Entretien sur le jeûne à l’occasion du commencement du carême de la Nativité

Carême de la Nativité: il débute cette année le 14 novembre (car c’est un mercredi, qui est jour de jeûne) et se termine le jour de Noël (sinon il commence d’habitude le 15 novembre)

CONVERSATION SUR LE JEUNE

 

Conversation avec un ancien (géronda) du mont Athos à propos du jeûne

– Bénis, Geronda.
– Que Dieu vous bénisse, ma joie.

– Vous êtes sur le mont Athos depuis longtemps ?

– Depuis soixante ans. Mais qu’est-ce que soixante ans devant la face de Dieu ?

– Père, je te demande de dire quelque chose à propos du jeûne.

– Pour dire quelque chose, vous devez vivre ce dont vous allez parler. Seul un marin ou un enfant né près de la mer peut parler de la mer. Mais je vais vous obéir et vous dire ce que les Saints Pères, qui étaient unanimes et tous des «amis» du jeûne et de l’abstinence, ont dit à propos du jeûne.

– Le jeûne est-il un but en soi?

– Le jeûne n’est pas un but en soi, mais un moyen. Votre but était d’arriver à Athos. Et le bateau sur lequel vous avez navigué est devenu un moyen pour vous. De même, le jeûne est l’un des moyens que le Seigneur nous a donnés pour que nous puissions l’approcher. Et le but de notre vie est d’être avec Dieu.

– Quand le jeûne est-il apparu ?

– Le jeûne a le même âge que l’humanité. Selon Saint Basile le Grand, il a été établi par Dieu au paradis. Quand il a dit à l’homme : «Tu mangeras de tous les arbres du jardin; mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, n’en mange pas; car ce jour où tu en goûteras, tu mourras »(Gen. II, 17)

– Pourquoi Dieu a-t-il accordé le jeûne à l’homme, pour le limiter ?

– Au contraire ! Pour le libérer.

Saint Jean Chrysostome a écrit que « Dieu ayant créé l’homme, l’a immédiatement placé en état de jeûne qui est un moyen pour son salut comme une tendre mère et un meilleur mentor ». L’abstinence est la voie du salut. Le jeûne est un enseignant qui ne limite pas une personne, mais l’enrichit et la développe.
– Geronda, le jeûne est-il nécessaire?

Saint Jean Chrysostome répond encore une fois à cette question: si le jeûne est nécessaire au paradis, il l’est beaucoup plus en dehors du paradis; si le médicament est utile avant la blessure, il l’est beaucoup plus après la blessure; si nous avions besoin d’une arme avant le début de la guerre contre la convoitise, il est beaucoup plus nécessaire d’avoir un jeûne lors de l’ouverture d’un tel combat contre la convoitise et les démons. Au ciel, le jeûne était donné à l’homme à des fins préventives. Après la chute, il sert à des fins thérapeutiques.

– Quelles tâches peuvent être résolues à l’aide du jeûne ?

Selon Saint Maxime le Confesseur, le jeûne tue les mauvais désirs. Il adoucit également le cœur (Saint Siméon le Nouveau Théologien). Saint Grégoire de Palamas écrit que le jeûne et l’abstinence aident à mener à bien toute bonne entreprise. Et Saint Jean Chrysostome confesse son amour du jeûne : « J’aime le jeûne, car c’est la mère de la sagesse faite de douceur et la source de toute sagesse. »

– Comment devrions-nous jeûner?

