Le Dieu inutile

Source:https://blogs.ancientfaith.com/glory2godforallthings/2020/05/04/the-useless-god/

Ce texte est une version révisée d’un entretien ayant eu lieu lors d’une retraite plus tôt cette année. Pendant cette période de diverses mesures de quarantaine, lorsque notre «utilité» semble contrariée, cela semble une méditation importante. Je prie pour que ce soit inutilement utile!

L’affirmation, «Dieu est inutile», va, sans aucun doute, surprendre celui qui l’entend et qui va la considérer comme une insulte, et non pas une déclaration d’un chrétien croyant fidèle (encore moins venant d’un prêtre). Cette réaction dit beaucoup sur ce que nous ressentons à propos du mot «inutile» plutôt que sur ce que nous ressentons pour Dieu. Dans le langage américain actuel, «inutile» est surtout un terme péjoratif. Qui voudrait être considéré comme inutile?

Considérez cet extrait d’une lettre de l’auteur et dramaturge Oscar Wilde:

Une œuvre d’art est inutile comme une fleur est inutile. Une fleur s’épanouit pour sa propre joie. Nous gagnons un moment de joie en la regardant. C’est tout ce que l’on peut dire de nos relations avec les fleurs. Bien sûr, l’homme peut vendre la fleur et la rendre ainsi utile, mais cela n’a rien à voir avec la fleur. Cela ne fait pas partie de son essence. C’est accidentel. C’est une mauvaise utilisation. Tout cela, je le crains est très obscur. Mais le sujet est long.

Que l’absence d’utilité soit un terme injurieux en dit long sur notre époque. Stressés, anxieux, malades avec des vies fatiguantes nous nous trouvons obligés de justifier nos loisirs. Je «charge mes batteries», disons-nous, en donnant au travail la priorité ultime. Nous ne nous reposons que pour travailler plus dur.

Il y a beaucoup de choses inutiles qui marquent nos vies: la beauté, le repos, la joie. En effet, il semblerait que bon nombre des choses que nous apprécions le plus soient, pour la plupart, tout à fait inutiles. Qu’est-ce que l’on entend par utile?

La chose (ou la personne) utile tire sa valeur d’autre chose que d’elle-même. C’est un outil. J’apprécie l’outil car il me permet de faire autre chose. Dans de nombreux cas, lorsque l’utilité de l’outil a expiré, il est simplement jeté. Dans une société du jetable, nous nous noyons lentement dans une mer d’obsolescence, entourés de choses dont nous n’avons plus besoin.

Voici un extrait d’un article de la revue National Geographic:

Imaginez 15 sacs d’épicerie remplis de déchets en plastique empilés sur chaque mètre de rivage du monde. C’est la quantité de déchets plastiques terrestres qui se sont retrouvés dans les océans du monde en un an seulement. Le monde génère au moins 3,5 millions de tonnes de plastique et autres déchets solides par jour…. Les États-Unis sont les rois des déchets, produisant 250 millions de tonnes de produits par an, soit environ 4,4 livres ( environ 2kg) de déchets par personne et par jour.

Notre mer de déchets témoigne de l’éthique de l’utilité.

« Tu veux seulement m’utiliser. » Cette déclaration, sur les lèvres d’un amant ou d’un ami, est un acte d’accusation effrayant. Nous voulons être aimés pour nous-mêmes, pas pour ce que nous pouvons faire, encore moins comme but pour autre chose. Nous voulons être aimés comme des êtres inutiles.

Il convient de noter que parmi les premiers commandements de Dieu, il y a celui de l’inutilité:

Tu travailleras six jours et tu feras tout ton travail, mais le septième jour est un sabbat pour l’Éternel, ton Dieu. Vous n’y ferez aucun travail, ni vous, ni votre fils, ni votre fille, ni votre serviteur, ni votre servante, ni votre bétail, ni le voyageur qui se trouve chez vous. Car en six jours l’Éternel a fait le ciel et la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent, et Il s’est reposé le septième jour. C’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du sabbat et l’a sanctifié.

Le seul jour sur sept décrit comme «saint» est le jour où il nous est ordonné d’être inutiles (non productifs). En termes chrétiens, cela fait partie de l’œuvre de Dieu en nous de nous faire ressembler à Lui – nous formant et nous façonnant à l’image du Christ.

