u2019agit de celui de St Luc (qui fut son secr\u00e9taire). St Paul n\u2019est pas un t\u00e9moin oculaire, mais un t\u00e9moin en esprit, parce qu\u2019il a eu une r\u00e9v\u00e9lation directe du Christ. Mais il est int\u00e9ressant de noter que, en ce qui concerne l\u2019Institution de l\u2019Eucharistie, o\u00f9 Paul n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9sent, il y a une phrase qui est universellement utilis\u00e9e dans la liturgie et qui nous vient exclusivement de lui :<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Faites ceci en m\u00e9moire de Moi \u00bb (elle se trouve en Lc 22\/19 et en 1 Co 11\/24).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Ainsi, elle fait partie de la \u00ab Tradition \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>5. Les difficult\u00e9s linguistiques et philologiques : le probl\u00e8me des textes et des langues.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Nous nous heurtons d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la difficult\u00e9 d\u2019avoir deux textes diff\u00e9rents du Notre P\u00e8re. Mais en quelle langue le Christ l\u2019a-t-Il enseign\u00e9 ? Dans quelles langues nous-a-t-il \u00e9t\u00e9 transmis ? Comment \u00eatre certain d\u2019avoir la bonne version ? Cela nous permettra de comprendre pourquoi il y a d\u2019\u00e9normes probl\u00e8mes de traduction et de compr\u00e9hension du texte, depuis 2000 ans.<br \/>\nLes manuscrits de l\u2019Evangile que nous avons conserv\u00e9s sont en grec. Mais l\u2019\u00e9tude syntaxique<br \/>\nmontre que le texte grec n\u2019est qu\u2019un d\u00e9calque d\u2019une langue s\u00e9mitique (aram\u00e9en ou h\u00e9breu). Deux<br \/>\n\u00e9l\u00e9ments nous permettent de penser qu\u2019il s\u2019ag\u00eet de l\u2019h\u00e9breu :<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><em>(10) Technique de la pri\u00e8re, p.100 et 97.<\/em><\/p>\n<p>Lla langue parl\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque du Christ \u00e9tait l\u2019aram\u00e9en (dont le syriaque est une variante). Mais le<br \/>\nNotre P\u00e8re est une pri\u00e8re : or, les pri\u00e8res \u00e9taient normalement dites et \u00e9crites en h\u00e9breu.<br \/>\n-Matthieu a \u00e9crit son Evangile en h\u00e9breu : de nombreux P\u00e8res de l\u2019Eglise l\u2019affirment, dont St<br \/>\nIr\u00e9n\u00e9e de Lyon (fin 2e si\u00e8cle) et surtout deux grands philologues du 4e si\u00e8cle, Epiphane de Salamine (dont la langue maternelle \u00e9tait l\u2019aram\u00e9en) et J\u00e9r\u00f4me, moine \u00e0 Bethl\u00e9em, grand traducteur de la Bible (qui parlait le latin, sa langue maternelle, mais aussi le grec, comme tous les romains cultiv\u00e9s, et qui avait une tr\u00e8s bonne connaissance de l\u2019h\u00e9breu et de l\u2019aram\u00e9en). On est certain que J\u00e9r\u00f4me a eu en main un Evangile de Matthieu en h\u00e9breu, qu\u2019il s\u2019agisse de celui de la Biblioth\u00e8que de C\u00e9sar\u00e9e de Palestine (11) ou d\u2019un manuscrit des Nazar\u00e9ens de B\u00e9r\u00e9e (12) qu\u2019il a lui-m\u00eame copi\u00e9 et transcrit.<br \/>\nNous pouvons donc affirmer raisonnablement, en suivant Carmignac, que la langue d\u2019origine de nos deux textes du Notre P\u00e8re est l\u2019h\u00e9breu.<br \/>\nMaintenant se pose le probl\u00e8me des traductions. Les premi\u00e8res traductions des Evangiles r\u00e9dig\u00e9s en h\u00e9breu furent \u00e9videmment en grec. Nous savons que J\u00e9r\u00f4me a retraduit en grec l\u2019Evangile de St Matthieu, d\u2019apr\u00e8s un original h\u00e9breu (il y avait d\u00e9j\u00e0 une traduction grecque, qu\u2019il estimait m\u00e9diocre).<br \/>\nMais surtout sa grande oeuvre a \u00e9t\u00e9 de r\u00e9viser l\u2019ancienne version latine de la Bible (13) (la Vetus<br \/>\nlatina) : en fait, en ce qui concerne le Nouveau Testament, il a fait une nouvelle traduction en latin<br \/>\n(La \u00ab Vulgate \u00bb13), en s\u2019appuyant sur un texte h\u00e9breu : cette traduction latine est donc aussi fort<br \/>\nutile. Il est important de rappeler que la pr\u00e9c\u00e9dente version latine, la Vetus latina \u00e9tait<br \/>\n\u00ab interpol\u00e9e \u00bb : le texte du Notre P\u00e8re donn\u00e9 par St Luc avait \u00e9t\u00e9 \u00ab corrig\u00e9 \u00bb en fonction de St<br \/>\nMatthieu. Il ne faut donc pas en tenir compte pour une bonne version latine du Notre P\u00e8re : il faut s\u2019en tenir strictement \u00e0 la Vulgate.<br \/>\nEnfin, en ce qui concerne la version grecque de l\u2019Evangile, il faut rappeler qu\u2019il existe de tr\u00e8s<br \/>\nnombreux manuscrits en grec, depuis le 4e si\u00e8cle, mais de valeur in\u00e9gale et avec de nombreuses<br \/>\nvariantes. Le texte du Nouveau Testament \u00e9tabli pour l\u2019imprimerie par Erasme au 16e si\u00e8cle puis<br \/>\nimprim\u00e9 par les Estienne (14), qui r\u00e9vis\u00e8rent son texte en s\u2019appuyant sur d\u2019autres manuscrits, et<br \/>\nr\u00e9imprim\u00e9 par les Elz\u00e9virs (15), est devenu le \u00ab textus receptus \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire le texte admis par tous et donc normatif. Mais il n\u2019est pas de bonne qualit\u00e9 (par exemple, le Notre P\u00e8re de Luc est interpol\u00e9 : corrig\u00e9 en fonction de Matthieu). C\u2019est ce texte grec que l\u2019on trouve dans la Bible polyglotte de Vigouroux (16), qui demeure malgr\u00e9 tout un instrument de travail tr\u00e8s utile. Il faudra attendre la fin du 19e si\u00e8cle pour avoir des \u00e9ditions scientifiques de la Bible en grec. On dispose maintenant de tr\u00e8s bonnes \u00e9ditions (17) \u00e9tablies \u00e0 partir des meilleurs manuscrits. Il existe aussi un instrument de travail tr\u00e8s commode pour ceux qui ne lisent pas le grec couramment : le Nouveau Testament interlin\u00e9aire grec\/fran\u00e7ais (18). Il faut donc faire attention lorsqu\u2019on veut v\u00e9rifier les termes du Notre P\u00e8re sur le texte grec. Tandis que pour le latin, on peut faire confiance \u00e0 la Vulgate.<br \/>\n<em>(11) En fait, il s\u2019agit de la biblioth\u00e8que d\u2019Orig\u00e8ne, qui avait trouv\u00e9 refuge en Palestine, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre brouill\u00e9 avec le<\/em><br \/>\n<em>patriarche d\u2019Alexandrie : elle \u00e9tait d\u2019une exceptionnelle richesse. Eus\u00e8be de C\u00e9sar\u00e9e l\u2019utilisera.<\/em><br \/>\n<em>(12). Les Nazar\u00e9ens \u00e9taient une secte descendant des jud\u00e9o-chr\u00e9tiens ; ils \u00e9taient install\u00e9s dans le r\u00e9gion de B\u00e9r\u00e9e, qui se <\/em><em>trouve en Syrie, \u00e0 l\u2019Est d\u2019Antioche.<\/em><br \/>\n<em>(13) J\u00e9r\u00f4me r\u00e9visa la traduction latine de la Bible, \u00e0 B\u00e9thl\u00e9em, \u00e0 partir de 386, \u00e0 la demande du pape de Rome Damase.<\/em><br \/>\n<em>On l\u2019a appel\u00e9e par la suite la \u00ab Vulgate \u00bb (de vulgatus : habituel, ordinaire, r\u00e9pandu ; on pourrait dire \u00ab courante \u00bb).<\/em><br \/>\n<em>(14) Robert et Henri Estienne, imprimeurs fran\u00e7ais c\u00e9l\u00e8bres du 16e s. : ils r\u00e9vis\u00e8rent le texte d\u2019Erasme en s\u2019appuyant sur<\/em><br \/>\n<em>d\u2019autres manuscrits .<\/em><br \/>\n<em>(15) Les Elz\u00e9virs : dynastie c\u00e9l\u00e8bre d\u2019imprimeurs hollandais du 16e s. et surtout du 17e s.<\/em><br \/>\n<em>(16)La Bible polyglotte de Vigouroux (8 vol., 1900-1909) est un instrument de travail remarquable (textes h\u00e9breu, grec,<\/em><br \/>\n<em>latin et fran\u00e7ais de toute la Bible), mais dont le texte grec est peu fiable : le texte du NP de Luc est interpol\u00e9.<\/em><br \/>\n<em>(17)Il y eut 2 \u00e9ditions c\u00e9l\u00e8bres \u00e0 la fin de 19es. : celle de Tischendorf (+1874) et celle de E.Nestle (+1913). Il y a <\/em><em>maintenant une \u00e9dition scientifique, qui reprend les travaux de Nestle : Novum Testamentum, graece et latine\/Nestle-<\/em><br \/>\n<em>Allard.- Deutsche Bibelgesellschaft.-3e \u00e9d. Corr.1997.-810 p. ; in-12\u00b0. C\u2019est celle qu\u2019il faut utiliser.<\/em><br \/>\n<em>(18) de Maurice Carrez, avec la collab. de G. Metzger et L. Baby, Alliance biblique universelle, 1993.- 1187 p.; in- 12\u00b0.<\/em><\/p>\n<p><strong>6-La structure et l\u2019ordonnancement du Notre P\u00e8re<\/strong><br \/>\nLa structure est absolument remarquable. Elle est double : objective (li\u00e9e \u00e0 la syntaxe, \u00e0 la forme du texte) et subjective, refl\u00e9tant l\u2019intention de l\u2019Auteur divin.<br \/>\na- Structure objective :<br \/>\n&#8211; une adresse, ou invocation initiale (\u00e0 qui s\u2019adresse-t-on ?)<br \/>\n&#8211; 7 demandes (comme les 7 jours de la cr\u00e9ation, les 7 dons du Saint-Esprit)<br \/>\n. 3 demandes \u00e0 caract\u00e8re th\u00e9ologique (concernant Dieu)<br \/>\n. 4 demandes \u00e0 caract\u00e8re spirituel, concr\u00e8tes (concernant nous, les Hommes)<br \/>\n&#8211; [une doxologie conclusive, mais probablement pas d\u2019origine]<br \/>\nb- Structure subjective : 2 triades et une dyade [= 8, symbole du Royaume de Dieu]<br \/>\n&#8211; 1\u00e8re triade : th\u00e9ologique : confesse la Divine Trinit\u00e9 (adresse + les 2 premi\u00e8res demandes)<br \/>\n&#8211; 2e triade: eccl\u00e9siologique : la Vierge-Eglise, l\u2019eucharistie, la fraternit\u00e9 par la remise des dettes<br \/>\n(3e, 4e et 5e demandes).<br \/>\n&#8211; une dyade eschatologique : &#8211; le combat spirituel (contre la tentation) (6e et<br \/>\n&#8211; la victoire finale de Dieu sur Satan. 7e demandes)<br \/>\nc- La forme litt\u00e9raire h\u00e9bra\u00efque<br \/>\nLe P. Carmignac voit dans le texte h\u00e9breu une composition litt\u00e9raire remarquable : le Notre<br \/>\nP\u00e8re est un po\u00e8me parfaitement structur\u00e9 et compos\u00e9 selon un plan pr\u00e9cis. Il y a deux strophes<br \/>\nqui comportent chacune cinq stiques (versets). Chaque stique ne contient que les termes<br \/>\nindispensables : il y a une densit\u00e9 absolue [c\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame que l\u2019on trouve dans les<br \/>\nparaboles]. Il note un \u00ab chiasme antith\u00e9tique \u00bb (qui est un proc\u00e9d\u00e9 litt\u00e9raire h\u00e9breu) qui oppose<br \/>\n\u00ab P\u00e8re n\u00f4tre \u00bb, au d\u00e9but du po\u00e8me, au \u00ab Malin \u00bb, \u00e0 la fin du po\u00e8me.<br \/>\nCes proc\u00e9d\u00e9s litt\u00e9raires avaient pour objectif une m\u00e9morisation facile par les auditeurs. C\u2019\u00e9tait<br \/>\np\u00e9dagogique : on est dans un style oral (cf. Marcel Jousse). C\u2019est comme \u00ab dans la fra\u00eecheur<br \/>\npo\u00e9tique des paraboles \u00bb (Carmignac).<br \/>\nLa structure que le P. Carmignac y d\u00e9c\u00e8le est originale et int\u00e9ressante : dans la 1\u00e8re partie (les 3<br \/>\npremi\u00e8res demandes), l\u2019Homme pense \u00e0 Dieu ; dans la 2e partie (les 4 demandes suivantes),<br \/>\nl\u2019Homme demande \u00e0 Dieu de penser \u00e0 lui.<br \/>\nNous allons maintenant aborder l\u2019analyse du Notre P\u00e8re, verset par verset. L\u2019objectif est de<br \/>\ncomprendre le sens r\u00e9el de la pri\u00e8re et d\u2019essayer d\u2019en am\u00e9liorer la traduction fran\u00e7aise (dans le but de pouvoir prier ensemble).<br \/>\nChaque fois que l\u2019on se trouve devant une difficult\u00e9, il faut se poser trois questions :<br \/>\n&#8211; quel \u00e9tait le texte d\u2019origine (la source) ?<br \/>\n&#8211; quel en est le sens r\u00e9el ?<br \/>\n&#8211; comment le rendre le mieux possible en fran\u00e7ais ?<br \/>\nIl y a actuellement trois traductions fran\u00e7aises en jeu :<br \/>\n&#8211; la traduction de l\u2019Ev\u00eaque Jean et de l\u2019ECOF, qui existe depuis 1945 et qui, jusque vers les<br \/>\nann\u00e9es 2000, \u00e9tait la meilleure.<br \/>\n&#8211; la traduction dite oecum\u00e9nique de 1966, soi-disant accept\u00e9e par toutes les confessions, mais qui<br \/>\nest en fait plut\u00f4t d\u2019inspiration protestante et qui est la plus mauvaise de toutes depuis le 16e si\u00e8cle.<br \/>\n&#8211; la traduction de la Fraternit\u00e9 orthodoxe (russe), \u00e9labor\u00e9e vers 2004 et recommand\u00e9e par l\u2019AEOF<br \/>\net qui est nettement meilleure que la pr\u00e9c\u00e9dente, mais qui comporte des difficult\u00e9s graves.<\/p>\n<p>Mon point de d\u00e9part sera la traduction de l\u2019Ev\u00eaque Jean. Au fur et \u00e0 mesure, je proposerai des<br \/>\nchangements ou des variantes. Je reviendrai en d\u00e9tail sur ces diff\u00e9rentes traductions dans la 3e partie de mon expos\u00e9 (en III.1 et 2).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>II- Le contenu du Notre P\u00e8re et les propositions de traduction<\/strong><br \/>\n<strong>A- L\u2019adresse ou invocation initiale : \u00ab Notre P\u00e8re qui es aux Cieux \u00bb.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>1- A qui s\u2019adresse-t-on ? A Dieu le P\u00e8re.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Le Fils, J\u00e9sus-Christ, rapporte toujours tout au P\u00e8re, \u00e0 Son P\u00e8re, la source unique. Tout est du P\u00e8re,<br \/>\ntout vient du P\u00e8re. Le Christ ne cesse de dire : Je ne dis rien de Moi-m\u00eame, Je ne fais rien de Moi-m\u00eame,<br \/>\nles oeuvres que J\u2019accomplis sont les oeuvres du P\u00e8re\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Le Fils se tient dans une ob\u00e9issance parfaite : Il respecte totalement l\u2019hypostase du P\u00e8re. Et Lui, notre didascale divin, nous initie \u00e0 ce comportement spirituel. Il nous apprend \u00e0 tout rapporter \u00e0 Dieu et \u00e0 nous tourner non vers un principe philosophique, un concept, mais vers une personne, une hypostase de la Divine Trinit\u00e9, le P\u00e8re, comme Lui-m\u00eame le fait.<br \/>\nEt ce P\u00e8re, Il ne nous apprend pas \u00e0 lui dire \u00ab mon P\u00e8re \u00bb, comme s\u2019Il \u00e9tait en particulier mon P\u00e8re \u00e0 moi, mais Il nous apprend \u00e0 Lui dire \u00ab notre \u00bb, notre P\u00e8re, P\u00e8re de nous. \u00ab Nous \u00bb, c\u2019est nous tous, toute l\u2019humanit\u00e9. C\u2019est d\u2019abord, bien entendu, tous les Chr\u00e9tiens, tous ceux qui sont baptis\u00e9s en Christ, sauv\u00e9s par le Christ (cf. St Cyprien et Orig\u00e8ne qui, dans leur commentaire du Notre P\u00e8re, citent l\u2019Evangile de Jean : \u00ab Mais \u00e0 tous ceux qui l\u2019ont re\u00e7u, Il a donn\u00e9 le pouvoir de devenir fils de Dieu, \u00e0 ceux qui croient en Son Nom \u00bb, Jn 1\/12). Mais, in fine, ce \u00ab nous \u00bb est appel\u00e9 \u00e0 devenir toute l\u2019humanit\u00e9. C\u2019est une pri\u00e8re eccl\u00e9siale et non personnelle.<br \/>\nMais pourquoi pouvons-nous dire \u00ab notre P\u00e8re \u00bb ? Si le Christ nous r\u00e9v\u00e8le, nous permet de dire<br \/>\n\u00ab notre P\u00e8re \u00bb, c\u2019est parce que Lui, le Fils du Tr\u00e8s-haut, s\u2019est incarn\u00e9 et donc que nous sommes Ses fr\u00e8res selon la nature humaine. Mais nous ne sommes pas fils du P\u00e8re de la m\u00eame fa\u00e7on que Lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Il dira : \u00ab Je retourne vers Mon P\u00e8re et votre p\u00e8re \u00bb (Jn 20\/17). Lui seul peut dire \u00ab mon p\u00e8re \u00bb parce qu\u2019Il est fils selon la nature, et fils unique. Nous, nous sommes fils par adoption, parce que nous sommes fr\u00e8res du Christ selon la nature humaine et adopt\u00e9s par le P\u00e8re : nous avons re\u00e7u l\u2019Esprit d\u2019adoption, parce que nous avons re\u00e7u Son Fils et cru en Lui. C\u2019est le Christ qui nous fait entrer dans la famille divine. Nous ne pouvons dire \u00ab notre P\u00e8re \u00bb que \u00ab en Christ \u00bb, comme le souligne Ste Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Avila dans son Explication du Notre P\u00e8re (1562-1568). Et \u00ab nous \u00bb, nous sommes nombreux : nous sommes des milliards.<br \/>\nSi nous pouvons dire \u00ab notre P\u00e8re \u00bb, cela signifie que nous sommes devenus fils de Dieu, enfants de Dieu : nous existons, non par nous-m\u00eames, mais en tant qu\u2019enfants du P\u00e8re. Appeler Dieu \u00ab P\u00e8re \u00bb implique imm\u00e9diatement un lien intime avec Dieu, une proximit\u00e9 ; c\u2019est aussi un lien structurant, parce qu\u2019un p\u00e8re est aussi un mod\u00e8le. Cela signifie donc que nous sommes tous fr\u00e8res car nous avons le m\u00eame P\u00e8re. Le Christ dit : \u00ab vous \u00eates tous fr\u00e8res\u2026..car votre P\u00e8re c\u00e9leste est unique \u00bb (Mt<br \/>\n23\/8-9).<\/p>\n<p><strong>2-Et ce p\u00e8re n\u2019est pas un p\u00e8re terrestre : Il est c\u00e9leste.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">L\u2019expression \u00ab qui est aux Cieux \u00bb n\u2019est pas facile. Le texte grec est : \u00abo en tois ouranois \u00bb (le dans<br \/>\nles Cieux). Notre expression \u00ab qui est aux cieux \u00bb est un d\u00e9calque (19) du latin\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 (\u00ab qui es in caelis \u00bb).<br \/>\nComme l\u2019ont soulign\u00e9 beaucoup de P\u00e8res de l\u2019Eglise, le P\u00e8re n\u2019est pas localis\u00e9 quelque part, il<br \/>\nn\u2019habite pas dans les \u00e9toiles. \u00ab Cieux \u00bb doit \u00eatre pris dans un sens symbolique. Ce terme a deux<br \/>\nsens :<br \/>\n-Ce qui est \u00e9lev\u00e9, en-haut, dans les tabernacles c\u00e9lestes, les sph\u00e8res ang\u00e9liques, et plus encore, ce qui est totalement transcendant, la \u00ab t\u00e9n\u00e8bre incr\u00e9\u00e9e \u00bb, inaccessible. Ce terme s\u2019oppose \u00e0 terrestre,<br \/>\nvisible\u2026 Le Royaume de Dieu est aussi appel\u00e9 \u00ab Royaume des Cieux \u00bb.