Un extrait de « Ma vie en Christ » de saint Jean de Cronstadt

DIEU ET LA CRÉATION

Gloire à vous, ô Père qui êtes la vie, ô Fils qui êtes la vie, ô saint Esprit qui êtes la vie, – ô Etre simple, – ô Dieu qui délivrez toujours notre âme de la mort, malgré nos passions qui la lui font subir ! Gloire à vous, ô Seigneur, que nous adorons en votre sainte Trinité ; gloire à vous ! Car la seule invocation de votre Nom fait rayonner de joie les âmes et les corps et nous donne une paix qui surpasse tous nos biens terrestres et sensibles et tout entendement. Ce Dieu donc, que nous adorons en sa sainte Trinité, est par Lui-même -oui, c’est la vérité, et ainsi soit-il !

Dieu dans sa sainte Trinité est un seul Etre, quoi qu’il renferme trois personnes, d’où il suit que nous autres aussi nous devons être un. Nous devons être simples autant que l’est Dieu; nous devons être un, comme si nous n’étions tous qu’un seul homme, une seule intelligence, une seule volonté, un seul coeur, une seule bonté sans la moindre malice, – en un mot, un amour pur comme l’est Dieu, qui est Autour. Qu’ils soient un, comme nous sommes un. (cf. Jn 17, 22). – Dieu est un Être spirituel, dont tout dérive et sans Lequel on ne peut rien concevoir; qui réunit en Lui le commencement, la continuation, la vie et la conservation de tout ce qui existe, qui dépasse infiniment tous les temps et tous les espaces, qui n’ayant jamais eu de commencement n’aura jamais de fin, devant Lequel tout est comme un néant, qui est pleinement partout, qui n’est jamais exclu d’aucun espace ni par un atome, ni par les monts, ni par les corps célestes, ni par les mers, qui occupe Lui-même, dès l’éternité, tout l’espace occupe par n’importe quel corps, sans en excepter la terre, qui par sa Puissance maintient l’existence de tout ce qui existe, qui est en chaque lieu, en chaque point le plus inimaginable de l’espace et qui maintient Lui-même sans limite tout espace – en un mot, Dieu est celui qui Est, c’est-à-dire le seul Existant, le seul qui Est.

Crois que Dieu te voit, mais crois-le aussi fermement que tu crois être vu de ton père terrestre ou de telle autre personne, avec cette différence que le Père céleste voit tout ce qui est recélé dans ton coeur, te voit tel que tu es, et en même temps voit toutes les créatures, les anges, les saints, tous les hommes et les animaux, et cela à la fois, comme le soleil qui éclaire tout en même temps; seulement les « Yeux du Seigneur sont un nombre infini de fois plus lumineux que le soleil. » (Ec 23,27). La contemplation ardente du Seigneur est une source de paix et de joie pour l’âme. Le doute concernant sa Présence produit le trouble, l’affliction et l’angoisse du coeur. Une prière sincère donne la paix du coeur, mais si la prière est superficielle et distraite, elle blesse et torture le coeur.

Si Dieu, dans son Amour providentiel, ne délaisse pas la plus petite herbe, la fleur la plus délicate ou les feuilles des arbres sans les combler de bienfaits comment pourrait-Il nous abandonner ? Oh ! Oui, chaque homme doit être bien convaincu que le Seigneur est fidèle à Lui-même dans sa Sollicitude à l’égard de la plus infime de ses créatures. Selon les paroles du Sauveur, Dieu revêt l’herbe des champs et nourrit les oiseaux du ciel. (Cf. Mt 6,26-30). Quels moyens Dieu n’emploie-t-Il pas pour nous combler de joie, nous qui sommes ses enfants ? Avec la tendresse d’une mère Il fait surgir du néant, tout exprès pour nous, à chaque nouvel été, par sa toute Puissance et sa Sagesse éternelle, ces plantes magnifiques et ces belles fleurs des champs. Qu’elles nous fassent éprouver la joie qui est dans le Dessein de Dieu; mais en la ressentant n’oublions pas de glorifier la Bonté du Créateur, notre Père céleste. Offrons-Lui notre coeur plein d’amour pour Lui, en retour de tant de bienfaits de sa Munificence ! Continuer la lecture de Un extrait de « Ma vie en Christ » de saint Jean de Cronstadt