L’utilité – le profit – est une valeur forte dans le monde de la modernité – cette agglutination philosophique et culturelle qui a vu le jour il y a un peu plus de 200 ans. Inventer de meilleures charrues et batteuses, trouver des moyens de rendre tout plus rapide, moins cher et «meilleur», en effet, faire des choses dont personne n’avait jamais rêvé, est une excellente façon de faire croître une économie. Si vous l’associez au commerce mondial, le niveau de vie augmente et certaines personnes deviennent assez riches.


Le génie de la modernité ne consiste pas dans son amour pour la technologie, ni même pour ce que la technologie peut faire. La modernité est devenue super-compétente en technologie simplement parce qu’elle a appris à la rentabiliser. Nous ne fabriquons pas de meilleurs téléphones parce que nous avons besoin de meilleurs téléphones: nous les fabriquons pour pouvoir les vendre. Une grande partie de la recherche médicale consiste à trouver des moyens d’étendre les brevets plutôt que de guérir les maladies. La modernité n’est pas l’âge de la technologie: la modernité est l’âge du profit.

Si vous vous impliquez dans ce genre de choses pendant un bon nombre de décennies et que vous l’associez à des idées en vogue sur l’individualité et la liberté des hommes, vous pouvez, avant longtemps, commencer à penser que vous formez de meilleurs humains avec de meilleurs engins, batteuses et iPhones. Bien sûr, de nombreux humains vivent des moments difficiles car ils éprouvent un sentiment d’inutilité tenace qui ne semble pas disparaître.

L’inutilité liée au jour du sabbat avait une signification beaucoup plus profonde ainsi qu’une application de plus grande portée. Le jour du sabbat lui-même n’était qu’un signe de tout un mode de vie. Étrangement, l’inutilité était profondément liée à la question de la justice et, en quelque sorte, devient le fondement de la compréhension du Royaume de Dieu lui-même.

Le jour du sabbat de l’ancien Israël n’était qu’une petite partie d’une compréhension plus large du temps et de l’intendance de la création. Un jour de la semaine était réservé et aucun travail n’était à faire. Une année sur sept devait également être réservée, et aucun travail dans les champs ne devait être effectué pendant toute l’année – la terre devait rester en jachère – non labourée. Après sept cycles de sept ans, une cinquantième année devait être réservée.

Chaque septième année, non seulement la terre était en jachère, mais toutes les dettes (à l’exception de celles des étrangers) devaient être annulées. Au cours de la cinquantième année, ces mêmes choses s’appliquent, mais la terre revient à sa fonction d’origine. Cette cinquantième année commence avec le Jour des Expiations et était connue comme «l’Année du Jubilé».

Dans la prédication des prophètes, en particulier d’Isaïe, cette image de la gestion des dettes et de la terre reçoit une interprétation cosmique en plus de sa place dans le cycle annuel d’Israël. L’année jubilaire devient «l’année acceptable du Seigneur», prémisse d’un jour à venir où toute la création sera libérée – un jubilé à venir pour tout le monde et toute chose.

Lorsque Jésus se lève pour lire les Écritures dans la synagogue de Nazareth, il lit le livre d’Isaïe. C’est le passage qui parle de cet acte cosmique à venir de remise et de liberté:

Et il est venu à Nazareth, où il avait été élevé. Et selon sa coutume, il est allé à la synagogue le jour du sabbat, et il s’est levé pour lire. Et le rouleau du prophète Isaïe lui a été donné. Il a déroulé le rouleau et a trouvé l’endroit où il était écrit: «L’Esprit du Seigneur est sur moi, car il m’a oint pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé proclamer la liberté aux captifs et retrouver la vue
aux aveugles, libérer ceux qui sont opprimés, et pour publier une année de grâce du Seigneur. Ensuite, il roula le livre, le remit au serviteur, et s’assit. Tous ceux qui se trouvaient dans la synagogue avaient les regards fixés sur lui. Alors il commença à leur dire: Aujourd’hui cette parole de l’Écriture, que vous venez d’entendre, est accomplie. (Luc 4: 16-21).

Ce passage d’Isaïe est choisi par Christ pour décrire ce qu’il est sur le point de faire. Il va prêcher en disant: « Le Royaume de Dieu est proche. » Cette Écriture décrit à quoi cela ressemble. Les pauvres entendent de bonnes nouvelles, les captifs sont libérés; les aveugles reçoivent leur vue; les opprimés ont la liberté – il y a une libération qui se produit jour après jour dans Son ministère. En effet, ce n’est pas pour rien qu’il semble préférer le jour du sabbat à tous les autres pour faire ce travail. Il révèle le vrai sens et le véritable but du sabbat.

