Réflexions sur la prière

REFLEXIONS SUR LA PRIERE
(Traduit à partir d’un texte du blog d’un prêtre du Patriarcat d’Antioche avec un commentaire intéressant écrit par une fidèle).

La prière est le fondement de la vie en Christ ; les saints ont lutté intensément afin de se tenir dans la proximité de Dieu et pourtant eux aussi ont dû subir la dispersion de l’attention lors de la prière.
Voici ce que dit Jean Climaque dans l’Echelle Sainte : « Lutte en permanence contre la dispersion par les pensées lors de la prière et chaque fois que ton intelligence vagabonde rassemble-la et ramène-la en toi-même, car Dieu n’exige pas de celui qui prie une prière sans dispersion de l’intellect. Ne te décourage pas si tu es volé par les distractions mais prends courage, tiens bon et ramène ton intellect vers les paroles de la prière, car seuls les anges peuvent prier sans distraction ». (4/101). La signification de ceci est très claire, c’est que l’homme de foi lorsqu’il se tient devant Dieu dans la prière est soumis à la perte de son attention par la dispersion des pensées ; mais ce qui compte est qu’il se souvienne de la présence de Dieu et qu’il ramène son esprit dans les paroles de la prière.
Dans la vie des saints, on peut s’étonner de remarquer qu’en ce qui concerne par exemple Jean de Cronstadt et Séraphin de Sarov, que tous les deux ont connu des périodes durant lesquelles leur prière était tiède et que par conséquent ils ont essayé de toutes leurs forces de retrouver la douce chaleur qu’ils ont connue au cours de leur itinéraire spirituel. Lorsque Séraphim a ressenti que sa prière devenait tiède il s’est installé sur un gros rocher pendant 1000 jours afin de retrouver la chaleur dans sa prière. Quand à Jean de Cronstadt, il a ressenti une année durant de la sècheresse dans sa prière mais il n’a jamais dévié de sa règle quotidienne de prière.
Prier toujours avec persévérance est ce nous rend réceptif à la présence de Dieu. Nous devons faire confiance en ce que Dieu se met à notre niveau dans la prière, qu’il vient combler notre impuissance et nous aide par Son Esprit…
Pourquoi ressent-on de l’aridité dans la prière ? Il y a au moins deux raisons à cela. La première est que Dieu connait la faiblesse de nos moyens et veut que nous fassions des progrés . La deuxième est que Dieu n’accepte pas la prière de celui qui veut rester dans son pêché. Dans le premier cas l’absence de Dieu sert à notre éducation alors que dans le deuxième cas Dieu nous appelle par Son absence à la repentance. La prière ne consiste pas à répéter des mots mais à mettre en accord les paroles et les actions. Et dans les deux cas Dieu, par Son absence, nous montre Sa miséricorde afin que nous arrêtions d’être têtus ou négligents et afin qu’augmente notre amour pour Lui et notre désir de L’écouter.
Il faut savoir que Dieu n’est jamais absent lorsque nous prions. Mais sa présence sensible serait une cause de condamnation si nous sommes négligents. Il ne se montre pas afin de ne pas juger, et afin que nous prenions conscience que les paroles que nous prononçons supposent sincérité et sanctification de vie.
Celui qui recherche la chaleur dans la prière doit faire preuve de patience, courage et sincérité. Car ce désir signifie que l’on cherche à aller au-devant de la Vie Eternelle dont la beauté est indescriptible et qui est la réalité que Dieu donne au moment qui convient à ceux dont la préparation à la Vie s’est achevée.
P. Boutros Elzein (Patriarcat d’Antioche)