– Le jeûne est un médicament spirituel. Dans le même temps, l’abstinence ne devrait pas seulement être alimentaire, la personne tout entière devrait jeûner dans son unité psychosomatique. Écoutez ce que Saint Jean Chrysostome dit à ce sujet: «Est-ce que vous jeûnez? Prouvez-le moi par votre comportement. Qu’allez-vous faire? Si vous voyez un ennemi, faites la paix, si vous voyez votre ami heureux, ne l’enviez pas. Que ce ne soit pas seulement votre bouche qui jeune, mais tous les membres de notre corps. Que les mains jeunent en évitant le vol et l’acrimonie. Que vos yeux jeûnent, habitués qu’ils sont à observer les beaux visages (l’extérieur), se tournent vers l’autre genre de beauté (la beauté intérieure). Que le jeûne soit celui de l’ouïe : ne pas écouter la calomnie. Que le jeûne soit celui du langage grossier et des insultes. Quelle est l’utilité si nous nous abstenons de viande et de poisson et que nous rongeons et mangeons des frères? »

– Comment mangeons-nous nos frères ?

– Par la calomnie et la condamnation, fondées sur un manque d’amour pour ceux que nous côtoyons.

– Merci père. Tu m’as beaucoup aidé.

– Nous devrions remercier Dieu qui a illuminé nos Saints. Que le Seigneur nous accorde sa grâce et que la Très Sainte Théotokos (Mère de Dieu) nous préserve sous son voile. Et n’oublions pas que notre tâche principale est d’avoir le désir d’être avec Dieu.

Source : https://www.facebook.com/susan.schneider67/posts/10211046505593525

Bulletin de l’Eglise Orthodoxe à l’Ile Maurice

 

Paroisse orthodoxe de la sainte Transfiguration
La Voix de l’Évangile
Numéro 31, juin 2018