Et cela me ramènera à l’inutilité.

Aujourd’hui, nous considérerions les terres en jachère pendant un an comme un substitut primitif à la «rotation des cultures», un moyen utile de promouvoir une agriculture responsable. Ce n’est pas son véritable objectif. C’est une interruption délibérée du cycle de productivité et la maximisation du profit. Il dit: «Non. Il y a quelque chose de plus important.»

La Loi dans l’ancien Israël n’était pas une pratique inconnue au Moyen-Orient. D’autres royaumes de la région pratiquaient une remise de dettes occasionnelle, principalement pour garantir la position d’un souverain. Israël semble être le premier cas où le pardon de la dette et la pratique du repos sabbatique – pour les personnes, la terre et les animaux, ont été inscrites dans le tissu même de la vie sociale et ont reçu le sceau divin. Et, même pendant les années non sabbatiques, il y avait une interdiction de récolter en entier les champs. Une portion devait être laissée pour que les pauvres puissent «glaner» les champs pour leurs besoins. L’ efficacité maximale était interdite. Ce mode de vie n’était pas un effort pour consolider le pouvoir terrestre, mais pour diminuer son arbitraire en accord avec une compréhension fondamentale du but de l’existence humaine
Il n’y avait rien de nouveau dans l’attitude du Christ envers les pauvres et les opprimés. Ce qui était nouveau, c’était sa volonté de l
a mettre en pratique sans dureté et d’étendre son principe à tout et à tous.

Il a employé la notion de dette et de son abolition (avec des exemples extrêmes) dans son enseignement sur le Royaume de Dieu lui-même. Ce que nous apprenons, c’est que cette loi de l’inutilité – le refus de maximiser notre propre puissance et efficacité – va au cœur même de ce que signifie exister à l’image et à la ressemblance de Dieu.

Bien sûr, l’enseignement du Christ a été obscurci à de nombreuses reprises et en de nombreux endroits. Ceux qui veulent le pouvoir et la richesse trouvent cela terriblement gênant. Le Christ a interdit l’usure – l’imposition d’intérêts sur les dettes. Cela faisait en fait partie du droit byzantin et du droit romain occidental pendant un certain temps. Il y avait des moyens de contourner cela (laissez les Juifs prêter de l’argent à intérêt, car ils n’étaient pas sous la loi chrétienne – et vous pourrez ensuite les attaquer en tant que «amoureux de l’argent» afin qu’ils puissent être tués et leurs biens saisis) .

Par la suite, l’enseignement du Christ devait recevoir une interprétation plus pratique: «usure» signifiait un intérêt «exorbitant» sur la dette – et c’est la base de nos lois actuelles sur la dette. Curieusement, l’intérêt le plus élevé autorisé dans notre économie ( aux USA ) concerne les cartes de crédit renouvelable et le crédit à la consommation – qui pèsent principalement sur les pauvres – ceux qui  ont le moins de moyens. Les taux d’intérêt les moins chers vont aux plus gros emprunteurs. Peu de choses ont changé au cours des millénaires. L’argent est très utile, et les intérêts payés par les pauvres le sont aussi. Y compris les intérêts payés sur les prêts étudiants.

L’évolution et la montée de la conscience moderne pourraient être mesurées par la montée et la domination de l’utilitarisme (la philosophie de l’utilité). L’utilité a été élevée au niveau d’ une vertu religieuse. Le monde moderne n’était pas le résultat de l’intentionnalité de quelqu’un – c’était (et est) un accident – les conséquences inattendues de beaucoup de choses – dont la moindre n’était pas la Réforme protestante et le démantèlement qu’elle a entraînée du consensus médiéval de l’Europe occidentale.

En Angleterre, par exemple, avec l’abolition du catholicisme romain, un nouveau mode de vie a commencé à se développer. Il y avait environ 50 jours par an sur le calendrier médiéval marqués par des jours de fête ( fêtes religieuses ou autres), plutôt que de travail normal.  Cinquante jours de célébration inutile (en plus des 52 dimanches de l’année) à la gloire de Dieu. Ces jours ont disparu pour la plupart. Lorsque Max Weber a écrit sur «l’éthique du travail protestant» et a vanté la productivité supérieure de l’Europe du Nord protestante sur l’Europe du Sud catholique paresseuse, il a oublié de noter que sept semaines de jours ouvrables ont été ajoutées au calendrier protestant. Il est facile d’être plus productif lorsque le travail ne s’arrête jamais.