Un commentaire à propos de ces réflexions, commentaire effectué par une lectrice Nahla N.
Souvent on se retrouve dans la situation où l’attention se disperse au cours de la prière. Pour ma part je trouve que cela est dû à plusieurs raisons dont celles-ci :
1) La non préparation à la prière qu’elle soit faite à la maison ou à l’église. Ainsi comme il convient que nous soyons psychologiquement préparés aux questions qui peuvent nous être posées lors d’une comparution devant un tribunal ou lors d’un entretien avec notre directeur dans notre boulot, il en est de même avec Dieu : il faut se préparer à se tenir devant Lui et à Lui parler directement car telle est la véritable prière, une rencontre avec le Seigneur.
2) Que cherches-tu dans ta prière ? Il y a un besoin urgent ? La santé ? Trouver un travail ? Une cause de découragement est le sentiment de ne pas être exaucé. Beaucoup se présentent à la prière avec une liste de demandes et il est vraiment rare qu’il leur vient à l’esprit qu’il faut remercier Dieu pour tous les bienfaits qu’Il nous donne. Nous oublions que nous sommes Ses enfants et non pas Ses esclaves, et l’enfant ne mendie pas, l’enfant fait preuve d’obéissance, d’amour et de respect et le Père sait ce qu’il convient de faire avec Son enfant. Sois un enfant et pas un mendiant.
3) Dire rapidement les paroles de la prière lorsqu’on la connaît par cœur : Avec le temps cela devient une habitude et un devoir ce que je n’aime pas comme appellation. Dieu ne nous impose aucune règle car ce qui est imposé devient règlement et tout règlement est établi afin de sanctionner ceux qui y contreviennent. Il n’en est pas de même avec Dieu. Nos prières sont des rencontres avec Lui, on s’enlace avec le Seigneur. Nos prières ne sont pas des mots magiques qui se retournent contre nous si on ne les dit pas avec minutie.
« Apelle-moi et je t’exaucerai » Jr3-33
« Demandez et vous obtiendrez. Cherchez et vous trouverez. Frapper et on vous ouvrira » Math. 7-7
Il n’y a pas de plus grande joie que lorsque j’apprends que mes enfants marchent dans la vérité. 3Jean1 :4.
4) Ne pas parler ni regarder autour de soi à l’église.
5) Prière à la maison : qu’elle se fasse devant une icône avec une bougie allumée. Et lorsque tu regardes l’icône parle-lui et ne te contente pas de l’observer. Dis les paroles avec calme sans précipitation comme si tu conversais avec une personne. Même les paroles du Notre Père lis-les dans un livre, réfléchis au sens des paroles et ne t’empresse pas de les réciter. Et à la fin examine-toi toi-même, considère ta propre vie et parle directement avec Dieu en disant des mots qui sortent de ton cœur, remercie-Le pour Sa Gloire, prosterne-toi devant Lui, fais Lui part de tes désirs pour ta propre vie en veillant à ce que tes paroles soient conformes à la volonté de Dieu et que la réalisation de tes désirs sert à compléter ta vie avec le Seigneur. Dis ce que tu souhaites et laisse Dieu agir à Sa façon car le temps de Dieu n’est pas le temps de nos horloges. Continue ta vie avec joie en ayant confiance que Dieu réalisera en son temps ce qui t’est utile.
Et pour terminer consacrez-moi quelques mots de vos prières afin d’intercéder en ma faveur afin que Dieu me fasse miséricorde à moi sa faible servante.
Amen.
http://vb.orthodoxonline.org/entries/53-

Homélie de la liturgie du 20 février 2011

Homélie prononcée par le P. Jean R. lors de la liturgie du dimanche 20 février 2011 à la chapelle de la résidence à Saint-Denis.