La nécessaire vénération des saints
A Pentecôte, nous avons célébré la descente du Saint-Esprit sur les apôtres
et sur l’Église, et cette fête nous invitait à tourner les yeux vers la Sainte
Trinité qui a accompli toute cette oeuvre du salut de l’humanité, chacune des personnes divines y remplissant son rôle. Et le Saint-Esprit se manifeste
particulièrement en cette fête de la Pentecôte comme le sanctificateur par
excellence, comme celui qui communique aux hommes la vie divine, cette
vie qui existe de toute éternité au sein de la Trinité et à laquelle le Père a
voulu que nous participions par l’oeuvre de son Fils, surtout par son mystère
pascal, sa mort et sa Résurrection. Il a voulu que les fruits de cette oeuvre de
salut nous soient communiqués par le Saint-Esprit, qui a conduit cette oeuvre
à son achèvement.
En célébrant la fête de tous les saints, nous contemplons précisément les
fruits de toute cette oeuvre du salut, une oeuvre qui a consisté non seulement
à retirer l’homme du péché, à sauver l’homme de la damnation, mais aussi à
lui communiquer en plénitude la vie divine, communication en vue de
laquelle le Père a voulu créer l’humanité. À travers les saints, c’est
l’accomplissement plénier de ce dessein de Dieu que nous contemplons.Ceux
que nous appelons « les saints » sont les chrétiens en qui l’Église officielle
a reconnu des baptisés qui ont aussi parfaitement que possible mis en oeuvre
la grâce de leur baptême, et dont le salut éternel est assuré. Ils sont pour nous
des exemples et des intercesseurs efficaces auprès de Dieu. Mais il est évident
qu’il existe des myriades de baptisés anonymes qui sont morts dans l’amitié
de Dieu et sont sauvés, sans qu’ils aient bénéficié de cette reconnaissance
officielle de la part de l’Église.
Les saints sont donc des hommes, des femmes et même des enfants en qui,
durant leur vie terrestre, les dons de Dieu ont pu porter tous leurs fruits grâce
à leur coopération. Car Dieu a voulu que nous ne soyons pas sanctifiés sans
nous ; cela n’aurait pas été pas une sanctification véritablement nôtre, si elle
avait été seulement l’oeuvre de Dieu. Mais elle est l’oeuvre conjointe de Dieu
et de l’homme. Dieu nous donne tout, mais à condition que l’homme y
participe, que l’homme ouvre son coeur et que l’homme mette en oeuvre ce
don de Dieu par l’action de sa liberté. Et les saints sont ceux d’entre les
hommes qui ont apporté une pleine coopération, une pleine synergie, au don
de Dieu. Certes, tous les baptisés qui ne sont pas de grands pécheurs
possèdent ce don de Dieu, et l’Antiquité chrétienne n’hésitait pas à appeler
tous les vrais chrétiens « les saints ».
C”est encore le langage de la liturgie, par exemple lorsque le célébrant
proclame, au sujet des Saints Dons : « Les choses saintes aux saints ! »
Malheureusement, nous tous, qui sommes des saints en ce sens, nous ne
faisons pas fructifier autant que nous le devrions les dons que nous avons
reçus de Dieu, alors que nous le pourrions. Les saints canonisés ne sont pas
des êtres d’exception, ce ne sont pas des êtres spécialement prédestinés à être
des saints ; ce sont des hommes comme nous, et qui possédaient comme nous
une liberté et une volonté libre, mais qui l’ont utilisée pleinement, je dirais
même exclusivement, pour faire fructifier ce don de la vie divine qui leur
était fait.
Grâce à ce que nous connaissons de la vie de ces saints, ce que nous
entrevoyons, c’est justement la présence parmi nous, parmi les hommes, de
la vie divine. Les vertus éminentes des saints ne sont pas des vertus
simplement humaines, ce ne sont pas des qualités simplement morales, c’est
quelque chose de proprement divin. La sainteté est une réalité incréée, mais
à laquelle l’homme apporte sa pleine coopération.
Selon une image souvent reprise par les pères de l’Église, parce qu’elle est
profondément évocatrice, celle du fer rouge pénétré par le feu, les saints se
sont laissés entièrement pénétrer par ce feu divin, ce feu incréé que le Christ
est venu apporter sur la terre et qui est l’agir de la divinité elle-même. Toutes
les vertus des saints sont un reflet de ce que Dieu est, une participation à cette
réalité incréée communiquée à l’homme. C’est en ce sens que les saints sont
vraiment parmi nous des fenêtres ouvertes vers le ciel. Leur sainteté, leur
amour de Dieu, un amour de Dieu qui, dans bien des cas est allé jusqu’au
martyre, leur amour universel de leurs frères, accompagné de l’humilité, d’un
humble amour où le moi, où l’ego s’efface complètement, oui, tout cela nous
manifeste ce qu’est le don de Dieu quand on l’accueille pleinement. Les saints
sont nos modèles, et à travers leurs vies, ce que nous contemplons, c’est cette
coopération qu’ils ont apportée au don de Dieu, mais en même temps, c’est
ce don de Dieu lui-même qui nous est manifesté, c’est cette présence dans
notre monde d’une réalité incréée, d’une participation par l’homme à la vie
incréée de Dieu. Il y a là quelque chose de vraiment admirable.
Oui, les saints sont vraiment un reflet du ciel parmi nous, du ciel, c’est-à-dire
de la vie divine, de la vie de la Trinité sainte.
Leurs vertus ne sont pas simplement des vertus humaines, et leurs miracles
manifestent cette présence en eux d’une force qui n’est pas de ce monde.
Les saints du ciel sont aussi nos protecteurs ; ils nous aident dans toute notre
vie spirituelle, ils nous aident par leur intercession, ils nous aident en nous
communiquant quelque chose de cette vie divine qui est en eux ; et c’est
pourquoi ils sont devenus, comme le Christ, avec le Christ, dans le Christ,
des charbons ardents, et à leur contact, quand nous les prions, quand nous
vénérons leurs reliques, quelque chose de cette vie divine, de ce rayonnement
incréé nous atteint, nous pénètre nous aussi.
Mais dans la mesure, justement, où des chrétiens infidèles à la tradition de
l’Église cessent de vénérer les saints, cessent de les aimer, où l’on cesse de
respecter leurs reliques, à ce moment-là les saints ne peuvent plus nous aider;
nous nous fermons à leur influence, nous dressons un mur entre eux et nous.
Oui, aimons les saints, aimons lire leurs vies, le récit de leurs miracles, non
pas seulement, encore une fois, pour y chercher des leçons de morale, mais
pour nous émerveiller devant les dons de Dieu accordés aux hommes, en
découvrant à travers eux le visage de notre Père, en découvrant à travers eux
comme le visage de chacune des personnes de la Trinité, qui sont à l’oeuvre
dans cette sanctification des hommes. Oui, que les saints nous aident ainsi à
chanter le Père, le Fils et le Saint-Esprit, à qui soit la gloire dans les siècles
des siècles. Amen.
D’après l’Archimandrite Placide Deseille, La couronne bénie de l’année
chrétienne, volume 2, pp 263-268

