La nuit est sans clarté (Partie 2)

« Fouillez la propriété, arrêtez tous les moines et emmenez-les à Irkoutsk » ordonna l’homme aux sourcils froncés et à la haute taille, qui commandait le détachement de l’Armée rouge chargé d’accomplir cette sinistre mission.

Le Père Procope et le Père Philémon ne purent retenir leurs larmes. Calme, imperturbable, le Père Vladimir s’efforçait de les réconforter. Il y avait longtemps qu’il avait remis son destin entre les mains de Dieu. Il célébrait, avec un respect particulier toutes les fêtes des martyrs, si nombreuses au cours de l’année et il les suppliait d’intercéder pour lui auprès du Seigneur, de l’affermir dans sa faiblesse et de lui accorder ce secours divin qui les avait tant fortifiés.

Ce matin-là, bien qu’il eût déjà lu le canon des prières avant la communion, le Père Vladimir n’avait pas eu le temps de dire la Liturgie et de prendre part aux Saints Mystères, mais une voix intérieure lui murmurait que ce canon n’avait pas été lu en vain. Il s’était préparé à la communion dans le Royaume du Père céleste, que sa prière avait tant désirée à chaque liturgie, selon les paroles de l’ancien office: « Accorde-nous d’être en communion parfaite avec Toi, au jour sans crépuscule de Ton Royaume » (Canon pascal, ode 9).

Continuer la lecture de La nuit est sans clarté (Partie 2)

La nuit est sans clarté (Partie 1)

Lac Baikal

« Non,non,non. Ce n’est pas ainsi qu’il faut chanter cet hirmos.[ Un hirmos est le premier tropaire de chaque ode d’un hymne]. Père Philémon, c’est dans le ton 3 et non dans le ton 7. [ Le chant byzantin est réparti sur 8 tons]. C’est plutôt comme cela…. »

La voix âgée essaya de produire une note aigüe et sonore, mais toute tremblante elle s’interrompit.

« Vous chantez dans le ton 5 et non dans le ton 7 » coupa une autre voix âgée.

Continuer la lecture de La nuit est sans clarté (Partie 1)