<br \/>\n-Comme le souligne l\u2019Ev\u00eaque Jean, il signifie aussi ce qui est int\u00e9rieur, ce qui est dans la profondeur de notre \u00eatre, oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, au corporel et m\u00eame au psychique : c\u2019est ce que les Orthodoxes appellent le \u00ab coeur \u00bb de l\u2019homme, et qui est d\u2019ordre spirituel. Dieu habite en nous\u00a0\u00a0 (\u00ab le Royaume est<br \/>\nen vous \u00bb[grec : \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de], Lc 17\/21).<br \/>\nL\u2019\u00e9l\u00e9vation et l\u2019int\u00e9riorisation sont n\u00e9cessairement li\u00e9es.<br \/>\n\u00ab Aux Cieux \u00bb ou pire \u00ab dans les cieux \u00bb n\u2019est pas une tr\u00e8s bonne traduction, parce qu\u2019elle \u00e9voque un lieu (les \u00e9toiles). Le vrai sens est \u00ab des Cieux \u00bb ou \u00ab c\u00e9leste \u00bb. Carmignac propose : \u00ab P\u00e8re des<br \/>\nCieux \u00bb. Il explique que cette expression ne serait pas possible en h\u00e9breu, car la syntaxe h\u00e9bra\u00efque impose : \u00ab P\u00e8re, celui des Cieux \u00bb. En fait la phrase grecque est un d\u00e9calque de l\u2019h\u00e9breu. Le mieux serait incontestablement : \u00ab notre P\u00e8re c\u00e9leste \u00bb. L\u2019expression \u00ab P\u00e8re c\u00e9leste \u00bb est souvent employ\u00e9e par le Christ (\u00ab votre P\u00e8re c\u00e9leste \u00bb). Chez St Matthieu, il y a 7 fois \u00ab P\u00e8re c\u00e9leste \u00bb dans la bouche du Christ (Mon ou votre). Carmignac regrette que le traducteur grec n\u2019ait pas plut\u00f4t pris cette expression, qui e\u00fbt \u00e9t\u00e9 plus exacte. Par ailleurs, il souligne qu\u2019il n\u2019e\u00fbt pas \u00e9t\u00e9 possible de dire seulement \u00ab notre P\u00e8re \u00bb, parce que chez les Juifs contemporains du Christ, cette expression d\u00e9signait Abraham (\u00ab Abraham notre p\u00e8re \u00bb) : il fallait pouvoir distinguer les deux sans ambigu\u00eft\u00e9. La seule difficult\u00e9 est que la bonne traduction (P\u00e8re c\u00e9leste) est contraire aux habitudes, et dans de nombreuses langues !<br \/>\nP\u00e8re c\u00e9leste s\u2019oppose \u00e0 p\u00e8re terrestre. Si notre vrai p\u00e8re est c\u00e9leste, cela implique que les autres<br \/>\npaternit\u00e9s, terrestres, soient relatives (Orig\u00e8ne, St Maxime le Confesseur). D\u2019ailleurs, le Christ dit :<br \/>\n\u00ab N\u2019appelez personne \u00ab p\u00e8re \u00bb sur la terre, parce vous n\u2019avez qu\u2019un p\u00e8re, le P\u00e8re c\u00e9leste \u00bb (Mt 23\/9, cit\u00e9 par Tertullien).<br \/>\nEn grec comme en latin, et dans la plupart des langues sauf le fran\u00e7ais, \u00ab P\u00e8re \u00bb vient en premier<br \/>\n(\u00ab Pater \u00eam\u00f4n \u00bb, \u00ab Pater noster \u00bb, \u00ab Otche nach \u00bb, \u00ab Tat\u00e0l nostru \u00bb\u2026), parce que le P\u00e8re est source, Il est P\u00e8re en soi. En fait la pri\u00e8re commence par \u00ab P\u00e8re de nous \u00bb, P\u00e8re n\u00f4tre. Mais le fran\u00e7ais ne permet pas cette construction : nous sommes donc pratiquement oblig\u00e9s de dire \u00ab notre P\u00e8re \u00bb.<br \/>\nLa plupart des P\u00e8res de l\u2019Eglise soulignent l\u2019audace d\u2019une telle invocation. Jamais aucun homme<br \/>\nn\u2019aurait pu, n\u2019aurait os\u00e9, de lui-m\u00eame, appeler Dieu son p\u00e8re. Car appeler Dieu \u00ab P\u00e8re \u00bb, c\u2019est \u00eatre<br \/>\nfils de Dieu. Mais c\u2019est Dieu Lui-m\u00eame qui nous apprend \u00e0 l\u2019appeler \u00ab P\u00e8re \u00bb. Dans la plupart des<br \/>\npr\u00e9faces liturgiques au Notre P\u00e8re, on retrouve le terme \u00ab oser \u00bb (\u00ab nous osons dire : \u00bb).<br \/>\n<em>(19) Tr\u00e8s souvent, lorsqu\u2019on traduit des textes bibliques ou liturgiques de langues \u00ab sacr\u00e9es \u00bb (h\u00e9breu, grec, latin, slavon)<\/em><br \/>\n<em>en langues vernaculaires, on fait un d\u00e9calque de l\u2019original, par respect pour ce dernier, mais cela en fausse parfois le sens <\/em><em>et c\u2019est souvent peu litt\u00e9raire, car, outre le probl\u00e8me de la polys\u00e9mie des termes, les r\u00e8gles syntaxiques ne sont pas les <\/em><em>m\u00eames dans toutes les langues. Il en r\u00e9sulte parfois des textes incompr\u00e9hensibles (un exemple parmi d\u2019autres : la<\/em><br \/>\n<em>traduction en fran\u00e7ais des canons des matines byzantines, \u00e0 partir du grec ou du slavon, frise parfois l\u2019absurdit\u00e9, parce que <\/em><em>la syntaxe fran\u00e7aise est ignor\u00e9e). Carmignac d\u00e9montrera que la principale raison de l\u2019incompr\u00e9hensibilit\u00e9 de la 6e <\/em><em>demande du Notre P\u00e8re (la tentation) provient d\u2019une erreur de traduction, bas\u00e9e sur une erreur de syntaxe<\/em>.<\/p>\n<p><strong>B- Les 7 demandes<\/strong><br \/>\n<strong>B1 &#8211; Les 3 premi\u00e8res demandes, \u00e0 caract\u00e8re th\u00e9ologique (concernant Dieu).<\/strong><br \/>\nEn pr\u00e9ambule, il faut pr\u00e9ciser que plusieurs P\u00e8res estiment que \u00ab sur la terre comme au Ciel \u00bb ne<br \/>\nse rapporte pas seulement \u00e0 \u00ab Que Ta volont\u00e9 soit faite \u00bb, mais aussi aux deux demandes pr\u00e9c\u00e9dentes<br \/>\n(Orig\u00e8ne, St Cyprien de Carthage, St Cyrille de J\u00e9rusalem). L\u2019Ev\u00eaque Jean et le P. Carmignac le<br \/>\npensaient aussi et j\u2019y adh\u00e8re pleinement. Mais la traduction est alors un peu plus difficile, de m\u00eame que la diction. Voici la proposition de Carmignac :<br \/>\n\u00ab Notre P\u00e8re des Cieux,<br \/>\nQue, sur terre comme au Ciel,<br \/>\nTon Nom soit glorifi\u00e9<br \/>\nTon R\u00e8gne arrive<br \/>\nTa volont\u00e9 soit faite \u00bb.<br \/>\nCette formule fut recommand\u00e9e par le Cat\u00e9chisme du Concile de Trente (1566), mais cela est rest\u00e9 lettre morte chez les Catholiques-romains. Elle a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e par l\u2019Eglise anglicane en 1902-1903.<br \/>\n[L\u2019expression \u00ab sur la terre comme au Ciel \u00bb comporte une difficult\u00e9 syntaxique, donc de traduction, que j\u2019aborderai plus loin, avec la troisi\u00e8me demande]<br \/>\nJe vais donc commenter les trois premi\u00e8res demandes dans ce sens.<br \/>\n1\u00e9re demande : \u00ab Que Ton Nom soit sanctifi\u00e9 [sur la terre comme au Ciel] \u00bb<br \/>\nIl y a d\u2019abord deux termes difficiles \u00e0 comprendre, sur lesquels nous devons nous arr\u00eater : Nom et<br \/>\nsanctifi\u00e9.<br \/>\na- Le \u00ab Nom \u00bb<br \/>\n\u00ab P\u00e8re \u00bb est plut\u00f4t un caract\u00e8re hypostatique qu\u2019un nom. Le \u00ab nom \u00bb est une notion tr\u00e8s importante<br \/>\ndans l\u2019Ancien comme dans le Nouveau Testament. Le nom n\u2019est pas la personne, mais il exprime ce qu\u2019elle est : \u00ab il nous met en contact avec la r\u00e9alit\u00e9 profonde de la personne : il permet d\u2019entrer en relation, en communion [avec elle]. Le nom est la r\u00e9v\u00e9lation [de la personne] \u00bb (Ev\u00eaque Jean)(20).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Il nous initie au myst\u00e8re de la personne. Dans l\u2019Ancien Testament, souvent Dieu s\u2019identifie ou est<br \/>\nidentifi\u00e9 \u00e0 Son nom (\u00ab Pour la Gloire de Ton Nom \u00bb). Or le Christ dit : \u00ab Nul ne conna\u00eet le P\u00e8re,<br \/>\nsinon le Fils \u00bb et : \u00ab Qui M\u2019a vu, a vu le P\u00e8re \u00bb. Il est Celui qui nous r\u00e9v\u00e8le les pens\u00e9es du P\u00e8re, qui<br \/>\nnous montre le P\u00e8re, qui Le manifeste. \u00ab Ton Nom \u00bb s\u2019applique \u00e0 Celui qui r\u00e9v\u00e8le le P\u00e8re et qui<br \/>\nest Son image parfaite, le Fils, J\u00e9sus-Christ. Le Christ dira dans le discours qui suit Son Entr\u00e9e \u00e0<br \/>\nJ\u00e9rusalem : \u00ab P\u00e8re\u2026..Glorifie Ton Nom \u00bb (Jn 12\/28), et dans Son \u00ab dernier discours \u00bb<br \/>\n: \u00ab P\u00e8re\u2026glorifie Ton Fils\u2026 ;\u2026glorifie-Moi aupr\u00e8s de Toi-m\u00eame de la gloire que j\u2019avais aupr\u00e8s de<br \/>\nToi avant que le monde f\u00fbt \u00bb (Jn 17\/1 et 5). Le Christ dira aussi : \u00ab En Mon Nom, ils chasseront les d\u00e9mons\u2026 \u00bb. Le Nom est porteur de la puissance divine. Et par la suite les Ap\u00f4tres se r\u00e9f\u00e8reront<br \/>\nconstamment au \u00ab Nom \u00bb [de J\u00e9sus] : ils souffriront \u00ab pour le Nom \u00bb. St Paul dira : \u00ab Qu\u2019au Nom de J\u00e9sus, tout genou fl\u00e9chisse\u2026. \u00bb (Phil 2\/10). St Maxime le Confesseur dit : \u00ab Car le Nom de Dieu le P\u00e8re, ce nom qui existe dans l\u2019essence m\u00eame, c\u2019est le Fils unique \u00bb (Commentaire sur le Notre P\u00e8re).<br \/>\nL\u2019Ev\u00eaque Jean dit : \u00ab le Nom d\u00e9signe l\u2019oeuvre du Fils \u00bb(21).<br \/>\n<em>(20) Technique de la pri\u00e8re, p. 124-125.<\/em><br \/>\n<em>(21) Technique de la pri\u00e8re, p.121<\/em><\/p>\n<p>b- \u00ab sanctifi\u00e9 \u00bb<br \/>\nAu plan \u00e9tymologique, cela signifie : faire saint. C\u2019est une expression tr\u00e8s difficile \u00e0 comprendre.<br \/>\n\u00ab Saint \u00bb : en latin (sanctus) et en grec (aghios) ce terme synth\u00e9tise toutes les qualit\u00e9s et tous les<br \/>\nattributs de Dieu. En h\u00e9breu (q\u00e2d\u00e9sh), c\u2019est encore beaucoup plus fort : c\u2019est \u00ab le tout-autre \u00bb, s\u00e9par\u00e9<br \/>\nde tout ; il exprime la transcendance absolue du Cr\u00e9ateur, qui est, par nature, incr\u00e9\u00e9.<br \/>\nDieu est toujours saint : Il est saint en Lui-m\u00eame. Comment pourrions-nous le \u00ab faire saint \u00bb, le<br \/>\nsanctifier ? On voit que, dans l\u2019Ancien Testament, le terme est ambivalent : \u00ab ils sanctifieront Mon Nom \u00bb (Is 29\/23), ce qui veut dire : ils v\u00e9n\u00e8reront le Dieu d\u2019Isra\u00ebl, et : \u00ab Je sanctifierai Mon Grand Nom (Ez 36\/23), ce qui veut dire : Je ferai rayonner Ma gloire.<br \/>\nLes P\u00e8res de l\u2019Eglise l\u2019ont interpr\u00e9t\u00e9 de deux fa\u00e7ons :<br \/>\n&#8211; ils l\u2019assimilent \u00e0 \u00ab glorifier \u00bb (St Jean Chrysostome) en rappelant la liturgie c\u00e9leste et le chant des S\u00e9raphins (le Sanctus) : Que le Nom de Dieu soit glorifi\u00e9 sur la Terre comme Il est glorifi\u00e9 dans le Ciel par les Anges. C\u2019est aussi l\u2019opinion de l\u2019Ev\u00eaque Jean.<br \/>\n&#8211; une majorit\u00e9 de P\u00e8res pensent : que Ton Nom soit sanctifi\u00e9 en nous. Le Nom de Dieu a \u00e9t\u00e9 profan\u00e9<br \/>\npar notre p\u00e9ch\u00e9 (St Paul : \u00ab Le Nom de Dieu est blasph\u00e9m\u00e9 \u00e0 cause de vous parmi les nations \u00bb, Ro 2\/24, citant Is 52\/5). Nous devons le sanctifier en devenant saints (St Pierre Chrysologue, St Jean Cassien, Augustin d\u2019Hippone)<br \/>\nLes deux interpr\u00e9tations ne sont pas contradictoires. Nous pouvons synth\u00e9tiser en disant : que Celui qui Te r\u00e9v\u00e8le sur la Terre, Te manifeste, J\u00e9sus-Christ, soit ador\u00e9 comme \u00e9tant Ton Fils, soit re\u00e7u comme \u00ab le Saint de Dieu \u00bb, et que nous nous conformions \u00e0 Lui, en devenant nous-m\u00eame des saints.<br \/>\nC\u2019est le fait que nous nous conformions au Fils de Dieu qui glorifie le P\u00e8re (cf. : \u00ab afin que, [les<br \/>\nhommes] voyant vos bonnes oeuvres, glorifient votre P\u00e8re c\u00e9leste \u00bb, Mt 5\/16). Il y a une phrase du Christ qui correspond exactement \u00e0 cette 2e demande : \u00ab Tout ce que vous demanderez en Mon Nom,<br \/>\nJe le ferai, de sorte que le P\u00e8re soit glorifi\u00e9 dans le Fils \u00bb (Jn 14\/13).<br \/>\n\u00ab Que Ton nom soit sanctifi\u00e9 sur la terre comme au Ciel \u00bb : Oui, le Nom du Christ est sanctifi\u00e9 dans les Cieux. Nous en avons de nombreux t\u00e9moignages, notamment dans les Psaumes et dans le Canon des Matines de l\u2019Ascension : nous voyons les anges acclamer le Fils de l\u2019Homme \u00ab qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve comme une offrande \u00bb : ils s\u2019\u00e9cartent en applaudissant et exultent, bien que ne comprenant pas l\u2019incarnation du Verbe qui d\u00e9passe leur intelligence, ils Le glorifient pour Son ineffable bont\u00e9 envers la brebis perdue, l\u2019Homme d\u00e9chu, pour Son courage dans Sa Passion, pour Son ob\u00e9issance admirable envers Son P\u00e8re. Et nous voyons aussi dans l\u2019Evangile que, apr\u00e8s la tentation au d\u00e9sert, les anges, qui \u00e9taient muets d\u2019admiration devant le Christ pendant qu\u2019Il r\u00e9sistait victorieusement \u00e0 Satan dans la faiblesse de Sa nature humaine, viennent Le servir avec respect. Nous demandons au P\u00e8re c\u00e9leste que Son fils soit glorifi\u00e9 sur la terre, par nous, comme Il l\u2019est d\u00e9j\u00e0 dans les Cieux par les anges.<br \/>\nAussit\u00f4t apr\u00e8s nous \u00eatre tourn\u00e9s vers le P\u00e8re \u2013la source unique- Celui-ci nous renvoie vers Son Fils.<br \/>\nIl nous dit : \u00ab confessez Mon Fils \u00bb.<\/p>\n<p>2\u00e8me demande : \u00ab Que Ton r\u00e8gne arrive [sur la terre comme au<br \/>\nCiel] \u00bb<br \/>\n-Dieu est Roi. Le Christ parle tr\u00e8s souvent du Royaume de Son P\u00e8re, du Royaume des Cieux<br \/>\n(l\u2019expression \u00able Royaume de Dieu \u00bb se trouve plus de 130 fois dans le Nouveau Testament). Un roi est une personne, qui a un lien personnel avec chacun de ses sujets. Comment Dieu r\u00e8gne-t-Il ? Le Christ nous indique clairement que Son Royaume est c\u00e9leste (\u00ab Mon Royaume n\u2019est pas de ce monde \u00bb) et int\u00e9rieur (\u00ab Le Royaume est en vous\u2026. \u00bb, Lc 17\/21 ; \u00ab Si quelqu\u2019un M\u2019aime, il gardera<br \/>\nMa parole, et Mon P\u00e8re l\u2019aimera : nous viendrons en lui et nous ferons notre demeure chez lui \u00bb, Jn 14\/23). Ce royaume est donc exclusivement spirituel : il est c\u00e9leste et spirituel (et non terrestre et mat\u00e9riel).<br \/>\nOr Celui qui vient en nous est l\u2019Esprit-Saint, Celui qui remplit tout, p\u00e9n\u00e8tre tout, sonde tout. Tout est en Lui. Le P\u00e8re c\u00e9leste r\u00e8gne par Son Esprit-Saint qui habite en nous. \u00ab Le r\u00e8gne d\u00e9signe<br \/>\nl\u2019oeuvre de l\u2019Esprit \u00bb(22). Ceci est confirm\u00e9 par un fait qui est presque anecdotique, circonstanciel : de nombreux P\u00e8res de l\u2019Eglise t\u00e9moignent du fait que dans leur Evangile de St Luc, il y avait la phrase :<br \/>\n\u00ab Que Ton Esprit-Saint vienne sur nous\u2026 \u00bb. St Gr\u00e9goire de Nysse l\u2019affirme trois fois, Tertullien y<br \/>\nfait allusion (Contre Marcion), Evagre le Pontique en parle. On suppose que cela figurait dans<br \/>\nl\u2019Evangile de Luc retouch\u00e9 par Marcion. St Maxime le Confesseur, \u00e0 la suite de St Gr\u00e9goire de<br \/>\nNysse, dit : \u00ab Et le Royaume de Dieu le P\u00e8re, ce Royaume qui existe dans l\u2019essence m\u00eame, c\u2019est<br \/>\nl\u2019Esprit-Saint \u00bb (Commentaire sur le Notre P\u00e8re).<br \/>\n\u00ab Que Ton r\u00e8gne arrive sur la terre comme au Ciel \u00bb : oui, le R\u00e8gne de Dieu est d\u00e9j\u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 dans<br \/>\nle Ciel, le monde ang\u00e9lique ; l\u2019Esprit-Saint habite dans chaque incorporel, le meut, l\u2019inspire, le<br \/>\nconduit. Nous demandons qu\u2019il en soit ainsi sur terre, dans le coeur des Hommes.<br \/>\n-Arrive ou vienne ?<br \/>\nLe sens est \u00e0 peu pr\u00e8s le m\u00eame. Dans les anciennes traductions fran\u00e7aises de la Bible, on a utilis\u00e9<br \/>\n\u00ab vienne \u00bb ou \u00ab advienne \u00bb parce qu\u2019on a copi\u00e9 le latin (adveniat). La premi\u00e8re mention de\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00ab arrive \u00bb<br \/>\ndate du 17e si\u00e8cle (le Ma\u00eetre de Sacy, en 1667). Et, \u00e0 partir du 19e si\u00e8cle, \u00ab arrive \u00bb sera pr\u00e9dominant.<br \/>\n\u00ab Vienne \u00bb a \u00e9t\u00e9 remis en vogue par la traduction oecum\u00e9nique du Notre P\u00e8re (1966). Le P.<br \/>\nCarmignac fait une remarque int\u00e9ressante : \u00ab vienne \u00bb est plus eschatologique (retour du Christ \u00e0 la fin des temps) ; \u00ab arrive \u00bb signifie que c\u2019est d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 et que nous demandons que cela<br \/>\naboutisse (arriver signifie : toucher \u00e0 la rive). On peut ajouter que \u00ab arrive \u00bb est plus euphonique que\u00ab vienne \u00bb. Je suis sensible \u00e0 l\u2019argumentation de Carmignac : je pr\u00e9f\u00e8re \u00ab arrive \u00bb, mais je ne me battrais pas pour cela. C\u2019est le seul terme que je conc\u00e8derais \u00e0 la version dite oecum\u00e9nique.<br \/>\nAussit\u00f4t apr\u00e8s nous avoir demand\u00e9 de confesser Son Fils, le P\u00e8re nous dit : recevez Mon Esprit. Le Notre P\u00e8re est une pri\u00e8re trinitaire : elle nous met en relation successivement avec le p\u00e8re, le Fils et le Saint-Esprit.