Divine liturgie
Chaque dimanche à 9h30
Dimanche 3 juin : de tous les Saints
Lundi 4: début du jeûne des saints Apôtres Pierre et Paul
10 juin : des saints locaux
17 juin : 3è dimanche après la Pentecôte
24 juin: Nativité du vénérable et glorieux prophète,
précurseur et baptiste Jean.
Vendredi 29 juin: Saints, glorieux et illustres apôtres Pierre et Paul.
Tous les jours de semaine, Matines à 9h30
Église orthodoxe de la
Sainte Transfiguration
Grande-Rivière N-O
Ile Maurice
(Derrière le garage BALA)
Divine Liturgie
Chaque dimanche à 9h30
Site web:
http://orthodoxchurchmauritius.org
Tous les jours de semaine, Matines
à 9h30.
– Père Athanasios: tel. 57 33 32 53
E-mail: p.athanasios@myt.mu
– Père Ian: tel.: 52 57 90 53
E-mail: fr.ian@antiochian.org.nz
– Père Jean: tel. 59 05 70 23
E-mail: klepperbali@gmail.com

Que participer à la vie de Dieu est le but de notre vie sur Terre

 

 

Le but de la vie sur cette Terre est la participation à la vie de Dieu. (Théosis en grec).

Cette « théosis » est notre participation à la propre vie de Dieu. Ceci se fait par la grâce divine qui agit lorsque nous nous purifions des convoitises et des passions : « Ceux qui sont au Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs » (Galates 5:24). Dieu, selon saint Maxime le Confesseur, nous a fait «partenaires de la nature divine» (2 Pierre 1: 4). Le péché de l’homme contemporain est qu’il veut être autosuffisant sans relation avec son Dieu créateur, c’est ce qui constitue finalement sa vraie mort. Rappelons ici les paroles de saint Irénée : «Dieu est devenu homme pour que l’homme devienne Dieu» (avec la grâce divine incréée).

Cette pensée à laquelle s’accordent les Pères (de l’Eglise) est en opposition avec la pensée rationnelle. Le vrai défi réside dans l’expérience chrétienne qui cherche un réel renouvellement de l’homme et de l’intérieur. Bien sûr, la participation humaine à la vie de Dieu est possible pour toute l’humanité. Mais cela, par le moyen de l’ascèse du corps et de l’esprit, est étroitement lié à l’action de la grâce divine. Cela entraîne l’union de l’intellect et du cœur et à l’illumination de l’esprit et du cœur par la prière et le jeûne.

Cette communion avec Dieu, à travers la grâce divine et qui est la « théosis », préserve la suprématie absolue de Dieu, est ce que l’on désigne par la théologie apopahatique. Quand nous disons que Dieu est juste, miséricordieux, bon … Cela ne révèle pas la vraie nature de Dieu, c’est à dire Son essence, mais plutôt l’expression de ce qui entoure cette nature et les qualités positives que l’homme partage. En aucune façon cela ne touche à l’essence inconnaissable de Dieu. Participer à ce que Dieu donne est possible, mais l’essence de Dieu ou encore Sa vraie nature est au-delà de notre compréhension.

Ces explications ne peuvent pas combler la personne qui cherche Dieu de tout son cœur, c’est seulement une réflexion intellectuelle pour encourager la pratique de la vie spirituelle ascétique dans cette saison bénie de jeûne, afin que nous puissions sentir la main de Dieu dans nos vies et gouter à l’avance de la joie du Royaume.