L’éthique du travail est devenue une éthique culturelle (partout dans le monde). Nous prenons des vacances, assez souvent, pour pouvoir revenir en tant que meilleurs travailleurs. Trop peu de choses sont faites pour elles-mêmes. Pourquoi Dieu a-t-il mis de côté autant de temps pour l’inutilité? Apparemment, lorsque la vie devient motivée par l’utilité, nous négligeons et ignorons les choses qui ont le plus de valeur et qui sont trop facilement jugées inutiles.

Le prophète Amos a fait cette observation:

Écoutez ceci, vous qui dévorez l’indigent, Et qui ruinez les malheureux du pays!
Vous dites: Quand la nouvelle lune sera-t-elle passée, Afin que nous vendions du blé? Quand finira le sabbat, afin que nous ouvrions les greniers? Nous diminuerons l’épha, nous augmenterons le prix, Nous falsifierons les balances pour tromper; Puis nous achèterons les misérables pour de l’argent, Et le pauvre pour une paire de souliers, Et nous vendrons la criblure du froment.
(Amos 8: 4-6).

Il semble que très peu de choses aient changé depuis. Nous ne parvenons pas à honorer le Dieu inutile et, ce faisant, nous avons oublié comment et pourquoi nous vivons.

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Récit surprenant d’une conversion sur une scène de théatre

https://russian-faith.com/he-was-supposed-play-christ-tailcoat-easter-instead-blasphemy-incredible-happened-n3109

Cette histoire merveilleuse qui concerne le célèbre acteur Alexander Rostovtsev s’est produite il y a environ un siècle en Union soviétique. Une campagne d’éradication de la religion battait son plein dans tout le pays. Les responsables athées avaient de l’imagination: comme faire des représentations théâtrales juste la nuit de Pâques (!), représentations où les personnages de la Sainte Écriture étaient tournées en dérision! Mais au cours de l’une de ces représentations, un événement sans précédent a eu lieu…

Tout d’abord, il faut préciser de qui nous tenons cette histoire. Elle a été relatée dans Le Soleil joue de Vasily Nikiforov-Volgin, un remarquable écrivain russe (1900 / 1901-1941). L’histoire a été incluse dans un ouvrage intitulé Malheureuse est votre patrie, publié dans les années trente du XXe siècle. Il est important de noter que dans les 27 récits qui se trouvent dans cet ouvrage, Vasily Nikiforov-Volgin décrit ce qu’il a vu et vécu lui-même – les événements dramatiques de la révolution, la guerre civile, l’après-guerre, le sort du clergé, la période d’impiété et d’athéisme militant…

Voici donc cette histoire incroyable:

La lutte pour que les gens n’aillent pas à la vigile et aux matines de Pâques était planifiée à grande échelle. Tout au long de la grande semaine sainte, de grandes affiches lumineuses ont été placées dans des endroits bien en vue de la ville et sur lesquelles il était annoncé ce qui suit:

Les matines du Komsomol

La dernière comédie de Anton Izyumov

A minuit exactement

Le Christ en manteau smoking

Avec Alexander Rostotsev

Rires garantis

Humour en continu


Avant la représentation, une fanfare est passée dans les rues de la ville pour séduire le public. Devant l’orchestre se trouvait un gars costaud dans une robe sacerdotale portant une sorte de bannière d’église avec une affiche représentant le Christ portant un chapeau haut de forme. Des membres du Komsomol avec des torches marchaient le long des côtés. La ville était en effervescence. Une foule allait au théâtre. Au-dessus de l’entrée,
une radio placée sur la grande place du théatre retransmettait depuis Moscou avec un niveau sonore maximal l’annonce d’une conférence «sur le rôle ignoble du christianisme dans l’histoire des peuples».

À la fin de la conférence, une chorale du  Komsomol était alignée sur les marches de l’entrée. Au son des accordéons, le chœur a commencé à chanter fort:

Je profite peu de la prière
Ma bougie est éteinte.
Je n’ai pas besoin d’Elie le Prophète
Donnez-moi la lampe de Lénine!

La foule hurla, éclata de rire et cria comme un rugissement :

Il y a trois vieilles dames
Et deux vieillards handicapés
L’église est vide –
Vous ne pouvez pas collecter une pièce de cinq kopeck.

Puis la foule exigeait davantage… Donnez quelque chose de plus cinglant!

Oh, mon œuf n’est pas felé
Beaucoup de bêtises sur Dieu nous sont racontées!

– Ce n’est pas assez! Chantez sur la Mère de Dieu!