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">3\u00e8me demande : \u00ab Que Ta volont\u00e9 soit faite sur la terre comme au Ciel \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Apr\u00e8s \u00eatre entr\u00e9s en relation avec le P\u00e8re, le Fils et le Saint-Esprit, unique Dieu en trois personnes,<br \/>\nnous allons pouvoir aborder le myst\u00e8re de l\u2019Eglise avec l\u2019ob\u00e9issance \u00e0 la volont\u00e9 divine. L\u2019Ev\u00eaque<br \/>\nJean fait remarquer qu\u2019on ne peut pas aborder cette nouvelle \u00e9tape spirituelle sans avoir parcouru, accompli, les trois \u00e9tapes pr\u00e9c\u00e9dentes. On ne peut ob\u00e9ir \u00e0 Dieu qu\u2019apr\u00e8s avoir v\u00e9cu ces trois p\u00e9riodes ou degr\u00e9s. Comme il le souligne, \u00e0 la suite de certains P\u00e8res, il y a un \u00ab ordo \u00bb du Notre P\u00e8re, qui est un chemin spirituel et qui est en harmonie avec ce qui \u00e9tait propos\u00e9 \u00e0 Adam et Eve dans le jardin d\u2019Eden : il fallait d\u2019abord qu\u2019ils entrent dans une communion pl\u00e9ni\u00e8re avec la Divine Trinit\u00e9 en apprenant \u00e0 ressembler \u00e0 Dieu par un bon usage de leur libert\u00e9, avant de regarder vers le monde cr\u00e9\u00e9.<br \/>\n<em>(22) Ev\u00eaque Jean : Technique de la pri\u00e8re, p. 121.<\/em><\/p>\n<p>Mais ils ont fait l\u2019inverse : inspir\u00e9s par Satan, ils ont voulu conna\u00eetre les antinomies du monde en<br \/>\npremier : ils se sont alors trouv\u00e9s \u00ab nus \u00bb d\u00e9pouill\u00e9s du v\u00eatement de la Lumi\u00e8re divine, plus proches<br \/>\ndu non-\u00eatre que de l\u2019\u00catre. Le Notre P\u00e8re restaure la vraie hi\u00e9rarchie des valeurs : il nous apprend \u00e0 faire le chemin que nous avons refus\u00e9 de faire en Eden. Voil\u00e0 pourquoi il est le chemin et la porte du Royaume de Dieu.<br \/>\n-Avant d\u2019aborder le contenu de cette 3\u00e8me demande, il faut d\u2019abord se pencher sur un probl\u00e8me<br \/>\nphilologique important mis en \u00e9vidence par le P. Carmignac, concernant le terme volont\u00e9. L\u2019h\u00e9breu<br \/>\net le grec distinguent bien entre l\u2019action de vouloir, la facult\u00e9 de vouloir (en grec th\u00e9l\u00eama) et l\u2019objet voulu, c\u2019est-\u00e0-dire le but recherch\u00e9 (en grec : th\u00e9l\u00easis. Dans les textes h\u00e9breu et grec, il s\u2019agit bien de<br \/>\nl\u2019objet voulu, la finalit\u00e9 (th\u00e9l\u00easis). Tandis qu\u2019en latin comme en fran\u00e7ais, il n\u2019y a qu\u2019un seul terme :<br \/>\nvoluntas et volont\u00e9. Or en fran\u00e7ais, \u00ab volont\u00e9 \u00bb a une valeur imp\u00e9rative (je veux : j\u2019exige). Mais ce<br \/>\nn\u2019est pas du tout le sens. Paul Capderoque(23) en 1929, a bien montr\u00e9 qu\u2019il vaudrait mieux dire: \u00ab Ton bon vouloir \u00bb. Marcel Jousse disait : \u00ab vienne le vouloir de Toi \u00bb. \u00ab Ton bon vouloir \u00bb est \u00e0<br \/>\nrapprocher de : \u00ab Oui, P\u00e8re, car tel a \u00e9t\u00e9 Ton bon plaisir \u00bb (Lc 10\/21). Le sens serait plut\u00f4t : \u00ab Que<br \/>\nTon d\u00e9sir se r\u00e9alise \u00bb. Je vais un peu plus loin : \u00ab Que Ton plan divin s\u2019accomplisse \u00bb.<br \/>\n-Carmignac fait aussi remarquer que le temps du verbe est important. Il n\u2019est pas dit : \u00ab que Ta<br \/>\nvolont\u00e9 se fasse \u00bb, ce qui aurait un caract\u00e8re plus imp\u00e9ratif, mais le verbe grec est au pass\u00e9 : \u00ab que Ta volont\u00e9 soit faite \u00bb, ce qui est beaucoup plus vague : cela permet donc d\u2019inclure les deux volont\u00e9s :<br \/>\nl\u2019action de la gr\u00e2ce et l\u2019adh\u00e9sion libre de l\u2019homme, c\u2019est-\u00e0-dire la synergie. S\u2019il y avait le pr\u00e9sent, la<br \/>\nnotion de synergie dispara\u00eetrait.<br \/>\n-Il y a une illustration de tout cela \u2013ou plut\u00f4t un mod\u00e8le- dans l\u2019Evangile. Le Christ dira \u00e0<br \/>\nGeths\u00e9mani : \u00ab Que soit faite non pas Ma volont\u00e9 mais la Tienne \u00bb (Lc 22\/42) et chez St Matthieu :<br \/>\n\u00ab Que Ta volont\u00e9 soit faite \u00bb (Mt 26\/42). Il avait dit aussi, avant : \u00ab Ma nourriture est de faire la<br \/>\nvolont\u00e9 de Celui qui M\u2019a envoy\u00e9 \u00bb ( \u00e0 Ses ap\u00f4tres, lors de la rencontre avec la Samaritaine, Jn 4\/34).<br \/>\nEt Il pr\u00e9cisera peu apr\u00e8s, \u00e0 la foule et \u00e0 Ses disciples apr\u00e8s la multiplication des pains, ce qu\u2019est la<br \/>\nvolont\u00e9 de Dieu, Son P\u00e8re : \u00ab Je suis descendu du Ciel pour faire, non Ma propre volont\u00e9, mais la<br \/>\nvolont\u00e9 de Celui qui M\u2019a envoy\u00e9. Or la volont\u00e9 de Celui qui M\u2019a envoy\u00e9, c\u2019est que Je ne perde aucun de ceux qu\u2019Il M\u2019a donn\u00e9s, mais que Je les ressuscite au dernier jour. Telle est en effet la volont\u00e9 de Mon P\u00e8re : que quiconque voit le Fils et croit en Lui ait la vie \u00e9ternelle, et Moi, Je le ressusciterai au dernier jour \u00bb (Jn 6\/39-40). \u00ab Cette volont\u00e9 du P\u00e8re, c\u2019est Son r\u00e8gne, en tous et en tout ; et Son r\u00e8gne<br \/>\ndoit procurer toute gloire \u00e0 Son Nom \u00bb dit Carmignac.<br \/>\n-Cette volont\u00e9 du P\u00e8re est effectivement faite dans le Ciel par les anges, qui se tiennent dans une<br \/>\nob\u00e9issance totale \u00e0 Dieu. Nous demandons au P\u00e8re que Sa volont\u00e9 soit faite sur la terre par les<br \/>\nhommes, comme elle est faite au Ciel par les anges.<br \/>\n-Il y a deux ic\u00f4nes de la mise en pratique de la 3e demande : la nouvelle Eve et le nouvel Adam.<br \/>\nNos premiers p\u00e8res, Adam et Eve, ont sciemment d\u00e9sob\u00e9is \u00e0 Dieu, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019ils ont fait leur<br \/>\npropre volont\u00e9 (ou plut\u00f4t celle de Satan) et non celle de Dieu. Marie la Th\u00e9otokos rach\u00e8te Eve en<br \/>\nfaisant la volont\u00e9 de Dieu : c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 Son ob\u00e9issance que le Fils de Dieu a pu s\u2019incarner.<br \/>\nEt Lui-m\u00eame, J\u00e9sus-Christ, le Nouvel Adam n\u2019a pas fait Sa propre volont\u00e9 mais celle de Son P\u00e8re<br \/>\n(cf. ci-dessus). En tant que Fils, Il a ob\u00e9i \u00e0 Son P\u00e8re, et en tant qu\u2019Homme, Il a ob\u00e9i \u00e0 Dieu.<br \/>\nEn Christ, la volont\u00e9 humaine se soumet librement \u00e0 la volont\u00e9 divine dans une synergie parfaite.<br \/>\n<em>(23) Paul Capderoque. -L\u2019Oraison dominicale. -1929. -in Etudes Th\u00e9ologiques et Rel. IV, 1929.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">L\u2019Ev\u00eaque Jean pr\u00e9cise : \u00ab Que Ta volont\u00e9 soit faite \u00bb est \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de la r\u00e9signation, elle renferme le mouvement d\u2019une volont\u00e9 humaine active, qui veut et choisit la volont\u00e9 de Dieu comme meilleure pour elle\u2026 [Il ne s\u2019agit] pas d\u2019une passivit\u00e9 devant Sa puissance, mais d\u2019une confiance en Sa<br \/>\nbont\u00e9\u2026 Ma volont\u00e9 et Ta volont\u00e9 ne sont [plus] qu\u2019une volont\u00e9 : une synergie, une \u00bb (24). Et il ajoute :<br \/>\n\u00ab La volont\u00e9 d\u00e9signe la communion des saints, la Vierge Marie ayant r\u00e9pondu \u00e0 l\u2019Archange Gabriel :<br \/>\nque Sa volont\u00e9 soit faite \u00bb(24).<br \/>\nJe voudrais raconter une belle histoire pour illustrer ce propos. Lorsque l\u2019\u00e9v\u00eaque Jean arrivait dans sa cath\u00e9drale, il avait l\u2019habitude de faire un d\u00e9tour par le bas-c\u00f4t\u00e9 gauche pour y v\u00e9n\u00e9rer la M\u00e8re de Dieu : il y avait l\u00e0 une statue de la Vierge Marie, qui provenait des Vieux-catholiques, anciens propri\u00e9taires du lieu, et qui avait \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9e, mais que l\u2019on rev\u00eatait d\u2019un grand manteau (le \u00ab manteau de la vierge \u00bb). Un soir, il s\u2019arr\u00eate devant la statue et demande \u00e0 la Th\u00e9otokos : quelle pri\u00e8re dois-je te faire ? (sous-entendu : qu\u2019est-ce qui toucherait ton coeur ?). Une voix r\u00e9pond : le Notre P\u00e8re. L\u2019\u00e9v\u00eaque ob\u00e9it, puis il murmure : ne pourrais-je pas ajouter une pri\u00e8re pour toi, \u00f4 Vierge<br \/>\nMarie, M\u00e8re de Dieu ? La Vierge r\u00e9pond : Je suis dans le Notre P\u00e8re. L\u2019\u00e9v\u00eaque : o\u00f9 ? La Th\u00e9otokos :<br \/>\n\u00ab Que Ta volont\u00e9 soit faite \u00bb(25).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">-\u00ab Sur la terre comme au Ciel \u00bb : probl\u00e8me de syntaxe fran\u00e7aise.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Dans les textes h\u00e9breu, grec et latin, l\u2019expression litt\u00e9rale est : \u00ab Comme au Ciel et [= ainsi] sur la<br \/>\nterre \u00bb. On nomme en premier le Ciel, le mod\u00e8le, puis ce qui doit lui ressembler, la terre, en second.<br \/>\nMais cette construction est impossible en fran\u00e7ais.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>B2. Les 4 demandes \u00e0 caract\u00e8re spirituel, concr\u00e8tes (concernant l\u2019Homme).<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">4\u00e8me demande : \u00ab Donne-nous aujourd\u2019hui notre pain substantiel [ou super-substantiel] \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Dans les trois premi\u00e8res demandes nous nous sommes pr\u00e9occup\u00e9s de Dieu, et maintenant, arm\u00e9s<br \/>\nspirituellement, nous allons demander des choses pour nous-m\u00eame : quatre choses essentielles pour notre chemin spirituel, et le chemin spirituel de toute l\u2019humanit\u00e9 : 1- la nourriture<br \/>\n2- le pardon<br \/>\n3- l\u2019aide dans la tentation<br \/>\n4- la d\u00e9livrance du d\u00e9mon.<br \/>\nAvec la 4e demande, nous abordons une des deux grandes difficult\u00e9s pos\u00e9es par le Notre P\u00e8re.<br \/>\nC\u2019est la premi\u00e8re fois que nous demandons au P\u00e8re c\u00e9leste quelque chose pour nous, et ce quelque chose est important puisqu\u2019il s\u2019agit de la nourriture, le pain, qui est le symbole m\u00eame de la nourriture mat\u00e9rielle de l\u2019humanit\u00e9.<br \/>\n-De quel pain s\u2019agit-il ?<br \/>\nComment pourrions-nous demander \u00e0 Dieu le pain mat\u00e9riel, la nourriture ordinaire du corps, alors<br \/>\nque le Christ n\u2019a pas cess\u00e9 de dire, durant toute Sa mission terrestre, que la nourriture et le v\u00eatement<br \/>\nn\u2019\u00e9taient pas primordiaux, mais que le plus important \u00e9tait de se pr\u00e9occuper \u00ab du Royaume de Dieu<br \/>\net de Sa justice \u00bb (tout le reste devant \u00ab \u00eatre donn\u00e9 par surcro\u00eet \u00bbMt6\/33)26 et que Lui-m\u00eame a dit :<br \/>\n\u00ab Ma nourriture est de faire la volont\u00e9 de Celui qui M\u2019a envoy\u00e9 \u00bb (Jn 4\/34 ; cf. ci-dessus, 3e<br \/>\ndemande) ? Ce serait contradictoire.<br \/>\n<em>(24) Technique de la pri\u00e8re, p.144-145 et p. 121-122.<\/em><br \/>\n<em>(25) Idem, p.121<\/em><br \/>\n<em>(26) Et le Seigneur dit cela dans Son discours inaugural, presqu\u2019aussit\u00f4t apr\u00e8s avoir r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le Notre P\u00e8re.<\/em><\/p>\n<p>-Mais, pour comprendre la pens\u00e9e exacte du Seigneur, il faut auparavant r\u00e9soudre un probl\u00e8me qui est d\u2019ordre textuel et philologique.<br \/>\nD\u2019abord, il y a deux textes diff\u00e9rents du Notre P\u00e8re, avec des formulations diff\u00e9rentes pour cette 4e demande, et surtout il y a un terme grec extr\u00eamement difficile \u00e0 comprendre et \u00e0 traduire,<br \/>\n\u00ab \u00e9piousios \u00bb, qui est le qualificatif du pain et qui se retrouve dans les deux textes. Mais St J\u00e9r\u00f4me, lorsqu\u2019il r\u00e9visa la traduction latine de la Bible, traduisit diff\u00e9remment en latin le m\u00eame terme grec<br \/>\n\u00e9piousios :<br \/>\n-chez St Matthieu: \u201cPanem nostrum supersubstantialem da nobis hodie\u201d<br \/>\n&#8211; chez St Luc : \u00ab Panem nostrum quotidianum da nobis hodie \u00bb.<br \/>\nLe probl\u00e8me se complique pour nous les fran\u00e7ais (et tous les peuples latins) parce que le textus<br \/>\nreceptus du Notre P\u00e8re en latin, en tant que pri\u00e8re liturgique, a \u00e9t\u00e9 pris majoritairement chez St<br \/>\nMatthieu, mais avec un emprunt \u00e0 St Luc, qui est pr\u00e9cis\u00e9ment le \u00ab pain quotidien \u00bb (il suffit de<br \/>\nv\u00e9rifier dans un missel romain). Avant de trancher, il faut dire quelques mots sur St J\u00e9r\u00f4me et sur la bonne version du Notre P\u00e8re.<br \/>\nSt J\u00e9r\u00f4me \u00e9tait un grand savant, un philologue connaissant parfaitement le grec, l\u2019h\u00e9breu et<br \/>\nl\u2019aram\u00e9en. Nous sommes certains que l\u2019Evangile de Matthieu a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 en h\u00e9breu et que St J\u00e9r\u00f4me a eu en main un manuscrit de cet Evangile \u00ab selon les h\u00e9breux \u00bb. Il dit lui-m\u00eame qu\u2019il a trouv\u00e9 dans le texte h\u00e9breu le terme \u00ab mahar \u00bb qui signifie \u00ab de demain \u00bb, ou \u00ab \u00e0 venir \u00bb, ce qui laisse la porte ouverte \u00e0 une interpr\u00e9tation spirituelle. St J\u00e9r\u00f4me a retraduit en grec Matthieu, d\u2019apr\u00e8s l\u2019h\u00e9breu (il existait d\u00e9j\u00e0 une traduction grecque), puis en latin.<br \/>\nSt Luc \u00e9tait un intellectuel hell\u00e9nis\u00e9, secr\u00e9taire de St Paul, et il s\u2019adressait plus \u00e0 un public hell\u00e9nis\u00e9 qu\u2019\u00e0 un public juif. Comme le fait remarquer Carmignac, il a souvent abr\u00e9g\u00e9 les versions se trouvant chez Matthieu et Marc et le Notre P\u00e8re qu\u2019il transmet n\u2019est pas complet. De l\u2019avis de tous les biblistes, la version compl\u00e8te est celle de St Matthieu. Il faut donc partir de cette base.<br \/>\nOr le terme utilis\u00e9 par J\u00e9r\u00f4me pour traduire \u00e9piousios (qui est un terme grec rare, probablement cr\u00e9\u00e9<br \/>\npar les Evang\u00e9listes) en latin dans la version de Matthieu, est supersubstantiel, ce qui est instructif<br \/>\npar rapport au terme grec. Il y a depuis 2000 ans une discussion chez les P\u00e8res, puis les biblistes,<br \/>\npour d\u00e9terminer l\u2019\u00e9tymologie de \u00e9piousios. La majorit\u00e9 des P\u00e8res, depuis Orig\u00e8ne (3e s.) a opt\u00e9 pour l\u2019\u00e9tymologie tir\u00e9e du verbe \u00eatre (ousios, participe pr\u00e9sent du verbe eimi, \u00eatre, qui a donn\u00e9 le<br \/>\nsubstantif ousia : l\u2019essence, la substance, la nature, l\u2019\u00eatre). St J\u00e9r\u00f4me a opt\u00e9 pour la solution propos\u00e9e par Orig\u00e8ne. Et il a fait un d\u00e9calque latin de \u00e9piousios en supersubstantialis : c\u2019est ce qui est audessus, au-del\u00e0 de la nature (en traduction litt\u00e9rale : surnaturel). Le pain qui d\u00e9passe la nature, qui est au-dessus de la nature, c\u2019est le pain eucharistique. En effet, lorsqu\u2019on y communie, il a bien l\u2019apparence naturelle du pain, sa forme, sa consistance, son go\u00fbt et pourtant il est le corps du Christ.<br \/>\nLa nature physique, mat\u00e9rielle du pain est d\u00e9pass\u00e9e. Et lorsqu\u2019on communie \u00e0 la nature humaine du Christ, on communie \u00e0 Sa nature divine, parce qu\u2019Il est une seule personne, divine, en deux natures.<br \/>\nLa plupart des P\u00e8res ont vu dans ce pain l\u2019eucharistie, \u00e0 une exception pr\u00e8s, les P\u00e8res de l\u2019Ecole<br \/>\nd\u2019Antioche, qui ont toujours eu une vision litt\u00e9rale et formelle de l\u2019Ecriture, alors que l\u2019Ecole<br \/>\nd\u2019Alexandrie avait une vision symbolique. Deux citations parmi beaucoup d\u2019autres :<br \/>\n-Orig\u00e8ne : \u00ab Le pain v\u00e9ritable est celui qui nourrit l\u2019homme v\u00e9ritable, cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l\u2019image de Dieu, qui<br \/>\n\u00e9l\u00e8ve celui qui s\u2019en nourrit jusqu\u2019\u00e0 la ressemblance avec Son cr\u00e9ateur \u00bb.<br \/>\n-St Pierre Chrysologue : \u00ab Nous devons demander, comme des enfants du Ciel, le pain du<br \/>\nCiel\u2026 \u00bb, et il ajoute cette phrase admirable : \u00ab Lui-m\u00eame [J\u00e9sus-Christ] est le pain qui, sem\u00e9 dans la Vierge, lev\u00e9 dans la chair, p\u00e9tri dans la Passion, cuit dans la fournaise du s\u00e9pulcre, mis en r\u00e9serve de l\u2019Eglise, apport\u00e9 aux autels, fournit chaque jour aux fid\u00e8les\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 une nourriture c\u00e9leste \u00bb(27).<br \/>\nCertains P\u00e8res ont attribu\u00e9 au pain \u00e9piousios une valeur spirituelle et une valeur mat\u00e9rielle (par<br \/>\nexemple St Cyrille de J\u00e9rusalem : \u00ab Le pain mat\u00e9riel pour le corps et le pain eucharistique, ou<br \/>\nc\u00e9leste, pour l\u2019\u00e2me \u00bb).<br \/>\n15<br \/>\nD\u2019autres y ont vu aussi la Parole de Dieu qui nourrit l\u2019Homme, tel Augustin d\u2019Hippone, qui fait le<br \/>\nlien avec la phrase de l\u2019Evangile, lorsque le Christ r\u00e9pond \u00e0 Satan : \u00ab L\u2019homme ne vivra pas de pain<br \/>\nseulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu \u00bb (Mt 4\/4), en citant le Dt 8\/3 : \u00ab il t\u2019a fait manger la manne\u2026.afin de te faire savoir que l\u2019homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu \u00bb. Ces interpr\u00e9tations seront reprises par les R\u00e9form\u00e9s au 16e si\u00e8cle, qui y verront seulement le pain mat\u00e9riel et la Parole de Dieu.