Mgr Ephrem. Evêque de Tripoli et du Koura (Liban).

https://www.facebook.com/GreekOrthodoxArchdioceseOfTripoliKouraDependencies/posts/1628917223863373

A propos du dimanche qui précède le début du Grand Carême

 

Source:http://www.ancientfaith.com/podcasts/hopko/forgiveness_sunday_the_expulsion_of_adam_from_paradise

Il s’agit d’une réflexion sur le début du Grand Carême par le P. Thomas Hopko (1939-2015) faite sur la radio ancientfaith.com en mars 2009.

 

Le dimanche qui précède le début du grand Carême porte deux thèmes : l’un est l’expulsion d’Adam du Paradis et l’autre thème est celui du pardon.

Sur le plan populaire dans la tradition orthodoxe, ce dimanche est appelé le dimanche du pardon. Et puis, aux vêpres du soir de ce dimanche, vous avez réellement le début de la grande saison du Carême, qui s’accompagne très souvent d’un rituel de pardon où chaque personne dans l’église se rapproche de chaque autre personne, et, s’inclinant lui demande son pardon et reçoit ainsi le pardon de l’autre.

L’expulsion d’Adam du Paradis, les hymnes de ce dimanche d’avant le Carême et le canon aux matines sont une méditation sur l’expulsion d’Adam du Paradis, et dans ces hymnes on s’identifie à Adam et à Eve. Les chants sont très souvent à la première personne : «J’étais avec toi au Paradis, j’ai péché contre toi, j’ai perdu ma beauté originelle, je suis chassé du jardin – qui en grec signifie Paradis – je suis assis ici à l’Est d’Eden, pleurant et déplorant mes péchés.  »

Cette expulsion d’Adam du Paradis est très semblable  – dans son contenu et dans son message –à  la parabole du fils prodigue, pour qui se situer  en dehors du Paradis est comme si on est  dans une porcherie, loin de la maison du père ,  dans un pays lointain, gaspillant ce que l’on a, ayant été insensé, dépensier, pécheur et se trouvant dépourvu et privé de la beauté et de la gloire de Dieu et de la maison du Père.

Cette expulsion d’Adam est également similaire à la méditation sur le Psaume 137, «A Babylone au bord des eaux», qui est chantée en cette période. Là où l’adorateur s’identifie avec les exilés, qui ne sont plus à Jérusalem, qui sont en exil, qui sont sous le contrôle des puissances mauvaises « babyloniennes », qui pleurent en se souvenant de Jérusalem, comme le fils prodigue se souvient et se lamente de la perte de la maison du père. Eh bien, en ce jour particulier, les croyants et les adorateurs de Dieu déplorent la perte du paradis.

Parmi les hymnes qui sont très nombreux, il y en a de très émouvants, très touchants dans ce qu’ils disent. Juste pour un exemple, lors des vêpres, il est chanté: « O paradis précieux, inégalé dans la beauté, tabernacle construit par Dieu, joie et délice sans fin, gloire des justes, joie des prophètes, demeure des saints, avec le son et le bruissement de tes feuilles dans les arbres du jardin, prie le maître de tous. Et qu’il ouvre pour moi les portes que j’ai fermées par ma transgression ; puisse-t-il me considérer comme digne de participer de nouveau à l’arbre de la vie et à la joie qui était la mienne quand je me suis établi en Toi depuis le commencement ».