Un petit texte de Saint Ignace Briantchaninov

Bienheureuse est l’âme qui sait discerner le péché qui se trouve en elle! Bienheureuse est l’âme qui sait voir en elle-même les fruits de la chute des premiers parents, la corruption du vieil Adam. La vision de son propre péché est une vision spirituelle, une vision de l’esprit guéri de la cécité par la grâce divine. La Sainte Église Orthodoxe nous enseigne à demander à Dieu la vision de notre péché, et ce à genoux et par le jeûne.  Bienheureuse est l’âme qui complaît dans l’apprentissage de la loi de Dieu. C’est en elle qu’elle verra l’image et la beauté de l’homme nouveau. C’est elle qui lui permettra de déceler ses propres défauts et de les corriger. Bienheureuse est l’âme qui se considère comme complètement indigne de Dieu, qui se juge comme perverse et mauvaise. C’est le signe qu’elle est sur la bonne voie du salut, parce qu’elle échappe à l’autosatisfaction.

Source:https://www.egliserusse.eu/Saint-Ignace-Briantchaninov-Sur-la-grace-de-connaitre-ses-propres-peches_a679.html

L’intellect, le cœur et les sentiments

Une fois qu’on a pris conscience de ce qu’est vraiment l’essence de la vie chrétienne et quand on a découvert qu’il s’agit de quelque-chose qu’on ne possède pas encore, l’intellect se met à l’œuvre dans l’espoir de l’acquérir. On se met à lire, à réfléchir et à parler. On en vient à réaliser que la vie chrétienne dépend de l’union avec le Seigneur. Mais tant qu’on réfléchit à cette vérité seulement avec son intelligence, elle demeure loin du cœur et n’est aucunement « sentie ». Et de ce fait, rien ne porte de fruit.

Théophane le Reclus (dans L’art de la prière de l’Higoumène Chariton de Valaam. Spiritualité Orientale n°18. Abbaye de Bellefontaine).

Cultiver le jardin de ce monde

Ce n’est pas un hasard si l’Occident moderne, méconnaissant la doctrine patristique des énergies divines et des logoi, s’est presque exclusivement intéressé aux choses en elles-mêmes, a porté toute son attention sur la consistance purement matérielle et « naturelle » de la création et en a fait l’objet d’investigations scientifiques de plus en plus poussées. Au contraire, dans l’univers patristique et orthodoxe, sans négliger cet aspect, — il y a toujours eu des savants à Alexandrie, à Constantinople ou chez les chrétiens syriaques, — on a attaché une plus grande importance à ce qui est la signification ultime de ces réalités, à leur sens symbolique. Mais il faut ici donner au mot « symbolisme » son sens profond : le symbolisme des êtres, c’est leur capacité à manifester les intentions créatrices qui sont à l’origine de leur existence, leur aptitude à révéler la grandeur, la beauté du Créateur, et son dessein d’amour à l’égard de l’humanité.
Selon le livre de la Genèse, Dieu plaça l’homme dans le jardin d’Eden « afin de le cultiver et de le garder » (Gen, 2, 15). Ces mots sont susceptibles d’une double interprétation. Le lecteur moderne verra dans cette consigne divine donnée à l’homme une incitation à travailler pour transformer le monde, pour l’humaniser en le mettant à son service, et par conséquent en se tenant exclusivement dans l’ordre de la nature, dans l’ordre de la technique, de l’usage pratique du monde. Cette mission donnée à l’homme de cultiver le jardin est interprétée par les Pères et la tradition orthodoxe plutôt comme une invitation à la contemplation ; le travail le plus important pour l’homme consiste à découvrir dans la création le reflet de Dieu, à la percevoir comme une première incarnation du Logos divin.»
P. Placide Deseille
(in La Création – « Certitude de l’invisible »
Éditions des monastères St Antoine et Solan)
Source: https://orthodoxologie.blogspot.com/