Au même moment, une procession où l’on portait une croix pour Pâques est sortie d’une petite église située près du théâtre. Au niveau de la procession il faisait sombre.On ne voyait pas bien les gens, on voyait seulement seulement des bougies qui semblaient se déplacer tranquillement de façon aérienne et un chant à une certaine distance.

– «Les anges qui sont aux cieux, ô Christ notre Sauveur, chantent Ta résurrection».

A la vue de la procession et de la croix, les chanteurs du Komsomol se sont un peu énervés  ils se sont agités en sautillant, en criant et en sifflant:

Hé, bandes de pommes, la route est glissante.
La pâques des Komsomol embarasse tous les saints

Les porteurs de cierges pour Pâques se sont arrêtés aux portes de l’église et ont chanté:

– Le Christ est ressuscité des morts…

Et par ailleurs la grande salle de théâtre était bondée.

Le premier acte représentait un autel. Sur l’autel bien décoré, il y avait des bouteilles de vin, des carafes teintées, des collations. À l’autel, sur de hauts tabourets de restaurant, des personnes habillées en prêtres étaient installées en vêtements complets et faisaient résonner des calices. L’artiste, vêtu d’un vêtement de diacre, jouait de l’accordéon. Des « nonnes » étaient assises par terre, jouant avec des cartes. La salle éclatait de rires. Une personne parmi les spectateurs s’est sentie mal. Elle a été conduite hors de la salle, elle a grondé comme un animal et, gloussant, a hoché la tête vers la scène, le visage déformé et pâle. Cela a fait rire le public encore plus fort.

Ensuite pendant l’entracte on a annoncé :

– Ce n’est rien comparé à ce qui est à venir! Attendez une minute… Rostovtsev va se présenter au deuxième acte et tout le monde va se tordre de rire!

Dans le deuxième acte, sous les tourbillons d’applaudissements extatiques, le célèbre Alexander Rostovtsev est apparu sur la scène.

Il était revêtu d’une longue tunique blanche, avec un maquillage parfait du Christ. Il tenait un Evangile.
Pendant la pièce, l’artiste devait lire deux versets évangéliques des Béatitudes.
Lentement et solennellement, il
se met devant l’analogion (pupitre sur lequel on pose l’Evangile), il place l’Évangile et dit d’une voix impressionnante:

Soyons attentifs!

Le public était silencieux.

Rostovtsev a commencé à lire:

– «Bienheureux les pauvres d’esprit: car le royaume des cieux est à eux… Bienheureux ceux qui pleurent: car ils seront consolés…»

Il fallait s’arrêter là. Ici, il était censé prononcer un monologue blasphèmatoire le concluant par les mots:

– Donnez-moi le manteau et le chapeau haut de forme!

Mais cela ne s’est pas produit. Rostovtsev a soudainement cessé de parler. Le silence devint si long qu’ils commencèrent à chuchoter de derrière les rideaux à l’artiste, à faire des gestes avec leurs mains, prononcant des mots, mais il s’est maintenu tout droit, et comme dans une stupeur folle, il n’entendait plus rien.

Ensuite, il a eu un tremblement il a regardé avec une sorte de peur l’Évangile ouvert. Ses mains s’agrippant nerveusement à la tunique.

Il a baissé les yeux sur le livre et d’abord dans un murmure, puis de plus en plus fort il a commencé à lire les autres versets:

«Bienheureux ceux qui ont faim et soif de justice: car ils seront rassasiés. Bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde… »

Peut-être que la puissance de sa merveilleuse voix, ou le charme de sa notoriété d’artiste, ou le désir nocturne de ces paroles humbles et méprisées du Sermon sur la montagne, ou l’image du Christ vivant qui s’est présentée aux yeux des spectateurs, causée par la métamorphose de l’artiste a influencé les gens . Il y avait un tel silence dans le théâtre que l’on pouvait entendre le bourdonnement d’un moustique

Et les paroles du Christ se sont succédées comme des bougies de Pâques autour de l’église dans ce silence:

– «Vous êtes la lumière du monde… aimez vos ennemis… et priez pour ceux qui vous persécutent…»

Rostovtsev a lu le chapitre entier, et personne dans le public n’a bougé. Des pas rapides excités se firent entendre derrière les rideaux et un murmure retentit. Ils ont assuré que l’artiste plaisantait, c’était sa technique préférée, puis qu’il surprendrait le public de telle manière que tout se transformerait en ambiance festive et dansante!

Mais sur scène, quelque chose d’encore plus inattendu s’est produit, dont plus tard presque tout le pays soviétique a parlé.