 

Maintenant, bien sûr, nous les êtres humains ne sommes pas Adam et Eve ; nous sommes nés hors du paradis, nous sommes en quelque sorte victimes de leurs péchés et des péchés de leurs enfants devenus nos parents, nos grands-parents et nos ancêtres. Nous sommes des membres de la race humaine, nous sommes l’humanité, mais nous le savons depuis le début – et c’est l’enseignement de l’histoire de la Genèse ; il y en a deux dans la Bible. Adam et Eve depuis le commencement et l’humanité depuis le commencement ; une humanité qui a été créée pour partager la gloire de Dieu, qui a été créée pour être comme les saints Pères le disent des dieux eux-mêmes par la grâce.  A la condition d’aimer Dieu, d’ avoir  foi en Dieu, de montrer l’amour pour Dieu en gardant Ses commandements, en Lui obéissant, en Lui faisant confiance, en n’écoutant pas les pouvoirs maléfiques, en n’écoutant pas la sagesse de ce monde. Car le serpent dans l’histoire représente la sagesse terrestre, qui dans la lettre de Jacques est appelée psychique par opposition à spirituelle et démoniaque. Alors ce serpent est Satan : c’est la sagesse terrestre. C’est un choix propre, c’est sa propre volonté contre celle de Dieu, c’est écouter toutes ces voix qui ne sont pas la voix de Dieu, obéir à toutes ces paroles qui ne sont pas la parole de Dieu, et donc amener la mort sur soi-même.

L’expulsion du Paradis dans l’histoire est faite par Dieu, mais Il n’a pas le choix. Le péché lui-même – et c’est cela ce que signifie l’arbre de la connaissance du bien et du mal-  le péché signifie un acte d’apostasie, de rébellion, de folie – cet acte tue l’humanité. Dans l’histoire, le Seigneur dit : « Au jour où vous en mangerez, vous mourrez sûrement ; même si vous le touchez, vous mourrez sûrement ». Maintenant, certaines personnes disent : Eh bien, Adam et Eve l’ont mangé. Ils ne sont pas morts , mais ils l’ont fait. Ils sont morts à la minute où ils l’ont fait. Oui, ils sont devenus mortels ; ils ont vécu plus longtemps. Il est dit qu’Adam a vécu, je ne sais pas, cent ans et ainsi de suite, mais ils étaient déjà morts. Ils étaient des hommes morts vivants, comme on dit ; ils existaient mais ne vivaient plus, parce que vivre dans l’Écriture signifie louer, glorifier et obéir à Dieu.

Dans la Tradition orthodoxe, les Écritures et la Liturgie, et même dans les écrits de certains des saints – comme l’un des saints récents Silouane du Mont Athos qui est mort en 1938, il a écrit cette longue lamentation d’Adam: Oh, comme je désire le Paradis, comme je désire ma place originelle. Je peux m’en souvenir c’est dans mon esprit mais je ne l’ai pas. Et ici je suis chassé, chassé par mon propre péché, par ma propre rébellion, destiné à mourir.

Et certains des saints comme saint Jean Chrysostome ont dit que c’est une loi, une loi métaphysique ontologique, que si tu pèches, tu meurs ;et pour saint Paul, «le salaire du péché est la mort». Il y a une certaine miséricorde en cela, parce que si nous pouvions simplement pécher, pécher et encore pécher, faire le mal et la méchanceté et croître sans fin, ce serait une éternité, ce serait l’enfer, ce que certaines personnes peuvent choisir, mais le fait de mourir nous donne une chance, nous donne une chance de renaître, nous donne une chance de recommencement.

Et dans cette méditation sur le fait d’être exilé avec Adam, durant ce même service, nous chantons le psaume « Sur les bords des eaux de Babylone. » Ce n’est pas seulement pour nous rappeler notre apostasie, nous souvenir de notre rébellion, nous rappeler que nous ne sommes pas dans la maison du père, que nous ne sommes pas au paradis, que nous ne sommes pas à Jérusalem; quelque chose a terriblement mal tourné et est devenu terriblement mauvais à cause de la rébellion et du péché de l’humanité. Ce n’est pas seulement que nous devons nous en souvenir, mais nous devons aussi nous souvenir que Dieu nous pardonne, que Dieu a pitié de nous, que Dieu savait que l’humanité pécherait, Dieu sait tout. Il n’a pas créé Adam et Eve et les a mis au Paradis et a ensuite dit : « Oh Là !  Regardez, ils ont péché. Que ferons-nous ? »Et qu’ensuite Dieu le Père dise au Fils qui est le Verbe éternel : « Mon Fils, va et fais quelque chose à propos de cette humanité qui a péché. »