<br \/>\nL\u2019adverbe aujourd\u2019hui (s\u00eameron) chez St Matthieu ou chaque jour (kath\u2019\u00eameran) chez St Luc n\u2019a<br \/>\npas g\u00ean\u00e9 les P\u00e8res, parce qu\u2019ils insistent sur le fait que la communion eucharistique soit vitale et<br \/>\nqu\u2019on doive communier chaque jour. Une citation parmi d\u2019autres : St Cyprien de Carthage : \u00ab Notre pain de vie est le Christ\u2026.nous ne voudrions pas,\u2026.,alors que tous les jours nous recevons<br \/>\nl\u2019eucharistie comme la nourriture de notre salut, \u00e0 cause d\u2019une faute grave, \u00eatre oblig\u00e9s de nous<br \/>\nabstenir de la Communion \u00bb. Ils interpr\u00e8tent aussi parfois \u00ab aujourd\u2019hui \u00bb dans le sens de \u00ab \u00e9ternel \u00bb<br \/>\n(cf. \u00ab aujourd\u2019hui, Je t\u2019ai engendr\u00e9 \u00bb : comme on ne pr\u00e9cise pas quel jour, c\u2019est intemporel, et donc<br \/>\n\u00e9ternel).<br \/>\n-Le rapprochement entre le pain \u00e9piousios et la manne confirme le sens de pain eucharistique.<br \/>\nLe terme h\u00e9breu vu par St J\u00e9r\u00f4me dans l\u2019Evangile de St Matthieu est \u00ab l\u00e9h\u00e8m \u00bb qui signifie plus que le pain : c\u2019est toute la nourriture. Et, dans l\u2019Exode, la manne est d\u00e9sign\u00e9e 11 fois par le terme l\u00e9h\u00e8m<br \/>\n(grec : artos ), dont 4 fois avec l\u2019expression \u00ab pain des Cieux \u00bb. La manne \u00e9tait une nourriture<br \/>\nprovidentielle (qui tombait du ciel) de \u00ab chaque jour \u00bb. Or le Christ reprend les termes de l\u2019Exode<br \/>\nsur la manne et Il se l\u2019applique \u00e0 Lui-m\u00eame : apr\u00e8s la premi\u00e8re multiplication des pains, le<br \/>\nlendemain, la foule vient Le retrouver \u00e0 Capharna\u00fcm et il y a un long dialogue entre les Juifs et J\u00e9sus.<br \/>\nLe Seigneur compare et oppose la nourriture p\u00e9rissable (les pains) \u00e0 la nourriture \u00ab qui demeure pour la vie \u00e9ternelle, celle que le Fils de l\u2019Homme vous donnera\u2026 \u00bb (Jn 6\/27). Les juifs alors lui<br \/>\ndemandent des signes en lui rappelant la manne : \u00ab Au d\u00e9sert nos p\u00e8res ont mang\u00e9 la manne ainsi qu\u2019il est \u00e9crit : Il leur a donn\u00e9 \u00e0 manger un pain qui vient du Ciel \u00bb [Ps 77 (78)\/24]. Le Christ leur r\u00e9pond : \u00ab Amen, amen\u2026.ce n\u2019est pas Mo\u00efse\u2026.mais c\u2019est Mon P\u00e8re qui vous donne le v\u00e9ritable pain du Ciel. Car le pain de Dieu, c\u2019est Celui qui descend du Ciel et qui donne la vie au<br \/>\nmonde\u2026.C\u2019est Moi qui suis le pain de vie\u2026.Je suis le pain vivant qui descend du Ciel. Celui qui<br \/>\nmangera de ce pain vivra pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9\u2026 \u00bb. Puis Il parle ouvertement de \u00ab manger Sa chair \u00bb et<br \/>\n\u00ab boire Son sang \u00bb, ce qui fait fuir les gens (Jn 6\/30-58).<br \/>\nLe pain \u00e9piousios est bien le pain c\u00e9leste, donn\u00e9 par le P\u00e8re, le Christ dans Son Corps et Son sang<br \/>\neucharistiques. Il est la manne \u00e9ternelle.<br \/>\n-Nous pouvons ajouter un t\u00e9moignage liturgique : dans toutes les liturgies de l\u2019Eglise le Notre P\u00e8re<br \/>\nfut plac\u00e9 entre la fin du Canon (la post-Epicl\u00e8se) et la Communion, en tant que rite introductif \u00e0 la Communion.<br \/>\n<em>(27)Sermon 67 de St Pierre Chrysologue, Archev\u00eaque de Ravenne (ca 380-ca 450), qui faisait d\u2019admirables hom\u00e9lies.<\/em><\/p>\n<p>-Probl\u00e8me de traduction<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">La meilleure traduction jusqu\u2019\u00e0 ces derni\u00e8res ann\u00e9es \u00e9tait celle de l\u2019Ev\u00eaque Jean : \u00ab Donne-nous<br \/>\naujourd\u2019hui notre pain substantiel \u00bb. Ce terme a probablement \u00e9t\u00e9 pris chez St Ambroise de<br \/>\nMilan, dont les \u00e9crits sont pr\u00e9cieux pour la liturgie (28). Citons un passage du De Sacramentis : \u00ab \u2026Il dit pain \u00e9piousios, c\u2019est-\u00e0-dire substantiel [substantialem]. Ce n\u2019est pas ce pain qui entre dans le corps, mais ce pain de vie \u00e9ternelle qui r\u00e9conforte la substance de notre \u00e2me \u00bb (V, 24). On peut<br \/>\najouter que St J\u00e9r\u00f4me cite deux fois cette traduction latine dans son oeuvre.<br \/>\nLa traduction dans les Missels romains \u00e9tait, jusqu\u2019\u00e0 Vatican II : \u00ab notre pain quotidien \u00bb ou \u00ab de<br \/>\nchaque jour \u00bb. La traduction oecum\u00e9nique du notre P\u00e8re de 1966, d\u2019inspiration protestante, est :<br \/>\n\u00ab notre pain de ce jour \u00bb, interpr\u00e9tation de kath\u2019\u00eameran. La traduction de la Fraternit\u00e9 russe est :<br \/>\n\u00ab notre pain essentiel \u00bb. Ce n\u2019est pas mieux que substantiel (d\u2019autant plus que ce dernier est attest\u00e9 chez les P\u00e8res latins) et on peut reprocher que ce terme soit pris ici, non dans une acception th\u00e9ologique, mais dans un sens courant, ordinaire, ce qui est un appauvrissement.<br \/>\nLe mieux serait \u00ab notre pain supersubstantiel \u00bb, qui est exact th\u00e9ologiquement et conforme au texte latin de St Matthieu. Mais il a un inconv\u00e9nient : il est un peu technique et difficile \u00e0 prononcer. C\u2019est pour ces raisons que je propose \u00ab notre pain suressentiel (29) \u00bb, qui est l\u2019\u00e9quivalent, latin, th\u00e9ologique et plus facile \u00e0 dire.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">5\u00e8me demande: \u00ab Et remets nous nos dettes comme nous aussi nous les remettons \u00e0 nos d\u00e9biteurs \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Cette 5e demande ne pose pas de probl\u00e8me de compr\u00e9hension, parce qu\u2019elle correspond exactement \u00e0<br \/>\nl\u2019enseignement du Seigneur, mais pose quelques probl\u00e8mes de terminologie entra\u00eenant de tr\u00e8s<br \/>\nmauvaises traductions.<br \/>\nD\u2019abord, il y a deux textes diff\u00e9rents, chez St Matthieu et chez St Luc :<br \/>\n&#8211; Matthieu : les dettes (grec : opheil\u00eamata ; latin : debita)<br \/>\n(repris dans le textus receptus liturgique grec et latin)<br \/>\n&#8211; Luc : les p\u00e9ch\u00e9s (grec : amartias ; latin : peccata.)<br \/>\nSelon Carmignac la forme primitive est certainement celle de St Matthieu en raison du parall\u00e9lisme<br \/>\ndettes\/d\u00e9biteurs (opheil\u00eamais, debitoribus). Cette dualit\u00e9 de termes est int\u00e9ressante et, selon certains<br \/>\nP\u00e8res, permet de mieux comprendre le sens. Dans le texte aram\u00e9en (syriaque) on trouve : \u00ab la dette de nos p\u00e9ch\u00e9s \u00bb. Le Christ pr\u00e9sente le p\u00e9ch\u00e9 comme une dette envers Dieu. Le p\u00e9ch\u00e9, comme le mal, n\u2019a pas d\u2019existence en soi : il est une r\u00e9alit\u00e9 n\u00e9gative (Carmignac), un manque, une d\u00e9ficience de bien, une d\u00e9ficience de ressemblance \u00e0 Dieu. Dieu nous a tout donn\u00e9 : Il nous a donn\u00e9 Son image et l\u2019aptitude \u00e0 la ressemblance. Lorsque nous refusons d\u2019unir notre volont\u00e9 \u00e0 Sa gr\u00e2ce pour Lui<br \/>\n<em>(28) Je pense que cet emprunt a \u00e9t\u00e9 fait \u00e0 St Ambroise en raison de la familiarit\u00e9 que l\u2019Ev\u00eaque Jean avait avec son oeuvre :<\/em><br \/>\n<em>c\u2019est en effet gr\u00e2ce au De Sacramentis d\u2019Ambroise qu\u2019il a pu restaurer les paroles de l\u2019Institution de l\u2019ancien rite des<\/em><br \/>\n<em>Gaules. A l\u2019\u00e9poque antique, le Canon \u00e9tait secret et il ne se trouve \u00e9crit nulle part dans les missels-sacramentaires galloromains<\/em>.<br \/>\n<em>Mais on le trouve textuellement dans la cat\u00e9ch\u00e8se mystagogique qu\u2019est le De Sacramentis. Or le rite d\u2019Italie du<\/em><br \/>\n<em>Nord, dit \u00ab ambrosien \u00bb, est de la famille liturgique du rite des Gaules.<\/em><br \/>\n<em>(29) Dans son cours sur la pri\u00e8re, l\u2019Ev\u00eaque Jean dit : \u00ab\u2026notre pain substantiel (ou supra-essentiel)\u00bb (p.149). Or \u00ab supraessentiel<\/em><br \/>\n<em>\u00bb et \u00ab suressentiel \u00bb sont exactement les m\u00eames termes, avec des graphies diff\u00e9rentes. Je n\u2019ai d\u00e9couvert cela<\/em><br \/>\n<em>qu\u2019apr\u00e8s avoir fait la proposition de \u00ab suressentiel \u00bb.<\/em><\/p>\n<p>ressembler, nous avons une dette envers Lui, car nous n\u2019avons pas fait fructifier Son don (cf. la<br \/>\nparabole des Talents) (30). Il nous a confi\u00e9 un tr\u00e9sor et nous ne lui en rendons pas les fruits. La notion<br \/>\nde \u00ab dettes \u00bb est beaucoup plus large que celle de \u00ab p\u00e9ch\u00e9 \u00bb, car elle comprend tous les p\u00e9ch\u00e9s par<br \/>\nomission, c\u2019est-\u00e0-dire le bien que nous n\u2019avons pas fait (d\u2019ailleurs, c\u2019est l\u00e0-dessus que nous serons<br \/>\njug\u00e9s au Jugement dernier : le Christ dira aux r\u00e9prouv\u00e9s : vous n\u2019avez pas accompli le dessein de<br \/>\nDieu, vous n\u2019avez pas fait la volont\u00e9 de<br \/>\nMon P\u00e8re\u2026). C\u2019est l\u2019enseignement constant du Christ, notamment dans la parabole du D\u00e9biteur<br \/>\nimpitoyable : le Christ nous pr\u00e9sente l\u2019Homme p\u00e9cheur comme un d\u00e9biteur insolvable et Dieu<br \/>\ncomme un cr\u00e9ancier compatissant. Tous les hommes ont p\u00e9ch\u00e9 en Adam et tous sont d\u00e9biteurs du<br \/>\nP\u00e8re c\u00e9leste. Si Dieu ne nous remettait pas gratuitement nos dettes, s\u2019Il ne nous pardonnait pas<br \/>\ngratuitement, plus rien n\u2019existerait : il n\u2019y aurait plus d\u2019humanit\u00e9, ni m\u00eame de cr\u00e9ation. Lorsque le<br \/>\nChrist nous apprend \u00e0 demander au P\u00e8re c\u00e9leste qu\u2019Il nous remette nos dettes, Il nous apprend \u00e0<br \/>\ndemander pardon. Cette 5e demande suppose en effet la reconnaissance de la faute et la demande<br \/>\nde pardon. Mais Il pose une condition \u00e0 ce pardon : la r\u00e9ciprocit\u00e9. C\u2019est le th\u00e8me central de la<br \/>\nparabole du D\u00e9biteur impitoyable. Ce que nous demandons pour nous-m\u00eame, nous devons<br \/>\nimp\u00e9rativement l\u2019appliquer aux autres, \u00e0 nos fr\u00e8res : comporte-toi comme Dieu vis-\u00e0-vis de ton fr\u00e8re.<br \/>\nLe Christ insiste \u00e9norm\u00e9ment sur cet aspect. Dans les textes grec et latin, il y a une conjonction<br \/>\ntr\u00e8s forte :<br \/>\n&#8211; St Matthieu : grec : \u00f4s kai \u00eameis ; latin : sicut et nos (nous aussi)<br \/>\n&#8211; St Luc : grec : kai gar ; latin : siquidem et ipsi (puisque nous-m\u00eames ou si vraiment nous-m\u00eames)<br \/>\nPuisque c\u2019est la formule de St Matthieu qui est dans le textus recepus, il faut la rendre par \u00ab nous<br \/>\naussi \u00bb. Cette formulation exacte en fran\u00e7ais appara\u00eet pour la premi\u00e8re fois en 1644 chez le r\u00e9form\u00e9<br \/>\nJean Diodati et sera ensuite reprise par les Protestants.<br \/>\nSt Luc insiste d\u2019ailleurs sur \u00ab nos d\u00e9biteurs \u00bb en ajoutant : \u00ab panti opheilonti \u00bb ; \u00ab omni debenti \u00bb :<br \/>\ntous nos d\u00e9biteurs.<br \/>\n-dans certains manuscrits grecs, le second verbe est au pass\u00e9 (un aoriste), ce qui signifie : comme<br \/>\nnous aussi avons remis \u00e0 nos d\u00e9biteurs\u2026 \u00bb. Mais le textus receptus liturgique, grec comme latin, a<br \/>\nconserv\u00e9 le pr\u00e9sent.<br \/>\n&#8211; Quel est le sens profond, spirituel ? St Cyprien rappelle la parabole du D\u00e9biteur impitoyable : \u00ab le<br \/>\nd\u00e9biteur impitoyable perd le pardon d\u00e9j\u00e0 acquis\u2026 \u00bb, parce qu\u2019il n\u2019a pas agi comme son ma\u00eetre. Cela<br \/>\nnous indique que le pardon n\u2019est ni formel, ni juridique : on ne peut le recevoir que si l\u2019on change.<br \/>\nOrig\u00e8ne rappelle le passage de l\u2019Evangile o\u00f9 Pierre interroge le Christ sur le nombre de fois o\u00f9 il<br \/>\ndoit pardonner : \u00ab Si 7 fois le jour, dit le Seigneur, ton fr\u00e8re p\u00e8che contre toi, et que 7 fois il revienne<br \/>\n\u00e0 toi en disant : je me repens, tu lui pardonneras \u00bb. Le pardon n\u2019est pas automatique : \u00ab s\u2019il se<br \/>\nrepent \u00bb dit le Seigneur (Lc 17\/3). Cela vaut aussi pour nous, par rapport \u00e0 Dieu. Dans la parabole du<br \/>\nD\u00e9biteur impitoyable, le Ma\u00eetre (Dieu) dit \u00e0 ce dernier : \u00ab je t\u2019avais remis ta dette parce que tu m\u2019en<br \/>\navais suppli\u00e9\u2026 \u00bb. Il y a eu une demande de pardon. Mais ce pardon envers le prochain est quasiment<br \/>\nillimit\u00e9 (7 x 70 = 490 fois). Cela signifie que, comme Dieu, nous devons toujours ouvrir la porte du<br \/>\npardon \u00e0 l\u2019autre, ne jamais la fermer. Mais il lui appartient d\u2019y entrer ou non ; comme nous-m\u00eame<br \/>\navec Dieu.<br \/>\n-Enfin, c\u2019est la seule demande que le Seigneur commente ensuite, apr\u00e8s avoir r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le Notre P\u00e8re.<br \/>\nIl fait une ex\u00e9g\u00e8se de la 5e demande : \u00ab Si en effet vous pardonnez (aph\u00eat\u00e9 : remettez) aux hommes<br \/>\nleurs fautes, votre P\u00e8re c\u00e9leste vous pardonnera \u00e0 vous aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><em>(30) Dans la parabole des Talents (Mt 25\/14-30), celui qui n\u2019avait re\u00e7u qu\u2019un talent et qui le rend au Ma\u00eetre apr\u00e8s l\u2019avoir<\/em><br \/>\n<em>enfoui dans la terre, est jug\u00e9 \u00ab m\u00e9chant et paresseux \u00bb et rejet\u00e9 hors du Royaume, parce qu\u2019il n\u2019a pas port\u00e9 de fruits, parce<\/em><br \/>\n<em>qu\u2019il a refus\u00e9 de coop\u00e9rer avec Dieu.<\/em><\/p>\n<p>hommes, votre P\u00e8re non plus ne vous pardonnera pas vos fautes \u00bb (Mt 6\/14-15). Cela indique<br \/>\nl\u2019importance que le Seigneur y attache, ainsi que la nouveaut\u00e9 de cet enseignement, par rapport \u00e0 la \u00ab Loi \u00bb. Ce pr\u00e9cepte spirituel est une des r\u00e8gles-cl\u00e9s de l\u2019Eglise. Dieu nous apprend \u00e0 ne pas \u00eatre vaincus par le mal, \u00e0 ne pas nous d\u00e9terminer en fonction du mal qu\u2019on nous fait, \u00e0 demeurer toujours libres, et donc \u00e0 \u00ab \u00eatre \u00bb : \u00e0 Lui ressembler.<br \/>\nProposition de traduction<br \/>\nToutes les anciennes traductions fran\u00e7aises jusqu\u2019\u00e0 1524 portaient \u00ab dettes \u00bb, qui correspond<br \/>\nexactement au texte latin. Mais en 1524 Lef\u00e8vre d\u2019Etaples, un humaniste proche des Protestants (31), traduisit la Bible en fran\u00e7ais et traduisit debita par \u00ab offenses \u00bb (\u00ab pardonne-nous nos offenses\u2026 \u00bb).<br \/>\nCe fut repris par Calvin, puis g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 \u00e0 la fin du 19e si\u00e8cle et au d\u00e9but du 20e si\u00e8cle. Cela a \u00e9t\u00e9<br \/>\nrepris dans la traduction oecum\u00e9nique du Notre P\u00e8re (1966). C\u2019est une ineptie ! Comment pourrait-on offenser Dieu ? Dieu est tout-puissant, inaccessible, inatteignable. Rien ne peut Lui porter pr\u00e9judice<br \/>\n(une offense est une attaque blessante, un mal qu\u2019on fait \u00e0 quelqu\u2019un, ce qui implique une sup\u00e9riorit\u00e9 sur la victime). L\u2019innovation de Lef\u00e8vre d\u2019Etaples est une catastrophe s\u00e9mantique !<br \/>\nIl est \u00e9tonnant que les Catholiques-romains ne s\u2019en soient pas tenus au texte latin. La seule traduction admissible est : \u00ab Remets-nous nos dettes, comme nous aussi nous (les) remettons \u00e0 nos d\u00e9biteurs \u00bb. De nombreux auteurs ajoutent \u00ab les \u00bb. Certains font remarquer que c\u2019est une ambigu\u00eft\u00e9 au plan grammatical. Mais il faudrait dire alors \u00ab comme nous aussi nous remettons leurs dettes \u00e0 nos d\u00e9biteurs \u00bb : c\u2019est beaucoup trop lourd. Et ne rien mettre du tout est un peu elliptique. Je pense qu\u2019il faut maintenir \u00ab les \u00bb, car c\u2019est plus facile \u00e0 dire et le sens est \u00e9vident.<br \/>\nDans la traduction de l\u2019Ev\u00eaque Jean, cette 5e demande est introduite par \u00ab et \u00bb : cela est conforme aux textes liturgiques grec et latin.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">6\u00e8me demande : \u00ab Et ne nous soumets pas \u00e0 l\u2019\u00e9preuve (ou \u00e0 la tentation) \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">C\u2019est la phrase la plus difficile de tout le Notre P\u00e8re, sur le sens de laquelle on s\u2019interroge depuis<br \/>\n2000 ans. Il y a des probl\u00e8mes de philologie, de terminologie et de sens. Nous allons \u00e9tudier :<br \/>\n&#8211; la phrase telle quelle est, et les \u00e9normes difficult\u00e9s qu\u2019elle soul\u00e8ve,<br \/>\n&#8211; les \u00e9chappatoires,<br \/>\n&#8211; la solution du probl\u00e8me, qui est d\u2019ordre philologique (et m\u00eame syntaxique).<br \/>\na- la phrase telle qu\u2019elle est : position du probl\u00e8me<br \/>\nExaminons successivement le terme principal, puis le verbe.<br \/>\nTentation ou \u00e9preuve ?<br \/>\nLe Grec peirasmon (latin : tentationem) a bien les deux sens : \u00e9preuve, essai, s\u00e9duction, tentation,<br \/>\nde m\u00eame que l\u2019h\u00e9breu missah, qui dans l\u2019Ancien Testament avait plut\u00f4t le sens d\u2019exp\u00e9rimentation<br \/>\nou d\u2019\u00e9preuve, mais qui dans le Nouveau Testament est bien \u00ab tentation \u00bb. Le concept de tentation est omnipr\u00e9sent dans le Nouveau Testament et le d\u00e9mon y est appel\u00e9 : le Tentateur. Les deux sens sont donc possibles, mais les deux sont diff\u00e9rents :<br \/>\n&#8211; une \u00e9preuve est soit une exp\u00e9rimentation, soit une v\u00e9rification. Elle n\u2019est pas n\u00e9cessairement une tentation, mais peut l\u2019\u00eatre.