Rostovtsev a fait très clairement un signe de croix puis il a dit :

Seigneur, souviens-toi de moi quand tu viendras dans Ton royaume! ..

Il voulait toujours dire quelque chose de plus, mais à ce moment le rideau a été baissé.

Quelques minutes plus tard, il a été annoncé:

– En raison de la maladie inattendue du camarade Rostovtsev, notre représentation d’aujourd’hui n’aura pas lieu.

Dimanche du Paralytique

Dans ce temps de Pâques, nous avons lu deux récits évangéliques insistant sur le témoignage porté par les apôtres à la résurrection du Christ. Aujourd’hui nous commençons une autre série de lectures des Évangiles qui a un caractère un peu différent en ce qu’elle insiste particulièrement sur le mystère de l’eau, sur le sens symbolique de l’eau, en nous rappelant que ce temps pascal est le temps qui fait suite au baptême administré à Pâques. Donc pour nous ce temps pascal est comme un mémorial de notre propre baptême par lequel nous avons été initiés à la vie dans le Christ, par lequel nous avons été plongés dans la mort du Christ et sommes ressuscités avec lui. Aujourd’hui c’est le récit de la guérison du paralytique qui gisait auprès de la piscine des brebis que nous avons entendu. Cet Évangile, ainsi que ceux des dimanches qui vont venir, peut nous faire mieux comprendre la transformation que le baptême a opérée en nous, et les divers aspects de notre résurrection spirituelle dans le Christ. Mais il fait en même temps beaucoup plus : il réactualise en notre faveur la grâce de notre propre baptême, il guérit ce qui nous reste de notre antique infirmité. Ce texte raconte d’abord une guérison accomplie par le Christ durant sa vie terrestre. C’est une guérison physique, réelle, mais qui en même temps est un signe. Saint Jean, quand il parle des miracles du Christ emploie avec prédilection le mot de signe. Cela signifie que parce que le Christ était le Logos, le fils de Dieu, tous les actes terrestres qu’il accomplissait transcendaient le temps, de telle sorte que, lorsque nous en lisons le récit avec foi pendant la liturgie ou même en privé, ces actes du Christ redeviennent actuels pour nous, nous concernent personnellement. L’Évangile ne raconte pas simplement un épisode du passé, mais nous révèle ce qui devrait s’accomplir à travers le temps, tous les jours, dans l’Église pour chacun d’entre nous. Aujourd’hui donc, avec le récit de la guérison du paralytique nous comprenons que cet homme était comme un mort-vivant qui gisait au bord de la piscine, et que le Christ, le guérissant, en un sens le ressuscite. Il le ressuscite en lui rendant le mouvement. Cela signifie que par le baptême, le Christ éveille en nous une nouvelle manière de bouger. C’est ça la vie nouvelle. Nous étions spirituellement des paralysés, et voilà que nous recevons une vie nouvelle qui nous rend le mouvement, qui suscite un élan nouveau dans nos membres eux-mêmes, dans notre corps lui-même. Par le baptême, le Christ rend ainsi le mouvement à nos membres, et même à nos membres physiques. Et c’est déjà comme un avant-goût, comme une annonce de notre résurrection future. Par le baptême c’est un mouvement nouveau qui nous est donné et notre corps lui-même, par nos gestes, par nos expressions, doit exprimer qu’il a reçu cette vie nouvelle. Ce mouvement nouveau qui est ressuscité dans nos membres par le don de l’Esprit Saint, se traduit d’abord par une participation de tout notre corps, de tout notre être, à la louange divine, à la prière, dans la liturgie et dans la prière privée. Exprimer notre louange, notre prière, uniquement par la parole, ce n’est pas suffisant. Il faut que notre corps y soit associé, pour que ce soit notre être entier qui participe, que ce soit quelque chose qui met en œuvre notre cœur, notre sensibilité spirituelle profonde, non pas seulement notre cerveau, notre intelligence. Le signe de la croix, les métanies grandes ou petites, permettent à notre prière de ne pas être quelque chose de cérébral seulement, mais de procéder vraiment de notre cœur, de tout notre être rassemblé. Car le Saint-Esprit réunit notre être, assouplit notre paralysie spirituelle ; il nous fait descendre au niveau du cœur. Nos gestes, nos métanies, nos signes de croix deviennent alors spontanés, libres, nous permettant d’exprimer avec tout notre être ce qui procède de notre cœur. Car c’est le langage du cœur, et ces gestes expriment en réalité la transfiguration de nos corps par la grâce de l’Esprit saint. Si nous nous prosternons, si nous faisons des métanies, si nous nous signons fréquemment, si nous nous inclinons profondément, tout cela est une manière d’exprimer notre adoration, notre humilité, et de les vivre sous la motion la plus intime du SaintEsprit. Et si nous nous tenons debout, comme il convient de le faire le dimanche pendant le temps pascal, c’est parce que nous sommes ressuscités avec le Christ. Cette position debout exprime admirablement notre condition de ressuscités, notre attitude filiale envers le Père céleste. Et lorsque nous nous asseyons, cela ne doit pas être simplement parce que nous sommes fatigués ; nous devons savoir aussi, autant que possible que c’est d’abord la position de l’écoute, celle de Marie, la sœur de Lazare, aux pieds de Jésus. Alors, laissons retentir en nous le message que nous adresse ce récit de l’Évangile, cessons d’être des paralytiques spirituels, et comprenons combien, non seulement dans la liturgie, mais dans toute notre vie courante, par nos corps et par tous nos mouvements, toutes nos allées et venues, tous nos gestes, nous devons traduire cette vie nouvelle que l’Esprit saint a répandue non seulement dans nos cœurs, mais aussi dans nos membres et dans tout notre être.
 D’après L’Archimandrite Pl. Deseille, la couronne bénie de l’année chrétienne, vol. 2, pages 181187