DIMANCHE DU FILS PRODIGUE
20 février 2011

Dans notre Tradition liturgique orthodoxe, bien avant le début proprement dit du Grand Carême, l’Eglise annonce son approche et nous invite à vivre une période préparatoire du pré-carême. Selon cette tradition, chaque grande fête ou période liturgique comme Pâques, Noel etc. est annoncée et préparée à l’avance. La raison est que Notre Eglise a une profonde perception psychologique de la nature humaine. Consciente de notre manque de concentration et l’effrayante mondanité de notre vie, elle sait combien nous sommes inaptes à changer soudainement, à passer brusquement d’un état spirituel ou mental à un autre. C’est pour cette raison que longtemps avant l’effort propre au Carême, Notre Eglise attire notre attention sur l’importance de cette période de jeûne et nous invite à en méditer le sens.
Cette période de pré-carême commence par le Dimanche du publicain et du pharisien (le dimanche 13 février dernier) et aujourd’hui nous sommes au deuxième dimanche qu’on appelle « Dimanche du fils prodigue ».
Ce dimanche nous entendons la parabole de l’enfant prodigue (Luc 15 : 11-32), le temps du repentir se révèle à nous comme le « retour d’exil » de l’homme. Le fils prodigue partit pour un pays lointain, et là il dissipa tout ce qu’il possédait. « Un pays lointain » : telle est l’unique définition de notre condition humaine que nous devons assumer et faire nôtre, quand nous commençons à marcher vers Dieu. L’homme qui n’a jamais fait cette expérience ne fût-ce que très brièvement, qui n’a jamais senti qu’il était exilé de Dieu et de la vraie vie, ne comprendra jamais ce qu’est le christianisme. Et celui qui est parfaitement « chez lui » en ce monde et dans la vie de ce monde, qui n’a jamais été blessé par le désir nostalgique d’une autre réalité, celui-là ne comprendra jamais ce qu’est le repentir.
Souvent le repentir est simplement identifié à une froide et objective énumération de péchés et de transgressions, à un aveu de culpabilité devant une accusation légale. Et la confession et l’absolution sont envisagées comme des actes de nature juridique. Mais on néglige une chose essentielle sans laquelle ni la confession ni l’absolution n’ont de signification réelle ni de pouvoir. Et justement cette chose, c’est précisément le sentiment d’être exilé de Dieu, exilé loin de la joie de la communion avec Lui et loin de la vraie Vie qui est crée et donnée par Dieu. Il est facile de confesser que je n’ai pas jeûné aux jours prescrits, que j’ai oublié mes prières ou bien que je me suis mis en colère. C’est tout autre chose de réaliser que j’ai souillé et perdu ma beauté spirituelle, que je suis très loin de ma vraie demeure, de ma vraie vie, et que dans la trame même de mon existence, quelque-chose de précieux et de pur a été brisé. Pourtant cela est vraiment le repentir, et c’est pourquoi, il est aussi un désir profond de retourner vers ce qu’on a quitté, de retrouver ce qu’on a perdu.
Nous avons reçu de Dieu de merveilleuses richesses ; tout d’abord la vie et la possibilité d’en jouir, de lui donner un sens, de la remplir d’amour et de connaissance ; puis au baptême, la Vie nouvelle du Christ Lui-même, le don du Saint-Esprit, la paix et la joie du Royaume éternel. Nous avons reçu la connaissance de Dieu, et en Lui la connaissance de toutes choses, et le pouvoir d’être fils de Dieu. Et tout cela, nous l’avons perdu, tout cela nous le perdons constamment, non seulement dans des « transgressions » et des « péchés » particuliers, mais dans le péché de tous les péchés, en détournant notre amour de Dieu, en préférant « le pays lointain » à la beauté de la maison du Père.
Mais l’Eglise est là pour nous rappeler ce que nous avons abandonné et perdu. Et tandis qu’elle nous le rappelle, nous nous souvenons, comme le dit le Kondakion de ce jour : « Loin de la gloire du Père, enfoncé dans ma malice, j’ai erré et j’ai dilapidé avec les pécheurs les richesses que tu m’avais données. C’est pourquoi, avec le fils prodigue, je Te crie : Père très bon, j’ai pêché contre Toi ! Reçois-moi, pénitent, et accepte-moi comme l’un de Tes serviteurs ! »
Voilà ce que nous devons réaliser tout au long de ce Carême, de nous reconnaître loin de Dieu, et de décider de retourner vers Lui. Ainsi le Carême se révèle à nous comme pèlerinage et repentance, comme retour dans la maison de Notre Père compatissant et plein d’amour.
P. Jean