<br \/>\n&#8211; une tentation a toujours pour but d\u2019inciter au mal, de faire chuter, de d\u00e9truire. Elle est perverse par nature.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><em>(31) Lef\u00e8vre d\u2019Etaples est toujours rest\u00e9 catholique-romain, mais \u00e9tait proche des milieux protestants<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Toute tentation est une \u00e9preuve, qu\u2019il faudra surmonter. Toute \u00e9preuve est permise par Dieu (cf.<br \/>\nJob). Sans \u00e9preuve, l\u2019homme ne pourrait pas exp\u00e9rimenter sa libert\u00e9. Tous les grands spirituels ont connu des \u00e9preuves, qui les ont v\u00e9rifi\u00e9s et fortifi\u00e9s. Ces \u00e9preuves sont souvent des tentations (mais pas toujours : la maladie par exemple). Le Christ Lui-m\u00eame, comme homme, accepte d\u2019\u00eatre \u00e9prouv\u00e9, tent\u00e9 par Satan.<br \/>\nNous allons voir que le choix d\u00e9finitif du terme est fonction du verbe et de la n\u00e9gation.<br \/>\nLe verbe : eis\u00e9vengk\u00eas, qui vient de eispher\u00f4 : introduire dans, conduire dans (en latin : inducere : conduire dans, faire entrer dans), construits ici avec une n\u00e9gation (grec : m\u00ea, latin : ne)<br \/>\nSi l\u2019on s\u2019en tient au texte tel qu\u2019il nous a \u00e9t\u00e9 transmis, cela donne :<br \/>\n&#8211; \u00ab ne nous soumets pas \u00e0 la tentation ou \u00e0 l\u2019\u00e9preuve \u00bb<br \/>\nou<br \/>\n&#8211; \u00ab ne nous induis pas en tentation \u00bb.<br \/>\nLes deux variantes comportent une difficult\u00e9 th\u00e9ologique insurmontable :<br \/>\n\u00ab tentation \u00bb : si on demande \u00e0 Dieu de ne pas nous y soumettre, c\u2019est supposer qu\u2019il pourrait le<br \/>\nfaire. C\u2019est une horreur. Comment Dieu pourrait-Il nous conduire au mal ? Plusieurs P\u00e8res ont dit :<br \/>\nc\u2019est un blasph\u00e8me (Tertullien, Orig\u00e8ne\u2026)<br \/>\n\u00ab \u00e9preuve \u00bb : la difficult\u00e9 est att\u00e9nu\u00e9e parce qu\u2019on ne suppose plus que Dieu puisse nous amener au mal. Mais il y a une autre difficult\u00e9, c\u2019est que c\u2019est contraire \u00e0 toute la Bible. Car Dieu permet<br \/>\ntoujours l\u2019\u00e9preuve (cf. Job). Il avait permis, \u00e0 l\u2019origine, la premi\u00e8re \u00e9preuve : celle d\u2019Adam et Eve<br \/>\nface au Serpent. C\u2019est donc une ineptie.<br \/>\nNous sommes dans un dilemme insoluble.<br \/>\nb. Les P\u00e8res de l\u2019Eglise* ont bien vu le probl\u00e8me, d\u00e8s le 2e si\u00e8cle, et ont cherch\u00e9 des solutions, qui<br \/>\nsont des \u00e9chappatoires : ils ont ajout\u00e9 des gloses, c\u2019est-\u00e0-dire des termes qui ne se trouvent pas dans le texte d\u2019origine et le modifient, qui constituent une sorte de commentaire. Citons-en quelques une :<br \/>\n\u00ab Ne permets pas que nous soyons s\u00e9duits par le Tentateur \u00bb (Tertullien).<br \/>\n\u00ab Ne souffre pas que nous soyons induits en tentation (St Cyprien de Carthage), formule qui se<br \/>\ntrouve aussi dans la Vetus latina.<br \/>\n\u00ab Priez pour ne pas \u00eatre submerg\u00e9s par la tentation \u00bb (St Cyrille de J\u00e9rusalem). L\u2019Ev\u00eaque Jean, en<br \/>\ns\u2019appuyant sur St Cyrille, proposait : \u00ab Fais que nous ne soyons pas submerg\u00e9s par l\u2019\u00e9preuve \u00bb.<br \/>\n\u00ab Ne nous abandonne pas \u00e0 la tentation (St Hilaire de Poitiers : Commentaire sur le Psaume 118).<br \/>\n\u00ab Et ne nous laisse pas induire en tentation \u00bb (St Ambroise)<br \/>\n\u00ab Ne permets pas que, tent\u00e9s, nous soyons vaincus \u00bb (St Jean Cassien)<br \/>\nUne glose r\u00e9cente : \u00ab ne nous laisse pas succomber \u00e0 l\u2019\u00e9preuve \u00bb (Missel romain d\u2019avant Vatican II)<br \/>\nParmi les P\u00e8res, le plus proche de la solution fut Augustin d\u2019Hippone : il fait d\u2019abord comme les<br \/>\nautres, en reprenant une formule de Tertullien : \u00ab Beaucoup disent : ne permets pas que nous soyons induits en tentation \u00bb, mais ailleurs il ajoute : \u00ab garde-toi d\u2019y consentir \u00bb, et surtout dans son Sermon 59 : \u00ab il faut donc demander de ne pas entrer dans la tentation \u00bb. Il avait pratiquement trouv\u00e9 la solution, mais sous la forme d\u2019une glose (ce n\u2019est pas la traduction litt\u00e9rale du latin, ni du grec).<br \/>\nToutefois, l\u2019Eglise romaine, qui l\u2019a pourtant mis sur un pi\u00e9destal au plan th\u00e9ologique, ne l\u2019a pas<br \/>\nsuivi. Cette intuition exacte fut donc sans post\u00e9rit\u00e9 !<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><em>*Il y a un tableau synoptique des P\u00e8res cit\u00e9s dans cet article vers la fin.<\/em><\/p>\n<p>c- La solution Carmignac-Heller (1965 et 1901)<br \/>\nGr\u00e2ce \u00e0 sa remarquable connaissance de l\u2019h\u00e9breu (et du grec) et \u00e0 l\u2019\u00e9tude des documents de Qumran, le P. Carmignac a propos\u00e9 une cl\u00e9 de compr\u00e9hension et une traduction qui unit l\u2019exactitude litt\u00e9rale et s\u00e9mantique. Il d\u00e9couvrira ensuite qu\u2019un j\u00e9suite allemand, Johannes Heller, avait trouv\u00e9 la solution en 1901, mais que son travail n\u2019avait eu aucune audience. La d\u00e9monstration de Carmignac est plus pertinente et plus brillante que celle de Heller. Il est aussi celui qui a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le probl\u00e8me et la solution.<br \/>\nC\u2019est pour cela que je l\u2019appelle \u00ab Carmignac-Heller \u00bb. Proc\u00e9dons par ordre, comme dans une enqu\u00eate polici\u00e8re.<br \/>\n1- Carmignac a \u00e9tudi\u00e9 en profondeur le verbe de la phrase, au plan s\u00e9mantique, et a mis en \u00e9vidence qu\u2019il y avait une grande diff\u00e9rence entre \u00ab entrer en \u00bb et \u00ab entrer dans \u00bb :<br \/>\n&#8211; \u00ab entrer en tentation \u00bb signifie \u00eatre tent\u00e9 (ce qui est in\u00e9vitable).<br \/>\n&#8211; \u00ab entrer dans la tentation \u00bb, signifie y consentir, y succomber.<br \/>\n2- Puis il a remarqu\u00e9 que le verbe grec eispher\u00f4 + eis signifiait \u00ab entrer dans \u00bb.<br \/>\n3- Puis il a d\u00e9couvert, en restituant le texte h\u00e9breu, que le verbe h\u00e9breu \u00e9tait au mode causatif<br \/>\n(\u00ab faire faire \u00bb quelque chose), qui n\u2019existe ni en grec, ni en latin, et que le verbe grec utilis\u00e9 pouvait servir de causatif au verbe eiserchomai utilis\u00e9 par le Christ \u00e0 Geths\u00e9mani lorsqu\u2019Il dit \u00e0 Ses Ap\u00f4tres : \u00ab Veillez et priez pour ne pas entrer dans la tentation\u00bb. le sens est alors : \u00ab faire entrer dans la tentation \u00bb.<br \/>\n4- Et enfin, en \u00e9tudiant la syntaxe des n\u00e9gations s\u00e9mitiques, il a vu que dans le cas d\u2019un causatif, la n\u00e9gation pouvait porter sur l\u2019effet seul et non sur la cause (ce qui signifie : \u00ab faire que ne pas \u00bb et non : \u00ab ne pas faire que \u00bb). Cela change tout au plan du sens<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">(\u00ab Fais que nous n\u2019entrions pas\u2026 \u00bb)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">5- Mais le causatif n\u2019existant pas en grec, le traducteur en grec (qui \u00e9tait probablement un s\u00e9mite) a choisi la plus mauvaise solution : au lieu de rendre le causatif s\u00e9mitique par deux verbes, il n\u2019a gard\u00e9 qu\u2019un seul verbe, en pla\u00e7ant la n\u00e9gation devant lui. Le sens \u00e9tait fauss\u00e9 en grec. Mais comme on \u00e9tait en milieu s\u00e9mitique, tout le monde connaissait le sens exact. En effet la forme grecque est ambigu\u00eb : pour la comprendre il faut passer par l\u2019h\u00e9breu. C\u2019\u00e9tait possible dans la communaut\u00e9 jud\u00e9o-chr\u00e9tienne.<br \/>\nMais une fois en milieu purement grec, puis latin, la phrase devenait incompr\u00e9hensible.<br \/>\nC\u2019est pour cela qu\u2019on a utilis\u00e9 des gloses.<br \/>\n-Carmignac a pu ainsi r\u00e9tablir la forme exacte et le sens exact de la phrase h\u00e9bra\u00efque : \u00ab fais que<br \/>\nnous n\u2019entrions pas dans la tentation \u00bb. La tentation est in\u00e9vitable, mais aide-nous, secours-nous,<br \/>\nfais que nous n\u2019entrions pas dedans, que nous n\u2019y succombions pas. Cela correspond exactement \u00e0 ce que dit le Christ \u00e0 Geths\u00e9mani aux Ap\u00f4tres : \u00ab Veillez et prier pour ne pas entrer dans la tentation \u00bb<br \/>\n(Mt 26\/41, Mc 14\/38, Lc 22\/40,46). L\u2019Ev\u00eaque Jean fait une remarque spirituelle importante :<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Pourquoi demander \u00e0 Dieu de ne pas succomber\u2026 [s\u2019il est vrai que] Dieu ne nous \u00e9prouve pas au-dessus de nos forces ? Parce que nous devons sans cesse r\u00e9clamer le secours divin. [Dieu nous incite \u00e0 nous tourner constamment vers Lui, comme un mode de vie (\u00ab priez sans cesse \u00bb)] ;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">(\u00ab veillez et priez<br \/>\npour que nous n\u2019entriez pas dans la tentation \u00bb).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">[C\u2019est une coop\u00e9ration permanente avec Dieu : la synergie est permanente.] Dieu aime que nous travaillions avec Lui \u00bb (32).<br \/>\nComme la phrase r\u00e9tablie dans sa forme exacte est un peu lourde, Carmignac a trouv\u00e9 chez Jean<br \/>\nLebourlier (33) une formule plus simple : \u00ab garde-nous d\u2019entrer dans la tentation \u00bb ou \u00ab de consentir \u00e0 la tentation \u00bb. C\u2019est juste au plan du sens, mais on s\u2019\u00e9loigne un peu du texte d\u2019origine.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><em>(32) Technique de la pri\u00e8re, p.161-162. Ce qui est entre crochets est une paraphrase de ce que l\u2019\u00e9v\u00eaque Jean d\u00e9veloppe<\/em><br \/>\n<em>sur deux pages.<\/em><br \/>\n<em>(33) Jean Lebourlier : Ne nous soumets pas \u00e0 la tentation, La Lettre de Ligug\u00e9, n\u00b0 123 (1967-3), p.3-18<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">-Carmignac va plus loin : il note que St Jacques, dans son Ep\u00eetre, insiste sur le fait que ce n\u2019est pas<br \/>\nDieu qui nous tente, mais que chacun est tent\u00e9 par son propre d\u00e9sir : \u00ab Que nul, s\u2019il est tent\u00e9, ne<br \/>\ndise : c\u2019est par Dieu que je suis tent\u00e9\u2026..Mais chacun est tent\u00e9 par son propre d\u00e9sir \u00bb. (Ja 1\/13-14).<br \/>\nCarmignac pense que St jacques dit cela \u00e0 cause de la traduction grecque de la 6e demande du Notre<br \/>\nP\u00e8re, qui est ambigu\u00eb en grec (mais pas en h\u00e9breu) : les Chr\u00e9tiens hell\u00e9nis\u00e9s d\u2019origine pa\u00efenne<br \/>\npouvaient buter sur le sens (les deux \u00e9crits sont \u00e0 peu pr\u00e8s contemporains : Jacques, vers 60 ;<br \/>\ntraduction de Luc en grec, vers 58-60).<br \/>\n-Propositions de traduction :<br \/>\nOutre celles indiqu\u00e9es ci-dessus, on peut utiliser la formule : \u00ab et ne nous laisse pas entrer dans la<br \/>\ntentation \u00bb. Elle a l\u2019avantage d\u2019\u00eatre plus facile \u00e0 dire que \u00ab Fais que\u2026..ne pas \u00bb, et de ressembler \u00e0<br \/>\ndes traductions famili\u00e8res. Mais c\u2019est moins fort et moins conforme \u00e0 l\u2019original que \u00ab Fais que \u2026.ne<br \/>\npas \u00bb. La solution \u00ab garde-nous\u2026\u00bb permet de contourner la difficult\u00e9. Toutefois, elle s\u2019\u00e9loigne un<br \/>\npeu du texte originel.<br \/>\nLa traduction de la Fraternit\u00e9 russe : \u00ab ne nous laisse pas entrer dans l\u2019\u00e9preuve \u00bb a une construction syntaxique juste, mais, dans ce cas-l\u00e0, le terme \u00e9preuve n\u2019est pas bon. Il est clair qu\u2019il s\u2019agit de la tentation. Si on dit cela, on retombe dans la contradiction mentionn\u00e9e au d\u00e9but. Oui, Dieu nous laisse entrer dans l\u2019\u00e9preuve : c\u2019est s\u00fbr (cf. Job). On ne peut donc pas lui demander de nous l\u2019\u00e9viter.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">7\u00e8me demande : \u00ab mais d\u00e9livre-nous du Malin \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">La 7e demande ne pose pas beaucoup de probl\u00e8mes, sauf le terme \u00ab Malin \u00bb.<br \/>\nLe terme grec pon\u00earou signifie m\u00e9chant, mauvais, mal, Malin, pervers. Il pourrait \u00eatre masculin ou neutre : dans les manuscrits il n\u2019y a pas de majuscules, mais il y a un article, ce qui fait pencher pour la forme masculine. Il en est de m\u00eame en h\u00e9breu, tandis que le latin (malo) penche plut\u00f4t pour le neutre. Le Nouveau Testament emploie souvent o poniros pour d\u00e9signer le d\u00e9mon. Le Christ dira \u00e0 Son P\u00e8re: \u00ab Je ne demande pas que Tu les retires du monde, mais que Tu les pr\u00e9serves du Mauvais<br \/>\n(ou du Pervers), Jn17\/15. Et St Paul dit : \u00ab le Seigneur vous fortifiera et vous gardera du Pervers \u00bb<br \/>\n(2Th 3\/3). La plupart des P\u00e8res y voient le Malin, le Diable (parfois : \u00ab le mal et son auteur, le<br \/>\nd\u00e9mon \u00bb).<br \/>\n-Aspect th\u00e9ologique : le mal n\u2019existe pas en soi, il est une d\u00e9ficience de bien, de gr\u00e2ce, de<br \/>\nressemblance. Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019un concept philosophique. Le Malin est une personne,<br \/>\nang\u00e9lique, ou plut\u00f4t enferique34 , \u00ab le Diable et Satan \u00bb comme l\u2019appelle le Nouveau Testament, le ch\u00e9rubin d\u00e9chu Satana\u00ebl, chef des arm\u00e9es enferiques. Il est omnipr\u00e9sent dans l\u2019Evangile et le Christ l\u2019appelle \u00ab le Tentateur \u00bb. Il est le Diable (le diviseur) et agit \u00ab malignement \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire avec intelligence en m\u00e9langeant la v\u00e9rit\u00e9 et l\u2019erreur, le bien et le mal (il d\u00e9forme l\u00e9g\u00e8rement la v\u00e9rit\u00e9 pour nous induire en erreur, comme lors de la tentation d\u2019Adam et Eve, ou m\u00eame celle du Christ). Son but est de d\u00e9truire l\u2019Homme parce qu\u2019il est jaloux de l\u2019Amour que Dieu a pour l\u2019Homme et qu\u2019il a la haine de l\u2019incarnation du Verbe. Carmignac propose la traduction : \u00ab Pervers \u00bb.<br \/>\nNous demandons au P\u00e8re de nous d\u00e9livrer d\u00e9finitivement de l\u2019emprise et des attaques du Malin, pour devenir enfin libres de nous unir \u00e0 Dieu, pour retrouver la libert\u00e9 que nous avions en Eden, pour que la parenth\u00e8se de la chute adamique soit referm\u00e9e et que le Royaume de Dieu soit \u00e9tabli \u00e9ternellement.<br \/>\nCette demande qui arrive \u00e0 la fin du Notre P\u00e8re a \u00e9videmment un aspect eschatologique. Carmignac fait remarquer qu\u2019en h\u00e9breu, le sens est beaucoup plus fort : la traduction la plus proche serait :<br \/>\n\u00ab d\u00e9barrasse-nous du Malin \u00bb.<br \/>\n(34) J\u2019utilise \u00e0 dessein ce n\u00e9ologisme, plut\u00f4t que \u00ab infernal \u00bb, dont le sens \u00e9tymologique est \u00e9dulcor\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><em>&#8211; Quel est son rapport avec la 6e demande ?<\/em><br \/>\nDans la mesure o\u00f9 il y a une liaison grammaticale avec la 6e demande, certains P\u00e8res ont regroup\u00e9 les deux derni\u00e8res demandes en une seule. Mais la plupart y voient deux demandes diff\u00e9rentes et sont tr\u00e8s attach\u00e9s au nombre symbolique de 7 demandes (Augustin y insiste beaucoup).<br \/>\nCarmignac fait remarquer que les 5 premi\u00e8res demandes sont \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratif, la 6e est au subjonctif,<br \/>\nparce qu\u2019elle contient une n\u00e9gation et que l\u2019h\u00e9breu ne permet pas l\u2019imp\u00e9ratif, mais que la 7e est \u00e0<br \/>\nl\u2019imp\u00e9ratif : elle est bien une 7e demande.<br \/>\n<em>Quel est alors le sens de la conjonction mais ?<\/em><br \/>\nLe terme grec que traduit \u00ab mais \u00bb est \u00ab Alla \u00bb. Il peut avoir trois sens : une opposition, une<br \/>\nrestriction ou une emphase. Il est \u00e9vident qu\u2019ici il s\u2019agit d\u2019une affirmation emphatique : \u00ab bien plus \u00bb,\u00ab surtout \u00bb (tandis qu\u2019en latin et en fran\u00e7ais ce sens n\u2019est pas rendu). Carmignac propose : \u00ab et surtout \u00bb (et surtout d\u00e9livre-nous du Malin).<br \/>\nCette 7e demande arrive \u00e0 la fin de la pri\u00e8re. Cela a plusieurs sens :<br \/>\n&#8211; la pri\u00e8re commence par tout ce qui est positif et important, ce qui est la vraie r\u00e9alit\u00e9, divine. Elle<br \/>\nnous ancre d\u2019abord en Dieu, dans la Divine Trinit\u00e9 (confession de notre filiation divine), nous<br \/>\napprend avec Marie \u00e0 faire la volont\u00e9 de Dieu, nous nourrit de Dieu dans l\u2019Eucharistie, nous apprend \u00e0 pardonner (ce qui est plus facile lorsqu\u2019on a d\u00e9j\u00e0 fait tout ce chemin) et \u00e0 r\u00e9sister \u00e0 la tentation. Ce n\u2019est qu\u2019arm\u00e9s ainsi et prot\u00e9g\u00e9s que nous pouvons conclure : d\u00e9livre-nous du Malin. Cela constitue un \u00ab ordo \u00bb, un chemin spirituel. Les Scolastiques, depuis Anselme de Canterbury (le p\u00e8re de la scolastique) jusqu\u2019\u00e0 la fin du 13e si\u00e8cle, ont voulu expliquer le Notre P\u00e8re \u00e0 rebours, en commen\u00e7ant par la 7e demande. C\u2019est une erreur spirituelle, une h\u00e9t\u00e9ropraxie. Luther r\u00e9agira contre cela et insistera sur l\u2019ordo de la pri\u00e8re, qui est une p\u00e9dagogie divine.