Sur l’absence de foi

Noël et Pâques sont souvent des jours déplaisants pour ceux qui ne croient pas en Dieu. Les chrétiens se mettent alors à parler plus ouvertement de leur foi qu’à d’autres moments de l’année, ce qui peut gêner . Noël annonce la naissance de Dieu en tant qu’être humain. Pâques annonce la résurrection d’entre les morts. Pour ceux qui ne croient pas, de tels miracles, dont on fait état avec tant d’éclat et avec une telle assurance de la part des chrétiens, ne font qu’augmenter leur exaspération. On fait alors des réflexions du genre «comment les gens peuvent-ils être aussi crédules?» et alors il vient à l’esprit des exemples de certains chrétiens qui ne sont pas de bons exemples (littéralement : en situation d’échec). Et en proportion des célébrations les pensées d’incrédulité augmentent.

Je ne pense pas que l’absence de foi découle d’un raisonement rationnel ou d’un principe philosophique. J’ai passé trop d’années à observer mon propre cœur et à écouter les pensées des autres pour accepter une notion aussi simpliste de notre comportement en tant qu’êtres humains. Une personne va professer la foi sur la base d’arguments «rationnels», tandis qu’une autre, pour des motifs similaires et donc autant raisonnables, professe l’incrédulité. Le défaut n’est pas dans le raisonnement. Le raisonnement est en fait quelque chose que nous faisons en grande partie «après coup». En effet, cette réalité psychologique a elle-même fait l’objet d’études et s’est révélée largement vraie. Le raisonnement rationnel est l’une des formes d’expression que nous faisons après que notre cœur ait fait son choix. C’est le symptôme de quelque chose d’autre et nous nous faisons mutuellement une grande injustice lorsque nous réduisons la foi et l’incrédulité à ce qu’elles ne sont pas.

Je crois que la mort et la résurrection du Christ sont tout à fait universelles dans leur réalité. Ce ne sont pas des événements isolés, significatifs uniquement dans le système de la croyance chrétienne. Je crois que ce sont des moments singuliers dans l’espace et le temps (et hors de l’espace et du temps) qui révèlent la vérité de toutes choses, de toutes les personnes, et du cœur et de la nature du Dieu qui a créé toutes choses et qui les soutient. Je crois que cela est vrai que ce soit moi ou quelqu’un d’autre qui le croit. La mort et la résurrection du Christ sont les faits les plus fondamentaux et les plus essentiels de la réalité.

Je crois que nous, les chrétiens, nous faisons une grande erreur lorsque nous commençons à parler d’abord de Dieu plutôt que d’abord du Christ et de Sa mort sur la croix et de Sa résurrection d’entre les morts. C’est une erreur parce qu’elle suppose que nous savons quelque chose sur Dieu qui est en quelque sorte «avant» ces événements. Nous ne savons pas, ou bien, si nous pensons savoir, nous nous trompons. La mort et la résurrection du Christ sont l’alpha et l’oméga de ce que Dieu a révélé de Lui même au monde. Rien dans toute la création n’est étranger ou sans rapport avec ces événements.