Dieu savait que nous pécherions avant de nous avoir faits, et il nous a fait de toute façon. Ainsi ce péché fait partie de son plan providentiel pour notre salut. Nous devons passer par là ; nous devons l’expérimenter. Comme une mystique anglaise nommée Julian de Norwich l’a dit : « Il y a un péché. » Il ne pouvait en être autrement. Parfois, les gens demandent : «Pourquoi Dieu n’a-t-il pas créé un monde dans lequel il n’y aurait pas de péché?» Et il semble que la réponse audacieuse que nous devons faire est parce qu’il n’y a pas de monde, il n’y a pas d’êtres humains qui ne pèchent pas.

Et c’est très important de se rappeler cela parce que c’est ce qui nous permet de nous identifier à Adam dans les hymnes de l’Église. Nous ne pouvons pas dire : « Oh, je suis là parce que quelqu’un d’autre a péché ; Je n’aurai jamais agi ainsi ». Ce n’est tout simplement pas vrai ; c’est simplement la vérité que si nous étions nous-mêmes l’humanité originelle, les êtres humains originels, nous aurions aussi péché. Comment savons-nous cela ? Eh bien, les saints nous disent que nous le savons pour une raison très simple. Nous connaissons le Christ et l’Évangile et nous péchons encore. Et saint Siméon le Nouveau Théologien commentant cela a dit : « Notre péché est pire que celui d’Adam. Il était une sorte de créature terrestre primitive, tirée de la poussière, tentée par le diable, essayant d’apprendre à être un humain. Et il a péché dès le commencement, et Dieu savait qu’il le ferait. Mais regardons-nous dit-il ! »

Adam a mangé ce fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, qui symbolise simplement qu’il a péché. Il a existentiellement goûté au péché ; il l’a fait quel que soit la forme de ce « péché » – et nous ne savons pas ce qu’était le péché originel – nous savons que c’était la rébellion, nous savons que ce n’était pas la confiance en Dieu, nous savons que ce n’était pas la foi, nous savons qu’il désobéissait, mais c’est en ce sens un paradigme de tous les péchés. Une chose que nous savons à coup sûr, ce n’était pas un acte sexuel. Ce n’était pas le fait qu’Adam et Ève aient eu des relations sexuelles ou quelque chose dans le genre ; ce n’est absolument pas l’enseignement de l’Eglise. Ils ont reçu le commandement de croître et de se multiplier au paradis. Mais nous n’avons aucune trace de cela, en fait, nous n’avons aucune trace d’une vie qui ne soit pas tombée du tout dans l’histoire de la Genèse et des récits de la Genèse, rien du tout. Nous ne savons rien d’Adam et Ève « vivant avant qu’ils aient péché ». Nous pourrions savoir qu’ils ont été créés pour une vie glorieuse totalement belle avec Dieu au Paradis, et que leur tâche était même de répandre le Paradis dans tout le chaos en dehors de l’Eden.