<br \/>\nDans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9e, dans l\u2019Eglise antique, les exorcismes \u00e9taient faits par des clercs mineurs, parce que chasser les d\u00e9mons n\u2019\u00e9tait qu\u2019un pr\u00e9alable et que le d\u00e9mon est petit. Mais c\u2019\u00e9taient les Ev\u00eaques et les pr\u00eatres qui baptisaient, chrismaient et c\u00e9l\u00e9braient les myst\u00e8res.<br \/>\n&#8211; Il y a aussi un aspect eschatologique : cela \u00e9voque la fin des temps, et le combat spirituel final<br \/>\nentre les Anges de Dieu et les d\u00e9mons, entre St Michel et Satan, proph\u00e9tis\u00e9 par le Christ dans<br \/>\nl\u2019Evangile, puis dans l\u2019Apocalypse. Cela signifie que nous aurons \u00e0 mener ce combat jusqu\u2019au bout<br \/>\net qu\u2019il faudra pers\u00e9v\u00e9rer. On ne pourra jamais \u00eatre dans le confort spirituel. Le Christ nous l\u2019a<br \/>\nclairement dit : tenez bon, tenez jusqu\u2019au bout, J\u2019ai vaincu le monde. Satan et ses anges seront<br \/>\ntotalement et d\u00e9finitivement vaincus.<br \/>\n&#8211; Carmignac confirme tout cela par une remarque concernant les proc\u00e9d\u00e9s litt\u00e9raires h\u00e9breux : il y a un parall\u00e9lisme antith\u00e9tique : la pri\u00e8re commence par une personne, le P\u00e8re c\u00e9leste, et elle se termine par une personne qui en est l\u2019antith\u00e8se, le d\u00e9mon, qui sera vaincu.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>C-La Doxologie et l\u2019Amen<\/strong> : \u00ab Car c\u2019est \u00e0 Toi qu\u2019appartiennent le r\u00e8gne, la<br \/>\npuissance et la gloire pour les si\u00e8cles des si\u00e8cles. Amen \u00bb.<br \/>\n-Elle ne se trouve pas dans tous les manuscrits.<br \/>\nElle se trouve dans les recensions antiochiennes et byzantines, dans la Didach\u00ea (35) (mais tronqu\u00e9e : il y manque un mot) dans les Constitutions Apostoliques (36), et chez beaucoup de P\u00e8res, surtout byzantins.<br \/>\nElle ne se trouve pas dans les manuscrits les plus anciens (famille alexandrine), la Vetus Latina et<br \/>\nla Vulgate (sauf : \u00ab Amen \u00bb, chez St Matthieu), et chez les plus anciens P\u00e8res de l\u2019Eglise.<br \/>\nElle s\u2019est r\u00e9pandue dans tout l\u2019Orient (via Antioche et Byzance), mais l\u2019Occident l\u2019a ignor\u00e9e (Vetus<br \/>\nLatina et Vulgate).<br \/>\nLes premiers humanistes ayant utilis\u00e9 des manuscrits grecs r\u00e9cents l\u2019ont ins\u00e9r\u00e9e : elle se trouve<br \/>\ndonc dans le textus receptus grec d\u2019Erasme. Les Protestants, croyant qu\u2019elle faisait partie du Notre P\u00e8re l\u2019ont adopt\u00e9e (Calvin) : ils la disent syst\u00e9matiquement \u00e0 la fin du Notre P\u00e8re (37).<br \/>\n-Elle est d\u2019origine liturgique, juive puis chr\u00e9tienne.<br \/>\nLes Juifs avaient coutume de terminer les pri\u00e8res, dans le Temple, par une doxologie (louange<br \/>\nadress\u00e9e \u00e0 Dieu (38)). Dans le Talmud de Babylone, on \u00e9tendra ces doxologies : elles sont r\u00e9p\u00e9t\u00e9es apr\u00e8s chaque b\u00e9n\u00e9diction (ce qui est toujours le cas actuellement).<br \/>\nC\u2019est ce qu\u2019on retrouve dans la Didach\u00ea (fin 1er-d\u00e9but 2e si\u00e8cle), o\u00f9 l\u2019on recommande de dire le Notre P\u00e8re 3 fois par jour, suivant une tradition biblique.<br \/>\nL\u2019origine liturgique est confirm\u00e9e par St Ambroise. Dans le De Sacramentis il commente le Notre<br \/>\nP\u00e8re sans la doxologie, mais ensuite dans son commentaire de la liturgie, il indique que le pr\u00eatre dit, apr\u00e8s le Notre P\u00e8re, une doxologie. On a d\u2019ailleurs fait de m\u00eame pour les psaumes, les cantiques bibliques (Gloria Patri\u2026) et \u00e0 la fin des hom\u00e9lies. Dans toutes les liturgies, orientales et occidentales, il y a soit une doxologie (Orient) soit une \u00ab embolie \u00bb qui se termine par une doxologie(Occident)<br \/>\n(voir ci-dessous en IV, 3, b)<br \/>\nCarmignac estime que la doxologie du Notre P\u00e8re est une cr\u00e9ation tr\u00e8s ancienne (1er ou 2e si\u00e8cle)<br \/>\nins\u00e9r\u00e9e vers le 3e si\u00e8cle dans l\u2019Evangile de Matthieu par un copiste de la r\u00e9gion d\u2019Antioche, qui a<br \/>\ntranscrit le Notre P\u00e8re qu\u2019il connaissait par coeur, tel qu\u2019il l\u2019entendait et le disait \u00e0 l\u2019\u00e9glise -avec la<br \/>\ndoxologie- au lieu de recopier le manuscrit qu\u2019il avait sous les yeux (au 3e si\u00e8cle apparaissent les<br \/>\nmanuscrits de la famille antiochienne, qui contiennent tous la doxologie).<br \/>\n-\u00ab Amen \u00bb<br \/>\nDans la Didach\u00ea : il y a une doxologie, mais qui ne se termine pas par \u00ab Amen \u00bb (de m\u00eame que<br \/>\ndans l\u2019anaphore qui suit). Carmignac fait remarquer que c\u2019est normal parce que les pri\u00e8res juives se terminaient par une doxologie qui \u00e9tait la r\u00e9ponse du peuple au grand pr\u00eatre (sans Amen).<br \/>\nDans le textus receptus grec d\u2019Erasme il y a la doxologie compl\u00e8te, avec Amen. Mais dans les<br \/>\n\u00e9ditions scientifiques du 19e si\u00e8cle, il n\u2019y a plus ni l\u2019un ni l\u2019autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><em>(35) Didach\u00ea : le plus ancien recueil liturgico-canonique de l\u2019Eglise, r\u00e9dig\u00e9 en grec, fin 1er-d\u00e9but 2e si\u00e8cle, probablement<\/em><br \/>\n<em>d\u2019origine syrienne.<\/em><br \/>\n<em>(36) Constitutions Apostoliques : compilation de tous les documents liturgiques, canoniques et spirituels, ant\u00e9rieurs au 4e<\/em><br \/>\n<em>si\u00e8cle, r\u00e9alis\u00e9e en Syrie vers 380, dans un milieu h\u00e9r\u00e9tique (arien), mais qui demeure fondamental pour la connaissance<\/em><br \/>\n<em>de l\u2019Eglise antique.<\/em><br \/>\n<em>(37) Ce qui est le cas pour le Notre P\u00e8re dit oecum\u00e9nique et qui atteste de son origine protestante.<\/em><br \/>\n<em>(38) Du grec \u00ab doxa \u00bb : la gloire.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Pour les versions latines, c\u2019est plus complexe :<br \/>\n&#8211; Vetus latina : pas de doxologie, ni d\u2019Amen.<br \/>\n&#8211; Vulgate : pas de doxologie, mais un amen. Il se trouve aussi dans le Commentaire de St J\u00e9r\u00f4me<br \/>\nSur St Matthieu. Mais dans les \u00e9ditions ult\u00e9rieures de la Vulgate (notamment la plus r\u00e9cente,<br \/>\ncelle de Paul VI-Vatican II), l\u2019Amen a disparu.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>III- La traduction du Notre P\u00e8re en fran\u00e7ais : synth\u00e8se des propositions<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">1. Les probl\u00e8mes pos\u00e9s par la traduction du Notre P\u00e8re en fran\u00e7ais, jusqu\u2019en 1965.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">a- Du 16\u00e8me si\u00e8cle au d\u00e9but du 20\u00e8me si\u00e8cle:<br \/>\nIl faut distinguer le Notre P\u00e8re, texte biblique, du Notre P\u00e8re utilis\u00e9 dans la pri\u00e8re liturgique et<br \/>\npersonnelle, car le texte biblique est double, mais La pri\u00e8re de l\u2019Eglise ne peut-\u00eatre qu\u2019une.<br \/>\n-Jusqu\u2019au 12e si\u00e8cle, toutes les Bibles \u00e9taient en latin. Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 partir du d\u00e9but du 12e si\u00e8cle<br \/>\nqu\u2019on voit appara\u00eetre des \u00e9l\u00e9ments de la Bible en fran\u00e7ais. La plus ancienne version fran\u00e7aise39 du Notre P\u00e8re se trouve dans le Psautier d\u2019Eadwin de Cantorb\u00e9ry, vers 1120 [les rois d\u2019Angleterre sont des fran\u00e7ais depuis 1066].<br \/>\n-La plus ancienne traduction fran\u00e7aise de toute la Bible date du 13e si\u00e8cle (1226-1239 [sous St Louis] dans la r\u00e9gion parisienne).<br \/>\n-A partir de l\u2019imprimerie [milieu du 15e s.] il va y avoir de nombreuses versions de la Bible, et du<br \/>\nNotre P\u00e8re, largement diffus\u00e9s, d\u2019abord en latin, puis en fran\u00e7ais. La plus ancienne version imprim\u00e9e de la Bible en fran\u00e7ais, date de 1477 (Macho et Farget, \u00e0 Lyon).<br \/>\n-A partir du 16e si\u00e8cle, vont appara\u00eetre de nombreuses versions de la Bible en fran\u00e7ais, notamment protestantes. La plus ancienne est celle de Lef\u00e8vre d\u2019Etaples en 1524. Dans sa version du Notre P\u00e8re on trouve : le pain supersubstantiel, les offenses, ne nous induis point en tentation, le Malin.<br \/>\nIl y en aura ensuite de tr\u00e8s nombreuses.<br \/>\nLe probl\u00e8me qui se pose, comme pour beaucoup de langues \u00ab r\u00e9centes \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire fix\u00e9es au d\u00e9but du deuxi\u00e8me mill\u00e9naire, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a pas une traduction unique de la Bible (ni donc du Notre P\u00e8re) comme cela existe en grec, en latin et en slavon.<br \/>\nLe latin fut la langue liturgique exclusive de la France (et de l\u2019Occident) jusqu\u2019au 16e si\u00e8cle. A partir du 16e si\u00e8cle, il le demeurera pour les Catholiques-romains, en tant que langue officielle, canonique, mais on vit appara\u00eetre dans les livres de messe des traductions fran\u00e7aises en regard. Seulement elles ne furent pas normalis\u00e9es, puisque seul le texte latin faisait foi. Parall\u00e8lement les Protestants utilis\u00e8rent les langues vernaculaires, mais les traductions ne furent pas non plus normalis\u00e9es. II y a donc eu depuis le 16e si\u00e8cle un grand nombre de variantes du Notre P\u00e8re en fran\u00e7ais, catholiques, protestantes et agnostiques (scientifiques).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">b- L\u2019\u00e9laboration d\u2019une traduction fran\u00e7aise dans l\u2019Orthodoxie (1925-1945):<br \/>\nLorsque des Orthodoxes apparurent en France, pendant longtemps ils n\u2019utilis\u00e8rent que leurs langues traditionnelles (grec ancien et slavon) ou nationales (roumain par exemple).<br \/>\nCe n\u2019est qu\u2019avec la naissance d\u2019une Communaut\u00e9 orthodoxe fran\u00e7aise en 1937 (celle de Mgr<br \/>\nWinnaert) que le probl\u00e8me se pos\u00e2t r\u00e9ellement. Le premier effort d\u2019\u00e9laboration d\u2019une bonne<br \/>\ntraduction fran\u00e7aise (conforme \u00e0 la langue fran\u00e7aise et \u00e0 la tradition orthodoxe), fut celui de la<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><em>(39) Il s\u2019agit, bien s\u00fbr, de vieux fran\u00e7ais. Texte chez Carmignac, p.402.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Confr\u00e9rie Saint-Photius, fond\u00e9e par de jeunes russes \u00e9migr\u00e9s, dont le principal fut Eugraphe<br \/>\nKovalevsky (40), qui \u00e9tait l\u2019\u00e2me du groupe et qui devint pr\u00e9sident de la Section fran\u00e7aise (\u00ab Province Saint- Ir\u00e9n\u00e9e \u00bb). Non seulement ils se pench\u00e8rent sur les racines orthodoxes de la France et entreprirent de restaurer l\u2019ancien rite des Gaules, mais ils s\u2019efforc\u00e8rent aussi de trouver des formulations fran\u00e7aises liturgiques pour les textes anciens, qui \u00e9taient en latin, et pour les emprunts faits au rite byzantin (en l\u2019occurrence en slavon). Il est utile de souligner que ces jeunes russes enthousiastes \u00e9taient d\u2019une grande culture : Eugraphe et ses fr\u00e8res, Maxime et Pierre, lisaient le latin,le grec et le slavon, et parlaient 4 ou 5 langues vernaculaires (ils parlaient couramment russe, fran\u00e7ais<br \/>\net allemand)\u2026Les recherches pour \u00e9laborer une bonne traduction du Notre P\u00e8re en fran\u00e7ais entr\u00e8rent dans le cadre de ce travail gigantesque. Il fallait r\u00e9soudre une multitude de probl\u00e8mes<br \/>\ncontradictoires :<br \/>\n&#8211; \u00eatre fid\u00e8le au sens (au contenu biblique et \u00e0 la th\u00e9ologie orthodoxe),<br \/>\n&#8211; \u00eatre fid\u00e8le au texte, autant qu\u2019il soit possible,<br \/>\n&#8211; tenir compte de la tradition liturgique fran\u00e7aise (qui existait, au moins par \u00e9crit, depuis le 16e<br \/>\nsi\u00e8cle) et de l\u2019euphonie fran\u00e7aise,<br \/>\n&#8211; trouver une traduction liturgique (il y a des termes \u00ab liturgiques \u00bb et d\u2019autres qui ne le sont pas).<br \/>\nIl en r\u00e9sulta une traduction fran\u00e7aise du Notre P\u00e8re dans un esprit orthodoxe, vers 1944-1945, qui<br \/>\nrestera la meilleure jusque vers les ann\u00e9es 2000 (voir ce texte en Annexe I), et qui sera valid\u00e9e par St Jean de San Francisco (41), celui\u00a0 qui prendra sous son omophore la petite Eglise fran\u00e7aise et sacrera \u00e9v\u00eaque le P\u00e8re Eugraphe Kovalesvky, sous le nom de Jean de Saint-Denis, en 1964. A chaque fois que St Jean viendra pr\u00e9sider la liturgie (en rite byzantin ou en rite des Gaules) \u00e0 la cath\u00e9drale Saint-Ir\u00e9n\u00e9e de Paris, il dira le Notre P\u00e8re en fran\u00e7ais dans cette traduction (il parlait bien le fran\u00e7ais : il a v\u00e9rifi\u00e9 lui-m\u00eame tout le rite des Gaules restaur\u00e9, avant de le valider et de le b\u00e9nir).<br \/>\nContrairement \u00e0 ce que disent certains auteurs, cette version fran\u00e7aise n\u2019est pas du P\u00e8re Lev Gillet.<br \/>\nD\u2019ailleurs dans le commentaire que celui-ci a publi\u00e9 sur le Notre P\u00e8re, sous le nom d\u2019 \u00ab Un moine de l\u2019Eglise d\u2019Orient \u00bb, il n\u2019utilise pas cette traduction.(42).<br \/>\nC\u2019est celle qui est utilis\u00e9e dans l\u2019Eglise Catholique Orthodoxe de France (ECOF), dans certaines<br \/>\nparoisses fran\u00e7aises de notre M\u00e9tropole, et qui l\u2019a \u00e9t\u00e9 dans les paroisses francophones du Patriarcat de Moscou jusque vers 2004.<br \/>\n2. Les trois traductions actuelles du Notre P\u00e8re dans l\u2019Orthodoxie francophone<br \/>\nOutre la traduction de l\u2019Ev\u00eaque Jean dont je viens de parler, deux autres traductions en fran\u00e7ais<br \/>\napparurent apr\u00e8s 1965.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><em>(40) Eugraph Kovalevsky (1905-1970) : le futur \u00e9v\u00eaque Jean de Saint-Denis (1964-1970)<\/em><br \/>\n<em>(41)St Jean de Changha\u00ef et San Francisco (1896-1966), de l\u2019Eglise Russe Hors Fronti\u00e8res prit sous sa protection canonique \u00ab l\u2019Eglise orthodoxe de France \u00bb \u00e0 partir de 1961, avec l\u2019accord du Saint Synode de New-York. C\u2019est lui qui conseillera d\u2019ajouter le terme \u00ab catholique \u00bb, pour t\u00e9moigner de la filiation directe de l\u2019Orthodoxie avec l\u2019Eglise indivise, catholique par nature (d\u2019o\u00f9 le nom d\u2019 \u00ab Eglise Catholique Orthodoxe de France \u00bb &#8211; ECOF). Il avait lu tous les textes<\/em><br \/>\n<em>liturgiques produits par l\u2019ECOF avant de donner sa b\u00e9n\u00e9diction. Il est rare de constater un pareil s\u00e9rieux en mati\u00e8re liturgique\u2026<\/em><br \/>\n<em>(42)Le P\u00e8re Lev Gilet (1893-1980), ancien uniate devenu orthodoxe, joua un r\u00f4le important dans l\u2019Orthodoxie en France avant la 2e guerre mondiale : il fut le recteur de la 1\u00e8re paroisse russe francophone de Paris. Puis il partit s\u2019installer en Angleterre. Il \u00e9crivit de nombreux livres sous le nom d\u2019 \u00ab Un moine de l\u2019Eglise d\u2019Orient \u00bb. Son livre \u00ab Notre P\u00e8re : introduction \u00e0 la foi et \u00e0 la vie chr\u00e9tienne \u00bb fut publi\u00e9 d\u2019abord au Liban (sans date), puis \u00e0 Paris en 1988 (Ed. du Cerf).<\/em><\/p>\n<p>a- La traduction dite oecum\u00e9nique (1966)<br \/>\nDans les ann\u00e9es 60, vers la fin du concile romain Vatican II, et dans le cadre de relations<br \/>\n\u0153cum\u00e9niques, les Protestants et les Catholiques-romains travaill\u00e8rent ensemble \u00e0 une traduction<br \/>\n\u0153cum\u00e9nique du Notre P\u00e8re et ils y aboutirent \u00e0 la fin de 1965. Ils s\u2019efforc\u00e8rent ensuite d\u2019y associer<br \/>\nles Orthodoxes, qui n\u2019avaient \u00e0 l\u2019\u00e9poque aucune instance commune (Le Comit\u00e9 inter-\u00e9piscopal<br \/>\northodoxe de France ne sera cr\u00e9\u00e9 qu\u2019en 1967) et qui \u00e9taient tr\u00e8s divis\u00e9s (il y avait trois juridictions<br \/>\nrusses !). Et en 1966, la situation \u00e9tait tr\u00e8s d\u00e9licate car il y avait depuis 1963 une crise grave entre<br \/>\nl\u2019Archev\u00each\u00e9 russe et Constantinople, parce que Constantinople avait nomm\u00e9 un \u00e9v\u00eaque grec \u00e0 Paris.<br \/>\nLa \u00ab rue Daru \u00bb s\u2019\u00e9tait alors \u00e9rig\u00e9e en Archev\u00each\u00e9 orthodoxe de France et d\u2019Europe occidentale, sans aucun souci de l\u2019ECOF, qui d\u00e9pendait de l\u2019Eglise Russe Hors Fronti\u00e8res (ERHF).<br \/>\nLes repr\u00e9sentants des instances \u0153cum\u00e9niques consult\u00e8rent ceux qui leur parurent les plus<br \/>\n\u00ab officiels \u00bb (l\u2019archev\u00eaque russe et l\u2019\u00e9v\u00eaque grec). Ces derniers donn\u00e8rent leur accord formellement et sans un v\u00e9ritable examen du texte, parce qu\u2019ils n\u2019utilisaient jamais le fran\u00e7ais dans la liturgie (ils c\u00e9l\u00e9braient en slavon et en grec ancien). Et les uns et les autres se gard\u00e8rent bien de demander son avis \u00e0 la seule Communaut\u00e9 orthodoxe fran\u00e7aise de l\u2019\u00e9poque, celle de l\u2019Ev\u00eaque Jean, parce qu\u2019elle \u00e9tait dans la juridiction de l\u2019Eglise Russe hors Fronti\u00e8res.