Cela veut dire que l’incrédulité et la foi font également partie de la mort et de la résurrection de Christ. La mort et la résurrection du Christ contiennent le vide absolu et complet de l’enfer, la menace du non-être et de l’absence du sens, l’absurdité de la souffrance et de l’innocence blessée. La mort et la résurrection du Christ contiennent également la plénitude du paradis, la joie complète de l’existence et l’extase de l’amour transcendant. Tout y est.

Lorsque nous nous tenons devant la Croix du Christ, ou nous agenouillons devant elle et l’honorons, nous honorons également tout ce qui y est contenu. Nous honorons l’incrédulité des athées, la colère et l’amertume de ceux qui sont blessés, la honte de ceux qui n’osent pas se regarder en face. Car Christ ne s’est pas éloigné de telles situations. La Croix est le seul point de rassemblement en Dieu, où «toutes choses sont réunies en Christ » (Éphésiens 1:10). L’incrédulité est une blessure du cœur humain, une maladie de la perception, une cécité noétique ( du terme grec ‘nous’ (νουσ) qui signifie l’oeil du coeur ou de l’âme). La Croix n’est pas étrangère à la cruauté ou à toutes les formes de moqueries et de délices pervers. Toutes ces choses étaient et sont présentes à ce moment-là.

Alors que nous traversons cette vie, nous sommes constamment tentés par les divisions qui nous menacent. Nous voyons le monde comme «eux et nous». Ceux-ci croient; ceux-là ne croient pas. Ceux-ci font attention ; ceux-là s’en fichent. Ceux-ci se comportent bien; pour ceux-ce n’est pas le cas, etc. etc. Les divisions sont souvent assez insignifiantes. Ces divisions sont principalement les symptômes de notre incapacité à aimer. Les gens qui entouraient le Christ étaient constamment scandalisés par le fait qu’il ne vivait pas comme un ascète et qu’il entrait facilement en contact avec ceux identifiés comme des «pécheurs». Sans aucun doute, beaucoup de ces pécheurs étaient des «incroyants». D’une manière ou d’une autre, Christ a réuni tout le monde et l’a annoncé comme étant au cœur de Sa vie et de Son but.

L’apparition de la croix est également la première apparition parmi nous du jugement du Christ. En tant que tels, ceux qui l’entourent commencent en effet à se séparer. Des deux voleurs, l’un s’accroche au Christ et l’autre l’injure. Mais le Christ sur la croix ne condamne pas. Le Centurion, responsable de sa crucifixion et de la lance enfoncée dans son flanc, deviendra plus tard un saint (Longinus). Notre tâche, cependant, n’est pas de prendre la place du Christ. Le jugement qui a lieu lorsque ceux qui l’entourent réagissent est également la révélation de leurs propres blessures et de la brisure de leur âme.

Le Christ a dit:

Et le Jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Celui qui fait le mal déteste la lumière:il ne vient pas à la lumière de peur que ses œuvres soient dénoncées ;mais celui qui fait la vérité vient à la lumière pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. (Jean 3:19-21).

C’est à nous de nous tenir dans la lumière, où nos propres actions, quelque soit leur nature, peuvent être révélées. Je pense que si nous faisons réellement «ce qui est vrai», notre cœur ne va pas condamner mais il va pleurer et désirer ardemment la guérison de tous.

L’incrédulité est une blessure de l’âme qui se situe probablement beaucoup plus profondément que l’impression que nous avons le choix. Elle est souvent enfouie au plus profond de l’enfer qui s’est formé au creux de la pudeur d’une âme. Cette blessure nécessite la descente du Christ en enfer, et peut-être des luttes féroces qui nous sont cachées... Lorsque l’Église proclame: «Le Christ est ressuscité des morts, par la mort il a vaincu la mort et à ceux qui sont dans les tombeaux il a donné la vie», il est profondément important de se rappeler que nous avons à l’esprit l’âme de ceux qui sont tellement blessés.

Il nous appartient de célébrer, de chanter et de danser, même si certains, pour l’instant, refusent de se joindre à nous. Le vrai Christ révélé par la Croix, est un Dieu sauveur, un Dieu qui cherche, un Dieu qui frappe à la porte, un Dieu qui piétine la mort, un Dieu qui guérit, un Dieu ressuscité qui ne désire pas que nous ne Le connaissions pas.

C’est le Dieu Bon qui aime l’humanité.

Source : https://blogs.ancientfaith.com/glory2godforallthings/2020/04/16/good-friday-and-unbelief/