Certains Pères pensent même que c’est la vocation de l’humanité de montrer la présence et le Paradis de Dieu dans le chaos où ils sont absents. Parce qu’il y avait un Paradis extérieur, et le Paradis dans l’histoire est un petit endroit, et Adam et Ève étaient censés augmenter et multiplier et développer et diviniser la création. Mais ils ne l’ont pas fait. Ils sont tombés, ils se sont rebellés et se sont retrouvés chassés en pleurant. Mais nous savons que si nous étions avec eux, nous aurions fait de même, parce que nous péchons de toute façon. Saint Siméon dit : « Ils ont mangé de cet arbre de la connaissance du bien et du mal, mais nous mangeons du corps et du sang du Christ à la sainte Eucharistie. » Et il ajoute : « Quand le corps et le sang du Christ sont encore dans notre bouche, nous quittons l’église et nous péchons. C’est comme le peuple d’Israël, qui a été conduit hors d’Egypte et nourri par la manne, et tandis que la manne de Dieu était dans leurs bouches, ils ont blasphémé et adoré les idoles et ont fait la méchanceté. Donc, aucun être humain n’échappe au péché ; aucun être humain ne peut blâmer quelqu’un d’autre. Chacun de nous se tient en lui-même. Cependant il est vrai que nous ne sommes pas Adam et Eve et nous sommes déjà, comme il est dit dans les psaumes, «conçus dans les iniquités ; dans le péché, notre mère nous a conçus » ; non pas que l’acte de conception soit un péché, mais que nous sommes nés dans un monde déjà brisé, déjà apostasié, déjà rebelle.

Si vous ajoutez les autres symboles de la période (du Grand Carême), vous pourriez dire : nous sommes nés à Babylone ; nous ne sommes pas nés à Jérusalem. Nous sommes nés dans la porcherie ; nous ne sommes pas nés dans la maison du père. Nous devons être ramenés à Jérusalem, ramenés à la maison du père, ramenés au paradis. Et nous croyons que c’est ce que Jésus a fait pour nous, et c’est ce que nous célébrons pendant le Carême et la Semaine Sainte et surtout la Sainte Pâques. Nous célébrons le fait que Dieu a envoyé son fils pour être le vrai dernier Adam final qui ne pèche pas. Nous célébrons le fait qu’il nous a cherchés et nous a trouvés : dans le parc à cochons, dans la campagne lointaine, en dehors du paradis. Et il nous pardonne et il nous lave et il nous purifie et il nous rafraîchit et nous renouvelle et nous restaure et nous ressuscite des morts et nous ramène à la maison du père, nous ramène à la Jérusalem céleste, nous ramène à la maison au paradis.

Ainsi, durant le Grand Carême, nous commençons toute cette période en nous souvenant de notre exil, en nous souvenant qui nous sommes et ce que nous sommes et comment nous sommes, maudits, pécheurs, morts par nous-mêmes, en tant que race humaine, en tant qu’ensemble et en tant qu’êtres humains individuels et il n’y a personne qui vit qui ne pèche pas, il n’y a personne qui soit juste; personne sauf le Seigneur Jésus-Christ lui-même. Il est l’homme sans péché qui est devenu de toutes les manières ce que nous sommes. Comme il est dit dans la lettre aux Hébreux, à partir de laquelle toutes les lectures d’épître pendant le Carême seront prises, dans cette lettre aux Hébreux, il est dit : « Il est devenu semblable à ses frères en tout égards, afin que, en devenant comme nous, nous pourrions devenir comme lui. Il a été tenté comme nous le sommes afin d’être avec nous qui sommes tombés en tentation.  »

 

Donc, le dimanche, la veille même du Grand Carême, ce sont les choses dont nous nous souvenons. C’est ainsi que nous nous identifions, c’est ainsi que nous nous voyons. Mais nous nous voyons non seulement bannis, chassés, expulsés, assis en dehors de l’Eden, en pleurs, mais nous nous voyons aussi comme les objets de la miséricorde infinie de Dieu. Et Lui, sachant cela, a  depuis le commencement, sachant que le Fils de Dieu, l’éternel logos divin et la parole de Dieu, le propre fils de Dieu, l’image de Dieu ne s’accrocherait pas à sa divinité, comme l’a dit saint Paul dans la lettre aux philippiens, mais deviendrait humain, prendrait la forme d’un homme mais pas seulement, il sera  mort, maudit, suspendu à l’arbre de la croix, prenant sur lui toute la condition de l’humanité déchue pour nous rendre divins.

Nous commençons donc la grande saison de Carême en méditant sur ces choses.

http://www.ancientfaith.com/podcasts/hopko/forgiveness_sunday_the_expulsion_of_adam_from_paradise