<br \/>\nCette traduction dite \u00ab \u0153cum\u00e9nique \u00bb parut au d\u00e9but de 1966 (voir ce texte en Annexe I) et elle<br \/>\nprovoqua un toll\u00e9 chez les Orthodoxes fran\u00e7ais, car elle \u00e9tait (et elle est toujours) la plus mauvaise<br \/>\nde toutes les traductions fran\u00e7aises (43). L\u2019ECOF d\u00e9couvrit les choses par voie de presse ! L\u2019Ev\u00eaque Jean alla trouver ses deux confr\u00e8res, l\u2019Archev\u00eaque Georges Wagner et le M\u00e9tropolite M\u00e9l\u00e9tios et leur dit : comment avez-vous pu accepter cela ? Les deux \u00e9v\u00eaques r\u00e9pondirent : pour leur faire plaisir, parce nous ne disons jamais le Notre P\u00e8re en fran\u00e7ais ( !)<br \/>\nMaxime Kovalevsky (44), le plus grand compositeur de musique sacr\u00e9e orthodoxe en Occident au 20e si\u00e8cle et professeur de liturgie compar\u00e9e \u00e0 l\u2019Institut Saint-Denys, \u00e9crivit une Lettre ouverte en<br \/>\njanvier 1966 pour dire en quoi cette version \u00e9tait \u00e9loign\u00e9e de la Tradition et de l\u2019Orthodoxie. Le P.<br \/>\nJean Carmignac, qui \u00e9tait alors le plus grand bibliste fran\u00e7ais, mondialement connu pour ses travaux sur les documents de Qumran, et qui avait d\u00e9couvert la cl\u00e9 de compr\u00e9hension de la 6e demande du Notre P\u00e8re en 1965 (voir ci-dessus), s\u2019indigna aussi et \u00e9crivit \u00e0 Maxime Kovalevsky pour lui apporter son appui. Il alla m\u00eame \u00e0 Rome pour essayer de convaincre le Vatican de faire marche arri\u00e8re, mais il n\u2019y r\u00e9ussit pas. Il faut dire qu\u2019on \u00e9tait \u00e0 la fin du Concile Vatican II (il s\u2019ach\u00e8ve en d\u00e9cembre 1965), que l\u2019Eglise romaine \u00e9tait en plein bouleversement, en plein changement, et qu\u2019un probl\u00e8me de traduction en fran\u00e7ais n\u2019\u00e9tait pas pour elle primordial. Pourtant une grande partie des probl\u00e8mes pos\u00e9s par la traduction en fran\u00e7ais concerne aussi les autres langues !<br \/>\nIl est bien \u00e9tonnant que de nombreuses paroisses orthodoxes francophones (ou semi-francophones) se soient pr\u00e9cipit\u00e9es alors pour adopter cette version tr\u00e8s mauvaise, simplement parce qu\u2019elle avait une \u00e9tiquette \u00ab oecum\u00e9nique \u00bb. Ou peut-\u00eatre \u00e9tait-ce pour ignorer ostensiblement le travail fait par l\u2019Eglise fran\u00e7aise depuis pr\u00e8s de 40 ans\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><em>(43) Les Catholiques-romains auraient pu, \u00e0 cette occasion, revenir au texte latin, notamment en ce qui concerne les<\/em><br \/>\n<em>dettes, et ils auraient pu tenir compte des travaux d\u2019un de leurs grands savants, le P. Carmignac, qui \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 connus\u2026<\/em><br \/>\n<em>Mais on \u00e9tait dans l\u2019ambiance post-Vatican II et pr\u00e9-68, dans cette lame de fond qui provient de l\u2019inconscient des peuples<\/em><br \/>\n<em>et qui bouleverse les soci\u00e9t\u00e9s. La Tradition en a fait les frais.<\/em><br \/>\n<em>(44) Maxime Kovalevsky (1903-1988) \u00e9tait un fr\u00e8re a\u00een\u00e9 de l\u2019Ev\u00eaque Jean. Outre son oeuvre immense de composition de<\/em><br \/>\n<em>musique sacr\u00e9e, ses cours de liturgie compar\u00e9e \u00e0 l\u2019Institut Saint-Denys, que j\u2019ai suivis pendant 4 ans, sont d\u2019un int\u00e9r\u00eat<\/em><br \/>\n<em>exceptionnel.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">b- La traduction de la Fraternit\u00e9 orthodoxe (russe) en Europe occidentale (vers 2004)<br \/>\nEnfin, Il y a une dizaine d\u2019ann\u00e9es, vers 2004, un groupe de traduction de la Fraternit\u00e9 orthodoxe en Europe occidentale (d\u00e9pendant canoniquement de l\u2019Archev\u00each\u00e9 russe) a propos\u00e9 une nouvelle<br \/>\ntraduction, nettement meilleure que la traduction \u0153cum\u00e9nique, mais avec deux \u00e9l\u00e9ments nouveaux :<br \/>\nle \u00ab pain essentiel \u00bb et \u00ab ne nous laisse pas entrer dans l\u2019\u00e9preuve \u00bb, qui sont tous deux contestables<br \/>\n(cf. ci-dessus). N\u00e9anmoins, c\u2019est cette traduction qui sera recommand\u00e9e par l\u2019Assembl\u00e9e des Ev\u00eaques Orthodoxes de France en 2004 (voir ce texte en Annexe I).<br \/>\nNous nous trouvons donc face \u00e0 trois traductions en fran\u00e7ais du Notre P\u00e8re en usage dans les<br \/>\nparoisses orthodoxes francophones.<br \/>\n3. Proposition de traduction nouvelle en fran\u00e7ais<br \/>\nJe vais reprendre les 7 demandes telles que nous les avons examin\u00e9es et indiquer ce qui me para\u00eetrait bien (exact th\u00e9ologiquement, conforme au texte biblique et \u00e0 la langue fran\u00e7aise, et de style liturgique) avec des variantes et quelques explications. Rien n\u2019est absolu dans ce domaine. Il y a de nombreux crit\u00e8res qui entrent en jeu, dont il faut essayer de tenir compte, mais \u00e0 un moment donn\u00e9, on doit choisir la meilleure, ou la moins mauvaise des solutions.[Lecture est faite du texte propos\u00e9, avec ses deux variantes : voir en Annexe II ]<br \/>\nIl me semble qu\u2019il faudrait aussi changer de m\u00e9thode de travail : il faudrait d\u2019abord se mettre<br \/>\nd\u2019accord sur une traduction (apr\u00e8s une \u00e9tude s\u00e9rieuse et concert\u00e9e), puis l\u2019exp\u00e9rimenter dans les<br \/>\nparoisses et enfin faire un bilan au bout de un ou deux ans. Si tout le monde est d\u2019accord, on la<br \/>\nvalide. S\u2019il y a des d\u00e9saccords fond\u00e9s et importants, on introduit des corrections. Cette m\u00e9thode<br \/>\ncorrespondrait plus \u00e0 l\u2019esprit conciliaire de l\u2019Eglise orthodoxe. Il faut faire tout cela s\u00e9rieusement,<br \/>\nparce l\u2019enjeu est important : arriver \u00e0 prier ensemble. Cela signifie qu\u2019on soit d\u2019accord sur chaque<br \/>\nmot et sur la place des mots. Sinon, on ne peut ni dire, ni chanter la pri\u00e8re ensemble.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>IV-Le Notre P\u00e8re dans la pri\u00e8re des chr\u00e9tiens<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">1. Du texte biblique au texte liturgique : sous quelle forme le Notre P\u00e8re est-il devenu la pri\u00e8re<br \/>\neffective des chr\u00e9tiens ?<br \/>\nIl y a deux textes bibliques du Notre P\u00e8re, qui comportent des diff\u00e9rences notables : lequel a \u00e9t\u00e9<br \/>\nadopt\u00e9 par la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne ? Ou plut\u00f4t, le Notre P\u00e8re que nous disons tous ensemble \u00e0 la liturgie ou personnellement, provient de quelle(s) source(s) ? Quel est le texte normatif de la pri\u00e8re ?<br \/>\nQuestion connexe : les textes normatifs grec et latin (qui sont la source de toutes les traductions<br \/>\nexistantes) sont-ils identiques ?<br \/>\nJ\u2019ai donc compar\u00e9 les deux textes officiels du Notre P\u00e8re, grec et latin (pris dans un livre liturgique grec et dans un Missel romain) avec les deux textes \u00e9vang\u00e9liques.<br \/>\n-En ce qui concerne le Notre P\u00e8re en grec, il n\u2019y a aucun doute : c\u2019est le texte de St Matthieu qui a<br \/>\n\u00e9t\u00e9 adopt\u00e9, avec deux petites variantes par rapport \u00e0 la plupart des manuscrits :<\/p>\n<p>. dans la 3e demande (Ta volont\u00e9), il y a \u00ab epi t\u00eas g\u00eas \u00bb (sur la terre) au lieu de \u00ab epi g\u00eas \u00bb(sur terre).<br \/>\nCe n\u2019est pas tr\u00e8s grave, mais le parall\u00e9lisme avec le Ciel est rompu, parce que \u00ab ouranos \u00bb (ciel) n\u2019a pas d\u2019article. Dans le texte grec de Matthieu donn\u00e9 par Carmignac, il n\u2019y a pas d\u2019article pour g\u00eas.<br \/>\n. dans la 5e demande, pour la remise des dettes au prochain, il y a un pr\u00e9sent : \u00ab aphiemen \u00bb<br \/>\n([comme] nous remettons) au lieu d\u2019un aoriste (aph\u00eakamen :[comme] nous avons remis), que l\u2019on retrouve dans beaucoup de manuscrits. Carmignac restitue le verbe au pass\u00e9. Mais le texte latin a le pr\u00e9sent : le grec liturgique y est donc conforme.<br \/>\n. Il est int\u00e9ressant de noter que dans la Didach\u00ea, qui est le t\u00e9moin le plus ancien du texte liturgique normatif en grec (fin 1er\u2013d\u00e9but 2e si\u00e8cle), il y a une autre variante : elle dit \u00ab P\u00e8re du Ciel \u00bb et non \u00ab P\u00e8re des Cieux \u00bb.<br \/>\n-En ce qui concerne le Notre P\u00e8re en latin, contrairement \u00e0 ce qu\u2019on raconte dans la plupart des<br \/>\nlivres, il n\u2019est pas enti\u00e8rement pris chez St Matthieu. Il est pris majoritairement chez St Matthieu,<br \/>\n\u00e0 l\u2019exception d\u2019un terme qui est pris chez St Luc : \u00ab quotidianum \u00bb (panem nostrum quotidianum :<br \/>\nnotre pain quotidien). St J\u00e9r\u00f4me en effet a traduit diff\u00e9remment le m\u00eame terme grec epiousion (qu\u2019on trouve chez les deux \u00e9vang\u00e9listes) chez St Matthieu : supersubstantialem (supersubstantiel) et chez St Luc : quotidianum (quotidien) [voir p. 13-16 les explications d\u00e9taill\u00e9es]. On peut \u00eatre surpris du choix fait par les liturgistes latins de l\u2019\u00e9poque antique, mais je n\u2019en ai pas trouv\u00e9 l\u2019explication, ni chez les auteurs anciens, ni chez les modernes. Et quel est le t\u00e9moin le plus ancien du textus receptus liturgique latin (l\u2019\u00e9quivalent latin de la Didach\u00ea) ? Je n\u2019en sais rien : je n\u2019ai pas trouv\u00e9 d\u2019\u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse. C\u2019est une question qui m\u00e9riterait d\u2019\u00eatre \u00e9tudi\u00e9e.<br \/>\nCe sont donc ces deux textus receptus (textes liturgiques normatifs) en grec et en latin, qui sont<br \/>\nutilis\u00e9s dans toutes les liturgies et qui ont \u00e9t\u00e9 traduits ensuite dans toutes les langues, avec un gros avantage pour l\u2019Orient, c\u2019est qu\u2019on a, dans chaque langue, une version unique (grec ancien, syriaque,slavon, roumain\u2026). Autrefois, en Occident, il y avait une version unique, en latin.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">2-Le Notre P\u00e8re dans la vie spirituelle des Chr\u00e9tiens<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Je ne fais que le mentionner pour m\u00e9moire, parce qu\u2019il est \u00e9vident que le Notre P\u00e8re est la pri\u00e8re par excellence de tous les Chr\u00e9tiens, depuis 2000 ans.<br \/>\nJe rappelle simplement que la Didach\u00ea recommande de le dire trois fois par jour. La pri\u00e8re trois fois par jour \u00e9tait un usage juif : on offrait l\u2019encens dans le Temple matin, midi et soir. Nous avons le t\u00e9moignage du proph\u00e8te Daniel (Dan.6\/11)45et du Ps. 54(55)\/17-1846.<br \/>\nChaque fois qu\u2019un Chr\u00e9tien dit le Notre P\u00e8re, m\u00eame seul chez lui (ou dans le secret de son c\u0153ur), il se trouve de facto en communion avec tous les Chr\u00e9tiens (\u00ab Notre\u2026 \u00bb) et m\u00eame in fine, avec tous les hommes. Ne l\u2019oublions pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">3-Le Notre P\u00e8re dans la liturgie et les sacrements<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">a- Dans le bapt\u00eame et les sacrements<br \/>\nIl est certain que le Notre P\u00e8re avait une place centrale dans la pr\u00e9paration au bapt\u00eame. Les<br \/>\ncat\u00e9chum\u00e8nes \u00e9taient longuement pr\u00e9par\u00e9s (et surtout pendant le Car\u00eame qui pr\u00e9c\u00e9dait leur bapt\u00eame \u00e0 P\u00e2ques) et on leur r\u00e9v\u00e9lait progressivement le Symbole de foi, puis le Notre P\u00e8re<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><em>(45) Daniel 6\/11 : \u00ab\u2026et trois fois par jour [tourn\u00e9 vers J\u00e9rusalem] il se mettait \u00e0 genoux, priant et confessant Dieu \u00bb.<\/em><br \/>\n<em>(46) Ps 54(55)\/17-18 : \u00abPour moi, vers Dieu j\u2019appelle et le Seigneur me sauve ; le soir, le matin et \u00e0 midi je me plains et g\u00e9mis<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">C&rsquo;\u00e9tait\u00a0 la \u00ab Traditio \u00bb(47) qu\u2019ils devaient apprendre par c\u0153ur (les \u00e9v\u00eaques leur en expliquaient le sens et les diacres les faisaient r\u00e9p\u00e9ter), puisqu\u2019ils devaient les confesser, les proclamer devant la communaut\u00e9 (c\u2019\u00e9tait la \u00ab Redditio \u00bb(47), juste avant d\u2019\u00eatre immerg\u00e9s dans la piscine baptismale. La plupart des P\u00e8res qui ont \u00e9crit des cat\u00e9ch\u00e8ses baptismales commentent le Notre P\u00e8re (cf. le recueil d\u2019A. Hamman (3), cit\u00e9 dans la note liminaire).<br \/>\n-En dehors du bapt\u00eame, il sera utilis\u00e9 dans les autres sacrements et notamment dans les exorcismes, parce que c\u2019est une pri\u00e8re \u00e0 tr\u00e8s fort caract\u00e8re exorciste (elle se termine par la d\u00e9faite d\u00e9finitive de Satan). Il sera aussi utilis\u00e9 en Occident dans le sacrement des malades, o\u00f9 il constitue une des pri\u00e8res de gu\u00e9rison : dans l\u2019ancien rite romain, le pr\u00eatre imposait la main sur le malade et disait le Notre P\u00e8re sur lui, en tant que sacrement de gu\u00e9rison ; dans le rite des Gaules restaur\u00e9, c\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame chose : le pr\u00eatre \u00e9l\u00e8ve les mains et dit le Notre P\u00e8re sur le malade. Il sera encore utilis\u00e9 pour l\u2019absoute des d\u00e9funts : dans l\u2019ancien rite romain, le pr\u00eatre disait le Notre P\u00e8re pour le d\u00e9funt, puis il aspergeait le cercueil d\u2019eau b\u00e9nite avant de l\u2019encenser. Dans tous ces cas, il faut insister sur le caract\u00e8re sacramentel du Notre P\u00e8re.<br \/>\nb-Dans la liturgie eucharistique<br \/>\nMaxime Kovalevsky fait des remarques pr\u00e9alables de grande importance : le Notre p\u00e8re est par<br \/>\nnature liturgique, puisque nous disons \u00ab notre \u00bb P\u00e8re. Il correspond \u00e0 ce qu\u2019enseigne le Seigneur :<br \/>\n\u00ab deux ou trois r\u00e9unis en Mon Nom\u00bb (Mt 18\/20). Il y a donc bien \u00ab liturgie \u00bb. Et il ajoute : \u00ab Cette<br \/>\npri\u00e8re [est] divine parce qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 dict\u00e9e par Dieu Lui-m\u00eame : elle poss\u00e8de une force r\u00e9elle, et<br \/>\nrenferme \u00e0 elle seule tous les \u00e9l\u00e9ments de la pri\u00e8re liturgique : m\u00e9morial, sacrifice, communion, et action de gr\u00e2ce \u00bb.<br \/>\nLa place du Notre P\u00e8re dans la liturgie est une \u00e9vidence spirituelle, mais demeure un probl\u00e8me<br \/>\nhistorique difficile. Il est certain que le Notre P\u00e8re a \u00e9t\u00e9 inclus dans la liturgie eucharistique, mais<br \/>\non ne sait pas quand ni comment. Le premier t\u00e9moignage certain est assez tardif : c\u2019est celui de St<br \/>\nCyrille de J\u00e9rusalem (+ en 386) ; il est confirm\u00e9 par St Ambroise (De Sacramentis) et Augustin<br \/>\nd\u2019Hippone. On ne le trouve pas \u2013au sein de la liturgie- dans les Constitutions Apostoliques.<br \/>\nCela ne signifie pas qu\u2019il n\u2019y ait pas eu sa place plus t\u00f4t : mais pourquoi les P\u00e8res n\u2019en parlent-ils<br \/>\npas ? Il y a quand m\u00eame une explication. A l\u2019origine la liturgie s\u2019est constitu\u00e9e par l\u2019adjonction \u00e0<br \/>\nl\u2019office synagogal (qui est la source de notre liturgie de la parole) de la \u00ab Fraction du pain \u00bb. Or,<br \/>\neffectivement, le Notre P\u00e8re n\u2019est pas n\u00e9cessaire pour le sacrement eucharistique : seuls l\u2019Anaphore, l\u2019Institution et l\u2019Epicl\u00e8re sont strictement n\u00e9cessaires, et ils sont suivis de la Communion et de l\u2019Action de gr\u00e2ce.<br \/>\nMais il est \u00e9vident qu\u2019il devait y trouver sa place. Toutefois, son adoption ne s\u2019est pas faite partout en m\u00eame temps, ni de fa\u00e7on automatique. En Espagne, il a fallu qu\u2019un concile de Tol\u00e8de (le 4e, en 635) rappelle que le Pater devait \u00eatre dit tous les jours (aux liturgies de semaine) et pas seulement le dimanche.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">-Quelle place dans la liturgie ?<br \/>\nDans tous les rites, en Orient comme en Occident, le Notre P\u00e8re a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 entre la fin du Canon et la Communion, comme un rite pr\u00e9paratoire \u00e0 la Communion, mais pas \u00e0 la m\u00eame place dans tous les rites.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">(<em>47) \u00ab Traditio \u00bb : de \u00ab tradere \u00bb, livrer, transmettre\u2026 ; \u00ab Redditio \u00bb : de reddere, rendre, r\u00e9citer (Traditio symboli et<\/em><br \/>\n<em>Redditio symboli).<\/em><\/p>\n<p>. en Gaule, en Syrie orientale [haute M\u00e9sopotamie], en Egypte, et \u00e0 Rome jusqu\u2019\u00e0 St Gr\u00e9goire le<br \/>\nGrand (c\u2019est-\u00e0-dire fin 6e s.) : apr\u00e8s la Fraction du pain.<br \/>\n. \u00e0 Byzance et \u00e0 J\u00e9rusalem : juste apr\u00e8s la fin du canon et avant la Fraction du pain. St Gr\u00e9goire le<br \/>\nGrand a imit\u00e9 Byzance parce qu\u2019il avait r\u00e9sid\u00e9 longtemps \u00e0 Constantinople, et surtout parce qu\u2019il<br \/>\nvoulait que le Notre P\u00e8re soit dit \u00ab super oblationem \u00bb (sur les Dons consacr\u00e9s) parce que l\u2019usage<br \/>\nromain de cette \u00e9poque \u00e9tait de retirer les Dons de l\u2019autel aussit\u00f4t apr\u00e8s leur cons\u00e9cration (sur un<br \/>\nautel secondaire devant le tr\u00f4ne pontifical).<br \/>\n&#8211; L\u2019ordo pr\u00e9cis<br \/>\n.dans tous les rites, le Notre P\u00e8re a \u00e9t\u00e9 introduit par un pr\u00e9ambule, plus ou moins long, court en<br \/>\nOccident (en Gaule : variable ; \u00e0 Rome : invariable) et long en Orient (surtout chez St Basile). Tous<br \/>\nles pr\u00e9ambules (Gaule, Rome, Byzance) contiennent le verbe \u00ab oser \u00bb. Quelle audace d\u2019oser dire \u00e0<br \/>\nDieu, non pas de nous-m\u00eames mais parce que le Christ nous l\u2019a enseign\u00e9, \u00ab notre P\u00e8re \u00bb !<br \/>\n.dans tous les rites il est suivi d\u2019une pri\u00e8re :<br \/>\n-\u00e0 Byzance : par la doxologie, \u00e0 laquelle on a ajout\u00e9 \u00ab P\u00e8re, Fils et Saint-Esprit \u00bb (on a christianis\u00e9 la doxologie juive).<br \/>\n-en Gaule, \u00e0 Rome, \u00e0 J\u00e9rusalem, en Egypte, en Arm\u00e9nie : par un \u00ab embolisme \u00bb qui sera appel\u00e9 en<br \/>\nOccident le \u00ab Libera nos \u00bb, parce qu\u2019il reprend les termes de la 7e demande, fait un<br \/>\npetit commentaire puis se termine par la doxologie. Dans la Liturgie de J\u00e9rusalem (St Jacques),<br \/>\nd\u2019Alexandrie (St Marc) et d\u2019Arm\u00e9nie, il reprend la 6e et la 7e demande.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211; Comment faisait-on : dit ou chant\u00e9, et par qui ?<br \/>\n-En Orient et en Gaule : il \u00e9tait chant\u00e9 par tous [de m\u00eame \u00e0 Rome, depuis 1958]<br \/>\n-A Rome et en Afrique : il \u00e9tait chant\u00e9 par le c\u00e9l\u00e9brant, sur une m\u00e9lodie propre, et clos \u00e0 Rome par tous avec la 7e demande [depuis 1958 : chant\u00e9 par tous]<br \/>\n-En Espagne : il \u00e9tait dit par le c\u00e9l\u00e9brant, mais ponctu\u00e9 par les \u00ab amen \u00bb du peuple apr\u00e8s chaque<br \/>\ndemande (ce qui est typique de la famille liturgique du rite des Gaules).<br \/>\n-En Arm\u00e9nie : il \u00e9tait chant\u00e9 par le clerg\u00e9, les bras en croix.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">b-Dans l\u2019office divin<br \/>\nNous avons de nombreux t\u00e9moignages de l\u2019introduction du Notre P\u00e8re dans l\u2019office divin, qui<br \/>\ns\u2019institutionnalise au 6e si\u00e8cle.<br \/>\n-un Concile de 517, \u00e0 G\u00e9rone (Espagne) dit que le Pater doit \u00eatre dit \u00e0 voix haute par le pr\u00eatre \u00e0 la<br \/>\nfin des V\u00eapres et des Laudes.<br \/>\n-St Beno\u00eet, dans sa R\u00e8gle (vers 523-526), demande que le Pater soit dit \u00e0 la fin de tous les offices :<br \/>\n. \u00e0 V\u00eapres et Laudes, \u00e0 voix haute, par celui qui pr\u00e9side<br \/>\n. aux autres offices, \u00e0 voix basse, la 6e demande \u00e0 voix haute, tous r\u00e9pondant par la 7e demande.<br \/>\n(Regula, ch. XIII).<br \/>\n&#8211; Les moines Jean (Moschus) et Sophrone (de J\u00e9rusalem), en p\u00e8lerinage au Mont Sina\u00ef, \u00e0 la fin du 6e si\u00e8cle, racontent que le Notre P\u00e8re \u00e9tait dit \u00e0 V\u00eapres apr\u00e8s 6 psaumes, et aux Matines (Orthros) apr\u00e8s les laudes (donc \u00e0 la fin de l\u2019office).<br \/>\n&#8211; Dans le rite byzantin, le Notre P\u00e8re est dit \u00e0 la fin de toutes les heures, apr\u00e8s le Trisagion. Et il fait partie int\u00e9grante des \u00ab pri\u00e8res initiales \u00bb(48) (avec \u00ab Roi c\u00e9leste \u00bb et le Trisagion), mais qui sont relativement tardives (apparues aux 7e- 8e si\u00e8cles).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><em>(48) Pri\u00e8res initiales : dites par le clerg\u00e9 majeur avant chaque liturgie, d\u00e8s leur entr\u00e9e dans l\u2019\u00e9glise, devant les Portes <\/em><em>Royales du sanctuaire ; dites aussi, en principe, au d\u00e9but de chaque office, par un lecteur ou un chantre, ou m\u00eame un la\u00efc.<\/em><\/p>\n<p>Notre P\u00e8re dit \u00e0 voix basse :<br \/>\nIl est probable que cet usage vienne de l\u2019\u00e9poque o\u00f9 il y avait beaucoup de cat\u00e9chum\u00e8nes (et donc<br \/>\nbeaucoup de pa\u00efens). Le Notre P\u00e8re \u00e9tait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 aux Cat\u00e9chum\u00e8nes avant d\u2019\u00eatre baptis\u00e9s. Apr\u00e8s, il<br \/>\n\u00e9tait dit (ou chant\u00e9) dans la partie eucharistique de la liturgie r\u00e9serv\u00e9e aux Chr\u00e9tiens. D\u2019o\u00f9 le fait que, lorsqu\u2019il \u00e9tait dit dans des offices non eucharistiques (accessibles \u00e0 tous, et donc aux<br \/>\ncat\u00e9chum\u00e8nes, encore pa\u00efens), on l\u2019e\u00fbt dit \u00e0 voix basse parce que c\u2019\u00e9tait une pri\u00e8re \u00ab secr\u00e8te \u00bb qui ne devait pas \u00eatre r\u00e9v\u00e9l\u00e9e aux pa\u00efens. Cet usage est demeur\u00e9 dans l\u2019office b\u00e9n\u00e9dictin, pour les petites heures : serait-il un t\u00e9moin de cette \u00e9poque antique ?<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">d- Le nom liturgique du Notre P\u00e8re<br \/>\nDans les livres liturgiques, surtout en Occident, on a donn\u00e9 un nom \u00e0 chaque partie de la liturgie, ce qui \u00e9tait commode pour d\u00e9crire les offices, pour retrouver telle ou telle partie dans un livre liturgique ou pour renvoyer d\u2019une partie \u00e0 une autre. En Occident, on a appel\u00e9 couramment le Notre P\u00e8re : le \u00abPater \u00bb et aussi la \u00ab pri\u00e8re ou oraison dominicale \u00bb (de dominicalis : du Seigneur [Dimanche \u00e9tait le Dies dominicalis, le jour du Seigneur]). St Cyprien de Carthage, au milieu du 3e si\u00e8cle, en est un t\u00e9moin avec son De dominica oratione.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Conclusion<\/strong><br \/>\nLe Notre P\u00e8re est une synth\u00e8se de toute la r\u00e9v\u00e9lation chr\u00e9tienne et un chemin spirituel trac\u00e9 pour<br \/>\ntoute l\u2019humanit\u00e9. Dieu nous indique la relation qu\u2019Il souhaite que nous ayons avec Lui : Il nous<br \/>\nr\u00e9v\u00e8le son dessein. Cette pri\u00e8re est d\u2019une telle densit\u00e9, en si peu de mots, qu\u2019elle ne pouvait sortir<br \/>\nque de la bouche m\u00eame de Dieu, Son Logos, Son Verbe. Aucun \u00eatre humain n\u2019aurait pu la composer.<br \/>\nEt aucun \u00eatre humain n\u2019aurait os\u00e9, de lui-m\u00eame, appeler Dieu \u00ab son P\u00e8re \u00bb.<br \/>\nLe Notre P\u00e8re nous est enseign\u00e9 par le Christ Lui-m\u00eame. Mais il a dit : Je ne dis rien de Moi-m\u00eame :<br \/>\ntout ce que je vous dis vient du P\u00e8re. C\u2019est donc le P\u00e8re c\u00e9leste qui en est l\u2019auteur, l\u2019inspirateur.<br \/>\nC\u2019est le Fils qui la r\u00e9v\u00e8le et l\u2019exprime. Mais elle ne peut \u00eatre re\u00e7ue par les hommes, comprise et mise en pratique que par le Saint-Esprit. Elle est une pri\u00e8re trinitaire.<br \/>\nAmen.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Post-face : une pri\u00e8re paradoxale et universelle<br \/>\nLe Notre P\u00e8re a aussi une particularit\u00e9 qui est des plus \u00e9tonnantes : il ne comporte pas le terme<br \/>\n\u00ab Christ \u00bb ; la doctrine trinitaire n\u2019y appara\u00eet pas, ni l\u2019incarnation du Verbe. Son caract\u00e8re<br \/>\n\u00ab chr\u00e9tien \u00bb est implicite, en filigrane. Il en r\u00e9sulte ce paradoxe : bien qu\u2019\u00e9tant par excellence la<br \/>\npri\u00e8re des chr\u00e9tiens, puisque r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par le Christ lui-m\u00eame, il pourrait \u00eatre dit par des juifs et m\u00eame par des personnes religieuses en dehors du monde jud\u00e9o-chr\u00e9tien. Il repr\u00e9sente parfaitement la p\u00e9dagogie de Dieu vis-\u00e0-vis de l\u2019Homme, qui est celle du \u00ab Semeur \u00bb. Dieu Se r\u00e9v\u00e8le, mais myst\u00e9rieusement, en s\u2019adaptant \u00e0 nous pour ne pas nous \u00ab bloquer \u00bb et Il attend patiemment que nous fassions l\u2019effort d\u2019aller vers Lui et de Le comprendre, que nous coop\u00e9rions avec Lui. Cette pri\u00e8re est une mystagogie divine, une initiation, et elle l\u2019est pour toute l\u2019humanit\u00e9.<br \/>\n(30 janvier 2013) P\u00e8re No\u00ebl TANAZACQ<\/p>\n<p>ANNEXE I<br \/>\nLes trois traductions fran\u00e7aises du Notre P\u00e8re<br \/>\nen usage dans les paroisses orthodoxes francophones (en 2012)<br \/>\n1- Le Notre P\u00e8re de l\u2019Ev\u00eaque Jean et de l\u2019E.C.O.F. (1944-1945)<br \/>\nNotre P\u00e8re qui es aux Cieux,<br \/>\nQue Ton Nom soit sanctifi\u00e9,<br \/>\nQue Ton R\u00e8gne arrive,<br \/>\nQue Ta volont\u00e9 soit faite sur la terre comme au ciel,<br \/>\nDonne-nous aujourd\u2019hui notre pain substantiel,<br \/>\nEt remets-nous nos dettes comme nous remettons1 \u00e0 nos d\u00e9biteurs<br \/>\nEt ne nous soumets pas \u00e0 l\u2019\u00e9preuve,<br \/>\nMais d\u00e9livre-nous du Malin.<br \/>\n(1) Dans plusieurs paroisses on dit : \u00ab comme nous les remettons \u00bb.<br \/>\n2- Le Notre P\u00e8re dit oecum\u00e9nique (1966)<br \/>\nNotre P\u00e8re qui es aux cieux,<br \/>\nQue Ton nom soit sanctifi\u00e9,<br \/>\nQue Ton r\u00e8gne vienne,<br \/>\nQue Ta volont\u00e9 soit faite sur la terre comme au ciel,<br \/>\nDonne-nous aujourd\u2019hui notre pain de ce jour,<br \/>\nPardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi \u00e0 ceux qui nous ont offens\u00e9s,<br \/>\nEt ne nous soumets pas \u00e0 la tentation,<br \/>\nMais d\u00e9livre-nous du Mal.<br \/>\n3- Le Notre P\u00e8re de la Fraternit\u00e9 orthodoxe (russe) en Europe occidentale (2004).<br \/>\nNotre P\u00e8re qui es aux cieux,<br \/>\nQue Ton Nom soit sanctifi\u00e9,<br \/>\nQue Ton r\u00e8gne vienne,<br \/>\nQue Ta volont\u00e9 soit faite sur la terre comme au ciel,<br \/>\nDonne-nous aujourd\u2019hui notre pain essentiel,<br \/>\nRemets-nous nos dettes comme nous aussi nous les remettons \u00e0 nos d\u00e9biteurs,<br \/>\nEt ne nous laisse pas entrer dans l\u2019\u00e9preuve,<br \/>\nMais d\u00e9livre-nous du Malin.<br \/>\nAnnexe II- Nouvelle proposition de traduction fran\u00e7aise du Notre P\u00e8re (2012)<br \/>\nNotre\u00a0 P\u00e8re\u00a0 C\u00e9leste<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Que Ton Nom soit sanctifi\u00e9<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Que Ton R\u00e8gne arrive<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Que Ta volont\u00e9 soit faite sur la Terre comme au Ciel<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Donne-nous aujourd&rsquo;hui notre pain supersubstantiel<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Et remets-nous nos dettes, comme nous aussi nous les remettons \u00e0 nos d\u00e9biteurs<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Garde nous de consentir \u00e0 la tentation<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Et surtout d\u00e9livre-nous du Malin.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Annexe III: textes du Notre P\u00e8re en H\u00e9breu, Latin et Grec (non affich\u00e9).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Annexe IV<br \/>\nTableau synoptique des P\u00e8res de l\u2019Eglise cit\u00e9s<br \/>\n( L : P\u00e8res latins G : P\u00e8res grecs )<br \/>\n&#8211; 2e si\u00e8cle<br \/>\n. St Ir\u00e9n\u00e9e de Lyon (fin 2e s.). Originaire d\u2019Asie Mineure. G (mais pr\u00eachait en gaulois)<br \/>\n&#8211; 2e-3e si\u00e8cles<br \/>\n. Tertullien (ca 155- ca 220). Afrique romaine. L<br \/>\n&#8211; 3e si\u00e8cle<br \/>\n. St Cyprien de Carthage (+ 258). L<br \/>\n&#8211; 4e si\u00e8cle<br \/>\n. St Hilaire de Poitiers (+ 367). L<br \/>\n. St Cyrille de J\u00e9rusalem (+ 387). G<br \/>\n. St Gr\u00e9goire de Nysse (+ ca 394). Cappadoce. Fr\u00e8re cadet de St Basile. G<br \/>\n. St Ambroise de Milan (+ 397). L<br \/>\n. Evagre le Pontique (+ 399). Originaire du Pont, puis Constantinople et Egypte. G<br \/>\n&#8211; 4e-5e si\u00e8cles<br \/>\n. Epiphane de Salamine (+ 403). Chypre. G<br \/>\n. St Jean Chrysostome (+ 407). Antioche, puis Archev\u00eaque de Constantinople. G<br \/>\n. St J\u00e9r\u00f4me (+ 419). Originaire d\u2019Illyrie, puis Rome et Bethl\u00e9em. L<br \/>\n. Augustin d\u2019Hippone (+ 430). Afrique romaine. L<br \/>\n. St Jean Cassien (+ 435). Originaire de Scythie (Dobroudja roumaine), puis Bethl\u00e9em, Rome<br \/>\net Marseille (fonde le Monast\u00e8re St Victor) L<br \/>\n. St Pierre Chrysologue (+ ca 450). Archev\u00eaque de Ravenne. L<br \/>\n&#8211; 6e-7e si\u00e8cles<br \/>\n. St Maxime le Confesseur (ca 580 &#8211; 666). Constantinople, puis exil\u00e9 en Afrique et \u00e0 Rome. G<br \/>\nN B : pour les titres des oeuvres dans lesquelles ils ont comment\u00e9 le Notre P\u00e8re, se reporter \u00e0<br \/>\nl\u2019ouvrage d\u2019Hamman (cf. note 4).<\/p>\n<p><strong>Table des mati\u00e8res<\/strong><br \/>\nLe Notre P\u00e8re : une pri\u00e8re divine pour l\u2019Homme<br \/>\nNote bibliographique liminaire 1<br \/>\nI \u2013 Introduction 1<br \/>\n1. Le contexte biblique : les deux textes du Notre P\u00e8re 2<br \/>\n2. Pourquoi une pri\u00e8re nouvelle ? 3<br \/>\n3. L\u2019importance et la difficult\u00e9 du Notre P\u00e8re 3<br \/>\n4. Le Notre P\u00e8re dans le Nouveau Testament 4<br \/>\n5. Les difficult\u00e9s linguistiques et philologiques : le probl\u00e8me des textes et des langues 4<br \/>\n6. La structure et l\u2019ordonnancement du Notre P\u00e8re 6<br \/>\nII \u2013 Le contenu du Notre P\u00e8re et les propositions de traduction en fran\u00e7ais 7<br \/>\nA \u2013 L\u2019adresse ou invocation initiale : Notre P\u00e8re qui es aux Cieux 7<br \/>\nB \u2013 Les 7 demandes 9<br \/>\nB1. Les 3 premi\u00e8res demandes \u00e0 caract\u00e8re th\u00e9ologique (concernent Dieu) 9<br \/>\n1e &#8211; Que Ton Nom soit sanctifi\u00e9 [sur la terre comme au Ciel] 9<br \/>\n2e &#8211; Que Ton r\u00e8gne arrive [sur la terre comme au Ciel] 10<br \/>\n3e &#8211; Que Ta volont\u00e9 soit faite sur la terre comme au Ciel. 11<br \/>\nB2. Les 4 demandes \u00e0 caract\u00e8re spirituel, concr\u00e8tes (concernent l\u2019Homme) 13<br \/>\n4e &#8211; Donne-nous aujourd\u2019hui notre pain substantiel [ou supersubstantiel] 13<br \/>\n5e \u2013 Et remets-nous nos dettes comme nous aussi nous les remettons \u00e0 nos d\u00e9biteurs 16<br \/>\n6e \u2013 Et ne nous soumets pas \u00e0 l\u2019\u00e9preuve (ou \u00e0 la tentation) 18<br \/>\n7e \u2013 Mais d\u00e9livre-nous du Malin. 21<br \/>\nC \u2013 La doxologie et l\u2019Amen 23<br \/>\nIII \u2013 La traduction du Notre P\u00e8re en fran\u00e7ais : synth\u00e8se des propositions 24<br \/>\n1. Les probl\u00e8mes pos\u00e9s par la traduction du Notre P\u00e8re en fran\u00e7ais jusqu\u2019en 1965 24<br \/>\n2. Les trois traductions actuelles du Notre P\u00e8re dans l\u2019Orthodoxie francophone 25<br \/>\n3. Propositions de traduction nouvelle en fran\u00e7ais 27<br \/>\nIV \u2013 Le Notre P\u00e8re dans la pri\u00e8re des Chr\u00e9tiens 27<br \/>\n1. Du texte biblique au texte liturgique 27<br \/>\n2. Le Notre P\u00e8re dans la vie spirituelle des Chr\u00e9tiens 28<br \/>\n3. Le Notre P\u00e8re dans la liturgie et les sacrements 28<br \/>\nV \u2013 Conclusion 31<br \/>\nPost-face : une pri\u00e8re paradoxale et universelle 31<br \/>\nAnnexe I : Les 3 traductions fran\u00e7aises du NP dans les paroisses orthodoxes francophones 32<br \/>\nAnnexe II : Nouvelle proposition de traduction fran\u00e7aise du Notre P\u00e8re (avec 2 variantes) 33<br \/>\nAnnexe III : La pri\u00e8re liturgique du Notre P\u00e8re en h\u00e9breu, grec et latin 34<br \/>\nAnnexe IV : Tableau synoptique des P\u00e8res de l\u2019Eglise cit\u00e9s 35<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>M\u00e9tropole Orthodoxe roumaine d\u2019Europe Occidentale et M\u00e9ridionale Centre Orthodoxe d\u2019Etudes et de Recherches Dumitru Staniloae Le Notre P\u00e8re une pri\u00e8re divine pour l\u2019Homme Conf\u00e9rences du P\u00e8re No\u00ebl TANAZACQ (26 et 27 mars 2012)(1) Note bibliographique liminaire Je me suis appuy\u00e9 surtout sur deux auteurs : -l\u2019Ev\u00eaque Jean de Saint-Denis (1905-1970), qui a fait un remarquable &hellip; <a href=\"http:\/\/www.orthodoxie-reunion.com\/?p=1021\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Le Notre P\u00e8re: Etude.<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[],"class_list":["post-1021","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-spiritualite"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.orthodoxie-reunion.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1021","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.orthodoxie-reunion.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.orthodoxie-reunion.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.orthodoxie-reunion.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.orthodoxie-reunion.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1021"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/www.orthodoxie-reunion.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1021\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1023,"href":"http:\/\/www.orthodoxie-reunion.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1021\/revisions\/1023"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.orthodoxie-reunion.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1021"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.orthodoxie-reunion.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1021"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.orthodoxie-reunion.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1021"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}